« RFI » - Entretien d'Éléonore Caroit

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Interventions médias

Le : 21 juillet 2026

Q - En ligne du Caire, pour répondre aux questions de Véronique Rigolet, Éléonore Caroit, ministre française déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger. 

Q - Bonjour Éléonore Caroit. 

R - Bonjour. 

Q - Merci de nous rejoindre sur RFI, en ligne depuis la capitale égyptienne, Le Caire, où là aussi, on suit avec inquiétude la dangereuse escalade du conflit entre les États-Unis et l'Iran, et on va bien sûr y revenir. Mais pour commencer, un mot, Éléonore Caroit, sur l'aide française pour Gaza, que vous êtes venue coordonner avec les responsables égyptiens, alors que la situation humanitaire reste désastreuse dans l'enclave palestinienne, neuf mois après le cessez-le-feu avec Israël. La France, en tout cas, n'oublie pas Gaza.

R - Oui, absolument. Et c'est la raison principale de ce déplacement. Je suis ici pour réceptionner l'aide humanitaire envoyée par la France à destination de populations gazaouies qui se trouvent ici en Égypte. Comme vous le savez, il y a ici beaucoup de déplacés palestiniens, beaucoup d'enfants également. Donc je suis ici pour réceptionner une aide qui est essentiellement médicale. Je suis également ici pour suivre un partenariat qui existe aujourd'hui entre la France et l'Institut oncologique Gustave Roussy pour permettre à des enfants gazaouis d'être soignés dans cet hôpital, ici en Égypte. La France est présente depuis 2023 en soutien continu aux populations de Gaza. Ce sont 100 millions d'euros par an qui ont été donnés ces dernières années, avec un soutien en particulier en matière de santé, de nutrition, d'accès à l'eau. Mon déplacement au Caire s'inscrit donc dans la continuité des efforts qui ont été entrepris au cours des dernières années, et pour permettre d'appuyer l'Égypte qui est, par sa géographie, par son histoire aussi, en première ligne de ce conflit.

Q - Deux millions de Palestiniens qui restent aujourd'hui piégés dans une situation humanitaire et politique extrêmement fragile à Gaza, neuf mois après le cessez-le-feu, comment est-ce possible ?

R - Absolument, avec la multiplication des conflits c'est important que nous en parlions : avec la crise qui continue au Moyen-Orient, avec les bombardements qui continuent, on a tendance à oublier Gaza. Or, Gaza, ce sont, vous l'avez rappelé, des populations civiles qui souffrent, et la France est présente dans la région en soutien avec ses partenaires pour justement apporter de l'aide à ces populations et puis sur le plan politique pour continuer à travailler pour un cessez-le-feu effectif, pour que le plan de paix puisse être mis en œuvre et que ces populations puissent être considérées.

Q - L'Union européenne a débloqué la semaine passée près de 900 millions d'euros pour aider à la reconstruction de Gaza. Qu'est-ce qui manque aujourd'hui, Éléonore Caroit, pour que cette reconstruction soit enfin mise en œuvre ?

R - Eh bien, il manque plusieurs choses. Il y a un plan, il y a un cessez-le-feu qui, comme vous l'avez rappelé, est très fragile. Il y a aujourd'hui une nécessité d'aller de l'avant entre pays partenaires. La France a été très à la pointe en la matière en reconnaissant l'État de Palestine il y a un an, en septembre dernier, aux Nations unies. Elle a été suivie par de nombreux pays. De la même manière, la France soutient, comme je vous le disais, les populations palestiniennes de manière continue. Elle est aussi suivie par d'autres pays. Aujourd'hui, il faut effectivement les conditions politiques pour pouvoir permettre cette reconstruction. Cela passe par des discussions politiques avec Israël également. Mais il faut que cela se fasse et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, en plein milieu de l'été, je me trouve en Égypte et que c'est ma priorité en matière aussi d'aide humanitaire. Les populations civiles à Gaza, dont on ne parle plus beaucoup, en tout cas, qui ont tendance à ne plus faire la une des journaux tant les crises se multiplient, mais aussi la situation au Liban, la situation dans d'autres pays de la région, qui ont besoin à la fois de notre aide humanitaire immédiate pour répondre aux besoins en eau, je vous le disais, en nourriture, en produits médicaux, mais aussi qui ont besoin de reconstruction sur le plus long terme. Et vous parliez des fonds européens. Rappelons que la France contribue à hauteur de 18% au budget européen et notamment en matière d'aide au développement.

Q - La crise à Gaza quelque peu oubliée, vous le mentionnez, alors que l'escalade entre les États-Unis et l'Iran menace d'enflammer toute la région, et tend également les relations entre Paris et Téhéran. Deux agents de l'ambassade de France ont été arrêtés dimanche dernier, détenus pendant plusieurs heures et même molestés. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a dénoncé une « action d'intimidation extrêmement grave ». Comment expliquer une telle animosité iranienne à l'encontre de Paris ?

R - Oui, nous avons effectivement condamné, vous avez rappelé les termes de Jean-Noël Barrot. C'est absolument inacceptable que la France en Iran ait été la cible de cette action d'intimidation. On le voit bien, l'Iran aujourd'hui multiplie les actions, que ce soit celles-là ou les bombardements vers des pays de la région qui ne sont pas des belligérants, qui ne sont pas parties au conflit. Et la France est solidaire de ces pays. Nous l'avons toujours été. Nous sommes un partenaire fiable dans la région, lié par des traités. Et donc nous sommes présents aussi aux côtés de nos alliés. Et donc nous condamnons évidemment toutes les frappes iraniennes qui ont été tirées sur des pays de la région, sur des bateaux dans le détroit d'Ormuz et évidemment cette situation d'intimidation doit cesser. On voit bien une cristallisation, une crispation du côté iranien et il faut évidemment que cela cesse. Nous continuons nos efforts dans la région. Nous avons des bases militaires, des emprises diplomatiques. Nous sommes présents et nous pesons justement pour que cela cesse et c'est aussi la raison pour laquelle nous sommes pris pour cibles.

Q - Oui, c'est la question que j'allais vous poser. Qu'est-ce qui est mis en cause aujourd'hui ? Est-ce que c'est le soutien français à la société civile iranienne ? Est-ce également la question des sanctions ? Pas de levée des sanctions, dit la France, si pas d'avancées sur la question nucléaire ?

R - Oui, parce que la position de la France est cohérente et ferme. C'est-à-dire que sur la question du nucléaire iranien, il faut qu'il y ait de véritables avancées. Il faut qu'il y ait des avancées aussi sur le plan balistique iranien. En réalité, on voit bien que s'il y a eu un accord qui a été signé en juin, ce qui est important, en réalité, c'est sa mise en œuvre effective et les conditions de sa réalisation. La France l'a toujours dit, la France est restée présente dans la région, je vous le disais, ne serait-ce que parce que nous y avons 400.000 Français, et puis des bases militaires, et puis un certain nombre d'emprises françaises. Et par ailleurs, nous pesons dans les discussions, dans les négociations. Nous l'avons vu au G7 à Évian en juin dernier. Nous avons toujours cette position très cohérente.

Q - Donc la France est un acteur qui compte, voilà pourquoi peut-être l'Iran s'en prend à nous aujourd'hui ?

R - Absolument. Sans être un belligérant, et c'est important de le dire et de le redire, parce que ça a tendance à faire polémique ou à être mal compris à dessein, nous ne faisons pas partie de ce conflit. Nous ne sommes pas dans cette guerre. Nous ne l'avons ni initiée et nous n'en sommes pas une partie prenante. Mais nous voyons bien que les conditions et les conséquences de cette crise au Moyen-Orient affectent directement toutes nos économies européennes, toutes nos économies occidentales, sans parler évidemment des autres pays. Ce sont 45 millions de personnes en Afrique qui sont aujourd'hui en risque d'insécurité alimentaire sévère, voire de malnutrition, du fait du blocage du détroit d'Ormuz avec les engrais qui ne parviennent pas à passer. 

Q - Et l'escalade, dites-vous, ne fera que des perdants. Il est temps de revenir aux engagements pris lors des accords de juin dernier.

R - Oui, absolument. En tout cas, il est temps d'avancer dans la mise en œuvre de ces accords qui, encore une fois, sont un premier pas. Ce n'est pas l'aboutissement. Et c'est la raison pour laquelle la position de la France est ferme, notamment sur le nucléaire iranien. Parce que si ce conflit avait pour origine du côté américain de justement avoir un impact sur le nucléaire iranien, il faut que ça l'ait réellement, il faut que l'on puisse vraiment retrouver des conditions de stabilité. Et vous l'avez rappelé, la France a également soutenu les populations civiles iraniennes opprimées et tous ces facteurs doivent évidemment être pris en compte dans l'avancée. Et donc nous sommes dans cette position délicate à la fois de pays très présent, de pays très impliqué et qui pèse dans la région, mais qui en même temps n'est pas un pays belligérant. 

Q - Merci, Éléonore Caroit. Bonne journée à vous. 

R - Merci à vous, bonne journée.

 

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