L’action de la France en matière d’eau et d’assainissement

Le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution et la demande croissante en eau conduisent à un dérèglement du cycle mondial de l’eau. Cela se traduit par des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et intenses (inondations, sécheresses), une disponibilité des ressources plus aléatoire et une dégradation de la qualité de l’eau. Dans ce contexte, les crises liées à l’eau se multiplient, alors que le manque d’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement, reste la première cause de mortalité dans le monde.

Publié le : 01 février 2020 Mis à jour le : 16 juin 2026

La communauté internationale se mobilise fortement autour de cette question pour mettre en œuvre le sixième objectif de développement durable (ODD 6) et l’Agenda 2030.

L’intervention du MEAE dans ce secteur s’inscrit dans le cadre de la stratégie internationale de la France pour l’eau et l’assainissement pour la période 2020-2030. Cette stratégie, co-construite avec cinq collèges d’acteurs, sous l’impulsion du ministère, s’articule autour de trois axes d’action : 

1. améliorer la gouvernance du secteur de l’eau et de l’assainissement, de l’échelle locale à l’échelle mondiale ; 

2. renforcer la sécurité d’approvisionnement en eau pour tous dans un contexte d’accroissement des pressions sur la ressource et de multiplication des crises liées à l’eau, notamment du fait du changement climatique ; 

3. renforcer l’efficacité des moyens et des outils, en privilégiant le développement de solutions innovantes et de mécanismes solidaires de financement.

Constat et enjeux

En 2025, d’après le dernier rapport de l’OMS et de l’UNICEF. près de 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à un service d’eau potable géré en toute sécurité ; 3,5 milliards de personnes sont sans accès à un assainissement décent ; près de la moitié de la population mondiale (5 milliards de personnes en 2050) est touchée par des pénuries d’eau sévères. Le défaut d’assainissement touche particulièrement les populations défavorisées, et constitue un facteur de vulnérabilité, notamment pour les femmes et les filles (risques d’agression accrus, impact de l’hygiène menstruelle sur la scolarisation, corvées d’eau).

L’eau douce joue un rôle crucial en matière de développement durable, et de réduction de la pauvreté et des inégalités. Or, le changement climatique impacte profondément le cycle de l’eau et aggrave les risques de catastrophes naturelles (inondations, sécheresses, érosion et dégradation des sols, etc.). Ce dérèglement pose des défis croissants pour l’ensemble des secteurs économiques, pour les équilibres sociaux, sanitaires, alimentaires et énergétiques, pour la santé du vivant et de la planète, et augmente le risque de conflits d’usages. Les conséquences de cette dégradation sont également économiques : par exemple, la pollution de l’eau réduit d’un tiers la croissance économique (Banque mondiale, 2019). Il est estimé que d’ici 2050, le PIB pourrait diminuer de 8% dans les pays à revenu élevé, et de 10 à 15% dans les pays à moyen et faible revenu, en raison de la diminution des réserves d’eau et du manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement (GCEW, 2024

Alors que près de la moitié de la population mondiale vit dans des zones touchées par des pénuries d’eau sévères au moins une fois par an, et qu’en 2050 ce sera le cas de 5 milliards de personnes (GIEC, 2023), la gestion partagée et durable de l’eau est tant un enjeu de paix et de stabilité, qu’un enjeu de résilience de nos sociétés et de nos économies. 

Comment la France agit ?

Une mobilisation politique pour porter l’eau dans les enceintes multilatérales

Face à ces défis, la France s’est dotée d’une Stratégie internationale de la France pour l’eau et l’assainissement (2020-2030). Elle est le fruit d’une large concertation, inclusive et participative, qui s’appuie sur la mobilisation de l’ensemble des acteurs français de l’eau. A travers cette nouvelle stratégie, la France affirme l’importance d’adopter une approche intersectorielle et une gestion intégrée des ressources en eau.

Le premier axe stratégique repose sur le renforcement de la gouvernance du secteur de l’eau et de l’assainissement. La France soutient à cet égard le renforcement du rôle d’ONU-Eau (en anglais)et promeut les conventions sur l’Eau (dite Convention d'Helsinki (en anglais)(1992) sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux et sur les cours d’eau (dite Convention de New York (en anglais)(1997) sur l’utilisation des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation. Ces deux instruments ont pour vocation de renforcer la gestion durable et concertée des cours d’eau. Alors que 60% des ressources d’eau douce traversent des frontières, et que 3 milliards de personnes dépendent des ressources de ces bassins transfrontaliers, la France plaide pour la ratification à l’international de ces deux Conventions en vue d’assurer la paix, la sécurité et la pérennité des usages de l’eau.

Seulement 43 pays sur 153 qui partagent des cours d’eau, lacs et aquifères transfrontaliers ont conclu des accords de coopération opérationnels sur au moins 90% de la superficie de leurs bassins transfrontaliers, et au moins 20 pays ne disposent d’aucun accord de ce type (ONU-Eau, 2024). Pourtant de tels accords permettent de créer des conditions propices au renforcement de la sécurité d’approvisionnement en eau.

La France est également fortement impliquée dans le protocole eau et santé de la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE NU) associé à la Convention d’Helsinki, qui associe gestion de l’eau et questions sanitaires. Plus largement, la stratégie de la France vise à assurer la cohésion du secteur de l’eau et de l’assainissement avec d’autres ODD et à répondre aux autres grands enjeux actuels que sont la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la santé, l’égalité entre les femmes et les hommes, la réduction des inégalités, l’éducation ou encore le développement économique.

La France s’est également engagée à porter les enjeux liés à l’eau au plus haut niveau politique à travers l’organisation d’un Sommet One Planet dédié à l’eau en décembre 2024, à Riyad, en marge de la COP de la Convention-cadre des Nations unies pour la lutter contre la désertification. Ce One Water Summit, co-organisé avec le Kazakhstan et la Banque mondiale, et en partenariat avec l’Arabie Saoudite, visait à mobiliser au plus haut niveau politique et à promouvoir des solutions et initiatives globales. Ce Sommet s’est articulé autour de : 

  • 1/ la coopération sur les eaux transfrontalières, et la coopération scientifique ;
  • 2/ l’adaptation, la préservation et la restauration des ressources et des écosystèmes liés à l’eau ;
  • 3/ la gouvernance adéquate et le financement des meilleures techniques pour la résilience hydrique. 

Il a permis le lancement par la France de plusieurs initiatives majeures dont le One Water vision, une coalition d'organisations internationales et d'instituts de recherche, dirigée par l'Organisation météorologique mondiale et le Réseau international des organismes de bassin, qui vise à améliorer les partenariats sur l'observation spatiale et le partage des données pour la gestion intégrée des ressources en eau. En 2024-2025 la France présidait également le Réseau international des organismes de bassin (RIOB).

Ce Sommet One Water a aussi contribué à renforcer la mobilisation, mobiliser, dans la perspective des deux prochaines Conférences des Nations unies sur l’Eau, qui auront lieu en décembre 2026 et en 2028. La première Conférence des Nations unie sur l’Eau de 2023 avait conduit à la nomination d’une Envoyée spéciale des Nations unies sur l’Eau et l’adoption d’une stratégie onusienne intégrée pour l’eau et l’assainissement, pour défragmenter la gouvernance mondiale de l’eau.

Pour la Conférence de 2026, la France a été nommée co-présidente du Dialogue interactif sur le thème « les investissements en faveur de l’eau » aux côtés de l’Afrique du Sud. 

Un soutien technique et financier aux pays en développement, via l’AFD

La France reconnaît l’eau et l’assainissement comme un secteur prioritaire de l’aide publique au développement (APD). La France figure parmi les cinq bailleurs les plus importants en volume derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon.

L’AFD est le principal acteur de cette politique. Entre 2020 et 2024, les engagements annuels dans le secteur de l’eau et de l’assainissement ont augmenté de 30% par rapport à 2014-2019, et concentrent désormais 11% des engagements du groupe AFD. En 2025, le groupe AFD confirme une activité très intense en faveur de l’eau et de l’assainissement, avec 1,6 milliard d’euros engagés. 

Les premières zones d’intervention de l’AFD dans ce secteur sont l’Afrique (avec 27% des engagements) et le Moyen Orient, l’Asie et les Balkans (44% des engagements). Les pays fragiles bénéficient d’une attention particulière (notamment Mauritanie, Togo, Gambie, Ethiopie, Irak et territoires autonomes Palestiniens), 60% de l’effort financier se concentrent sur les pays les moins avancés, avec 124M€ en bonification de prêts et 79 M€ en dons. 

En 2025, ces engagements équivalaient à 1,6 milliard d’euros, et 80% de ces engagements présentaient un co-bénéfice pour le climat, 31 % un co-bénéfice pour la biodiversité, 80% un impact positif sur l’égalité femme-hommes, et 82% un impact positif sur la gouvernance démocratique et inclusive.

Une diversité d’acteurs français impliqués dans la coopération internationale sur l’eau

Afin de répondre de façon la plus adaptée aux besoins du secteur, la loi Oudin-Santini (2005), permet également aux acteurs locaux de l’eau, collectivités territoriales, syndicats, agences de l’eau, de consacrer jusqu’à 1% de leur budget eau en faveur d’action de coopération et de solidarité. Ainsi, près de 300 millions d’euros de dons entre 2007 et 2018 ont été mobilisés par les collectivités territoriales françaises, les syndicats et agences de l’eau au bénéfice de pays partenaires. La coopération décentralisée eau et assainissement (loi Oudin-Santini), a représenté 31,7M€ en 2024.

Les entreprises privées, notamment Veolia et Suez, jouent également un rôle essentiel dans cette mise en œuvre de solutions adaptées aux populations défavorisées. La filière française de l’eau représente plus de 5 000 entreprises employant 124 000 salariés et cumulant un CA de plus de 28Mds€ lequel est réalisé pour environ 36% à l’étranger.

Enfin le Partenariat français pour l’eau (PFE), qui rassemble tous les acteurs du secteur (organisation de la société civile, secteur privé, collectivités territoriales, syndicats, organismes de recherches, État), œuvre à promouvoir l’expertise et le savoir-faire français et mettre l’eau et l’assainissement en haut de l’agenda international.

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