Session d’ouverture de la Conférence régionale de sécurité (CRS) - Intervention de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

  • Lutte contre le trafic de drogue

Discours

Le : 06 juillet 2026

Je tiens à vous remercier toutes et tous pour votre présence, dont je sais que pour certains d'entre vous, elle a été le fruit d'un long voyage. Merci aussi pour votre participation, qui confirme l'intérêt et la mobilisation de vos pays pour trouver des solutions aux défis sécuritaires qui traversent la région. 

La sécurité de la Caraïbe ne concerne pas seulement les États de la région, elle engage tous les pays des Amériques et d'Europe. Cette conférence est la traduction concrète de l'engagement pris par les chefs d'État et du gouvernement du G7, le 17 juin dernier, sur la lutte contre le trafic de drogue. Notre objectif n'a pas varié, il est clair : éradiquer le mal à la racine en déstabilisant et en démantelant les réseaux de trafiquants. Je sais combien c'est un objectif que vous partagez, et l'engagement de vos gouvernements pour y trouver des solutions. 

Cette conférence intervient également à un moment important pour notre région, alors que la Martinique et très probablement la Guyane s'apprêtent à rejoindre l'organisation de la CARICOM. Nous y avons travaillé avec les présidents de ces régions, et je me félicite de ce résultat. 

La Caraïbe est un espace hautement stratégique, carrefour de nombreuses routes maritimes et commerciales. Elle est un lieu d'échange. Cela constitue sa force, mais cela l'expose aussi fortement aux routes de la criminalité internationale. Et en particulier, aux deux fléaux que sont le narcotrafic et le trafic d’armes à feu. En la matière, l'agilité des organisations criminelles et leurs ramifications grandissantes nous imposent de changer d'échelle et d'agir de manière toujours plus coordonnée. Car partout où la drogue circule, elle alimente une consommation locale. Partout où les trafiquants vont, ils étendent leur emprise, se procurent des armes et nourrissent les phénomènes de gangs qui fragilisent nos sociétés. 

La France est directement concernée, nation caribéenne et latino-américaine par la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Elle connaît les conséquences de ces trafics sur ses territoires et ses populations, en outre-mer comme dans l’hexagone. 

C'est pourquoi, le premier axe d'effort du plan de lutte contre le narcotrafic impulsé par le Président de la République et que j'étais venu annoncer en novembre dernier porte sur l'Amérique latine et les Caraïbes. C'est dans cette région qu'est produite la cocaïne qui déferle dans les rues des villes et des villages de France, où elle est consommée désormais par plus d'un million de personnes. Demain, ensemble, nous lancerons l'Appel de la Martinique pour affirmer une ambition commune : franchir un cap dans notre coopération technique, opérationnelle, policière et judiciaire. Mieux protéger nos ports, nos aéroports. Démanteler plus efficacement les réseaux criminels pour mieux protéger nos populations. La France prendra toute sa part dans cet effort. 

En matière de lutte contre le narcotrafic, nous plaçons la coopération régionale et internationale au cœur de notre action. Nous y travaillons activement avec le ministre de l'Intérieur et la ministre des Outre-mer. Et pour être à la hauteur de cette ambition, nous avons d'ores et déjà commencé à renforcer nos moyens. D'ici à la fin de l'année, les effectifs consacrés à la lutte contre le crime organisé et le narcotrafic au sein de nos ambassades dans la région auront augmenté de 50%. Les moyens financiers alloués à la coopération de sécurité et de défense dans la région sont eux aussi en route et progresseront de 45%. 

Nous densifions également nos actions de coopération judiciaire, policière et douanière depuis novembre 2025, c'est-à-dire depuis huit mois. 14 accords bilatéraux ont été signés avec les pays de la région. 19 autres le seront prochainement. Parce que la lutte contre le narcotrafic se joue aussi près des populations des pays producteurs, nous réorientons notre investissement solidaire et durable, notre aide au développement, vers des projets de réforme rurale. Nous favorisons le développement de cultures alternatives. Ainsi, au Pérou, la substitution des cultures de coca par le café, que nous avons engagée avec l'entreprise Malongo et l’ONUDC, ouvre de nouveaux débouchés pour les populations de ces pays. 

Sur le plan opérationnel, les équipes communes d'enquête ont démontré leur efficacité, notamment en Colombie. Nous travaillons aujourd'hui à reproduire ce modèle dans l'ensemble des régions afin de mieux coordonner nos efforts. Nous savons que la maîtrise des ports, des aéroports et des espaces maritimes est une condition essentielle de la lutte contre le narcotrafic. Aujourd'hui, plus de 60% de la cocaïne qui entre en Europe transite par les ports. C'est pourquoi la France, avec ses partenaires européens et ceux du G7, a lancé la création d'un réseau de ports, représentant un tiers de la capacité portuaire mondiale. Il s'agit de partager entre tous les acteurs portuaires les bonnes pratiques en matière de sécurité. Cette meilleure coordination nous permettra de faire échec aux stratégies de plus en plus sophistiquées des narcotrafiquants. Et je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que le port de Fort-de-France rejoindra bientôt le réseau des ports du G7. 

Notre action se poursuit également en mer. En 2025, dans la zone maritime des Antilles, les opérations conduites par la France ont permis l'interception de 40 tonnes de produits stupéfiants. Pour aller plus loin, nous appelons à la pleine opérationnalisation de l'accord de San José ainsi qu'à son extension à l'ensemble des États de l'arc caribéen, afin de prévoir la possibilité qu'un État puisse intervenir dans les eaux territoriales d'un autre État pour réprimer un trafic. Cette année, la France a signé avec les Pays-Bas un accord permettant la poursuite de navires dans les eaux territoriales réciproques autour de Saint-Martin. Nous souhaitons engager des discussions similaires avec nos partenaires antillais, notamment Sainte-Lucie et (inaudible), que je salue tout particulièrement. 

La lutte contre le narcotrafic se joue aussi dans les aéroports. C'est la raison pour laquelle la France contribue au programme de l’ONUDC, pour renforcer les services de protection et d'interception des drogues illicites dans la région. Et nous portons aussi le combat contre le narcotrafic au niveau européen. 

Avec nos partenaires, nous travaillons à la création d'une Académie régionale de lutte contre la criminalité organisée. Elle sera basée en République dominicaine, et sa première pierre sera posée en septembre prochain. Cette académie s'appuiera sur le programme d'appui à la lutte contre la criminalité organisée en région Caraïbe, ALCORCA, qui a déjà permis de former 1.500 membres des forces de sécurité de plus de 11 nationalités. Elle offrira aux enquêteurs, magistrats et douaniers de toute la Caraïbe un lieu commun de formation, d'échange et de coopération. Sa mission est simple : rapprocher les pratiques, harmoniser les procédures et créer les réseaux de confiance indispensables à une action commune. 

Et parce que les organisations criminelles investissent désormais dans le champ numérique, nous renforçons également notre coopération dans le domaine cyber. La France a rejoint le Centre régional de compétences cyber de l'Union européenne LAC4. Dans ce cadre, avec nos partenaires dominicains et grâce au soutien de l'Union européenne, nous avons organisé au début du mois de juin un séminaire régional consacré à la cybersécurité. 

Enfin, nous allons priver les organisations criminelles de ce qui fait leur force, leurs ressources financières. La force travaille avec ses partenaires européens à la création d'un nouveau régime de sanctions contre la criminalité organisée et les narcotrafics. Le dispositif permettra de geler les avoirs des principaux groupes criminels et de leurs responsables impliqués dans le trafic de drogue et les autres formes de criminalité organisée, de leur interdire l'accès au territoire de l'Union européenne et d’interdire toute forme de transactions avec nous. Nous espérons son adoption très prochainement afin de frapper les trafiquants au portefeuille, là où ça fait mal. 

Toutes ces initiatives répondent à une même conviction : face à des réseaux toujours plus intégrés, notre coopération doit l'être davantage encore. Je forme donc le vœu que cette conférence marque une étape décisive vers une coopération plus étroite, vers une action plus efficace, vers une réponse toujours plus collective à un fléau devenu global. C'est, je crois, la volonté du Président de la République et du Gouvernement, bien sûr, mais c'est la volonté des élus de nos territoires ultramarins et de nos parlementaires, dont je salue la présence aujourd'hui. 

L'appel de la Martinique doit être le point de départ d'un engagement solide et durable. La France prend aujourd'hui cet engagement et appelle chacun d'entre nous à se tenir à ses côtés. 

Merci beaucoup pour votre attention.

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information