Réunion ministérielle du G7 Affaires étrangères - Conférence de presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Vaux-de-Cernay, 26 mars 2026)

Partager

Bonsoir à toutes et tous et bienvenue aux Vaux-de-Cernay.

En novembre 1975, il y a 50 ans, presque jour pour jour, les dirigeants des six démocraties institutionnalisées les plus avancées du monde se réunissaient pour la première fois au sein d’une même enceinte. C’était il y a 50 ans, à quelques kilomètres d’ici. Entre les murs du château de Rambouillet, le G7 prenait forme.
Quelques mois plus tôt, les déchirements du Proche-Orient avaient conduit à la guerre. Les certitudes d’hier, nées de l’après-guerre, commençaient déjà à s’effriter.

Face à ces bouleversements, nos prédécesseurs firent un choix salutaire : celui du dialogue. L’intuition visionnaire du Président Valéry Giscard d’Estaing - qui fut l’architecte du G7, aux côtés du président américain Gérald Ford - tenait en deux mots : responsabilité commune.

50 ans plus tard, nous voici à nouveau dans ce territoire vallonné des Yvelines, dans cette région qui est aussi ma terre d’élection. Ici, aux Vaux-de-Cernay, dans cette abbaye cistercienne, qui a résisté au passage du temps, quelque chose s’élève au-dessus des pierres : une forme de sagesse. Celle d’un lieu où, depuis le XIIe siècle, on recherche l’équilibre entre l’homme et la nature, entre la réflexion et l’action. Une forme d’espérance.

Ce n’est pas un hasard si nous avons choisi ce lieu pour accueillir la première réunion des ministres des affaires étrangères de la présidence française du G7.
Le monde dans lequel nous vivons est à la recherche d’un équilibre. Une nouvelle fois. Dans les interstices du chaos, les menaces prospèrent : narcotrafic, criminalité organisée, ingérences étrangères. Les routes maritimes se transforment en goulets d’étranglement. Les chaînes d’approvisionnement deviennent des lignes de vie. Et lorsqu’une crise éclate, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, dans les Amériques ou l’Indopacifique, l’onde de choc se propage à une vitesse inédite, et elle touche chacune et chacun d’entre nous.
Dans ce monde qui est désormais le nôtre, le G7 a plus que jamais un rôle à jouer. Fidèle à ses origines et à l’esprit de Rambouillet, instruit par 50 ans de soubresauts géopolitiques, décidé à faire primer le dialogue et la coopération sur la confrontation et la brutalité, le G7 se doit d’apporter des réponses.

C’est ainsi que le Président de la République a conçu cette présidence française. Une présidence qui s’empare de la question de la réduction des déséquilibres mondiaux. Une présidence qui renouvelle nos partenariats avec les pays en développement, sans lesquels aucune réponse durable n’est possible.

Une présidence qui jette des ponts avec les autres grandes puissances, pour conjurer les logiques de blocs. C’est la raison pour laquelle j’ai associé à nos travaux des partenaires essentiels : le Brésil, l’Inde, la Corée du Sud, et l’Arabie saoudite. J’ai également accueilli cet après-midi le ministre des affaires étrangères de l’Ukraine, avec qui je me suis entretenu pour réitérer le soutien de la France au peuple ukrainien.

Tout à l’heure, pour notre première séance de travail, j’ai accueilli mes homologues sous une verrière conçue par Gustave Eiffel, ici, sur le site des Vaux-de-Cernay. Une structure élancée qui nous rappelle combien les grands ouvrages, ceux qui résistent au temps, naissent de l’audace et de l’ingéniosité collective. Puisse cette exigence guider nos propres travaux.

La présidence française du G7 entend obtenir des résultats concrets au service de la sécurité et de la prospérité des pays du G7, et donc de la France et des Français. En somme, nous voulons, aux Vaux-de-Cernay, poser les bases d’un G7 d’équilibre, de convergence et de résultats.

Un G7 d’équilibre, d’abord. Concurrence prédatrice, surcapacités industrielles, sous-investissement chronique, surendettement, recul de la solidarité internationale… Ces déséquilibres macroéconomiques menacent la prospérité et la stabilité des nations. Ils fragilisent l’esprit de coopération entre les peuples. Ils favorisent les replis protectionnistes et portent en eux les germes des crises de demain.

Notre ambition est d’apporter ensemble des solutions à ces déséquilibres. Et pour ce faire, de contribuer collectivement à l’émergence d’un nouvel ordre international, reposant sur une coordination renforcée entre les grandes puissances économiques. Un multilatéralisme efficace et pragmatique. Car l’Histoire nous l’enseigne : les nations ont tout intérêt à coopérer en respectant les mêmes règles du jeu. Plus de prévisibilité, plus de stabilité, plus de prospérité. Cet équilibre, c’est celui d’un multilatéralisme refondé. Un système plus légitime et plus juste.

Un G7 de convergence, ensuite. Déjà à Munich, le mois dernier, nous avions convié l’Inde, grande puissance émergente, qui préside cette année le groupe des BRICS, avec lequel les pays du G7 veulent se coordonner plutôt que de s’affronter. Aujourd’hui, nous faisons à nouveau le choix d’ouvrir ce G7, en invitant, dès le début de nos travaux, l’Inde à nouveau et les autres grands pays émergents que je citais tout à l’heure. C’est une question de cohérence et c’est un choix stratégique. Refuser les logiques de blocs. Dessiner des convergences partout où cela est possible. Car ce n’est qu’ensemble que nous pourrons surmonter les défis de notre temps.

Un G7 de résultats, enfin. C’est ce à quoi nous avons travaillé tout au long de cette journée, et ce sur quoi nous travaillerons ce soir et toute la journée, demain. En matière de gouvernance mondiale, nous nous sommes accordés cet après-midi sur deux initiatives très concrètes.

D’abord, la réforme des opérations de maintien de la paix pour leur faire gagner en efficacité, avec la mise en place d’un comité de coordination. Ce comité réunira les membres du G7 et les grands pays contributeurs de troupes, des troupes de Casques bleus. Il sera chargé, dans un premier temps, d’examiner le rapport du secrétaire général des Nations unies sur l’avenir du maintien de la paix et de formuler des propositions d’amendement et d’améliorations, de manière à ce que ces opérations de maintien de la paix puissent atteindre les objectifs qui leur sont assignés.

Deuxième initiative en matière de gouvernance mondiale : accroître l’impact de l’aide humanitaire. D’abord en soutenant la réforme ONU80, la réforme interne des Nations unies. L’impact de cette réforme, notamment sur le Programme alimentaire mondial, doit générer des économies substantielles et permettre à l’aide alimentaire d’atteindre davantage de personnes. Elle doit permettre une économie de 200 millions de dollars chaque année, permettant de fournir une aide alimentaire à 1,2 millions de personnes supplémentaires par mois pendant un an.

Et donc ce que nous avons décidé, c’est de nous coordonner sur notre soutien aux huit plateformes humanitaires mondiales et à l’ensemble de leur réseau, pour répondre de manière plus rapide aux situations d’urgence. À titre national, la France soutiendra la plateforme de Dubaï et celle de Lyon. Et puis nous renforcerons la mobilisation du secteur privé, en conduisant des opérations d’acheminement d’aide humanitaire, en partenariat avec des entreprises, comme nous l’avons fait récemment pour le Liban.

Donc vous l’aurez compris, sur deux missions essentielles des Nations unies, les opérations de maintien de la paix et les opérations humanitaires, nous entendons faire des propositions et prendre des décisions pour accroître l’efficacité du système des Nations unies.

Ce soir, nous aurons également une session de travail dédiée à la reconstruction et à la stabilisation, pour penser les situations d’après-guerre. Nous échangerons là aussi sur des projets très concrets.

D’abord, la réparation du dôme de Tchernobyl, endommagé l’année dernière par une frappe de drone russe. Je me suis rendu sur place en juillet 2025 pour constater les dégâts de cette guerre sans limites. Ce soir, nous seront présentés les premiers bilans financiers des destructions provoquées par ce drone, qui se chiffrent aux alentours de 500 millions d’euros. Un drone russe, 500 millions d’euros de dommages sur le dôme de Tchernobyl. Le G7 doit jouer un rôle de catalyseur dans la levée de fonds, en lien étroit avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, dont la présidente viendra nous présenter le projet de reconstruction tout à l’heure.

Ensuite, la lutte contre le captagon, cette drogue de synthèse qui fait des ravages au Moyen-Orient. Produite autrefois à l’échelle industrielle par le régime de Bachar al-Assad, elle est aujourd’hui reprise par d’autres groupes armés. Ce trafic est une menace pour la stabilisation de la Syrie et l’ensemble de la région, mais aussi pour la sécurité de l’Europe, qui est devenue une zone de rebond. Je vous annonce que nous organiserons, d’ici à la fin de l’année, une conférence régionale de lutte contre le captagon, en partenariat avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.

Et puis ce soir toujours, nous accorderons une attention particulière à la situation au Moyen-Orient, où les besoins de reconstruction, les besoins de développement sont immenses : il s’agit de dessiner les contours d’une intégration économique régionale qui puisse, par des projets et des institutions, lorsque les armes se seront tues, créer les conditions d’une paix et d’une stabilité durables.
Demain, nous chercherons à obtenir d’autres résultats.

D’abord, la lutte contre le terrorisme, qui évolue en profondeur, notamment en matière de financements. À ce sujet, nous organiserons à Paris, au mois de mai, la conférence « No Money For Terror », qui permettra de mieux identifier, traquer et tarir le financement du terrorisme.

Ensuite, le narcotrafic, dont la Caraïbe est une zone de transit et de destination. Nos territoires français d’Outre-mer sont très directement touchés. C’est pourquoi nous nous mobilisons pour éradiquer ce fléau à la racine. Avec nos partenaires du G7, nous organiserons une conférence régionale de sécurité dans la Caraïbe. Elle se tiendra en Martinique, au mois du juillet.

Enfin, la sécurité maritime et portuaire, avec la création d’un réseau des ports du G7 et des pays partenaires pour lutter contre le narcotrafic. Il permettra de favoriser le partage d’informations, notamment sur les modes opératoires des narcotrafiquants, pour renforcer l’efficacité de notre action collective et de celle de nos services de sécurité.

Vous l’aurez compris, face à des menaces qui ont désormais pris une dimension mondiale - le narcotrafic, la criminalité organisée, le terrorisme - les ministres des affaires étrangères du G7, en lien avec leurs collègues des ministères concernés, ont décidé d’élever le niveau de priorité qu’ils consacrent à ces sujets majeurs.
Voilà l’objectif de ce G7 d’équilibre, de converge et de résultats, qui évidemment, demain après-midi, nous amènera à aborder les crises internationales, à commencer par celle du Proche et du Moyen-Orient, mais qui ne nous détournent en aucun cas de la situation en Ukraine, où la résistance ukrainienne tient face à l’agression russe, et où nous allons réaffirmer notre soutien indéfectible à l’Ukraine et notre intention de continuer à accroître la pression sur la Russie de Vladimir Poutine.

Comme il y a 50 ans à Rambouillet, les pays du G7 et leurs partenaires entendent ici, aux Vaux-de-Cernay, agir ensemble pour faire bouger les lignes.
Merci pour votre attention et je suis à votre disposition pour toute question.

— -
Q - Une première question sur l’Iran. Que propose l’Europe aujourd’hui ? Qu’allez-vous proposer à Marco Rubio demain pour arrêter la guerre au Moyen-Orient ? Sur le Liban, plusieurs diplomates m’affirment que les États-Unis bloquent un cessez-le-feu. Pourquoi les Libanais devraient-ils vous faire confiance en tant que médiateur influent si les États-Unis ont le dernier mot ? Et est-ce que vous vous engagez de prendre des mesures pour freiner la violation de l’intégrité territoriale du Liban par Israël ?

R - Les discussions demain seront l’occasion de revenir sur les positions déjà agréées au niveau du G7, dans une déclaration qui a été prise il y a quelques jours et à laquelle je vous renvoie, et qui concernait en particulier les attaques injustifiables que nous avons condamnées avec beaucoup de fermeté de l’Iran contre les pays du Golfe, qui n’étaient pour rien dans les opérations militaires initiées par les États-Unis et Israël. Et par ailleurs, nous aurons l’occasion d’aborder la question de la sécurité maritime, de la liberté de navigation, puisque, vous le savez, le Président de la République a proposé aux États qui le souhaitent de se joindre à nos efforts de réflexion autour d’une mission internationale qui permettra, une fois le calme revenu, d’assurer la fluidité du trafic maritime dans une posture strictement défensive, et qui permette ainsi de relâcher la pression sur les prix de l’énergie.

S’agissant du Liban plus particulièrement, comme vous le savez, la France est sans aucun doute le pays du monde qui s’est le plus mobilisé et qui se tient aux côtés de ce peuple frère, dont le cœur n’a jamais cessé de battre au même rythme que celui de la France, comme le rappelait le général de Gaulle. C’est ainsi qu’après le chef d’état-major des armées, je me suis rendu moi-même sur place en fin de semaine dernière, et que dans quelques jours, c’est la ministre déléguée auprès de la ministre des armées qui s’y rendra à son tour.
Nous avons salué les décisions courageuses prises par le gouvernement libanais déjà l’été dernier pour adopter un plan de désarmement du Hezbollah qui a entraîné une nouvelle fois le pays dans une guerre qu’il n’avait pas choisie. Mais des décisions plus récentes également, celles de déclarer comme illégales les activités militaires et la branche militaire du Hezbollah ou plus récemment, ce mardi, la décision de retirer ses accréditations à l’ambassadeur d’Iran au Liban. Nous avons par ailleurs salué la proposition faite par le président Aoun au gouvernement israélien d’engager des discussions de haut-niveau, les premières dans l’histoire de ces deux pays, qui permettent d’avancer vers un cessez-le-feu, vers un processus ordonné et coordonné de désarmement du Hezbollah qui doit rendre ses armes et vers la résolution du différend qui oppose depuis 1949 Israël et le Liban. Nous avons évidemment appelé les autorités israéliennes, ce que j’ai fait en fin de semaine dernière à Jérusalem, à se saisir de cette opportunité historique de cheminer vers un règlement durable des tensions entre les deux pays et de coordonner leurs approches comme nous avons tenté de le faire après le cessez-le-feu que nous avons obtenu aux côtés des Américains au Liban, en novembre 2024, au sein du mécanisme, les Israéliens et Libanais dans cette nécessité pour leur sécurité collective de parvenir à un désarmement du Hezbollah.

Q - Merci de prendre ma question, Delphine Touitou de l’AFP. J’ai d’abord une question adressée à la présidence française du G7. La présidence d’Afrique du Sud a affirmé aujourd’hui que la France avait subi des pressions pour écarter l’invitation de l’Afrique du Sud au prochain sommet à Évian en juin donc je voulais savoir si tel était le cas et quelle était votre réaction ?

Et j’ai une seconde question. J’imagine que le détroit d’Ormuz et la paralysie de ce détroit a fait l’objet de discussions aujourd’hui. Il y a actuellement au Conseil de sécurité de l’ONU des négociations d’une proposition, d’une résolution, d’un projet de résolution déposé par le Bahreïn. Je voulais savoir si c’est ce projet qui est assez sévère puisqu’il s’agit d’utiliser tous les moyens nécessaires pour assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz mais pas simplement dans mais c’est autour y compris des eaux territoriales. Est-ce que ce projet a été discuté aujourd’hui et est-ce que vous y êtes favorable ou non dans la perspective d’une désescalade ? Il ne semble pas que ça montre ce chemin-là.

R - Merci. D’abord, sur le premier point, nous avons toujours compté sur l’Afrique du Sud et respectons le rôle important qu’elle joue dans les affaires internationales. S’agissant du G7, nous avons fait le choix d’inviter le Kenya à Évian au titre du travail que nous faisons ensemble pour préparer le sommet Africa Forward, le sommet Afrique-France, qui se tiendra les 11 et 12 mai prochains à Nairobi. Nous n’avons cédé à aucune pression et nous avons fait un choix cohérent avec notre décision de tenir un G7 resserré et focalisé sur les questions géoéconomiques. Nous restons évidemment en contact étroit avec l’Afrique du Sud, qui demeure un partenaire essentiel de la France sur tous les grands enjeux mondiaux.

Et puis sur le deuxième point, vous avez raison, des discussions se tiennent en ce moment même à New York autour d’un projet de résolution qui porte sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Sujet dont je viens de rappeler que le président de la République a formulé la proposition d’une mission internationale associant les pays volontaires et capables d’y contribuer pour qu’une fois le calme revenu, la fluidité puisse reprendre au plus vite et que cette mission, ayant vocation de manière strictement défensive à escorter les navires, puisse contribuer à faire baisser les prix de l’énergie. Je me suis entretenu hier avec mon homologue du Bahreïn ainsi que d’autres homologues de la région pour leur faire part de nos observations, observations qui ont vocation à permettre à ce texte d’avoir la probabilité la plus élevée d’être adopté, ce qui n’est jamais évident au Conseil de sécurité, et ensuite d’être mis en œuvre. Et en parallèle, nous poursuivons le travail de consultation de nos partenaires autour de cette mission internationale pour la sécurité maritime et la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

Q - Bonsoir, Samy Adghirni de l’agence Bloomberg. Le prêt européen aux Ukrainiens est bloqué. Les fonds s’épuisent dans quelques semaines. La Russie s’enrichit grâce au prix du pétrole et les Américains songent désormais à rediriger des armes destinées à l’Ukraine vers l’Iran. Est-ce qu’on arrive à un moment d’impasse qui est potentiellement très dangereux pour l’Ukraine ? Et deuxièmement, Kaja Kallas disait ici même il y a quelques heures que la Russie et l’Iran a, je cite, « tué » des Américains au Moyen-Orient. Est-ce que vous partagez ce constat ? Merci.

R - Premier élément de réponse, la résistance ukrainienne tient et continue à tenir en échec l’armée de Vladimir Poutine, si on peut encore parler d’une armée, puisqu’après quatre ans de guerre, c’est plus d’un million de pertes humaines qu’accusent la Russie de Vladimir Poutine et qu’on ne trouve dans cette armée plus que des mercenaires recrutés aux quatre coins du monde. Et l’Ukraine a récemment repris plus de territoires que la Russie n’en a pris en Ukraine. On aurait donc tort de considérer que l’Ukraine est en train de reculer sous les coups de boutoir de l’envahisseur russe. C’est exactement le contraire qui est en train de se passer. Et après avoir traversé et survécu à l’hiver le plus rigoureux qu’elle ait connue depuis bien des années, sous le feu des missiles balistiques de la Russie dirigés à dessein contre des infrastructures énergétiques, ce qui est constitutif de crimes de guerre, je puis vous dire que la résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir, puisqu’aujourd’hui, c’est l’Europe qui constitue le premier soutien de l’Ukraine, et à le faire avec beaucoup de résolution. C’est vrai que le prêt de 90 milliards d’euros que nous avons agréé au mois de décembre dernier n’est pas encore débloqué, mais il le sera. En tout cas, ce n’est pas une question de savoir s’il le sera, mais quand il le sera. Et d’ici là, je suis certain que des solutions pourront être trouvées pour que d’ici là, les liquidités nécessaires puissent bénéficier à l’Ukraine. Et le plus important, c’est que ce prêt de 90 milliards d’euros place l’Ukraine à l’abri de toute difficulté financière pour les deux années qui viennent et place l’Ukraine en situation de force pour poursuivre les négociations en cours.

S’agissant de liens entre la crise actuelle au Proche et Moyen-Orient, l’escalade militaire sur place, et la Russie, ce que je constate, c’est que ce qui s’est produit ces dernières semaines consacre l’isolement international définitif de Vladimir Poutine, qui, après Bachar al-Assad et après Nicolás Maduro, a perdu avec l’ayatollah Khamenei peut-être l’un de ses derniers alliés. Il est avéré que des coopérations ont existé et continuent d’exister entre la Russie et l’Iran dans les deux sens. Et nous savons parfaitement, j’ai moi-même obtenu que des sanctions européennes soient prises à ce sujet, que l’Iran a soutenu l’effort de guerre russe par la fourniture de drones ou de missiles à la Russie pour ses opérations militaires en Ukraine. Et inversement, on a des raisons de penser qu’aujourd’hui, la Russie soutient les efforts militaires de l’Iran, qui me semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines. Je pense que c’est à cela que la Haute représentante faisait référence tout à l’heure.

Q - Rosie Birchard pour la DW [Deutsche Welle], télévision allemande. Je peux poser ma question en anglais ?

R- Oui.

Q - [Traduction simultanée] Dans la semaine, il a été dit que les États-Unis redirigeaient les armes destinées à l’Ukraine, que ces armes étaient redirigées vers le Moyen-Orient, pourriez-vous commenter ?
Et pourrais-je vous demander également de clarifier, s’agissant de l’Afrique du Sud, avez-vous adressé une invitation que vous auriez ensuite retirée, car c’est ce qui a été affirmé ?

R - Sur le premier point que vous soulevez, il y a évidemment une forme de mobilisation des capacités militaires américaines dans la guerre qui se déroule aujourd’hui dans la région du Golfe. Je dirais même qu’il y a une mobilisation des capacités militaires, y compris de nations comme la France, qui ne participent pas à ces opérations militaires, mais qui les ont déployées, ces capacités, pour défendre et protéger leurs alliés, leurs ressortissants et leurs emprises. Ce que je veux relever d’abord, c’est la présence en ce moment du président Zelensky dans le Golfe pour venir en soutien par ce savoir-faire qui a été développé en Ukraine, unique, en soutien des pays du Golfe qui sont attaqués aujourd’hui par l’Iran. Ce qui témoigne du génie ukrainien qui a su développer une véritable industrie nouvelle, émergente, pour se défendre contre la Russie. Et ce qui souligne l’importance pour les pays européens, l’Allemagne, la France et leurs partenaires, d’établir des coopérations de plus en plus denses avec nos partenaires ukrainiens, non seulement pour les soutenir face à l’envahisseur russe, mais aussi pour assurer la défense du continent européen. Et quant au soutien militaire à l’Ukraine, il va se poursuivre. Les pays européens sont mobilisés. On nous a annoncé depuis plus de quatre ans maintenant, à de très nombreuses reprises, que c’était la catastrophe parce que les livraisons en provenance d’ici ou de là allaient se tarir. Et comme je vous l’ai dit tout à l’heure, le résultat, c’est qu’au sortir de l’hiver le plus rigoureux de son histoire récente, l’Ukraine est en train de reprendre du terrain sur la Russie.

Merci beaucoup à toutes et tous.