La bibliothèque et son histoire

Conçue comme un outil de travail pour les agents du ministère des Affaires étrangères, la bibliothèque aura mis trois siècles pour réunir un corpus de 500 000 volumes à présent accessible à tous les publics. Arrêtons-nous ici sur le passé de la bibliothèque et les événements ayant jalonné son histoire. Évoquons ces femmes et ces hommes qui n’ont eu de cesse d’organiser la collecte et le signalement de ses collections. Il est intéressant et instructif de se pencher sur leurs pratiques professionnelles.

Publié le : 23 octobre 2025 Mis à jour le : 12 février 2026

1680

  • Premiers achats identifiés d’ouvrages imprimés, destinés aux bureaux de Colbert de Croissy. La note s’élève à 1 484 livres !

1710-1722

  • Colbert de Torcy installe en 1710 le dépôt des Archives au Vieux-Louvre. Il lui associe en 1712 une école diplomatique, l’Académie politique, chargée de former de jeunes diplomates "à l’étude des négociations étrangères et du droit des gens". Un choix de livres est rassemblé pour leur instruction. Grotius, Puffendorf, de Wicquefort, Machiavel, Lipse sont au programme. On enseigne le droit public, l’histoire des traités, le cérémonial et les langues étrangères. Cette première école d’administration cesse de fonctionner en 1722.

1723

  • Pendant les ministères du comte de Morville et de Chauvelin, on confie à Jean-Conrad Pfeffel, jurisconsulte du Roi, l’achat en Allemagne d’ouvrages sur le droit public.

1763

  • Le dépôt des Affaires étrangères rejoint Versailles et s’installe au 1er étage de l’hôtel des Affaires étrangères, récemment construit par Jean-Baptiste Berthier.

1768

  • Choiseul-Stainville achète la bibliothèque de Chrétien-Frédéric Pfeffel, fils de Jean-Conrad et jurisconsulte du Ministère. Concernant principalement le droit et l’histoire de l’Allemagne et de l’Alsace, Pfeffel en garde la jouissance jusqu’à ce qu’il soit démissionné en 1792.

1792

  • 972 volumes imprimés sont identifiés au 1er février 1792 (rapport de Sémonin, garde du Dépôt, à Valdec de Lessart, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères).

1796-1798

  • Les collections de la bibliothèque du ministère des Affaires étrangères s’accroissent de manière considérable pendant la période révolutionnaire. Entre 1796 et 1798, le ministre de l’Intérieur autorise les conservateurs des dépôts littéraires à faire remettre au ministre des Relations extérieures « tous les ouvrages qui pouvaient lui convenir ». 3 449 nouveaux titres entrent ainsi au Ministère. C’est à cette époque que des ouvrages provenant de bibliothèques nobiliaires ou conventuelles prestigieuses rentrent dans les collections du Ministère : Montmorency, Condé, Vergennes, Pignatelli d’Egmont, le cardinal d’Alsace, le prieuré Saint-Martin-des-Champs ou l’abbaye Saint-Victor. Il n’existe pour cette première période de l’existence de la collection imprimée ni inventaire ni catalogue. Seule l’étude des marques et des archives permet de connaître sa composition.

1822

  • La bibliothèque compte 14 000 livres.

1824

  • On fait établir un catalogue méthodique, le premier (à notre connaissance) aux Affaires étrangères. Par une note sur sa page de titre, on apprend également qu’on alimente parallèlement un second catalogue composé de « cartes mobiles rangées dans une boîte de manière à former toujours avec exactitude une table alphabétique des auteurs et matières ».

1865

  • La bibliothèque conserve 27 000 livres.

1890

  • Une commission de réorganisation de la bibliothèque, mise en place en 1890, redéfinit les missions de la bibliothèque. Il faut développer pour les agents une bibliothèque diplomatique, spécialisée dans des domaines plus limités (législation, géographie et voyages, histoire, documents officiels étrangers).

1905

  • La bibliothèque détient 80 000 volumes.

1923

  • Georges Girard est nommé bibliothécaire. A cours de la décennie qui suit, le classement matériel et le traitement intellectuel des collections s’améliorent considérablement.

2011

  • L’Assemblée nationale cède à la bibliothèque 90 000 volumes de publications administratives étrangères.

2014

  • Les collections atteignent environ 500 000 volumes.

Des livres pour les bureaux des Affaires étrangères

Charles Colbert (1629-1696), marquis de Croissy, secrétaire d’État aux Affaires étrangères (1679-1696) / par J. Jones (1792). Archives diplomatiques.

1484 livres, voici ce qu’il en a coûté en 1680 pour l’achat d’ouvrages imprimés destinés aux bureaux de Colbert de Croissy.

Faute d’informations plus anciennes à ce sujet, on retient cette date comme celle de la fondation d’une « bibliothèque » au secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères.

Quelques pièces au Louvre pour établissement

Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1696-1715) / Rigaud pinxit, Dossier sculpsit (1711). Collection iconographique (série B, estampes). Archives diplomatiques

Jean-Baptiste Colbert (1665-1746), marquis de Torcy, est nommé secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères le 28 juillet 1696. Il se préoccupe de structurer et moderniser son département ministériel. Comme son père, Charles Colbert de Croissy (1625-1696), il fait rassembler et classer les archives diplomatiques pour conserver la mémoire de l’action politique de la France sur la longue durée. Au Conseil du 22 décembre 1709, Louis XIV accorde à Torcy un local au Louvre pour « y faire dépôt de tous les papiers importants de la secrétairerie des affaires étrangères » (Journal inédit de Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy,… pendant les années 1709, 1710 et 1711. Paris : E. Plon, 1884). Après quelques travaux exécutés dans les mois qui suivent, Torcy y fait ranger les papiers des négociations antérieures à la date du traité de Ryswick (1697) et laisse à Versailles les papiers de la dernière décennie, nécessaires au travail des bureaux. Jean Yves, seigneur de Saint-Prest, est désigné pour être le premier garde du « Dépôt des Minutes des Affaires étrangères ».

Un rapport remis à Amelot de Chaillou le 30 avril 1737 par Nicolas-Louis Le Dran (second garde du Dépôt) nous apprend que « le Roy Louis 14 destina pour ce depost le dongion du vieux Louvre au dessus de la chapelle située sur la grande porte en entrant vis-à-vis la rûe Froimenteau ; on y fit un grand salon avec des armoires autour, et les volumes et papiers y furent portés et deposés en l’année 1710 » (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/1, fol. 104 v°-105 r°). Le Dépôt se situe donc au troisième étage du Vieux-Louvre, étage orné sur la façade d’un attique. Il faut gravir un étroit escalier de 171 marches pour y accéder (Histoire du dépôt des archives des affaires étrangères… / Armand Baschet. Paris : Plon, 1875). Les plans d’époque nous indiquent que cet espace, mesurant à peu près quinze mètres sur dix, était précédemment identifié comme étant « le magasin des vitriers avec un logement vuide ».

Le marquis d’Antin, directeur général des Bâtiments du roi, le fait aménager sans luxe et y fait poser des cloisons pour former différentes pièces. Aux cinq pièces d’origine, deux supplémentaires viennent agrandir le Dépôt en 1730. Trois disposent d’une cheminée. Le premier commis et deux commis subalternes se tiennent dans le bureau des Minutes des Affaires étrangères, ouvrant sur l’escalier. On accède ensuite au Grand Cabinet, la plus spacieuse des pièces éclairée par trois fenêtres ayant vue sur les Tuileries. On y trouve non seulement les armoires contenant les traités et ratifications mais également, à partir du 24 avril 1715, deux petits globes géographiques de Coronelli provenant de la collection de Roger de Gaignières (1642-1715). Les autres pièces sont bordées de rayonnages de tablettes et d’armoires pour ranger les volumes d’archives et imprimés (Le Louvre. Dépôt des archives des Affaires étrangères (1710-1763) / Germaine Guillaume. In : Bulletin de la société de l’histoire de l’Art français, année 1952).

Plan de l’attique du Louvre en 1740 (AN, Maison du roi, O/1, 1666, no 11). MAE LC, 404INVA/13. Archives diplomatiques

Pendant plus d’un demi-siècle, les archives des négociations demeurent au Vieux-Louvre dans des conditions matérielles devenues rapidement précaires. Dans son rapport du 30 avril 1737, Le Dran alerte son ministre sur le fait qu’ « actuellement ces trois cabinets de mesme que le grand salon sont tout remplis ; il y a mesme plus de six cens volumes à terre faute de places sur les tablettes, et il faudra pareillement mettre par terre la plus part des papiers qui d’année en année seront dans la suite retirés de Versailles, ce qui forme année commune environ soixante volumes nouveaux » (supra, fol. 115 v°). Malgré ses suppliques réitérées, il n’est pas donné satisfaction à Le Dran.

Après plusieurs projets et tentatives d’aménagement laissés sans suite, il faut attendre le premier séjour du duc de Choiseul-Stainville au secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères (1758-1761) pour que le roi attribue à ces précieux documents qui ont été épargnés par l’incendie du 24 mars 1740 un lieu plus approprié pour leur conservation.

L’Académie politique : une école pour les négociateurs

En 1710, Jean-Baptiste Colbert de Torcy installe au Vieux-Louvre le « Dépôt des Minutes des Affaires étrangères ». Deux années plus tard, il lui associe une école diplomatique, l’Académie politique, chargée de former des jeunes gens « à l’étude des négociations étrangères et du droit des gens ». Cette école est dirigée par Jean Yves, seigneur de Saint-Prest, premier garde du Dépôt.

A la date du 19 février 1712, la Gazette d’Amsterdam diffuse une nouvelle annonçant sa création.

Archives diplomatiques

Nouvelles de Paris du 12 février : « On confirme que le Roi a résolu d’établir une nouvelle Académie pour les affaires politiques, dont le Marquis de Torci, Ministre et Secrétaire d’Etat, sera le Protecteur. On choisira 6 Académiciens doüez des Talens nécessaires pour commencer à former cette Académie, où l’on ne recevra personne au dessous de l’âge de 25 ans [ndr : les conditions d’admission présentées dans les statuts précisent que les élèves doivent avoir de 18 à 25 ans]. Le Roi accordera à chacun une Pension de Mille livres. Ils auront des Maîtres habiles pour leur apprendre les Sciences nécessaires, & les instruire de tous les Traitez de Paix, d’Alliance & autres qui ont été faits depuis plusieurs Siecles. Ces Membres s’assembleront au Louvre 3 fois la semaine. C’est de ce Seminaire qu’on tirera les Secretaires d’Ambassade, qui par degrez pourront monter à de plus hauts Emplois. »

Il subsiste peu de traces du fonctionnement de l’Académie politique. Toutefois, ses statuts (mars 1712), rédigés par l’abbé Eusèbe Renaudot (membre de l’Académie française, savant orientaliste, conseiller de Torcy, propriétaire de La Gazette fondée par son grand-père, Théophraste Renaudot) et inspirés également par Torcy, l’abbé Legrand et Saint-Prest, ont été conservés. Ils définissent ses principes pédagogiques et présentent les exercices destinés aux élèves. L’objectif est d’initier au métier, donner des connaissances précises, entraîner à parler et former l’esprit et le style.

MAE LC, Mémoires et documents, France, 53MD/251, Fol. 78. Archives diplomatiques

« La principale étude des élèves doit estre celle de droit public, des droits du Roy, des traittez, du cérémonial, etc… » (MAE LC, Mémoires et documents, France, 53MD/251, fol. 86 v°). Ils suivent également un apprentissage pour maîtriser les langues étrangères. Les mémoires, études, statuts et rapports rédigés entre 1711 et 1718 renseignent sur les ouvrages que les aspirants secrétaires doivent avoir lus. Ils étudient avec application le traité de Hugo Grotius dont leur directeur préconise la lecture « en latin et en françois ». Ils travaillent sur les livres de Juste Lipse et sur Le Prince de Nicolas Machiavel. Ils font des extraits des ouvrages de Samuel Puffendorf (Du droit de la nature et des gens), Abraham de Wicquefort (L’Ambassadeur et ses fonctions) ou Pierre Dupuy (Traitez touchant les droits du roy très-chrestien sur plusieurs estats et seigneuries possédées par divers princes voisins…).

En suivant ce lien, vous en saurez plus sur Grotius.

Un choix de livres est vraisemblablement rassemblé pour leur enseignement. L’état général des ordonnances expédiées pendant l’année 1715 (MAE LC, Mémoires et documents, France, 53MD/310, fol. 368) fait apparaître à la date du 23 août une dépense de 1509 livres pour des exemplaires de « traittez et autres ouvrages » de l’Imprimerie fournis par ordre et pour le service du roi. Toutefois, le nombre de ces acquisitions doit demeurer modeste car le Dépôt du Louvre peut profiter de sa proximité avec la Bibliothèque du roi. Il entretient avec elle des relations suivies comme le prouve une lettre, écrite à Paris le 15 octobre 1717, dans laquelle M. de Saint-Prest sollicite des prêts d’ouvrages pour l’étude de questions touchant à Florence et Parme (BNF, Manuscrits français, 12765).

Cette expérience pédagogique tourne court et l’école cesse ses activités au terme du 1er semestre de l’année 1722, comme l’attestent les derniers appointements reçus par les élèves (MAE LC, Mémoires et documents, France, 53MD/313, fol. 236 v°).

Le souvenir de l’Académie politique semble bien éteint au milieu du 18ème siècle quand les commis dressent les tables de la Gazette d’Amsterdam. En effet, ils ne relèvent pas l’article paru en 1712 concernant pourtant une expérience pédagogique remarquable touchant leur ministère.

Une salle pour les livres dans l’hôtel des Affaires étrangères à Versailles

Etienne-François de Choiseul, duc de Choiseul-Stainville secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1758-1761 ; 1766-1770). [L.M. Vanloo pinxit, 1763, Fessard sculpsit, 1770]. Collection iconographique (série C, estampes). Archives diplomatiques

Le 3 mai 1761, Louis XV appose son « Bon » (AN, Maison du roi, O/1, 1072, no 172) au bas d’un mémoire qu’Etienne-François de Choiseul (1719-1785), duc de Choiseul-Stainville (également secrétaire d’Etat à la Guerre depuis le 27 janvier 1761) lui a adressé afin d’obtenir la concession, à Versailles, d’un terrain contigu à celui de l’hôtel de la Guerre. Il souhaite construire un hôtel destiné à abriter les bureaux et les archives de son ministère et de celui de la Marine. Commencés le 1er juin 1761, les travaux s’achèvent à la fin de l’année 1762. Il revient à César-Gabriel de Choiseul-Chevigny (1712-1785), duc de Praslin, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1761-1766) d’installer ses services dans l’hôtel voulu par son prédécesseur et cousin.

La construction est confiée à l’ingénieur-géographe Jean-Baptiste Berthier qui s’est déjà acquitté de celle de l’hôtel de la Guerre. Ces bâtiments sont remarquables par la qualité de leur construction et les progrès techniques qu’ils mettent en œuvre. Berthier adopte le principe d’une architecture à voûtes plates en brique pour les mettre à l’abri des risques d’incendie.

Les hôtels de la Guerre et des Affaires étrangères à Versailles / B. Baudez, E. Maisonnier et E. Pénicaut. Paris : Nicolas Chaudun, 2010. Bibliothèque, T 4753. Archives diplomatiques

Un échange de lettres (11-21 mai 1763) entre le comte de Saint-Florentin et le marquis de Marigny (AN, O/1, 1542 et 1671A) atteste que le transfert des collections est achevé en mai puisqu’il est alors question des réparations devant être entreprises dans les pièces libérées. Le « Dépôt des Minutes des Affaires étrangères » devient le « Dépôt général des Affaires étrangères ». L’étage du « haut rez-de-chaussée » lui est réservé. Cet étage est conçu et décoré comme une galerie d’apparat, composée d’une enfilade de sept salles aux boiseries blanches et or, pour donner une image brillante de la diplomatie française aux visiteurs du lieu.

Horace Walpole (homme politique et écrivain britannique) le visite en 1765. Il mentionne dans une lettre datée du 6 octobre 1765 que « dans chaque salon, un vaste tuyau en forme de colonne, en bronze et or moulu, sert à aérer les papiers et à les maintenir en bon état » (Lettres de Walpole écrites à ses amis pendant ses voyages en France 1739-1775. Paris : Didier, 1872). Ce commentaire élogieux est modéré par d’autres propos tenus ultérieurement. Un mémoire sur l’état du Dépôt daté du 28 octobre 1772 mentionne que les salles, au nombre de cinq, « n’ont point de portes, et il n’y a qu’une seule cheminée dans laquelle on n’entretient pas de feu. Cependant c’est dans ces salles mêmes qu’il faut placer, arranger et disposer les papiers et faire les recherches et le travail l’hiver comme l’été ». Cela retarde le travail et l’auteur du mémoire regrette « l’impossibilité où l’on est de s’en occuper pendant l’hiver » (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/1, fol. 199 v° et 200 r°). Au cours des années 1780, un bras de fer oppose Jean-Baptiste Berthier et Claude-Gérard Sémonin (directeur du dépôt des Archives). Le premier est convaincu de l’efficacité des moyens mis en œuvre pour lutter contre les risques d’incendie alors que le second ne cesse de faire part de ses préoccupations à ce sujet et préconise un transfert du Dépôt (MAE LC, Comptabilité, immeubles, 750SUP/397, fol. 30-32, 78-80, 97-101).

La dernière salle est réservée aux mémoires et livres imprimés. On peut y trouver un dessus de porte représentant une vue de la ville de Varsovie (peinte par Louis-Nicolas Van Blarenberghe, signée et datée de 1770), deux globes (l’un céleste et l’autre terrestre) montés sur leurs pieds dorés, six parties d’armoires et deux dessus de portes fermantes à dix battants grillagés en laiton et garnis de taffetas cramoisis.

Salle des mémoires et des livres imprimés In : XVIIIe siècle : lettres, sciences et arts : France, 1700-1789 / Paul Lacroix. Paris : Firmin-Didot, 1878. Bibliothèque, 67 D 7. Archives diplomatiques

En 1790, les bureaux des Affaires étrangères s’installent de nouveau à Paris. Resté à Versailles, le Dépôt doit attendre le mois de décembre 1795 pour déménager à son tour, en application d’une décision du Comité de salut public en date du 17 floréal an II (6 mai 1794). L’ordre de transfert (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/1, fol. 297 r°) est signé par Delacroix le 23 frimaire an IV (14 décembre 1795). Il se déroule jusqu’au mois de mars 1796 sans encombre (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/2, fol. 89 r°) vers l’hôtel de Gallifet (situé au numéro 73 de la rue de Grenelle).

L’ancien hôtel des Affaires étrangères et de la Marine abrite à présent la bibliothèque centrale de Versailles.

Galerie des Archives du secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères. Bibliothèque centrale de Versailles (cliché)

Une marque pour seule trace

Haupt-Register über Antonii Fabri Staats-Cantzley… (tome 1) Antonius Faber (pseud. de J.C. von Gritsch) Nuremberg : P.C. Monath, 1729 Bibliothèque, 10 Az 1. Archives diplomatiques.

383 volumes portent encore un fragment de l’ex-libris fleurdelisé du dépôt des Affaires étrangères (la plupart d’entre eux ayant été grattés vraisemblablement pendant la période révolutionnaire). Cette marque de provenance est précieuse car elle est l’une des rares traces permettant d’apprécier la composition de la bibliothèque sous l’Ancien Régime. En effet, il n’existe pour cette période ni inventaire ni catalogue.

Chrétien-Frédéric Pfeffel (1726-1807)

Chrétien-Frédéric Pfeffel.

Fils de Jean Conrad Pfeffel (jurisconsulte du roi de France de 1723 à 1738), il est promit à son père en 1722, en reconnaissance de sa manière de servir, qu’il pourra lui transmettre sa charge. Cependant, Pfeffel père meurt trop tôt pour que Chrétien-Frédéric puisse lui succéder immédiatement.

Il commence sa carrière au service de l’Electeur de Saxe, aux alentours de l’année 1750. Il est appelé en 1758 par le cardinal de Bernis qui le nomme conseiller à la légation de France à la diète de Ratisbonne. En 1761, il se rend à Munich où il représente le duc de Deux-Ponts. Il y dirige également, pendant cinq années, la classe d’histoire de l’Académie des Sciences. A la mort de François de Bruges, en 1766, il obtient l’emploi de jusrisconsulte du Roi pour le droit germanique à Strasbourg.

En 1768, sa présence est requise à Versailles pour occuper le poste de jurisconsulte du Roi attaché au département des Affaires étrangères. Ses qualités professionnelles le font apprécier des ministres successifs qu’il sert (on raconte que M. de Vergennes le nomme « mes archives vivantes ») et contribuent à étendre largement le domaine de compétence du jurisconsulte des Affaires étrangères qui embrasse l’ensemble du droit international public mais également les questions de droit international privé et les problèmes de contentieux. Le duc de Deux-Ponts obtient du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères que Pfeffel continue de surveiller ses intérêts. En 1781 (ou 1786), son fils Chrétien-Hubert lui est adjoint (Il accompagnera son père dans l’émigration puis entrera au service du roi de Bavière. Il deviendra ministre plénipotentiaire à Dresde, à Londres, à Francfort et, enfin, à Paris, où il mourra en 1831).

Signature de Chrétien-Frédéric Pfeffel. Archives diplomatiques.

Attaché aux doctrines du régime monarchique, il est démissionné en mars 1792 par Dumouriez. Il devient alors conseiller d’Etat du duc de Deux-Ponts Charles II. Il conserve cette place jusqu’au décès, en 1795, de ce prince. Il est porté sur la liste des émigrés et ses biens sont confisqués et vendus. Il se retire à Nuremberg en 1795. Il rentre en France en 1800 et, sans obtenir la restitution de ses biens, est soutenu par M. de Talleyrand qui lui fait attribuer une pension et le nomme membre de la commission mixte de l’octroi de navigation sur le Rhin (place qu’il occupe toujours à sa mort en 1807).

Sa bibliothèque est achetée en 1768 par le duc de Choiseul-Stainville mais il en garde la jouissance jusqu’en mars 1792. A cette date (et alors qu’il se trouve à Deux-Ponts), il charge son fils Chrétien-Hubert de remettre officiellement sa bibliothèque à Dumouriez. La remise est faite à Charles-Gérard Sémonin, garde des Archives, qui fait constater volume par volume l’état de la bibliothèque, d’après un catalogue dressé en 1768. Cette bibliothèque est placée au dépôt des Archives à Versailles. En 1807, les livres acquis à partir de 1768 sont achetés à sa veuve (cf. MAE, Personnel, 1ère série, vol. 57, fol. 80)

Ex-libris de Chrétien-Frédéric Pfeffel. Archives diplomatiques.

Si l’inventaire dressé lors de la première vente a disparu, les volumes remis par Pfeffel, encore présents sur les rayonnages, sont identifiables grâce à leur ex-libris collé au contreplat supérieur. On peut ainsi dénombrer 221 titres, représentant 604 volumes. Cette vignette a été gravée sur cuivre par Johann Stridbeck (1707-1772). Fils et petit-fils de graveurs, originaires de Souabe, il est établi à Strasbourg mais travaille également à Augsbourg et Bâle.

Les premières reliures aux Archives diplomatiques

Relier pour bien conserver, relier pour mieux transmettre : les Colbert, Croissy et Torcy, père et fils, y ont veillé les premiers. Leurs successeurs maintiendront cette bonne pratique.

Reliure aux armes de Charles Colbert de Croissy. Archives diplomatiques.

Au Louvre et à Versailles, ils feront aménager une pièce pour les relieurs « afin qu’ils n’emportassent pas chez eux des papiers d’aussi grande conséquence ».

Une Révolution pour la bibliothèque du ministère des Relations extérieures

MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/1, fol. 258. Archives diplomatiques.

Au 1er février 1792, Claude-Gérard Sémonin, directeur du dépôt des Archives (août 1772-août 1792), adresse un rapport à son ministre, Claude Antoine Valdec de Lessart, dans lequel il signale que les imprimés représentent alors 972 volumes.

Entre 1795 et 1798, avec deux déménagements, la nomination de deux bibliothécaires et un accroissement de plusieurs milliers de volumes, l’organisation de la bibliothèque du ministère des Relations extérieures est profondément bouleversée.

Elle bénéficie des trois séries de confiscations qui transfèrent à l’Etat des biens devenus nationaux. Entre 1789 et 1793, ces confiscations concernent les biens du clergé, des émigrés, des universités et des académies. La bibliothèque profite également des prises opérées en Belgique après la victoire de Fleurus (26 juin 1794) et l’avancée des troupes françaises.

Bibliothèque de l’Arsenal, Archives des dépôts littéraires, manuscrit 6505.

Entre 1796 et 1798, le ministre de l’Intérieur autorise les conservateurs des dépôts littéraires à faire remettre au ministre des Relations extérieures 3421 titres. Ils sont principalement reçus par MM. Galon-Boyer, Besson, Schmutz et Resnier, tous affectés au dépôt des Archives.

En suivant ces deux liens, vous en apprendrez beaucoup plus sur l’histoire de la bibliothèque pendant cette période et la provenance des ouvrages collectés :

Quand la commission des Archives diplomatiques réforme la bibliothèque

Bibliothèque, Dts 302 R. Archives diplomatiques.

En mai 1864, Auguste d’Hauterive rédige une note sur le service du sous-directeur des Archives (Louis Silvain Dumont de 1853 à 1866). Il indique que la collection de livres a été constituée « sans discernement et sans choix ». Il reproche à un commis d’avoir à une certaine époque acheté « étourdiment une foule d’ouvrages » sans aucun rapport avec le service exclusif qu’une bibliothèque « strictement spéciale » doit rendre au Ministère. Il y a selon lui à la bibliothèque « au moins 4000 volumes inutiles » sur les 20 000 présents. Enfin, il ajoute : « un jour viendra où il faudra que mon successeur fasse un rapport pour expulser ces volumes afin de se ménager de la place pour des ouvrages nécessaires » (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/22).

Au terme du 19ème siècle, le temps de ces réformes est arrivé. Lors de sa séance du 7 mai 1890, la commission des Archives diplomatiques repose le principe d’une bibliothèque diplomatique « spéciale ». On constitue alors une sous-commission de réorganisation de la bibliothèque composée de Marie-Ernest de Rozière, Georges Picot, Alphonse Chodron de Courcel, Albert Sorel et Léopold Delisle. On relève la nécessité de maintenir, « auprès de nos Archives diplomatiques, où nos négociations sont conservées depuis près de trois siècles […], dans le palais du Quai d’Orsay où se suit chaque jour l’œuvre […] de ceux qui parlent et écrivent au nom de la France […], une collection d’instruments de choix, offrant sur toutes les matières spéciales les documents les plus complets ». La bibliothèque ne doit surtout pas être « un amas de livres réunis par le hasard au cours des travaux et suivant les besoins variables de chaque jour » (MAE LC, Archives des Archives diplomatiques, 404INVA/49).

Georges Picot (1883) : rapporteur de la Commission / Eugène Pirou. Gallica.bnf.fr (Bibliothèque nationale de France).

On échange des réflexions sur le plan d’une véritable bibliothèque diplomatique, dont les grandes divisions sont portées au nombre de quatre : législation ; géographie et voyages ; histoire ; documents diplomatiques (au sens de documents officiels) publiés par chaque gouvernement. Il est décidé de soumettre les 27 000 volumes existants à un examen minutieux, de les classer en deux séries : les ouvrages utiles et les ouvrages à exclure. Léopold Delisle (historien, bibliothécaire et administrateur général de la Bibliothèque nationale de France) donne des conseils de méthode utiles pour cette opération. Une note du Ministre doit prescrire aux postes à l’étranger de transmettre directement à la bibliothèque un exemplaire de tous les documents ayant un caractère diplomatique publiés par les gouvernements étrangers. Une circulaire est diffusée en ce sens en avril 1890. Aux séances des 12 et 17 juin 1890, un modèle de fiche est présenté à la réunion de la sous-commission. Il doit servir aux rédacteurs du catalogue sommaire. On décide également d’envelopper les brochures sur les questions diplomatiques dans du papier bleu, pour les désigner à l’attention des agents, les autres dans du papier blanc.

Le chef de la division des Archives, Julien Girard de Rialle (1841-1904), s’emploie également à combler les lacunes les plus évidentes que l’on a laissé se former dans la documentation historique après le départ de François Mignet en 1848.

On doit aux travaux de cette commission d’être à l’origine de ce qu’est actuellement la bibliothèque du Ministère.

Julien Girard de Rialle (1890) : chef de la division des Archives (1182-1898). Gallica.bnf.fr (Bibliothèque nationale de France).

En savoir plus sur la réorganisation de la bibliothèque :

Les collections de la bibliothèque déplacées, spoliées, restituées (1939-1950)

Bibliothèque du ministère des Affaires étrangères en 1944 / Anonyme. Collection iconographique (série F). Archives diplomatiques

De 1939 à 1950, les collections de la bibliothèque ont connu bien des vicissitudes : de l’évacuation des 200 000 volumes organisée selon un plan d’urgence, entrainant leur dispersion dans plusieurs dépôts, jusqu’aux différentes restitutions d’ouvrages spoliés. 
Il peut donc paraître surprenant de constater que l’état des pertes n’a pas été plus considérable.

A travers cette étude, nous vous invitons à venir découvrir les tribulations des livres et les difficultés des bibliothécaires pendant cette période.

Restitutions : « dernières minutes »

En mars et novembre 2017, la bibliothèque centrale et régionale de Berlin a restitué sept volumes imprimés aux Archives diplomatiques. Ils avaient été soustraits aux collections pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont été retrouvés par nos collègues allemands au cours de travaux d’identification et de signalement de marques de provenance.

Ouvrages restitués en mars 2017. Archives diplomatiques

Les circonstances de ces restitutions sont précisées ici :

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