« LCI » - Entretien de Benjamin Haddad

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Interventions médias

Le : 18 juillet 2026

Q - Bonsoir Benjamin Haddad, vous êtes ministre délégué chargé de l'Europe. Général Trinquand, bonsoir à vous, ravie de vous recevoir également en plateau. Vous entendez ces déclarations des Iraniens ce soir. On parle de deux militaires américains tués, dont un disparu. On sait que la région est très poreuse et que c'est également un danger quand il y a un militaire américain disparu. La faute à qui dans cette affaire concernant ce pré-accord, cet accord cadre, le Memorandum of Understanding, qui n'a pas tenu ?

R - Déjà, je voudrais dire que la France condamne clairement ces frappes iraniennes contre cette base militaire américaine en Jordanie. Nous adressons nos condoléances aux États-Unis, aux familles, aux proches, bien sûr, des deux soldats qui ont été tués. Et on a vu des violations de l'accord et du cadre par l'Iran à travers ces frappes et puis ces derniers jours. Maintenant, l'urgence, c'est de retrouver un chemin de désescalade. Nous sommes toujours dans les 60 jours qui ont succédé à l'accord cadre qui avait été conclu, vous vous en rappelez, au moment du G7, qui avait été signé…

Q - Vous la pensez encore possible cette désescalade ?

R - C'est nécessaire. C'est nécessaire pour retrouver le chemin déjà de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. Vous savez que la France avait dit avec nos partenaires que nous étions prêts à prendre nos responsabilités dans un cadre diplomatique, dans un cadre international à la liberté de navigation. Et puis après, régler les problèmes qui devaient l'être dans le cadre de la diplomatie, de la négociation et qui sont toujours en suspens, je pense en particulier au programme nucléaire iranien. Il faut empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire et donc encadrer l'enrichissement d'uranium, poser la question du programme de missiles balistiques iranien, son soutien à des proxies terroristes déstabilisateurs dans la région. Ce sont toujours ces questions-là qui doivent être réglées. Une fois de plus, nous appelons à la désescalade et à retrouver le chemin d'une diplomatie qui doit être exigeante et qui doit poser ces questions qui devaient être réglées dans les 60 jours après la signature.

Q - Vous pensez que les Iraniens pourraient avoir confiance en un nouvel accord sur le nucléaire ?

R - Vous savez, quand on a ce type de négociations, on dit toujours trust but verify. C'est-à-dire qu'il faut créer le cadre d'un accord qui peut après faire l'objet d'inspections, de vérifications, d'engagements qui sont très clairs. Il y en avait un à l'époque, on s'en rappelle, le JCPOA, l'accord sur le nucléaire iranien qui avait été négocié en 2015. La France d'ailleurs y avait contribué. La France, les pays du E3, le Royaume-Uni, l'Allemagne ont toujours été très impliqués sur ces questions du nucléaire iranien et donc dans la diplomatie.

Q - (inaudible) contrairement aux Américains et pourtant les Iraniens ont quand même...

R - Et l'accord avait été dénoncé, vous vous en rappelez. Il faut retrouver maintenant, encore une fois, un cadre qui permettra d'avoir des engagements clairs, qui permettra d'avoir des vérifications et des inspections et qui permettra d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Ce serait évidemment une menace pour la région, pour le monde.

[…]

Q - Est-ce que le Quai d’Orsay pense qu’il aurait pu y avoir un problème de traduction ? C'est déjà arrivé. 

R - Non, mais on le savait, il y avait un accord, il y avait un texte qui avait été signé au moment du G7. Le président de la République, le ministre des Affaires étrangères s'entretiennent assez régulièrement avec leurs homologues et ont joué un rôle justement pour pouvoir trouver une voix dans la signature. Donc on est effectivement dans un moment de tension, il faut trouver un chemin de désescalade pour ramener la diplomatie et puis ramener effectivement, vous l'avez dit, parce qu'on a la question du détroit d'Ormuz qui est quand même centrale pour le transit d'hydrocarbures, le transit énergétique, donc avec un impact sur les prix de l'énergie, y compris comme on l'a vu d'ailleurs aux États-Unis, l'impact que ça peut avoir sur le plan intérieur, et donc il faut qu'on puisse rétablir le droit international, c'est-à-dire la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.

Q - Prenons la direction de la Russie. Moscou affirme que plus de 370 drones ukrainiens ont visé la région de la capitale et que 64 ont été interceptés à l'approche de la ville. Le géant du e-commerce russe, Wildberries, a même été touché. Est-ce que c'est de bonne guerre finalement ?

R - Les Ukrainiens sont en légitime défense. Et on voit d'ailleurs en réalité l'ingéniosité, l'innovation dont font preuve les Ukrainiens aujourd'hui sur le champ de bataille, notamment avec les drones, avec les frappes en profondeur. Et au fond, cette guerre pourrait s'arrêter demain si les Russes le décidaient et mettaient fin à leur guerre d'agression contre l'Ukraine.

Q - Ça a touché des civils mais pour vous, c’est de la légitime défense ?

R - Nous avons pu ces dernières semaines, après une séquence diplomatique qui a été très importante, réaffirmer l'unité de notre soutien à l'Ukraine et réaligner aussi d'ailleurs avec les États-Unis. On l'a vu au moment du G7, puis du sommet de l'OTAN à Ankara et puis bien sûr ces derniers jours avec la Coalition des volontaires qui s'est tenue à Paris, ça a été un moment pour réaffirmer le réveil stratégique des Européens, pour continuer à mettre la pression sur la Russie avec le renforcement des sanctions et le rétablissement d'ailleurs aussi des sanctions américaines qui avaient été annoncé par Donald Trump quand il était à Paris au G7, l'accélération de... 

Q - Levée sur le pétrole russe tout de même, c’est problématique. Cela ne vous pose pas de problème au niveau européen ? Que les Américains aient levé les sanctions sur le pétrole russe.

R - Les sanctions ont été rétablies justement. Les sanctions ont été rétablies. Ça avait été annoncé par Donald Trump au moment du G7. Et on voit d'ailleurs aussi l'impact sur les prix des hydrocarbures en Russie, le mécontentement qui grandit en Russie avec ces frappes dans la profondeur de la part de l'Ukraine, le renforcement de notre soutien militaire, avec notamment la coalition sur l'antibalistique qui a été annoncée à Paris, qui va permettre de renforcer notamment les systèmes antimissiles des Ukrainiens, mais aussi d'ailleurs le plan d'acheter 16 Rafale. Donc on voit l'accélération de notre soutien militaire. Et donc nous avons pu, grâce à la Coalition des volontaires, réaligner nos partenaires et prendre notre destin en main. Je le dis pourquoi. Rappelez-vous où nous étions il y a un an et demi, lorsqu'on a la rencontre dans le Bureau ovale entre le président Trump, le vice-président Vance et le président Zelensky. À ce moment-là, tout le monde nous disait « c'est fini, les Ukrainiens vont être poussés à la capitulation en 24 heures par les États-Unis et la Russie qui vont faire un accord sur un comptable et les Européens ne seront nulle part ». Nous avons refusé la fatalité, la passivité et sous l'impulsion de la France, nous avons créé la Coalition des volontaires, coordonné notre soutien. Aujourd'hui, la quasi-exclusivité du soutien à l'Ukraine, elle vient de l'Europe. On a finalisé récemment, vous le savez, le plan de 90 milliards, le prêt qui va donner à l'Ukraine de la visibilité sur les prochaines années, sur le plan économique comme sur le plan militaire. C'est grâce à ça que nous avons aussi réaccroché les Américains qui reconvergent maintenant dans le soutien à l'Ukraine et on en voit les résultats sur le terrain et on voit la pression qui monte sur le Kremlin, que ce soit sur le plan politique et sur le plan économique. Donc il faut continuer à mettre les Ukrainiens dans le rapport de force le plus favorable possible sur le terrain militaire.

[…]

Q - Vous confirmez l'aide d'entreprises françaises pour le Flamingo, Benjamin Haddad ?

R - Mais d'ailleurs, on en a parlé justement au moment de la Coalition des volontaires. L'un des objectifs, et c'est ce qu'on fait à travers les plans de soutien européens, c'est de rapprocher aussi la coopération entre notre base industrielle de défense et la base industrielle de défense ukrainienne. C'est d'ailleurs aussi une opportunité pour nos entreprises de travailler avec les entreprises ukrainiennes. Et on a vu d'ailleurs un tournant important des derniers jours, c'est la permission qui est donnée maintenant aux Ukrainiens de produire sous licence des missiles comme les missiles Aster, les missiles Scalp, les frappes en profondeur, ou les missiles américains Patriot qui permettent notamment la défense antimissile sur le territoire ukrainien. Donc là encore une fois, on voit vraiment un renforcement du soutien des Européens, des Américains, que nous avons permis de réaligner à l'Ukraine et ça se ressent sur le terrain avec les Russes qui sont aujourd'hui en difficulté.

Q - Sur les Flamingo, vous ne m'avez pas répondu, est-ce que des entreprises françaises ont aidé ?

R - Mais comme je vous le disais, on l'a dit lors de la Coalition sur le balistique, nous travaillons aussi avec les entreprises ukrainiennes dans les capacités de défense antibalistique et donc cette entreprise qui fabrique le Flamingo en fait partie.

Q - L'Allemagne et la France franchissent une nouvelle étape dans leur coopération en matière de dissuasion nucléaire. Écoutez, le chancelier Merz.

[…]

Q - Benjamin Haddad, est-ce que ce couple franco-allemand qu'on voit à l'image, ce n'est pas une illusion, comme on a pu le voir par le passé dans plusieurs échecs de certains projets, notamment le SCAF ? Est-ce que là, la diplomatie française n'est pas en train de nous montrer une belle image, alors qu'au fond, le couple franco-allemand reste fragile ?

R - Mais c'est une nécessité historique. Et on a une responsabilité de travailler ensemble au moment où on a bien parlé des sujets, la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine et la menace que la Russie fait peser sur toutes nos démocraties et sur l'architecture de sécurité européenne, les questions qui se posent sur l'avenir de la relation transatlantique et de la garantie de sécurité américaine. Si on veut passer à l'échelle au niveau européen dans la défense, dans le spatial, si on veut être capables de prendre en charge notre propre sécurité, oui, on doit travailler avec nos partenaires, à commencer par l'Allemagne. Est-ce que ça veut dire qu'on est toujours d'accord et que tout est un chemin de roses ? Mais naturellement que non. Mais tous les prédécesseurs du président de la République l'ont fait avec des chanceliers, parfois des chanceliers aussi de couleurs politiques différentes. Nous sortons là d'un Conseil des ministres franco-allemand qui a permis, de façon très déterminée, avec pragmatisme, de réaffirmer cette voie, à la fois dans les projets de coopération bilatérale, notamment sur les questions de défense, on y reviendra, mais aussi sur une ambition commune en Europe pour réaffirmer les instruments de sécurité commerciale de l'Europe face à la pression commerciale de la Chine. Un milliard d'euros de déficit commercial en Europe par jour face à la Chine, des dizaines de milliers d'emplois industriels qui sont détruits. Pour dire qu'on a besoin d'un budget européen ambitieux...

Q - Pensez-vous vraiment que les Allemands vont lâcher la Chine ?

R - Alors là, si vous voyez aujourd'hui le débat qu'il y a en Allemagne, ça fait deux ans que l'Allemagne est en déficit commercial vis-à-vis de la Chine, alors que pendant longtemps, c'était considéré comme un marché d'export de premier plan. On voit l'impact que ça a sur des industries historiques comme l'automobile, comme la chimie ou comme l'acier. Et donc aujourd'hui, oui, les lignes bougent en Allemagne sur la question de dire qu'il faut de la préférence européenne, il faut être capables maintenant d'avoir de la réciprocité dans les échanges, on veut rester une zone de libre-échange ouverte, mais encore faut-il qu'il y ait de la loyauté. Quand vous avez des surcapacités subventionnées industrielles qui viennent déstabiliser nos filières, il ne faut pas faire preuve de naïveté. C'est huit fois plus de subventions, de soutien à leur industrie en Chine qu'en Europe. Il faut aussi en tirer les conclusions et dire, on a un marché intérieur, 450 millions d'individus, on n'est pas faibles, renforçons les enquêtes, le cas échéant, on utilise des clauses de sauvegarde, on peut utiliser des droits de douane, du filtrage des investissements, renforçons nos outils communs et d'ailleurs, le chancelier et le président de la République l'ont dit hier, on a maintenant une mission pour donner des propositions à la Commission européenne pour renforcer ces instruments de sécurité commerciale européenne.

[…]

Q - Et puis, tollé à droite, après les déclarations de l'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet souhaite faire remonter le nombre de visas jusqu'à 250.000 par an. Marine Le Pen dénonce une capitulation et accuse le pouvoir d'ouvrir les vannes de l'immigration. Benjamin Haddad, est-ce que vous êtes d'accord avec ces 250.000 visas évoqués par l'ambassadeur ?

R - Alors, soyons clairs, il n'y a pas d'objectifs numériques ou de quotas ou de trajectoire sur la question des visas aujourd'hui qui soient discutés. Notre seule boussole, c'est de défendre les intérêts de la France. L'intérêt de la France, c'est d'avoir une relation équilibrée, où on peut défendre nos intérêts, par exemple, sur la question migratoire, sur la question sécuritaire, sur la question de la lutte contre le narcotrafic. Avec l'Algérie, nous avons un compatriote, bien sûr, Christophe Gleizes, aujourd'hui, qui doit pouvoir retrouver ses proches. C'est avec ces exigences, de façon très claire, que nous abordons cette relation avec l'Algérie. C'est de façon pragmatique, graduelle, réversible et conditionnée à des résultats très concrets. Je vous disais par exemple narcotrafic ou réadmission. 

Q - Est-ce que vous avez convoqué l’ambassadeur ? Est-ce que c'est le rôle d'un ambassadeur de dire ça ?

R - Je vous ai dit, encore une fois, de façon très claire, quelle est la position du pays, du Gouvernement, du président de la République dans la relation avec l'Algérie. C'est de défendre les intérêts du pays.

Q - Les ambassadeurs dépendent du Quai d’Orsay Benjamin Haddad. Donc, est-ce que vous avez eu des contacts avec cet ambassadeur ?

R - Je ne vais pas commencer à m'appesantir sur des sujets internes au Quai d'Orsay. Je vous dis aujourd'hui quelle est la ligne qui est très claire et il n'y a pas, encore une fois, de quotas, d'objectifs numériques ou quoi que ce soit lié à la question des visas.

Q - Mais vous êtes toujours dans cette ambition peut-être de renégocier l'accord de 1968 ?

R - Non, mais notre ambition, c'est encore une fois de défendre de façon très pragmatique, très claire, les intérêts de notre pays. La réadmission, par exemple, des ressortissants qui sont obligés de quitter le territoire français la lutte contre le narcotrafic, le fait qu'on a un compatriote Christophe Gleizes qui doit pouvoir retrouver ses proches, la coopération sur les questions sécuritaires. C'est à l'aune de ces objectifs que nous abordons la relation avec l'Algérie et encore une fois qui doit être conditionnée à des résultats très concrets et ce n'est qu'en fonction des résultats que nous avancerons ou pas dans une direction.

[…]

Source : LCI 

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