Vues d’ailleurs

Les publications imprimées nous livrent des illustrations (gravures, reproductions photographiques) offrant une représentation de l’Autre et de l’ailleurs objective, naïve, romantique, détournée ou biaisée.

Publié le : 23 octobre 2025 Mis à jour le : 12 février 2026

Vues de Chine

Mandarin du cinquième ordre, allant au palais, en habit de cérémonie (tome 1, planche V, page 62)

Publié en 1811 et 1812, La Chine en miniature, de Jean Baptiste Joseph Breton, dit Breton de La Martinière, n’est pas l’œuvre d’un voyageur, ni d’un sinologue. Mais il constitue, en même temps qu’un charmant produit de l’édition parisienne du Premier Empire, recherché des bibliophiles, un remarquable témoignage de la vision de la Chine offerte aux lecteurs français à l’aube du XIXe siècle, ainsi qu’un intéressant cas de diffusion, par le livre, d’une documentation réunie, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, par un précurseur des études et des échanges franco-chinois, le ministre Henri Léonard Bertin.

Palais de Yuen-Ming-Yuen (tome 1, planche XIII, page 99)

Né à Paris, Jean Baptiste Joseph Breton (1777-1852) est le fils d’un lieutenant général civil et criminel au bailliage de Pont-à-Mousson. Au début de la Révolution, il est, très jeune, initié à l’art de la sténographie, importé d’Angleterre, auquel les débats des assemblées, des clubs et des tribunaux donnent un rapide développement.

Dès 1792, un journal l’engage pour sténographier les débats de l’Assemblée, ce qu’il fera durant toute la Révolution, assistant par ailleurs, toujours pour en recueillir intégralement la teneur, aux grands procès tel celui de Babeuf, mais aussi aux cours de savants. Polyglotte, il est traducteur-interprète près les tribunaux pour l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le hollandais et le flamand et se lance dans la traduction et la publication d’ouvrages principalement anglais et allemands : en tout, une trentaine de titres historiques, récits de voyage, romans gothiques ou à l’eau de rose, souvent en plusieurs volumes. Il entre, en 1815, au Journal des débats, redevenant sténographe parlementaire – fonction qu’il assumera jusqu’au 2 décembre 1851 ! –, et fonde, en 1825, la Gazette des tribunaux.

Breton, qui avait fait paraître, en collaboration, plusieurs récits de voyage, à travers les départements de la France, la « ci-devant Belgique » et la rive gauche du Rhin (1802), le Piémont (1803), avait publié, en 1804, une traduction du Voyage en Chine et en Tartarie de lord Macartney et, en 1807, une traduction du Voyage en Chine de John Barrow, autre relation de la même ambassade. En 1811, il donne enfin La Chine en miniature, ou choix de costumes, arts et métiers de cet empire, représentés par 74 gravures, la plupart d’après les originaux inédits du cabinet de feu M. Bertin, ministre ; accompagnés de notices explicatives, historiques et littéraires. Cet ouvrage au très petit format in-18, en quatre tomes et quatre volumes – qui peuvent toutefois avoir été regroupés sous une même reliure – est imprimé par Demonville pour le libraire parisien Antoine Nepveu, actif au passage des Panoramas.

Manière dont on imprime à la Chine (tome 2, planche XXVII, page 89)

La préface de Breton expose l’origine du livre : la documentation relative à la Chine accumulée à partir de 1765 par Henri Léonard Bertin (1720-1792), contrôleur général des finances de 1759 à 1763, secrétaire d’Etat de 1763 à 1780, particulièrement chargé de manufactures et de questions économiques, fasciné par la Chine et partisan résolu, sinon de l’échange des connaissances, du moins du renseignement économique. En 1764, profitant du séjour à Paris de deux jeunes prêtres chinois, Bertin leur avait fait visiter le royaume et ses manufactures afin d’amorcer par leur intermédiaire, dès leur retour en Chine, une correspondance avec les pères de la Mission française de Pékin, qui envoyèrent effectivement au ministre, jusqu’en 1790, mémoires, objets, échantillons, ouvrages, les connaissances accumulées étant publiées, à partir de 1774, au sein des Mémoires concernant les Chinois.

L’origine de La Chine en miniature, écrit donc Breton, est la collection de quelque 400 dessins originaux et peintures reçus de Pékin par Bertin, presque entièrement acquise en 1792 par le libraire Nepveu lors de la dispersion des biens de l’émigré Bertin. Désireux de publier les plus intéressants, l’heureux acquéreur a confié à Breton le soin d’en assurer le commentaire. Comme le reconnaît modestement celui-ci, « cet ouvrage n’est qu’une compilation » ; une multitude de relations anciennes et modernes – dont celle de M. de Guignes – ont été mises à contribution.

En dehors de quelques notices générales, chaque tome est ainsi essentiellement formé d’une succession de planches, suivies chacune d’un commentaire de quelques pages. La plupart des planches, gravées de manière à pouvoir être coloriées, ce qui contribue en effet au charme de l’ouvrage, représentent des personnages, des métiers, des procédés, des instruments ou encore des supplices : l’empereur, des mandarins, des soldats, un lama, un bonze, le « tour pour travailler la porcelaine », la « récolte du thé par les singes », la « fabrication de l’encre de Chine », la « punition infligée à un interprète », etc.

Succès de librairie, La Chine en miniature s’accroît en 1812 de deux tomes supplémentaires V et VI, imprimés cette fois par Lenormand et spécifiquement intitulés Coup d’œil sur la Chine. Ils se distinguent notamment par la présence de six dépliants visant à reproduire, dans leur longueur, des peintures sur rouleau représentant des cortèges. Enhardi, le prolifique Breton poursuivra sa collaboration avec Nepveu, publiant pour ce libraire, de 1813 à 1818, des ouvrages conçus suivant le même principe consacrés à la Russie, à l’Egypte et à la Syrie, à l’Espagne et au Portugal, à l’Illyrie et à la Dalmatie et enfin au Japon.


Article rédigé par Grégoire Eldin et publié dans l’ouvrage collectif La Chine, une passion française : archives de la diplomatie française (XVIIIe-XXIe siècle). Portet-sur-Garonne : Loubatières, 2014. Bibliothèque, T-5674.

Ouvrage : La Chine en miniature, ou choix de costumes, arts et métiers de cet empire, représentés par 74 gravures, la plupart d’après les originaux inédits du cabinet de feu M. Bertin,… / Jean-Baptiste Breton de la Martinière
Paris : Nepveu, 1811
Bibliothèque, 30 F 23 (tomes 1 et 2) 
Exemplaire acheté à la librairie Delaroque le 16 octobre 1901.

Corneille Le Brun, un hollandais à la découverte du Levant

Voyage au Levant, c’est-à-dire, dans les principaux endroits de l’Asie Mineure, dans les isles de Chio, Rhodes et Chypre… / Cornelis de Bruijn. Paris : chez Guillaume Cavelier, 1714. Bibliothèque, 27 F 4. Archives diplomatiques

Cornelis de Bruijn, dit en français Corneille Le Brun (1652-1727), est un dessinateur, peintre, voyageur et écrivain hollandais. Il a entrepris deux grands voyages 1674-1693 et 1701-1708. En 1698, au terme de son premier périple, il livre une description touristique comprenant un grand nombre de vues de villes. L’édition de 1714 comprend ainsi deux cents gravures en taille-douce. Il est le premier à faire publier en Europe des dessins de Jérusalem et de l’intérieur des pyramides.

On trouve au contreplat supérieur de cet exemplaire un ex-libris gravé aux armes de César-Henri de La Luzerne (1737-1799), « d’azur à la croix ancrée d’or chargée de cinq coquilles de gueules ».

Ex-libris aux armes de César-Henri de La Luzerne. Archives diplomatiques

Ce petit-fils du chancelier de Lamoignon est gouverneur des Iles-sous-le-Vent de 1785 à 1787, puis nommé secrétaire d’Etat à la Marine à deux reprises entre 1787 et 1790. Il démissionne de ce poste et émigre en 1790. Il meurt près de Linz, au château de Bernau. Il est également connu pour être traducteur de grec ancien en français et a laissé deux traductions de Xénophon.

Le mode et la date d’acquisition de ce volume par la bibliothèque sont encore inconnus.

Un Anglais au coeur des révolutions sud-américaines

Relation historique et descriptive d’un séjour de vingt ans dans l’Amérique du Sud … suivie d’un précis des révolutions des colonies espagnoles de l’Amérique du Sud / William Bennet Stevenson. 1826 (3 vol.). Bibliothèque, 258 B 27. Archives diplomatiques

Voyageur anglais, W. B. Stevenson demeure vingt années en Amérique du Sud où il est le témoin des guerres d’indépendance conduites par les colonies espagnoles. Il devient secrétaire du président de Quito puis de lord Cochrane (amiral britannique ayant soutenu José de San Martin pour libérer le Pérou). Stevenson rentre en Angleterre en 1824 et publie ses mémoires.

Archives diplomatiques

Paul Claudel, un poète en Chine

Connaissance de l’Est / Paul Claudel. Paris : Georges Crès, 1914. Bibliothèque, Rés. O 30. Archives diplomatiques

Connaissance de l’Est est un recueil de poèmes en prose presque tous composés en Chine, entre 1895 et 1905, où Claudel a été nommé consul à Shanghaï puis vice-consul à Fou-Tchéou. Il souhaite faire connaître ce pays d’Extrême-Orient en écrivant des textes imprégnés par la culture chinoise où l’on évoque les jardins, le théâtre ou les idéogrammes.
En 1913, Claudel autorise Victor Segalen, rencontré à Pékin, à rééditer ce recueil déjà publié en 1900 et en 1907 au Mercure de France. L’impression est exécutée, sur doubles-pages de papier de riz pliées et cousues à la chinoise, en deux volumes contenus dans une chemise cartonnée recouverte de soie bleue retenue par deux fermoirs en os. Chaque poème est pourvu d’une lettrine noire, sur cachet rouge à la façon de l’ancienne Chine.
Les éditions précédentes comportant des coquilles, Claudel considère celle-ci comme étant l’édition originale.

Cet exemplaire sur vergé pelure, numéroté 151 et imprimé en Chine (presses du Pei-T’Ang), est acheté par la bibliothèque le 28 janvier 1998.

Un sport traditionnel iranien méconnu

Voyage en Perse fait en 1812 et 1813 / Gaspard Drouville. Paris : Librairie nationale et étrangère, 1825. Bibliothèque, 31 A 13. Archives diplomatiques

La première édition de cet ouvrage paraît à Saint-Pétersbourg en 1819 et le succès est tel que le livre sera réimprimé à Paris quelques années plus tard. 
On en sait peu sur son auteur, Gaspard Drouville, qui a habité durant six mois en Perse chez un ancien ambassadeur de Perse en France, Asker Khan, en poste à Paris entre 1808 et 1810. Son récit de voyage insiste tout particulièrement sur la vie publique (gouvernement, justice,….) et privée donnant ainsi un tableau vivant et complet de la société persane.
Pour exemple, cette planche qui représente des athlètes pratiquant le parvesh-e pahlavani, sport traditionnel mêlant lutte, musculation et danse, le tout associé à des éléments de la spiritualité soufie ou zoroastrienne.
On ne connait pas précisément l’origine du parvesh-e pahlavani : serait-il d’origine préislamique, après la conquête arabe était-il une façon de résister à l’envahisseur et, plus tard, est-il devenu le refuge des valeurs chiites face au sunnisme ?
Pratiqué encore aujourd’hui dans des salles dédiées, les zurkhaneh, interdites d’accès aux femmes, ce sport compterait en Iran entre 20 000 et 30 000 athlètes.
En 2004, afin d’assurer sa promotion dans le monde, a été fondée la Fédération internationale du zurkhaneh.

Sur les chemins de l’Inde vers l’Angleterre

Paysans persans. Voyage de l’Inde en Angleterre par la Perse, la Géorgie, la Russie, la Pologne et la Prusse / John Johnson. Paris : Gide, 1819. Bibliothèque, 31 A 20. Archives diplomatiques

Le lieutenant-colonel John Johnson, officier britannique, retourne en Angleterre après avoir vécu 35 ans en Inde. A son arrivée, il publie son récit de voyage entre Bombay et Londres, riche d’anecdotes sur la vie locale et les coutumes des pays qu’il traverse. Il prend même soin d’y préciser le montant de toutes ses dépenses.

Le récit de son périple est traduit en français par Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret (1767-1843). Très connu pour ses traductions de l’anglais, ce dernier a vécu 25 ans à Londres et a traduit les œuvres complètes de Walter Scott et de James Fenimore Cooper. Fortement inspiré par les œuvres qu’il avait traduites il s’essaiera même au roman historique.

Les 20 gravures à eau-forte insérées dans l’ouvrage sont l’œuvre de Theodore Henry Adolphus Fielding (1781-1851). Professeur de dessin et de perspective au collège militaire de la Compagnie des Indes orientales à Addiscombe, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la théorie de la peinture. Ce peintre et graveur est connu pour ses « Vues des Indes occidentales » ainsi que pour les illustrations de ses excursions sur les côtes et dans les ports de Normandie.

Khourdes. Voyage de l’Inde en Angleterre par la Perse, la Géorgie, la Russie, la Pologne et la Prusse / John Johnson. Paris : Gide, 1819. Bibliothèque, 31 A 20. Archives diplomatiques.

Des femmes qui n’ont pas froid aux yeux !

On connaît Ella Maillart, Isabelle Eberhardt, Lady Stanhope mais bien d’autres femmes ont parcouru le monde, bravé les dangers et relaté leurs aventures dans des zones reculées. Dans leurs récits, elles ont collecté moult données sur les pays qu’elles traversaient, leurs institutions, leurs modes de vie, leurs croyances. Autant d’informations devenues de précieux documents pour la connaissance.

Voici une galerie de portraits de ces voyageuses, à découvrir en explorant les collections de la bibliothèque du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

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