« La 1ère » - Entretien de Jean-Noël Barrot Lutte contre le trafic de drogue Interventions médias Le : 06 juillet 2026 Q - Alors cette conférence interrégionale qui s'achève ce soir aura-t-elle fait bouger les lignes ? On retrouve le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, depuis l'Université des Antilles, où s'est achevé le sommet ce soir. Bonsoir, merci d'accepter de répondre à nos questions. On vient de voir l'importance capitale de cette coopération dans la lutte contre le narcotrafic. Quelles avancées est-ce que vous avez obtenues auprès des pays voisins au cours de cette conférence ? R - D'abord, vous avez raison de dire que la coopération internationale est capitale pour lutter contre ces groupes transnationaux, qui se livrent au trafic de drogue, au trafic d'armes à feu, à la traite d'êtres humains. Cette conférence régionale de sécurité qui s'est tenue aujourd'hui en Martinique, c'était la volonté du Président de la République, c'est une première et elle a permis une mobilisation inédite de 40 pays, qui se sont mis d'accord pour œuvrer de concert, pour faire échec à ces trafics qui empoisonnent la vie de toutes celles et ceux qui habitent dans cette région. Et ça s'inscrit parfaitement dans les efforts de la diplomatie française que j'ai l'honneur de conduire pour déployer tous nos efforts, tous nos moyens, en lien avec les pays de la région, pour lutter efficacement contre le narcotrafic et empêcher, entraver l'activité des narcotrafiquants. Q - Justement, parmi ces pays, il y avait la Colombie, Trinidad, la Dominique. Est-ce que vous avez pu obtenir quelques garanties en termes de coopération ? Est-ce que ces pays sont prêts à coopérer avec la France ? R - Vous parlez de la Colombie, où j'étais au mois de novembre dernier pour lancer, pour la première fois dans l'histoire du ministère des Affaires étrangères, un plan international de lutte contre le narcotrafic. D'ores et déjà, nous voyons les résultats. J'avais annoncé que nous signerions 12 accords de coopération. Nous en avons d'ores et déjà signé 18 avec les pays de la région et 23 autres sont en cours de discussion. J'avais annoncé que nous allions renforcer, dans nos ambassades, les effectifs de police, des douanes, des armées pour lutter en lien avec les pays de la région contre les narcotrafiquants. Nous avons d'ores et déjà augmenté ces effectifs de près de 40%. J'avais annoncé que nous allions créer une académie régionale qui serait installée en République dominicaine pour former les experts de tous ces pays à la lutte contre le narcotrafic. Nous allons poser la première pierre de cette académie au mois de septembre prochain. Et puis j'avais annoncé la création d'un régime européen pour sanctionner les narcotrafiquants, les taper au portefeuille. Ce régime de sanctions est en cours de finalisation à Bruxelles. Donc vous voyez, nous avançons et nous obtenons de la part des pays de la région une coopération véritable. Pourquoi ? Parce que c'est aussi leur intérêt et leur volonté que de faire échec au narcotrafic et à la criminalité organisée. Q - On voit effectivement les effets dans notre bassin et on a vu, dans le reportage tout à l'heure aussi, l'approche américaine, qui est beaucoup moins diplomatique. Quelle est la position de la France concernant ces bombardements des États-Unis sur les embarcations ? R - Vous savez, nos forces armées, que ce soit les forces armées françaises aux Antilles ou en Guyane, participent de manière très régulière à des opérations d'arraisonnement, c'est-à-dire arrêter les navires, confisquer la marchandise, arrêter les narcotrafiquants. Nous le faisons dans le respect du droit international, du droit de la mer, avec une grande efficacité. J'étais tout à l'heure en Guyane, où j'ai pu saluer les militaires qui participent à ces efforts. On peut être fier de l'action qui est menée. Alors, évidemment, ça ne permet pas de tout résoudre, mais ça permet très largement de décourager les narcotrafiquants d'emprunter certaines routes. Q - Plus concrètement, est-ce que vous partagez, par exemple, la position du haut-commissaire aux droits de l'Homme, qui réclame l'arrêt des frappes des États-Unis et une enquête ? R - En tout cas, nous nous concentrons sur ce qui est entre nos mains : c'est, je vous le disais, la mobilisation de nos armées, le renforcement de nos capacités de douane, de police dans nos ambassades, les accords de coopération que nous signons avec les pays de la région. À quoi ça sert ? Ça permet d'installer, dans les pays et dans les administrations des pays en question, des agents de liaison notamment, qui vont permettre de partager le renseignement, de partager de l'information pour pouvoir soit arrêter des narcotrafiquants, soit intercepter des cargaisons, soit ensuite, une fois qu'ils ont été arrêtés, de les extrader. C'est tout ce à quoi nous travaillons. Q - Une dernière question, Jean-Noël Barrot, concernant le Venezuela. Une centaine de secouristes de l'Hexagone sont engagés auprès des sinistrés, mais la Martinique est à deux heures du Venezuela. Est-ce que nos professionnels vont aussi prendre part à cet élan de solidarité ? R - Je ne peux pas vous répondre sur la mobilisation des forces présentes en Martinique. Ce que je peux vous dire, en tout cas, c'est que le Président de la République, lorsqu'il s'est entretenu avec la présidente par inter intérim du Venezuela, lui a fait part de la solidarité du peuple français avec les innombrables victimes de ce séisme meurtrier, lui a assuré que nous apporterions notre concours pour tenter de sauver les personnes qui peuvent l'être encore, et nous sommes très fiers d'avoir pu le faire avec ces équipes sur place, déployées en un temps record. Q - Les Martiniquais sont très touchés par cette catastrophe. Nos associations sont aussi très actives, elles ont recueilli beaucoup de dons pour les sinistrés sur place, mais pour l'instant, ils n'ont pas les moyens d'acheminement. Est-ce que l'État peut proposer quelque chose ? R - Je vous remercie pour cette suggestion et je vais m'entretenir avec les ministres qui sont présents avec moi pour que nous puissions créer les conditions facilitant l'acheminement de ces dons et de cette aide humanitaire dont les Vénézuéliens ont tant besoin dans l'épreuve qu'ils traversent. Q - Merci beaucoup, Jean-Noël Barrot, d'avoir pris le temps de répondre à nos questions ce soir. R - Merci à vous. Source : La 1ère