L’armistice du 11 novembre 1918 Comment les diplomates français ont-ils vécu et appris, au Quai d’Orsay et aux quatre coins du monde, la signature de la convention d’armistice du 11 novembre 1918 ? Comment la diplomatie française, qui ne fut pas – par nature – au premier plan des négociations de l’armistice par le Maréchal Foch, a-t-elle contribué à informer les autorités des pays alliés et à en recueillir les réactions ? Retour en images sur ce temps fort de notre histoire contemporaine grâce aux documents conservés par les Archives diplomatiques. Archives diplomatiques Publié le : 22 octobre 2025 Mis à jour le : 24 février 2026 Signature de l’Armistice à Rethondes Illustration de Maurice Pillard Verneuil Dans cette rubrique Archives & bibliothèque Venir aux Archives Confier ses archives ou travaux Consulter les archives Organiser un tournage aux Archives Organiser une visite des Archives Reproduire et réutiliser des archives Effectuer des recherches généalogiques ou familiales Accès des généalogistes professionnels Actes d’état civil et autres archives diplomatiques et consulaires L’état civil des Français à l’étranger Recherche de personnes disparues en Algérie pendant les derniers mois de la souveraineté française S’orienter dans les fonds et collections Ambassades, consulats, réseau culturel et de coopération (XVIe-XXe siècles) Colonies et territoires d’Outre-mer (1793-1960) Protectorats et mandat français (1881-1956) Récupération artistique Ressources pédagogiques Agenda et offre culturelle des Archives Concours des jeunes ambassadeurs et ambassadrices L’offre éducative du centre de La Courneuve L’offre éducative du centre de Nantes Sommaire 11 novembre 1918 : une convention d’armistice essentiellement négociée par les autorités militaires La diplomatie mobilisée pour informer les autorités des pays alliés et recueillir les réactions 11 novembre 1918 : une convention d’armistice essentiellement négociée par les autorités militaires Signature de l’Armistice à Rethondes Illustration de Maurice Pillard Verneuil La signature de l’armistice du 11 novembre 1918 à Rethondes (forêt de Compiègne) est intervenue – après les armistices bulgare, ottoman et austro-hongrois – immédiatement après la demande du chancelier allemand Max de Bade de suspension des hostilités le 7 novembre 1918, puis l’abdication de l’empereur Guillaume II (le 9 novembre), considéré par les chefs alliés comme le responsable de la Grande Guerre. L’Allemagne connaît alors une révolution (Novemberrevolution) qui suscite l’inquiétude des autorités françaises et britanniques (crainte de l’inconnu, menace bolchevique outre-Rhin). Une convention d’armistice diffère fondamentalement d’un traité de paix. La première est négociée par les autorités militaires – lesquelles sont soumises à un gouvernement pouvant d’ailleurs les inviter à insérer des clauses de nature non militaire – et a pour objectif immédiat la fin des combats. Le traité de paix est quant à lui négocié par un gouvernement civil : il définit les conditions de la paix en jetant les bases d’un nouvel ordre international. De ce point de vue, la diplomatie française n’est pas directement intervenue au moment même de la signature de l’armistice, sous l’autorité du maréchal Foch. De même, l’entrée des troupes françaises en Alsace-Lorraine (17-22 novembre 1918) est un événement militaire (général Gouraud). C’est le 18 janvier suivant, en 1919, que la diplomatie française est entrée au premier plan avec la tenue au Quai d’Orsay, sous la présidence du conseil de Georges Clemenceau, de la conférence de paix, en présence du président Woodrow Wilson – arrivé à Brest dès le 13 décembre, soit plus d’un mois avant la tenue de la conférence. La diplomatie mobilisée pour informer les autorités des pays alliés et recueillir les réactions Au moment de la signature de l’armistice, les diplomates communiquent, au Quai d’Orsay et aux quatre coins du monde, avec les autorités des pays alliés. Plusieurs documents datant des 9, 10 et 11 novembre, conservés par les Archives diplomatiques, témoignent de leurs préoccupations ainsi que de celles des autorités britanniques mais aussi allemandes. Cette conférence, au cours de laquelle le président américain a mis en œuvre plusieurs de ses 14 points exposés en janvier 1918, aboutit notamment aux traités de paix de Versailles (entre l’Allemagne et les alliés – 28 juin 1919), de Saint-Germain (entre l’Autriche et les alliés – 10 septembre 1919), de Neuilly (entre la Bulgarie et les alliés – 27 novembre 1919), de Trianon (entre la Hongrie et les alliés), de Sèvres (sur l’ancien Empire ottoman – 10 août 1920 – révisé à Lausanne en 1923). Un siècle plus tard, la France et l’Allemagne commémorent conjointement la fin de la Première Guerre mondiale, comme l’illustre la présence du président fédéral Frank-Walter Steinmeier auprès d’Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 à la cathédrale de Strasbourg, capitale européenne et symbole de la réconciliation franco-allemande, et celle de la chancelière fédérale Angela Merkel, lors des cérémonies des 10 et 11 novembre 2018. Ce sont les leçons tirées des deux Guerres mondiales du XXe siècle qui ont conduit les deux peuples, français et allemand, à une réconciliation qui constitue le ferment, le socle de la construction européenne. Reddition allemande : notes prises par Georges Mandel, son chef de cabinet, sous la dictée de Georges Clemenceau, président du conseil et ministre de la guerre (9 nov. 1918) : Clemenceau considère comme à peu près certain que les Allemands accepteront l’armistice. Évocation de la demande allemande de conserver une armée et des mitrailleuses pour combattre le bolchevisme et une marine marchande pour ne pas subir de famine. Conclusion de Clemenceau : la situation actuelle de l‘Allemagne nous met en présence de l’inconnu. Reddition allemande : notes prises par Georges Mandel, son chef de cabinet, sous la dictée de Georges Clemenceau, président du conseil et ministre de la guerre (9 nov. 1918) Fermer Reddition allemande : notes prises par Georges Mandel, son chef de cabinet, sous la dictée de Georges Clemenceau, président du conseil et ministre de la guerre (9 nov. 1918) Télégramme diplomatique de Clemenceau à ses homologues britannique et italien, Lloyd George et Vittorio Emanuele Orlando, communiqué au conseiller du président Wilson (colonel House) et aux autorités du royaume de Belgique, envoyé par le ministre français des Affaires étrangères Stephen Pichon (10 nov. 1918) : Clemenceau évoque les conséquences, dans le cadre de l’application de l’armistice, de la révolution allemande. Risque que la flotte allemande ne tombe aux mains de l’insurrection. Clemenceau craint que l’Allemagne « n’annexe de fait les provinces allemandes de l’Autriche en les appelant à prendre part au vote » sur le nouveau régime républicain. Télégramme diplomatique de Clemenceau Fermer Télégramme diplomatique de Clemenceau Texte chiffré émanant de Clemenceau, reprenant les instructions reçues du chancelier du Reich par les plénipotentiaires allemands pour signer le texte d’armistice (10 nov. 1918) : Les plénipotentiaires allemands ont reçu l’ordre de Berlin d’accepter les conditions d’armistice. « Signaler que l’exécution de certains points [des conditions d’armistice] doit faire tomber dans la famine la population de la partie de l’Allemagne qui ne doit pas être occupée. » Clemenceau juge que la question du ravitaillement devra être ultérieurement discutée. Texte chiffré de Clemenceau Fermer Texte chiffré de Clemenceau Déclaration de Clemenceau à la Chambre des députés (11 nov. 1918) : « Le territoire français est libéré par la force des armes ». « Unissons-nous pour saluer le retour à la commune patrie de l’Alsace et de la Lorraine ». « Gratitude éternelle aux morts (…) dont le glorieux sacrifice trouve (…) sa récompense dans la victoire ». « Sachons développer dans la paix les qualités que nous avons montrées dans la guerre, pour que la France soit et demeure le bon soldat de l’humanité. » Télégramme diplomatique annonçant la signature de l’armistice à tous les agents diplomatiques français dans le monde (11 nov. 1918) : L’armistice sollicité par l’Allemagne a été signé. Le ministre des Affaires étrangères en lira le texte au Sénat (tandis que le président du Conseil le lira à la Chambre des députés). Joie nationale. En savoir plus : Sur le site de la Documentation française Sur le site de l’Assemblée nationale Télégramme de l’Ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon (12 nov. 1918) : Le Premier ministre britannique attache du prix au ravitaillement alimentaire de l’Allemagne. Télégramme de Paul Cambon Fermer Télégramme de Paul Cambon Pour en savoir plus sur les archives diplomatiques Télécharger les documents d’archives de cet article : Documents d’archives - l’armistice du 11 novembre 1918 vu du Quai d’Orsay PDF - 3 573.9 KB