Le Quai d’Orsay Depuis le milieu du XIXe siècle, l’adresse principale du ministère des Affaires étrangères – aujourd’hui ministère de l’Europe et des Affaires étrangères - se situe au 37 Quai d’Orsay dans le VIIème arrondissement de Paris. C’est à cette stabilité de plus d’un siècle et demi que l’on doit l’expression courante " Quai d’Orsay " pour désigner le ministère des Affaires étrangères. Le ministère et son réseau Publié le : 05 mai 2025 Mis à jour le : 30 mars 2026 Dans cette rubrique Lieux emblématiques Le Quai d’Orsay Les archives diplomatiques Le site de Convention Le château de La Celle-Saint-Cloud Villas culturelles françaises Label Patrimoine et Diplomatie Sommaire La façade nord Rez-de-chaussée Premier étage Les salles de bain royales Lieu d'histoire et de mémoire Un bâtiment dédié à l'activité diplomatique Le projet de construction d’un bâtiment dédié à héberger l’activité diplomatique — il s’agit du premier édifice officiel de la République française construit spécifiquement pour abriter les services d’un ministère précis — a été initié par François Guizot, ministre des Affaires étrangères sous la monarchie de juillet, en 1845. Le projet est confié à l’architecte Jacques Lacornée. Son programme, établi par Guizot, était constitué de quatre parties : l’hôtel du ministre, des bureaux administratifs, les bureaux des archives et les archives proprement dites. S’y ajoutaient un jardin, des écuries et des remises. Un moment freinés par la révolution de 1848, les travaux furent repris à l’instigation de l’empereur Napoléon III et seront achevés en 1855. L’hôtel du Ministre Une fois le gros œuvre achevé en 1853, on fit appel, pour la décoration intérieure de l’hôtel du Ministre, à des artistes connus à l’époque, tels que Séchan, Nolau et Rubé, Molknecht, Lavigne, Liénard, Hippolyte Adam, les frères Huber… L’hôtel étant destiné à recevoir des souverains et diplomates étrangers, il convenait de les accueillir avec tout le faste dû à leur rang. L’édifice a ainsi fait l’objet d’une grande attention en termes de décoration. Les travaux de décoration extérieure furent confiés à des sculpteurs expérimentés qui, pour la plupart, avaient déjà participé à la construction ou à la restauration d’églises (Notre-Dame de Paris, Saint-Vincent de Paul…) ou de châteaux (Blois, Saint-Cloud…). La façade nord Le bâtiment devant faire face au fleuve, l’architecte jugea préférable, à l’encontre des règles admises, de ne pas situer l’entrée du palais sur la partie centrale, afin de faire bénéficier les grandes salles de réception d’une vue agréable sur la Seine, entre les ponts Alexandre III et de la Concorde. Les entrées sont donc placées sur les côtés : l’une à droite formant l’entrée principale, l’autre à gauche pouvant servir de sortie, mais surtout destinée à établir la symétrie de la façade. C’est à Hubert Lavigne que l’on doit les bas-reliefs en bois sur les tympans des portes d’entrée de la façade. Ils représentent le génie de la Paix et le génie de la Guerre soutenant une couronne impériale. Quant aux statues dans les niches, elles sont l’œuvre de Triqueti et représentent les quatre continents. Commandées dès la construction de l’Hôtel, elles ne furent installées qu’en 1870. Les croisées du premier étage sont surmontées de médaillons en marbre où devaient être représentées les armes des différentes puissances, mais ce projet est resté inabouti. Une balustrade à l’italienne couronne la construction. Rez-de-chaussée Depuis la construction du palais, l’usage du rez-de-chaussée n’a pratiquement pas varié. Selon le projet de l’architecte Jacques Lacornée, on devait y trouver le cabinet du ministre, des salles d’attente, le secrétariat ainsi que des pièces de réception, réparties en trois grands salons et une salle à manger. Sous le Second Empire, les salons reçurent les délégations venues assister à des conférences internationales, comme le congrès de Paris de 1856 qui mit fin à la guerre de Crimée et constitua le premier grand événement diplomatique accueilli par le bâtiment tout juste achevé. Un grand tableau d’Edouard Dubufe réalisé en 1857 en commémore le souvenir. Déposé par le Château de Versailles, il est aujourd’hui exposé dans le salon des huissiers. Sous le Second Empire et la Troisième République, les salons servirent également de cadre à des réceptions recherchées et à des concerts. Premier étage Réservé à l’origine à l’usage privé du ministre, le premier étage a servi, dès le début du XXe siècle, de résidence aux hôtes officiels de la France. Pendant longtemps, souverains, chefs d’État et Premiers ministres en visite officielle à Paris ont été logés dans ces appartements. Têtes couronnées d’Angleterre ou de Perse, émirs d’Arabie ou dirigeants politiques occidentaux s’y sont succédé. Juan Carlos, Roi d’Espagne, en fut le dernier hôte de marque en 1973. À chaque visite, le décor des appartements était adapté à la personnalité reçue. Mais hormis des travaux d’entretien et de restauration, ou la construction de remarquables salles de bains de style art déco en 1938, les lieux n’ont pas subi de changement notoire depuis leur construction. Désormais, le premier étage accueille des réunions et des réceptions. Les salles de bain royales Les salles de bain, dites du roi et de la reine, ont été créées en 1938 pour la venue en France du roi d’Angleterre, George VI et de la reine Elizabeth. Ces salles de bains s’intégraient dans un programme général de rénovation et de modernisation de l’Hôtel du ministre des Affaires étrangères. La vétusté des bâtiments construits sous Louis-Philippe exigeait des travaux extérieurs et intérieurs. Le chantier allait mobiliser, dès le mois de mars 1938 et pendant cinq mois environ, toute une équipe autour de Pierre Bruneau, architecte en chef des Bâtiments civils et des Palais nationaux. Mille ouvriers et trente-sept entreprises y ont collaboré en soutenant un programme aussi contraignant que serré. L’audacieuse création des salles de bains constitue le seul témoignage décoratif visible de cette époque. Jacques Adnet, en fut le décorateur-ensemblier, en association avec Auguste Labouret, mosaïste et verrier et les ateliers Sain pour la réalisation des boiseries. L’excellence sobre mais luxueuse de ce chef d’œuvre d’architecture intérieure, dont il existe peu d’exemples à Paris, consacre un parti pris où dominent le verre et la glace en décoration, comme en témoignent les mosaïques de Venise, les dalles de verre, taillées et sablées, et les miroirs. Le choix des couleurs signe aussi l’intelligence du travail : l’or et l’argent empruntent à la mythologie une symbolique chromatique qui reprend de manière abstraite le traditionnel thème de la confrontation du soleil et de la lune, d’Apollon et d’Artémis. La restauration de la salle de bains du roi en 2003 et celle, en 2004, de la reine, ont permis de restituer l’éclat d’une architecture au luxe transatlantique digne de prendre place dans une anthologie de l’art décoratif des années 30. Lieu d'histoire et de mémoire La libération de Paris voit de féroces affrontements se tenir aux abords de l’Hôtel du ministre : en témoignent aujourd’hui encore les nombreux impacts de balles qui marquent le mur d’enceinte longeant la rue Esnault-Pelterie, ainsi que les plaques et inscriptions rendant hommage aux combattants. L’Hôtel du ministre des Affaires étrangères est aussi le témoin de la construction de la paix : depuis plus d’un siècle et demi, il est le cadre de grandes négociations internationales comme celle du traité de Paris de 1856 qui mit un terme à la guerre de Crimée ou celle du traité de Versailles de 1919 qui conclut la Première Guerre mondiale. C’est également dans ce palais, dans le Salon de l’horloge, que Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères, prononça le 9 mai 1950 sa fameuse déclaration, considérée comme fondatrice du processus de l’unité européenne, et que fut signé le traité CECA l’année suivante (première étape de la construction européenne). Un Quai d’Orsay en transformation : le projet ERA Le Quai d’Orsay est depuis 2025 engagé dans un important programme de travaux : le projet d’extension et de réhabilitation de l’aile des archives (ERA) dont le concours a été remporté par les architectes Jean-Marc Ibos et Myrto Vitart. Inscrit dans le Schéma Pluriannuel de Stratégie Immobilière du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, celui-ci permettra une meilleure valorisation du site historique du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le regroupement de plusieurs de ses services aujourd’hui répartis sur plusieurs emprises franciliennes du ministère, grâce à la création de 600 postes de travail supplémentaires sur le site du Quai d’Orsay. Il vise également à améliorer les conditions de travail des agents au quotidien.