Les forêts : des écosystèmes au cœur de l’action environnementale et climatique Les forêts représentent le principal réservoir de diversité biologique terrestre et l’écosystème avec la plus forte capacité d’absorption de carbone. Près du tiers de la population mondiale dépend des biens, services, emplois et revenus qui en sont issus. Pourtant, plus que jamais, leur équilibre est menacé. Environnement Publié le : 01 mars 2022 Mis à jour le : 12 juin 2026 Dans cette rubrique Priorités & actions Le ministère en action Agir pour la paix et le respect des droits de l'homme Accompagner les ressortissants français Promouvoir une Europe souveraine Promouvoir les entreprises françaises et l'attractivité de la France Assurer la présence de la culture française Contribuer à une mondialisation durable et équilibrée Grands dossiers La présidence française du G7 2026 L'action diplomatique de la France en Ukraine La France, partenaire de paix au Proche-Orient La coopération franco-allemande Sommaire Le rôle central des écosystèmes forestiers La perte des forêts se poursuit à un rythme alarmant Quels sont les instruments internationaux pour protéger les forêts ? Les priorités de la diplomatie française en matière de forêts Pour aller plus loin Le rôle central des écosystèmes forestiers Les forêts en chiffres : 31% de la superficie totale des terres est couverte de forêts (4,06 milliards d’hectares) ; 45% des forêts sont en milieu tropical, réparties dans trois bassins forestiers majeurs : l’Amazonie, le bassin du Congo et le bassin Bornéo-Mékong ; 54% des forêts dans le monde se trouvent dans cinq pays : la Russie, le Brésil, le Canada, les Etats-Unis et la Chine. Les forêts sont centrales pour la préservation de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique, le bon fonctionnement des cycles hydrologiques ou la stabilité des sols. Elles abritent 80% de la biodiversité terrestre, emmagasinent 20 à 50 fois plus de CO2 que n’importe quel autre écosystème terrestre. Elles sont essentielles au bien être de milliards de personnes qui en tirent quotidiennement leurs moyens de subsistance. Les forêts contribuent, de manière directe et indirecte, à notre sécurité alimentaire. La pandémie de Covid-19 nous a rappelé le lien fort qui existe entre la santé environnementale et santé humaine, notamment au cœur des forêts. Les forêts sont donc à la croisée des grands défis actuels que sont la préservation de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique et le développement humain. Pourtant, malgré la reconnaissance du caractère vital des forêts pour la planète et l’humanité, la déforestation et la dégradation forestière se poursuivent à un rythme alarmant. La perte des forêts se poursuit à un rythme alarmant Entre 1990 et 2020, 420 millions d’hectares de forêts, l’équivalent de la superficie de l’Union européenne, ont été déforestés (La situation des forêts du monde 2024, FAO). Malgré une diminution du rythme de la conversion des terres, entre 2015 et 2020 ce sont 10 millions d’hectares de forêts qui étaient perdus. Cela représente 27 terrains de foot déforestés chaque minute. La perte de forêts primaires représente 40% de l’ensemble de la perte nette de superficie forestière (The Global Forest Goals Report 2026 (en anglais), UN DESA). La déforestation et dégradation forestière sont responsables de 12% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les causes de la déforestation sont multiples mais le moteur principal est d’origine humaine. Il s’agit de la conversion des terres forestières au profit de l’agriculture en grande partie pour répondre à la demande en matières premières agricoles (soja, cacao, huile de palme…). D’autres activités économiques comme l’exploitation minière ou forestière contribuent aussi au phénomène. Certains phénomènes d’origine naturelle dont l’intensité et le risque de survenue sont accrus par le changement climatique d’origine anthropique contribuent, dans une moindre mesure, à la perte de couvert forestier : feux de forêts, pathogènes, sécheresses, dépérissements, ravageurs… Les écosystèmes forestiers, extrêmement vulnérables au changement climatique, sont de plus en plus affectés. Dans un contexte de pressions croissantes, leurs capacités d’absorption et de stockage de carbone diminuent, leur croissance ralentit… Pourtant, face aux crises planétaires, les forêts offrent de multiples solutions tant pour le climat que la biodiversité. Plus que jamais, il est donc nécessaire d’agir pour les protéger et les gérer durablement. Quels sont les instruments internationaux pour protéger les forêts ? Contrairement à d’autres écosystèmes, comme les océans, il n’existe pas de cadre contraignant unique pour protéger les forêts. Les forêts, leurs usages et leur gestion, sont ainsi traités dans un certain nombre de conventions, traités internationaux et partenariats régionaux ou sous-régionaux, sans unité de vue. La protection des forêts au sein des grandes conventions internationales Les trois conventions de Rio appellent à la protection des forêts, mais de manière fragmentée : Au sein de la convention sur le changement climatique, les forêts font partie des moyens avancés par les pays dans leurs engagements nationaux, à la fois pour la réduction de leurs émissions carbone (atténuation) et l’adaptation aux conséquences du changement climatique. Un programme de la convention sur la diversité biologique y est dédié : le programme de travail élargi sur la diversité biologique forestière, en cours de renégociations par les Parties. La convention sur la lutte contre la désertification met l’accent sur la dégradation des sols qui impacte largement les écosystèmes forestiers. Parmi les autres conventions qui traitent des forêts, on peut citer : La convention de Ramsar dont l’objectif est la conservation des zones humides qui concerne par exemple les tourbières forestières et les forêts de mangroves ; La convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) qui réglemente les échanges d’espèces sauvages, parmi lesquelles plusieurs essences de bois précieuses qui font l’objet de mesures strictes en matière de commerce international. La protection des forêts à travers de nombreux processus non contraignants En 2000, face à l’absence de cadre unique pour les forêts, un arrangement international sur les forêts a été établi au sein des Nations unies. Celui-ci a donné naissance au Forum des Nations unies pour les forêts au sein duquel les Etats membres se réunissent chaque année avec l’objectif de promouvoir la gestion, la conservation et le développement durable de tous les types de forêts et renforcer l’engagement politique à cette fin. Le travail du Forum est appuyé par le Partenariat de collaboration sur les forêts qui rassemble 16 organisations internationales actives sur le sujet. Son but est de renforcer la coopération entre ces enceintes autour de programmes communs. Pour guider leur action, les membres s’appuient sur le Plan stratégique des Nations unies sur les forêts (2017 – 2030) et ses objectifs forestiers mondiaux, l’équivalent forestier des objectifs de développement durable. Ce cadre onusien est complété par d’autres mécanismes et partenariats que les Etats rejoignent sur une base volontaire. Les priorités de la diplomatie française en matière de forêts Seul pays européen qui dispose sur son territoire de forêts tropicales (en Guyane notamment), la France joue un rôle majeur dans les débats forestiers européens et internationaux. Elle porte depuis longtemps un message fort en faveur de la gestion durable des forêts. Celle-ci englobe des activités variées, en matière de conservation et d’exploitation durable mais aussi de restauration ou de reforestation dans des écosystèmes dégradés. Aujourd’hui les principaux objectifs défendus par la France sont : La préservation de la biodiversité des forêts : gestion d’aires protégées, lutte contre l’exploitation forestière illégale et le commerce lié, lutte contre les incendies, réponse aux évènements extrêmes, etc. ; Le développement de chaînes de valeur durables et zéro-déforestation : favoriser l’accès au marché des produits issus d’une exploitation durable des ressources naturelles, l’agroforesterie, la promotion de la certification territoriale ou des pratiques agricoles « zéro déforestation » ; La formulation, avec l’ensemble des parties prenantes concernées (dont les communautés locales, les ONG…) de pratiques de gestion durable et concertée des terres et des forêts (aménagement durable du territoire et des infrastructures) et de stratégies à long terme à faible intensité carbone ; La promotion des connaissances et pratiques traditionnelles ; La coopération transfrontalière : entre aires protégées, pour lutter contre les trafics internationaux et la criminalité environnementale. La défense de la science : soutien aux initiatives scientifiques (GIEC, initiative One Forest Vision…), baser la prise de décisions sur les connaissances scientifiques disponibles, etc. Ces priorités se traduisent dans les engagements que prend la France au niveau national, européen et international. Dès 2018, la France s’est dotée d’une Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI) . Elle vise à mettre fin d’ici 2030 à l’importation de produits forestiers ou agricoles non durables qui contribuent à la déforestation. Elle cible les commodités agricoles qui contribuent le plus à la déforestation : cacao, hévéa, soja, huile de palme, bois et bœuf, ainsi que leurs produits dérivés. Agir au niveau national c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. La consommation de commodités agricoles au sein de l’Union européenne est à l’origine de 16% de la déforestation mondiale. Décidée à agir pour réduire son empreinte carbone, l’Union s’est dotée de plusieurs programmes et réglementations pour lutter contre la déforestation. Importante avancée de la Présidence Française de l’UE en 2022, le règlement européen de lutte contre la déforestation (RDUE) qui entrera en vigueur en 2027 vise à interdire la circulation sur le marché européen de produits issus de plusieurs commodités agricoles dont la production est à l’origine de déforestation (café, cacao, hévéa, huile de palme, soja, bœuf et bois). Elle couvre donc les importations mais aussi les exportations et mises sur le marché domestique en soumettant les opérateurs à des exigences de diligence raisonnée. Pour accompagner la transition des pays producteurs vers des chaînes de valeur plus durables, la France est engagée au sein d’une initiative équipe Europe. Ce règlement vient compléter un dispositif européen déjà en place : le plan d’action FLEGT (pour application des règlementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux) qui vise à lutter contre l’exploitation forestière illégale en proposant des mesures au niveau des pays producteurs (mécanismes de certifications) et du marché européen (« règlement bois » qui interdit la mise sur le marché communautaire de bois d’origine illégale). Un engagement fort pour les forêts d'Afrique centrale Premier bassin forestier du monde en termes d’absorption carbone, la conservation des forêts du bassin du Congo est cruciale. Dans la dynamique lancée par le One Forest Summit, organisé à Libreville en 2023, la France a renforcé son engagement auprès des pays d’Afrique centrale pour la gestion durable des écosystèmes forestiers. Ainsi, la France joue un rôle actif au sein de : Le Partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC), que la France a co-facilité avec le Gabon de 2023 à 2025 ; L’initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), dont la France est un bailleur historique ; L’initiative scientifique One Forest Vision, financée par la France, qui développe les connaissances et les capacités scientifiques en Afrique centrale ; Des Partenariats pour la forêt, la nature et le climat (ou Country Packages) ont été développés avec des pays forestiers de la région qui ont préservé leur forêt, le Gabon, le Congo, la République Démocratique du Congo (et la Papouasie Nouvelle Guinée). Avec l’appui d’autres bailleurs et philanthropies, ils permettent d’appuyer ces pays dans leurs efforts de conservation et de transition vers des économies forestières durables. L’engagement de la France en faveur des forêts du bassin du Congo s’est concrétisé en 2025 lors de la COP30 à Belém par le lancement de l’Appel de Belém pour les forêts du bassin du Congo, qui consacre l’engagement des pays d’Afrique centrale et de leurs partenaires pour la gestion durable des forêts et annonce la mobilisation de 2,5 milliards USD de financements d’ici à 2030. Pour aller plus loin La facilitation franco-gabonaise du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo D’une durée de deux ans, l’animation du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo est traditionnellement assurée par une « facilitation » d’un pays donateur, selon une feuille de route approuvée par les partenaires. Celle de la France s’exercera avec le Gabon de juillet 2023 à juillet 2025.