« LCI » - Entretien de Benjamin Haddad

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Interventions médias

Le : 25 septembre 2026

Q - Je suis ce matin avec le ministre en charge des Affaires européennes. Bonjour Monsieur le ministre, Benjamin Haddad. Merci d'avoir répondu à l'invitation. Dans un instant on va parler de l'autre actualité très forte ce matin. Ce sont les annonces d'Emmanuel Macron hier soir à la télévision à 20h. Mais d'abord sur cette venue, cette arrivée du souverain pontife, je le disais en introduction, elle revêt aussi bien sûr une dimension politique et diplomatique. Il y a une étape à Metz, ça c'est lundi, très importante, où on attend un discours du pape sur cette situation que nous traversons en Europe. La guerre est de nouveau sur notre continent. Et on dit aussi, monsieur le ministre, que le pape a en tête les échéances électorales que nous avons ici en France.

R - Déjà c'est un honneur et un moment d'émotion de recevoir le pape en France. Il sera à l'Élysée tout à l'heure, il rencontrera le président de la République et les forces diplomatiques, donc j'aurai l'occasion de venir l'écouter. C’est une voix qui compte énormément dans notre débat international. Je pense par exemple à son encyclique « Magnifique Humanité » sur l'intelligence artificielle, où il a été assez visionnaire sur le débat qu'on est en train d'avoir sur la façon de concilier le progrès scientifique que représente l'intelligence artificielle, mais aussi ses risques, y compris ses risques pour nos traditions humanistes. On voit aujourd'hui même des dirigeants de grands groupes d'intelligence artificielle qui mettent en garde contre les dérives potentielles, et qui appellent à une forme de régulation ou de coopération internationale pour que ça ne se traduise pas par une forme de nouvelle course aux armements de l'IA. Et donc sa voix a porté sur ces sujets. Vous avez raison, il prononcera un discours sur l'Europe et la paix, à Metz lundi, dans le contexte géopolitique que nous connaissons et la guerre en Ukraine. Et donc ce sera, je pense, un moment important pour beaucoup de Français qui pourront recevoir le pape et l'écouter.

[…]

Q - Monsieur le ministre, l'annonce [au sujet de l’envoi de moyens militaires en Arabie saoudite] entraîne beaucoup de questions, soulève énormément de questions. D'abord, est-ce que vous avez pour commencer des précisions sur l'ampleur de l'opération ? Il dit des soldats, il dit des radars, il dit aussi le chef de l'État des systèmes de défense anti-aérienne. Est-ce que vous pouvez nous apporter ce matin des précisions sur l'ampleur du dispositif ?

R - Alors pas à ce stade puisque nous sommes en train d'affiner les besoins avec notre partenaire saoudien pour voir de quoi ils ont besoin pour la protection des sites pétroliers. De quoi parlons-nous ? Nos compatriotes sont en train de subir une hausse des prix du carburant, on le sait, qui est liée à la situation géopolitique et à la situation internationale. Donc nous avons des intérêts à défendre. Et donc la France prend ses responsabilités. Elle l'avait fait déjà lors de la crise en Iran en envoyant des moyens défensifs, strictement défensifs. C'est ce que nous faisons aussi ici pour protéger nos partenaires dans le Golfe, où nous avons des partenaires de sécurité, que ce soit effectivement les pays comme les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite ou encore la Jordanie et l'Irak. Ici, on sait qu'on a une situation internationale avec le blocage du détroit d'Ormuz, c'est 20% des hydrocarbures à travers le monde, mais aussi la situation en mer Rouge avec les Houthis. Et donc, à court terme, nous devons tout faire pour rouvrir le détroit d'Ormuz et protéger les sites de nos partenaires. C'est ce que nous faisons là en Arabie saoudite sur ce site de Yanbu. Et puis, à moyen et long terme, continuer les efforts dans l'électrification pour réduire nos dépendances au prix des hydrocarbures et puis généralement la situation géopolitique au Moyen-Orient. Et puis dérisquer, c'est-à-dire diversifier nos sources d'approvisionnement. Ça, c'est un travail que nous faisons dans le cadre du G7 Énergie pour ouvrir de nouvelles routes avec les partenaires de la région. Fondamentalement, encore une fois, on ne peut pas dissocier la situation internationale géopolitique de ce qui se passe sur les prix du carburant que nous connaissons et que tous nos partenaires sont en train de connaître, mais nous ne sommes pas inactifs, nous ne sommes pas passifs, nous prenons nos responsabilités. C'est la sécurité et les intérêts des Français qu'on défend à travers ce type d'opération. 

Q - Et la sécurité de nos soldats ? Depuis le début de ce conflit, nous avons perdu des hommes, en particulier en Irak. L'un de nos soldats qui a perdu la vie dans le cadre de ce conflit que nous n'avons pas décidé, c'est un conflit qui relève de la décision unique de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou. Que répondez-vous à ceux qui pourraient élever l'opposition en disant est-ce que c'est aux soldats français d'aller risquer leur vie pour protéger les installations pétrolières saoudiennes ?

R - Vous avez déjà raison de souligner effectivement que nos soldats prennent des risques, sont courageux, défendent notre pays, défendent nos intérêts de sécurité et que ça vient avec un coût. Et je voudrais effectivement leur rendre hommage. On a vu le rôle encore une fois et la France sonore a joué ce rôle pour assurer la défense et la sécurité de ses partenaires. Ce n'est pas une guerre que nous avons choisie. Nous avons des engagements de sécurité avec nos partenaires dans la région qui sont strictement défensifs. Nous les honorons de la même façon., on en parlera peut-être en Ukraine, nous avons aussi des alliances et des partenariats de sécurité avec des pays européens. Nous avons des troupes dans les pays baltes, en Roumanie, en Pologne. Moi, j'ai rendu visite à nos troupes en Estonie qui travaillent avec leurs partenaires estoniens pour assurer la sécurité de l'Europe, dans l'est de l'Europe. Et donc, effectivement, nous prenons nos responsabilités pour défendre les intérêts des Français. Mais en effet, dans la situation grave que nous connaissons, ça vient avec des risques, il faut rendre hommage à nos forces.

Q - J'ai vu que Jean-Luc Mélenchon avait réagi à cette annonce du président de la République en disant ça, ça veut dire envoyer des soldats dans zones de guerre. Et donc, il conviendrait de demander au Parlement son avis. Vous nous direz ce que vous répondez à cela dans un instant […]

Q - Oui, Arnaud Frion. C'était Arnaud Frion, notre soldat, au Kurdistan irakien. On est en opération et donc il a perdu la vie. Je le rappelle.

R - Tout à fait. On a perdu aussi des hommes dans la FINUL au Liban, pour assurer la sécurité de la région. En effet, la France est active aux côtés de ses partenaires et dans cette région qui est dangereuse et volatile.

[…]

Q - Mais Benjamin Haddad, que répondez-vous à Jean-Luc Mélenchon qui dit « Voilà, désolé, mais c'est engager nos hommes dans une zone de conflit, donc il faut convoquer le Parlement et lui demander son opinion. » Votre réponse.

R - Alors déjà, il ne faut pas tout mélanger, tout conflictualiser ou politiser. Bon, ce n'est pas une déclaration de guerre, donc ça n'exige pas une approbation immédiate du Parlement. Il peut y avoir dans ce type de cas, effectivement, une information du gouvernement avec un débat, et au bout de quelques mois, quand des troupes sont engagées, un vote par le Parlement. Mais à titre immédiat, il ne s'agit pas encore une fois, au titre de la Constitution, d'une déclaration de guerre. 

[…]

Q - Vous vouliez ajouter un mot ? parce qu'il faut qu'on avance aussi sur les taxes. Mais dites-nous...

R - Non, très rapidement, il y a un mot sur lequel je voulais rebondir qui a utilisé Général Chauvency, qui est celui de la fiabilité. Effectivement, la France montre par là qu'elle est un partenaire fiable, qu'elle aide, là, dans ce cas précis, son partenaire stratégique saoudien à sécuriser ses infrastructures énergétiques, comme nous avons aidé à sécuriser l'espace aérien de nos partenaires de façon défensive, encore une fois, mais nous l'avons fait pendant cette guerre en Iran, comme nous le faisons avec nos partenaires en Europe. Et ça, je pense que dans le monde dans lequel on vit, où parfois la parole des alliés peut être mise en question, ça a beaucoup de valeur.

Q - Le prix de l'essence et du gazole à la pompe, c'est la crise du carburant depuis maintenant plusieurs semaines dans notre pays. J'ai écouté tous vos collègues ministres du gouvernement, tous. Ils nous ont répété tous les jours qu'il était absolument inimaginable, compte tenu de la situation des taux financiers dans laquelle sont nos finances, de baisser les taxes sur le carburant. La perte de recettes serait tellement considérable que ça nous mettrait encore plus dans le rouge, dans une situation absolument intenable. Et hier soir, à 20 heures, Emmanuel Macron dit que finalement, ce serait possible. On l'écoute. 

[...]

Q - Alors, est-ce que vous avez été surpris comme nous ?

R - Non, alors si vous prenez juste cet extrait, moi je voudrais quand même recontextualiser et c'est ce que le gouvernement a toujours dit. Le gouvernement a toujours dit que nous n'excluons rien et que nous sommes là aujourd'hui en action pour protéger les Français face à cette flambée des prix du carburant. Mais ce que le président de la République a rappelé, c'est effectivement qu'on ne veut pas d'abord faire payer par le contribuable cet effort. Et aujourd'hui, il faut être lucide sur la situation budgétaire, qui n'est pas parfois la même que celle de nos voisins. Et le président a eu raison de rappeler que certains de nos voisins avaient fait des réformes structurelles, qui leur permettent aujourd'hui d'avoir des marges de manœuvre budgétaires, que les oppositions de notre pays ont souvent rejetées. Mais nous, qu'est-ce qu'on a fait ? Déjà, depuis le début, nous avons pris des mesures pour protéger les gros rouleurs. C'était d'abord 3 millions de Français. On a étendu et prolongé ce dispositif jusqu'en décembre. 5,5 millions. C'est des annonces qui ont été faites il y a à peine quelques jours.

Q - Oui, oui, mais on les a bien en tête. 

R - On les a prolongées, on les a doublées pour qu'elles touchent plus de Français, 5,5 millions. Et les secteurs les plus touchés, les agriculteurs, les pêcheurs et le secteur du BTP. Depuis le début, et si on voulait revenir d'ailleurs à la crise de 2022 sur le pouvoir d'achat, le gouvernement a toujours pris des mesures pour protéger les Français face à l'austérité des prix de l'énergie.

Q - Vous disiez à l'instant « on a toujours dit que si ça continue de grimper, on pourrait en venir à baisser les taxes ». Ce n'est pas vrai, Monsieur le ministre. Depuis le début, tous les ministres nous disent que c'est absolument exclu et accusent Mme Le Pen, qui porte l'idée d'une baisse de la TVA de 20 à 5,5 sur le carburant, de démagogie et de populisme.

[…]

Q - On ne laissera pas les prix s'envoler. Moi, j'avais un sentiment qu'ils s'étaient déjà envolés, mais du coup, est-ce que vous avez en tête le seuil, vous, à partir de quel seuil le président le gouvernement considérera que là, ça s'envole et qu'il faut baisser les taxes ? C'est à partir de combien ?

R - Non, mais regardez, à l'été, on était à 1,90. Aujourd'hui, on est monté sur 2,40. Donc ça veut dire que déjà, en agissant pour calmer sur le plan géopolitique et notamment avec les mesures, par exemple, qu'on va prendre en mer Rouge, on peut espérer avoir une baisse des prix qui se répercute très rapidement sur le prix à la pompe. Et ça, ça s'ajoute effectivement aux mesures de protection des gros rouleurs et des professions les plus impactées qu'a pris le gouvernement et que le gouvernement vient d'étendre et de renforcer. 

[…]

Q - Merci beaucoup Benjamin Haddad d'avoir été mon invité ce matin.

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