Au pays des langues étrangères La collecte de publications éditées à l’étranger (officielles ou non), d’ouvrages permettant l’apprentissage et la maîtrise des langues étrangères sont autant de préoccupations récurrentes à la bibliothèque pour l’information des bureaux et la formation des agents. Archives diplomatiques Publié le : 23 octobre 2025 Mis à jour le : 12 février 2026 Dans cette rubrique Archives & bibliothèque Venir aux Archives Confier ses archives ou travaux Consulter les archives Organiser un tournage aux Archives Organiser une visite des Archives Reproduire et réutiliser des archives Effectuer des recherches généalogiques ou familiales Accès des généalogistes professionnels Actes d’état civil et autres archives diplomatiques et consulaires L’état civil des Français à l’étranger Recherche de personnes disparues en Algérie pendant les derniers mois de la souveraineté française S’orienter dans les fonds et collections Ambassades, consulats, réseau culturel et de coopération (XVIe-XXe siècles) Colonies et territoires d’Outre-mer (1793-1960) Protectorats et mandat français (1881-1956) Récupération artistique Ressources pédagogiques Agenda et offre culturelle des Archives Concours des jeunes ambassadeurs et ambassadrices L’offre éducative du centre de La Courneuve L’offre éducative du centre de Nantes Sommaire En Serbe ! Une grammaire birmane qui fera date ! Un consul amateur de bons mots chinois Des langues orientales aux caractères bien européens Les pionniers de l’étude des langues berbères En Serbe ! Bibliothèque, 35 C 3 (7). Archives diplomatiques. Je suis de noble naissanceUne gracieuse tête et des jambes finesJe porte un véritable nom serbeEt quand l’amoureux m’apporte à son aiméeEn moi ils reconnaissent le cœur de Cupidon Qui suis-je ? Vous trouverez la réponse à la page 87 de ce recueil de 1857 publié à Zadar et qui recense 200 « Devinettes serbes morales et divertissantes », collectées par Vuk Vrcevic. Si vous êtes curieux de connaître la réponse sans attendre, il s’agit du … miroir de Vénus. Une grammaire birmane qui fera date ! La Birmanie : conférence faite à la Société académique indo-chinoise / Louis Vossion. Paris : Challamel, 1890. Bibliothèque, 31 A 8 (9). Archives diplomatiques. Pierre-Louis Vossion (1847-1906) est d’abord militaire avant de donner sa démission d’officier en 1874 pour accompagner en Birmanie son camarade de promotion à Saint-Cyr, Mong-Thon. Chargé de mission par Jules Ferry, il restera 5 ans en Birmanie avant de rentrer en France avec une collection d’objets (laques, tissus, armes, éventails et ombrelles, …) et de photographies. Il léguera ses objets à la Société de géographie qui les confiera à son tour à la Bibliothèque nationale de France. Quant à ses photographies, une partie est désormais conservée aux Archives diplomatiques. Il rejoint ensuite en 1880 le ministère des Affaires étrangères. Il sera vice-consul à Khartoum puis à Rangoon, avant d’être nommé consul à Philadelphie, à Honolulu jusqu’à l’annexion des îles Hawaï par les Etats-Unis en 1898, à Sydney et enfin à Bombay. C’est lors de son séjour en Birmanie qu’il rédige cette grammaire birmane publiée en 1890 et utilisée jusqu’en… 2001 par les étudiants de l’Ecole des langues orientales vivantes ! Grammaire birmane / Louis Vossion. Paris : s. n, 1890. Bibliothèque, 30 C 45. Archives diplomatiques. Cette grammaire est en fait la traduction de celle rédigée par Adoniram Judson (1788-1850), un missionnaire baptiste réformé américain qui vécut près de 40 ans en Birmanie. Si Louis Vossion a gardé le plan général de l’ouvrage de Judson, il le complète, le remanie, l’enrichit de nombreux exemples et, surtout, ajoute la prononciation en français de tous les mots birmans qui paraissent dans le texte. Louis Vossion est également l’auteur des Contes birmans publiés dans la collection Contes et légendes. Un consul amateur de bons mots chinois Anecdotes, historiettes et bons mots en chinois parlé / Camille Imbault Huart. Paris : Leroux, 1882. Bibliothèque, 32 F 28. Archives diplomatiques. Diplomate et sinologue Camille Imbault-Huart (1857-1897) est à trois reprises consul à Canton (1889-1892, 1893-1896, 1897). Sa connaissance approfondie de la Chine lui permet d’entretenir des relations apaisées avec le vice-roi Tchang Tchi-tong pourtant très hostile aux Français. Il organise la concession française, jusque-là en déshérence, en faisant nettoyer les terrains, en instituant une police, en faisant bâtir maisons, chapelles et bungalows. Ses démarches renouvelées lui permettent d’obtenir des fonds pour la construction d’un consulat. Les travaux commencent en janvier 1894. En 1896, il laisse la gérance du consulat à Léonce Flayelle (interprète) pour prendre un congé. Mais à son retour, en 1897, il tombe gravement malade et décède à l’hôpital de Hong-Kong. Sous la direction de Camille Imbault-Huart le consulat de Canton, outre son rôle de poste d’observation de la situation en Indochine, prend toute son importance en Chine. Camille Imbault-Huart est également l’auteur de plusieurs dizaines d’ouvrages et d’articles sur la Chine et sa civilisation : manuels de langue, traductions de poèmes, ouvrages historiques et géographiques, essais économiques et commerciaux. Anecdotes, historiettes et bons mots en chinois parlé / Camille Imbault Huart. Paris : Leroux, 1882. Bibliothèque, 32 F 28. Archives diplomatiques. Ces multiples travaux qui développeront les connaissances sur la Chine en France lui vaudront le titre d’officier d’Académie décerné par Goblet, ministre de l’Instruction publique, ainsi que le prix Edme-François Jomard décerné par la Société de géographie pour son étude sur Formose. L’Ile Formose, histoire et description / Camille Imbault-Huart ; [précédé d’] une introduction bibliogr. par Henri Cordier. Paris : E. Leroux, 1893. Bibliothèque, 32 F 5. Archives diplomatiques. Des langues orientales aux caractères bien européens Constantin François de Chasseboeuf, comte de Volney. (source : Wikipedia) Le comte de Volney (1757-1820) est l’auteur d’ouvrages sur l’histoire des langues et des civilisations mais également de livres pratiques pour l’apprentissage des langues du Proche-Orient. En 1783, il décide (à moins qu’il ne s’agisse d’une mission officieuse qui lui est confiée par Vergennes pour évaluer l’état de l’Empire ottoman) d’un voyage qui lui prendra 2 ans et d’où il rapportera son ouvrage : Voyage en Egypte et en Syrie. Grand succès lors de sa parution en 1787, il sera très vite traduit dans plusieurs langues européennes. Venture de Paradis, qui a séjourné 6 ans à Constantinople au service de Vergennes, fait partie des nombreuses personnes que Volney a rencontrées et qui lui ont fourni des informations pour la rédaction de son texte. Voyage en Syrie et en Egypte pendant les années 1783, 84 et 85 / C.–F. Volney. Paris : Courcier, 1807. Bibliothèque, 29 A 2. Archives diplomatiques En 1794, Volney est attaché à la Commision des Affaires extérieures, en charge de la correspondance avec l’Empire ottoman et du recrutement des interprètes. Face au faible nombre de drogmans, il cherche à développer l’étude des langues orientales et, pour ce faire, invente la translittération (« l’écriture des langues orientales par l’intermédiaire de l’alphabet latin »). Son ouvrage Simplification des langues orientales, ou méthode nouvelle et facile d’apprendre les langues arabe, persane et turque, avec des caractères européens, rédigé avec les conseils de Venture de Paradis, parait en 1795 et sera une référence jusqu’à la parution de la Grammaire arabe de Silvestre de Sacy en 1810. La Simplification des langues orientales s’ouvre par un discours préliminaire de Volney dans lequel il explique le pourquoi de son œuvre : « c’est parce que nous n’entendons pas les langues de l’Asie, que depuis dix siècles nous fréquentons cette partie du monde sans la connaître : c’est parce que nos ambassadeurs et nos consuls n’y parlent que par interprètes, qu’ils y vivent toujours étrangers et n’y peuvent étendre nos relations ni protéger nos intérêts. ». Dès lors, le but de Volney est clair : « faciliter les langues orientales […] les rendre accessibles, presque populaires, en les ramenant à la condition des langues d’Europe dont elles ne différent point essentiellement ». Et comme selon lui le principal obstacle à leur apprentissage est leur alphabet : « il faut abroger ce système et lui en substituer un plus simple et plus parfait ». Ce sera la translittération que Volney présente comme une transposition musicale. Simplification des langues orientales ou méthode nouvelle et facile d’apprendre les langues arabes, persane et turque avec les caractères européens / C.-F. Volney. Paris : Imprimerie de la République, an III. Bibliothèque, 30 C 58. Archives diplomatiques Les pionniers de l’étude des langues berbères Longtemps, peu de linguistes ont manifesté de l’intérêt pour les langues berbères. L’arabe, le turc ou le persan étaient à l’honneur mais chleuh, tachelhit du Maroc, kabyle, taqbaylit d’Algérie ou encore touareg, tamacheq du Sahara-Sahel, étaient largement ignorés.Voici quelques jalons historiques dans l’étude de ces langues. Jean-Michel Venture de Paradis (1739-1799) apparait comme l’un des premiers à avoir étudié les langues berbères. Né à Marseille, dès ses 15 ans, il est envoyé à Constantinople parfaire sa connaissance du turc. Après divers séjours comme drogman en Egypte, au Maroc, à Tunis, il devient en 1781 secrétaire interprète de Louis XVI au ministère des Affaires étrangères. Envoyé à Alger en mission en 1788, il profite de son séjour pour rédiger une Grammaire et dictionnaire abrégés de la langue berbère. A son retour à Paris, en 1790, il remet son manuscrit à Volney qui va le déposer à la Bibliothèque royale. Mais la carrière de Venture de Paradis n’est pas finie. Il retourne encore 4 ans à Constantinople, il est professeur de turc à l’Ecole des langues orientales vivantes, il est choisi par Bonaparte pour l’accompagner comme premier secrétaire interprète pendant l’expédition d’Egypte et il participe enfin à l’expédition de Syrie lors de laquelle il perdra la vie.Rédigé entre 1788 et 1790 son ouvrage, Grammaire et dictionnaire abrégés de la langue berbère, ne paraitra pourtant que 54 ans plus tard, la récente conquête de l’Algérie nécessitant une meilleure connaissance du pays. L’impression de l’ouvrage est confiée à Amédée Jaubert (1779-1847), diplomate et orientaliste qui a, tout comme Venture, participé à l’expédition d’Egypte. Il était d’ailleurs interprète adjoint de Venture de Paradis et, à la mort de ce dernier, il le remplacera comme premier interprète de Bonaparte. Première pierre dans la connaissance des langues berbères, l’œuvre de Venture de Paradis est encore citée par la communauté scientifique des linguistes dans les années 1930. Grammaire et dictionnaire abrégés de la langue berbère / Jean-Michel de Venture de Paradis. Paris : Imprimerie royale, 1844. Bibliothèque, 84 Fz 13. Archives diplomatiques Saïd ben Mohammed-Akli Cid Kaoui (1859-1910) fréquente dans sa jeunesse l’école primaire française en Algérie dans la ville de Bougie (actuelle Bejaïa) avant de poursuivre ses études au lycée de Constantine. En 1877, à 18 ans, il s’enrôle dans l’armée dans le 1er régiment de spahis qu’il quittera vers 1880 pour suivre une année d’études de médecine avant de choisir un cours d’interprète. En 1886, il rejoint le corps des interprètes militaires et ne le quittera que pour prendre sa retraite en 1908. En 1884, pendant qu’il prépare ses examens pour intégrer le corps des interprètes militaires, il est désigné en qualité de juré aux examens de berbère. C’est alors qu’il a l’idée de réaliser deux dictionnaires : un dictionnaire de kabyle et un dictionnaire de touareg. Nommé au poste de Ouargla en 1888, il ne peut achever son dictionnaire kabyle mais, en revanche, il a la possibilité d’enrichir considérablement son dictionnaire français-tamâheq grâce à la présence, dans les environs de Ouargla, de parfaits locuteurs de cette langue.Son dictionnaire est achevé en 1890 et publié en 1894. En 1900, une version abrégée sort en librairie et, en 1907, Cid Kaoui fait paraitre un nouveau dictionnaire consacré cette fois aux langues berbères du Maroc.Membre de la Société historique algérienne, chevalier de la Légion d’honneur, Cid Kaoui remporte une médaille de bronze lors de l’Exposition universelle de 1900 pour ses dictionnaires. L’exemplaire de son Dictionnaire français-tamâheq conservé à la bibliothèque du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères présente 2 particularités. Tout d’abord, il est dédicacé par l’auteur à Jules Cambon (1845-1935), gouverneur général d’Algérie de 1891 à 1897. Ensuite, il s’agit d’un ouvrage autographié, procédé fréquemment utilisé au 19e siècle qui permettait, avant l’invention de la photocopieuse, de reproduire des textes manuscrits. Dictionnaire pratique Français-Tamâheq (langue des Touareg) / S. Cid Kaoui. Paris : Jourdan, 1894. Bibliothèque, 84 A 3. Archives diplomatiques Après des études en Algérie et en France, André Basset (1895-1956) est agrégé de grammaire en 1922. Il est nommé professeur dans un lycée à Rabat puis directeur d’études à l’Institut des Hautes Etudes Marocaines. Après avoir soutenu ses deux thèses (La langue berbère – Morphologie, le verbe et Etudes de géographie linguistique en Kabylie), il est nommé professeur à la faculté d’Alger où il occupe la chaire de langue et civilisation berbères tout juste créée. Il y restera jusqu’au moment où il rejoindra à Paris l’Ecole des langues orientales. Son apport à la recherche sur les langues berbères est très important notamment en phonétique et phonologie et sa thèse de 1929 sur les verbes a permis de profondément renouveler la connaissance du système verbal berbère, très éloigné du système des temps français. L’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) a organisé, en mars 2017, le premier colloque international de linguistique berbère… en hommage à André Basset. La langue berbère : morphologie : le verbe : étude de thèmes / André Basset. Paris : Leroux, 1929. Bibliothèque, 54 Az 11. Archives diplomatiques