Syrie : comprendre la position de la France

La France entend inscrire son action en Syrie dans 4 directions indissociables et complémentaires en vue d’un règlement durable du conflit : poursuivre la lutte contre le terrorisme aux côtés de nos partenaires de la Coalition internationale contre Daech ; apporter un soutien, notamment humanitaire, aux populations civiles dans le besoin ; promouvoir un règlement politique du conflit, en particulier en soutenant les efforts des Nations unies ; lutter contre l’impunité pour les crimes commis en Syrie.

Publié le : 01 juin 2020 Mis à jour le : 19 mars 2026

Conférence de Paris sur la Syrie
MEAE 13/02/2025

Quelles sont les priorités de la France en Syrie ?

« Il y a dix ans, le peuple syrien se soulevait pacifiquement pour la liberté et la dignité. Nous restons à ses côtés pour répondre aux besoins humanitaires, défendre le droit international, lutter contre l’impunité, trouver enfin une solution politique, la seule possible.  »

Emmanuel Macron, le 15 mars 2021

La France entend inscrire son action en Syrie dans 4 directions indissociables et complémentaires en vue d’un règlement durable du conflit :

  1. Poursuivre la lutte contre le terrorisme aux côtés de nos partenaires de la Coalition internationale contre Daech.
  2. Apporter un soutien, notamment humanitaire, aux populations civiles dans le besoin.
  3. Promouvoir un règlement politique du conflit, en particulier en soutenant les efforts des Nations unies, seule solution susceptible de mettre un terme durable à la crise et pour que la Syrie retrouve enfin la paix.
  4. Lutter contre l’impunité pour les crimes commis en Syrie

Comment la France continue de lutter contre le terrorisme en Syrie ?

Le groupe terroriste Daech a connu des revers majeurs sur le plan militaire, à la fois en Syrie et en Irak. Pour autant, la menace que représente l’organisation terroriste n’a pas disparu, comme en témoignent les nombreuses actions menées au cours de ces derniers mois, notamment dans le désert central de la Badiya et la vallée de l’Euphrate.

C’est pourquoi la France poursuit son action résolue contre le terrorisme en Syrie aux côtés de ses partenaires de la Coalition internationale contre Daech. Cette action comporte tout d’abord un volet militaire, développé dans le cadre de l’opération Chammal, qui contribue à l’effort international aux côtés de nos alliés, pour assurer la défaite durable de l’organisation terroriste.

La France se mobilise également pour assurer la stabilisation des territoires libérés de l’emprise de Daech par la Coalition, afin d’éviter toute résurgence de groupes terroristes. Elle apporte ainsi son soutien à plusieurs ONG au travers du financement de projets œuvrant au relèvement local ainsi qu’aux organismes multilatéraux actifs sur le terrain.

Par ailleurs, la France apporte son plein soutien aux mécanismes de lutte contre l’impunité des crimes de Daech, mis en place par les Nations unies. C’est là une question de justice et de sécurité.

Quel soutien la France apporte-t-elle aux populations civiles en difficulté ?

La situation humanitaire en Syrie n’a cessé de s’aggraver depuis le début du conflit, atteignant de nouveaux records d’année en année :

  • Plus de 13 millions de Syriens et Syriennes, dont 6 millions d’enfants, ont besoin d’aide humanitaire ;
  • 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Plus de la moitié de la population syrienne a été contrainte de quitter son foyer et vit dans des conditions extrêmement précaires : 6,7 millions sont des déplacés internes – dont près de 3 millions dans le gouvernorat d’Idlib - et 5,6 millions sont réfugiés dans les pays voisins (Turquie, Liban, Jordanie, Irak, Egypte).

La pandémie de la Covid-19 a par ailleurs affaibli un système de santé déjà dégradé par des années de violence généralisée et les destructions d’infrastructures humanitaires.

Désormais 12,4 millions de Syriens et Syriennes sont en situation d’insécurité alimentaire, soit plus de la moitié de la population (en seulement 12 mois, 4,5 millions nouvelles personnes se sont trouvées confrontées à cette situation).

Alors que le conflit entre dans sa 11e année, la France a annoncé à l’occasion de la conférence de Bruxelles IV (juin 2020) de nouvelles contributions financières afin de :

  • répondre à l’urgence humanitaire en Syrie,
  • soutenir les réfugiés syriens,
  • appuyer les pays qui les accueillent.

L’effort financier français pour 2021-2022 s’élèvera à plus de 560 millions d’euros en faveur des populations syriennes en situation de détresse humanitaire, des réfugiés et des pays hôtes, notamment le Liban et la Jordanie. Il comportera plus de 138 millions d’euros de dons et 425 millions d’euros de prêts.

La France est pleinement mobilisée pour répondre à l’urgence dans laquelle se trouve la population en Syrie même, à travers son aide bilatérale et dans le cadre de l’Union européenne.

  • À titre national, le président de la République a décidé en 2021 le renouvellement, pour la 4e année consécutive, d’une enveloppe de 50 millions d’euros, pour aider les populations les plus vulnérables en Syrie, essentiellement dans les régions du Nord-Ouest et du Nord-Est.
  • La France est engagée aux côtés de ses partenaires européens. L’Union européenne a réservé 560 millions d’euros d’aide pour la Syrie et sa région en 2021-2022. Une partie de cette aide apporte une réponse à l’urgence sanitaire, tout en contribuant plus largement à la résilience des populations et au renforcement du secteur médical, en Syrie et dans les pays voisins.
  • Dans les enceintes internationales, la France mobilise depuis le début de la crise ses partenaires des Nations unies afin de garantir l’accès humanitaire en Syrie, vital pour des millions de personnes. Cependant, l’acheminement de l’aide humanitaire continue de faire l’objet de nombreuses entraves, en particulier de la part du régime syrien. C’est pourquoi la France est particulièrement attachée à la préservation du mécanisme transfrontalier d’acheminement de l’aide, qui permet aux populations syriennes, et en particulier aux plus de 4 millions d’habitants d’Idlib, de bénéficier de l’aide humanitaire internationale. La protection des personnels humanitaires et médicaux est également un axe central de l’action de la France dans ce cadre.

Enfin, la France se mobilise pour l’accueil des Syriens et Syriennes. Plusieurs programmes d’accueil qui s’adressent à des personnes vulnérables et en besoin de protection au titre de l’asile, de toutes nationalités et sans distinction confessionnelle, ont ainsi bénéficié aux Syriens.

Il s’agit d’une part, du dispositif des visas au titre de l’asile délivrés notamment à des Syriens principalement exilés au Liban, en Turquie et en Jordanie, et qui bénéficient ainsi d’une voie légale d’accès au territoire français afin d’y solliciter l’asile.

D’autre part, la France participe depuis 2014 au programme de réinstallation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Celui-ci consiste à accueillir en France des réfugiés dont les dossiers ont été préalablement soumis à la France par le HCR, qui a leur accordé une protection dans un pays dit de premier asile.


Quelle stratégie la France poursuit-elle pour mettre fin au conflit ?

Pour la France, il ne saurait y avoir de retour durable à la stabilité en Syrie sans solution politique qui réponde aux aspirations légitimes de tous les Syriens et leur permette de vivre en paix dans leur pays.
La communauté internationale s’est entendue sur un cadre politique pour mettre un terme à la crise syrienne, avec l’adoption du communiqué de Genève de 2012 et de la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies de décembre 2015. C’est dans ce cadre que la France soutient la reprise des négociations inter-syriennes à Genève, sous l’égide de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies.

L’objectif de la France est de créer les conditions d’un processus politique crédible, viable et inclusif. Ainsi par ses efforts auprès de l’ensemble des partenaires qui agissent en Syrie, elle encourage à la reprise des négociations pour faciliter une sortie de crise. A cet égard, et depuis le soulèvement de 2011, la France a toujours apporté son soutien à l’opposition qui représente la Syrie dans les négociations. La France dialogue également avec les parrains du régime pour qu’ils incitent ce dernier à s’engager de bonne foi dans les discussions. Elle apporte enfin un soutien constant aux efforts de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies en vue de la reprise des discussions inter-syriennes et de la définition d’une solution politique durable.

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Merci mesdames messieurs les ministres, la commissaire pour la Méditerranée, Monsieur

l’envoyé spécial du Secrétaire général des nations-unies et mesdames et messieurs en vos

grades et qualités, merci d’être là.

Vous l’avez rappelé, dès après le 8 décembre dernier et la fin de l’état de barbarie que vivait la

Syrie, l’initiative a été prise d’abord à Aqaba de réunir plusieurs pays affinitaires. Je remercie la

Jordanie d’avoir pris cette initiative puis à Riyad et merci à nos amis saoudiens et cette

troisième rencontre dont le format s’élargit est aussi l’opportunité d’avoir cet échange avec les

représentants de la transition syrienne. Mais je voulais peut-être ici partager avec vous

quelques convictions. D’abord je pense qu’on a tous conscience et je le dis avec beaucoup de

forces monsieur le ministre et à tous les représentants qui sont à vos côtés que vous avez le 8

décembre dernier délivré votre pays d’un régime qui pendant tant d’années avait assassiné,

déplacé et déchaîné sa violence aveugle contre tout un peuple après avoir livré son pays aux

menées meurtrières de l’Iran, de la Russie à la dévastation djihadiste de Daech avec un

cynisme qui a eu peu d’équivalent dans l’histoire. Et je veux donc commencer mon propos par

rendre hommage à ce peuple syrien qui a eu en 2011 le courage de briser les chaînes d’une

oppression maintenue pendant 50 ans dans le sang par un clan et une famille et pendant toutes

ces années de livrer ce combat. Et en vous remerciant d’être présent à Paris aujourd’hui, après

Aqaba et Riyad donc c’est en effet de l’avenir de la Syrie dont nous voulons parler mais à ce

moment-là, je veux en effet dire que nul d’entre nous n’oublie les photographies de corps

suppliciés dans les geôles syriennes, que César, que nous pouvons désormais appeler de son

nom, Farid al-Madhan, avait exfiltré en France en 2013 avec notre soutien. Nul n’oublie en ce

jour les corps d’enfants sans vie de la Ghouta et l’impuissance internationale à laquelle nous

avions été réduits malgré les décisions gravissimes et odieuses d’utiliser les armes chimiques.

Nul ne peut oublier le paysage dévasté et qui le reste aujourd’hui des quartiers et des villes

réduits à néant par les bombardements sans merci avec la complicité de la Russie, de l’Iran et

du Hezbollah. Nul n’oublie les murs sinistres de la prison de Saidnaya et les centaines de

milliers de disparus dont chaque famille syrienne porte la perte. Le sang a engendré le

terrorisme, déstabilisé la région et nous l’avons vécu sur notre propre territoire, ici à Paris, avec

les attentats de 2015 commandités depuis la Syrie.

En décembre dernier, après 14 années de martyrs, le peuple syrien s’est enfin libéré de cette

oppression et il le doit à lui-même. Nous lui devons quant à nous un soutien clair et sans

ambiguïté à une Syrie unifiée, stabilisée, pleinement respectueuse de toutes ses composantes,

qu’elles soient chrétiennes, alaouites, druze ou kurdes et des droits de toutes et de tous. Une

Syrie souveraine dans ses frontières et débarrasser des ingérences qui ont fait le malheur des

Syriens comme des pays voisins. Une Syrie qui contribue directement à la stabilisation de la

région et à la sécurité de tous en luttant contre le terrorisme. Nous lui devons notre soutien au

nom de la solidarité séculaire de notre pays avec ce mot de liberté qui avait été inscrit sur un

mur de Deraa, par trois jeunes adolescents début 2011. Nous le devons, nous, Français, aux

noms de nos concitoyens tombés sous le coup des terroristes de 2015 qui avaient exportés

depuis la Syrie et de l’intérêt collectif direct que représente pour nous la stabilisation d’une

région pourvoyeuse de menace.

Alors Monsieur le ministre vous représentez ici les autorités de transition et au-delà de ce qui a

été discuté avec les ministres, je voulais ici dire aussi pour ma part que j’avais eu donc le

président intérimaire Ahmed al-Charaa une discussion fructueuse, ambitieuse, exigeante il y a

quelques jours et je crois que ce que nous portons tous ici c’est la volonté, et en ayant

conscience de l’ampleur de la tâche qui vous attend, mais que l’espoir immense qui s’est levé

en Syrie le 8 décembre dernier, qui a d’ailleurs animé aussi toute la région et les amis de la

Syrie puisse se traduire en actes. Le défi qui se présente à vous pour réussir cette transition est

colossal. C’est un défi politique, sécuritaire, économique, humanitaire, c’est aussi le retour des

15 millions de réfugiés et déplacés qui ont aussi peser sur les pays voisins et je veux tout

particulièrement remercier le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Irak qui ont pris plus que leur part

et plusieurs pays européens et internationaux qui ont aussi accueilli beaucoup de Syriens

durant ces années.

Nous nous sommes prêts à faire notre chemin et au fond c’est un partenariat que nous voulons

nouer avec la Syrie pour vous donner toutes les chances de réussir en étant convaincu que

réussir vite c’est maximiser les chances de cette réussite en commun. Et donc ne voyez pas

dans mes propos en quelques sortes quelques leçons, que ce soit que nous donnerons et je

crois que l’esprit de ce groupe d’Aqaba élargit c’est d’essayer de dire avec sincérité les

convictions et les intérêts que portent les pays autour de cette table mais jamais de ne donner

des leçons à un peuple souverain et un pays souverain qui vient de reconquérir sa liberté. Je

crois que le premier défi pour vous et pour nous c’est la sécurité. Vous l’avez dit, les Syriens

n’aspirent qu’à la paix et à la sécurité après l’arbitraire et la violence, et la souveraineté de la

Syrie doit être respectée. C’est pourquoi, nous appelons à un cessez le feu sur l’ensemble du

territoire syrien, y compris dans le nord et le nord-est, comme à la fin des ingérences

étrangères, y compris dans le sud. Vos voisins ont quant à eux trop longtemps souffert des

conséquences d’une Syrie instable et menaçante. Et donc l’objectif prioritaire, cette sécurité,

c’est faire en sorte que la Syrie ne soit pas, ne redevienne pas une plateforme logistique pour

les milices liées à l’Iran et qui participe de son agenda de déstabilisation régionale. Là-dessus

nous sommes, je crois, plusieurs à être prêts très directement à vous soutenir dans cet effort.

La Syrie doit très clairement continuer de se battre contre toutes les organisations terroristes qui

sèment le chaos pour vous même et dans votre pays qui veulent l’exporter. C’est pourquoi la

lutte contre Daech, les groupes daechis et tous les groupes terroristes est une priorité absolue.

A ce titre, je crois que la ministre Annalena Baerbock l’a évoqué, vous proposer de rejoindre,

d’avoir un partenariat étroit avec la coalition Inherent Resolve, est une très bonne idée. Et je

vais ici dire qu’on la soutient, je l’ai dit au président al-Charaa, pour ma part nous sommes tout

à fait prêts à contribuer et augmenter notre contribution mais je pense que quiconque regarde

avec lucidité la situation dans la région voit la remontée des groupes daechis et de ce risque

terroriste pour vous, pour l’Irak, pour tous les voisins et donc pour nous tous et donc il faut

absolument que tous les partenaires de la coalition internationale, OIR, réévaluent leur posture,

marque leur disponibilités à travailler avec les pays souverains, que d’ailleurs les pays

souverains puissent réévaluer leur décision à cet égard. J’ai eu l’occasion d’en parler avec le

président d’Irak aussi, mais si la Syrie décidait une proposition de coopération, je veux ici dire

qu’en tout cas la France le regarderait avec plus que de la bienveillance, de l’engagement. Et

mon point ne convient pas seulement à vous dire battez-vous contre ces groupes terroristes, on

est prêt à le faire à vos côtés et de le faire peut-être encore même davantage. Donc allons-y.

La deuxième chose, c’est évidemment qu’on compte sur vous et là aussi nous sommes prêts à

des actions conjointes respectueuses de la souveraineté syrienne pour lutter contre les groupes

terroristes qui opèrent et en particulier aider à protéger le Liban et le sud Liban du retour des

armes et des coopérations car pendant toutes ces années la Syrie a été la base arrière du

Hezbollah et de la déstabilisation du Liban. Et donc là-dessus, votre coopération, le maintien de

la frontière, la lutte contre ces groupes terroristes est essentielle et on est prêt à y participer. Et

enfin je veux, sur ce sujet sécuritaire, vous dire aussi notre fidélité aux forces démocratiques

syriennes qui ont été des alliés précieux dans la lutte contre le terrorisme et nous sommes

fidèles à nos alliés parce que nous savons aussi ce que nous leur devons et ces forces

démocratiques syriennes avec courage se sont battus au côté de la coalition que nous portions

et donc je pense que dans ce moment notre devoir c’est aussi porter leurs intérêts et pas les

abandonner comme nous avons cherché à la faire en 2018 quand il y a eu des premiers retraits

et je veux ici vous dire que leur pleine intégration à la transition syrienne d’abord servira votre

objectif de sécurité parce que ce sont des combattants solides, nombreux et parce que je pense

que votre responsabilité aujourd’hui est de les intégrer, et de permettre aussi de joindre ses

forces dans le même objectif, lutter contre les groupes terroristes qui vous déstabilisent et tenir

votre souveraineté. Et tout ce que nous pouvons faire pour aider à cela, au service de votre

sécurité et celle des voisins nous le ferons.

Le deuxième défi est celui d’une gouvernance représentative et respectueuse de tous et au

fond vous vous êtes battu comme beaucoup d’autres forces contre un clan qui avait nié les

droits de toutes les autres communautés. Et je crois que l'espoir que vos voisins et la

communauté internationale portent en vous regardant, et parfois ce que certains commencent à

dire en vous pointant du doigt, en vous laissant même pas la chance de commencer à faire,

c’est autour de cette question. Je me méfie des mots qu’on plaque souvent sur ces réalités et

des adjectifs qui sont inadaptés et je veux pas ici dire que nous devrions avoir à votre égard,

des exigences que nous n’avons pas parfois à l’égard de beaucoup d’autres pays de la région,

mais, je crois que l’espoir que vous portez est immense et je crois que vous l’avez vu ce matin

en voyant l’ensemble des forces historiques d’opposition et je vais vous dire combien nous

sommes prêt aussi tous à vous aider, nous continuerons à apporter notre appui à la société

civile syrienne mais à la fois pour vous et pour nous tous. Cette capacité à respecter toutes les

communautés que j’évoquais tout à l’heure est clé, parce que ce sera la condition de la stabilité

pour vous et ça servira l’objectif de sécurité, et ce sera un élément très fort pour stabiliser la

sous-région et les autres parce que ce sera la condition du retour. Et on sait très bien que c’est

par ce cadre politique stable, cette capacité à reconnaître toutes les communautés, leur donner

des droits, leur permettre politiquement de revenir, que les réfugiés reviendront, parce qu’ils

sont parfois dans des situations très difficiles et mes amis ministres des pays voisins autour de

la table le savent. C’est pourquoi aussi je vais ici dire que nous avons créé un dispositif ad hoc

permettant aux préfectures de délivrer à titre exceptionnel et pour motif humanitaires des sauf-

conduits aux réfugiés syriens pour qu’ils puissent revenir discuter, participer de cette transition

et ils seront, je crois, vos meilleurs atouts et nous sommes prêt à soutenir la reconstitution d’un

état syrien qui intégrera aussi ses compétences. Je le dis parce que dans ce moment inédit

pour votre pays, ce sont des compétences que vous pouvez mobiliser la réunification et la

reconstitution.

Le troisième défi, c’est la réponse humanitaire et le relèvement d’une économie dévastée par

une décennie de guerre. Nous avons plaidé en faveur d’une levée rapide des premières

sanctions européennes, vous le savez pour vous permettre d’initier la reconstruction. Vous en

avez parlé ce matin, il faut offrir à une communauté internationale le cadre transparent et

efficace qui permettra d’approfondir cette dynamique et réengager les bailleurs internationaux

et je me félicite que ce matin vous ayez pu également rencontrer ces derniers. La France

tiendra l’engagement que j’ai pris depuis 2018 de consacrer 50 millions d’euros à l’aide

humanitaire et de stabilisation à destination des Syriens. Et avec la reprise imminente de notre

activité diplomatique à Damas, une délégation de nos opérateurs, dont l’Agence Française de

Développement, se rendra rapidement en Syrie pour discuter des priorités que vous avez

identifiées pour votre pays. Nous sommes prêts avec nos partenaires européens à faire bien

davantage dans le cadre que nous avons défini au côté évidemment des pays de la région et

de la communauté internationale.

Et puis enfin c’est un défi de justice et de lutte contre l’impunité puisque c’est sur ce thème que

vous avez conclu vos échanges. Le régime, et ce n’est pas le moindre, de ces crimes a cherché

à effacer jusqu’à la trace de ses victimes, leur mémoire nous oblige, et je crois que toutes les

expériences internationales après des drames comme celui que votre pays a vécu montre que

la capacité à lutter contre l’impunité, à très vite procéder au travail de justice, à respecter les

mémoires, est une clé de la réunification d’un pays et de sa solidité. Et elles seront au cœur du

nouveau pacte social que vous cherchez à bâtir et là aussi nous sommes prêts à vous

accompagner, y compris en appuyant les efforts de collectes de preuves, d’identifications des

victimes et au-delà.

Voilà les quelques convictions et les quatre défis sur lesquels je voulais vous dire combien vous

êtes attendu mais combien nous sommes prêts à nous mobiliser. Et sur chacun de ces points,

au fond je crois qu’on est tous ici prêt à engager nos pays pour que ce que vous avez réussi, le

8 décembre dernier, c’est-à-dire sortir de l’obscurantisme et de la nuit tout un peuple qui s’est

battu avec beaucoup de courage, continue à être un chemin d’espoir. J’ai conscience de tout ce

qui repose sur vos épaules, et donc je le dis avec autant de bienveillance que d’exigences,

mais je veux vous dire aussi que nous avons conscience que nous sommes obligés, au sens

moral du terme, de vous accompagner sur ce chemin. Parce qu’il en va de votre sécurité, de

votre souveraineté, de l’avenir de votre pays et de votre peuple, de celui de tous les pays amis

de la région et aussi de nous-mêmes, l’Histoire nous l’a montré. Je recevrai bientôt le président

Ahmed al-Charaa en France pour continuer d'avancer en ce sens et nous serons constant sur

cet engagement aux côtés des Syriennes et des Syriens et je veux remercier l’ensemble des

pays et des gouvernements ici présents à vos côtés, dans cette même mobilisation. Je vous

remercie.

Comment la France entend-elle répondre aux crimes de guerres du régime syrien et à son utilisation des armes chimiques ?

Depuis 2011, le régime de Bachar el-Assad s’est rendu coupable de violations répétées des droits les plus fondamentaux, notamment susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En réponse, la France est engagée pour que les auteurs de ces crimes rendent des comptes devant la justice.

Notre mobilisation collective pour la justice en Syrie passe d’abord par la documentation des crimes commis et par l’identification des responsables. Elle se matérialise de deux manières.
D’une part, la Commission d’enquête internationale indépendante, établie par une résolution du Conseil des droits de l’Homme en août 2011, a pour mission d’établir les faits et de fournir des rapports sur les exactions commises en Syrie.
D’autre part, le Mécanisme international d’enquête indépendant sur la Syrie créé en 2016 par l’Assemblée générale des Nations unies, a permis de franchir une étape déterminante dans l’identification des responsables de ces crimes, en aidant à préserver les éléments de preuve et en préparant des dossiers pour faciliter les enquêtes menées par des juridictions nationales, notamment en France.

La France soutient également les activités de collecte de preuves de certaines ONG syriennes sur le terrain. Elle continue en outre à mobiliser la communauté internationale contre les multiples violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire commises par le régime syrien, en présentant avec ses partenaires une résolution sur le sujet à chacune des sessions du Conseil de Droits de l’Homme.

La France apporte aussi son soutien entier à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et a notamment contribué à hauteur de près de 2,5 millions d’euros aux activités de l’OIAC pour la Syrie depuis 2016. L’utilisation des armes chimiques par le régime a été établie par le mécanisme conjoint ONU-OIAC, puis par la Mission d’établissement des faits (FFM) de l’OIAC. L’identification d’auteurs d’attaques à l’arme chimique est menée par l’équipe d’enquête et d’identification (IIT) de l’OIAC.

Il revient à présent aux membres de la communauté internationale d’agir, dans les enceintes multilatérales pertinentes, et de tirer les conséquences des conclusions de ces rapports. C’est dans cet objectif, que la France a initié, dès janvier 2018, la création du Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques (PICIAC). Le Partenariat regroupe aujourd’hui 40 États et l’Union européenne et constitue une plateforme de coordination indispensable.

Mise à jour : juin 2020

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