L’Appel de Paris pour la solution à deux États - Discours de clôture de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

  • Israël / Palestine

  • Droit international

Discours

Le : 16 juin 2026

Ministres,  

Ambassadeurs, ambassadrices, 

Militants de la paix, 

Merci. Todah. Shukran.

En vous écoutant et en vous voyant réunis ici, la première émotion qui m’étreint, c’est la gratitude. Parce qu’un an après l’appel du 13 juin 2025, vous êtes venus porter au monde un message de résistance et d’espoir. Résistance à l’idée que le camp de la guerre puisse l’emporter sur celui de la paix. Espoir, celui de deux États, vivant côte à côte, en paix et en sécurité. 

Votre présence nombreuse aujourd’hui est la démonstration éclatante que la paix et la réconciliation restent possibles, malgré toutes les souffrances, malgré les blessures profondes du terrorisme et de la guerre, et qu’elles passent par la reconnaissance mutuelle, la résistance aux discours de haine, le refus de la résignation.

L’Appel de Paris de l’année dernière, votre appel, n’est pas resté lettre morte. Souvenez-vous : la déclaration de New York a été endossée par la majorité des nations du monde, appelant dans un même souffle la condamnation définitive des attaques terroristes du 7 octobre, l’exclusion du Hamas de la gouvernance palestinienne, la reconnaissance de la Palestine et l’intégration régionale. Quelques semaines plus tard, le 22 septembre 2025, par la voix du président de la République, la France a pris la décision capitale de reconnaître l’État de Palestine. Elle l’a fait avec dix pays, dont la plupart sont représentés aujourd’hui et je les en remercie. 

Quelques semaines plus tard, un plan de paix a été adopté, ouvrant enfin la possibilité que les armes se taisent. Et de fait, il y a désormais un cessez-le-feu à Gaza, certes imparfait, certes violé constamment, mais qui existe. Tous les otages vivants sont sortis de Gaza : après avoir vécu l’enfer, ils ont pu retrouver leurs proches. Et toutes les dépouilles ont été restituées pour permettre enfin aux familles d’entamer leur deuil. 

Mais, malgré cela, la situation est tragique. C’est la catastrophe humanitaire insoutenable dans laquelle Gaza demeure plongée. C’est la blessure intime du 7 octobre, que chaque famille israélienne porte encore dans sa chair, et les missiles iraniens qui continuent de cibler Israël. C’est la situation insupportable en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où la violence des colons radicaux, les appels à l’annexion, les déplacements forcés, les atteintes au statu quo des lieux saints réduisent chaque jour la perspective de la paix. 

Comme si cela ne suffisait pas, la guerre a de nouveau embrasé la région, ajoutant les peuples libanais et iranien aux victimes de la tragédie du Levant. Je le dis avec vous, à nos frères et nos sœurs au Liban et en Iran, pris entre deux feux dans des guerres qu’ils n’ont pas choisies : nous ne les oublions pas, nous ne vous oublions pas.

Nous pourrions, dans ces conditions, trouver toutes les raisons du monde pour baisser les bras. Mais vous êtes là ! Et vos témoignages constituent à eux seuls des motifs d’espoir et des motifs d’action. Tout au long de la journée, vous avez montré qu’il n’existe aucun obstacle d’ordre pratique à la mise en œuvre de la solution à deux États : désarmement du Hamas, reconstruction de Gaza, délimitation des frontières, lutte contre les discours de haine, intégration régionale… Vos propositions ouvrent la voie. 

Or, cette année peut être décisive. Parce que vos deux peuples seront amenés à voter dans les prochains mois. En Israël, des élections législatives auront lieu d’ici à l’automne. En Palestine, des élections législatives et présidentielle doivent se tenir avant la fin de l’année. Le président Abbas s’y est engagé. 

Je le dis à ceux qui doutent que le moment soit venu : les élections en Palestine ne doivent pas être un aboutissement, elles sont un point de départ. Un moment d’expression démocratique essentiel pour que l’Autorité palestinienne puisse assumer pleinement ses responsabilités. Il n’y a pas de meilleure manière pour un peuple que de se lever, de s’exprimer, de défendre son droit à l’existence que de le faire au travers d’élections libres et ouvertes.

L’Appel de Paris que vous lancez aujourd’hui est guidé par le sort des femmes et des hommes de vos deux peuples. Il n’obéit en aucune manière à des intérêts politiques ou économiques éloignés. Ce que vous avez placé au cœur de vos recommandations, dans cet Appel, c’est d’abord et avant tout la dignité de la personne humaine, la dignité de vos deux peuples. 

Avec les ministres présents, nous recevons ces recommandations avec gravité et avec le même espoir que celui qui vous anime. Vous pourrez compter sur nous pour les relayer auprès des dirigeants du monde entier, à commencer par ceux qui seront présents dans quelques jours, la semaine prochaine, lors du sommet du G7 que le président de la République accueillera à Évian. 

Et nous allons continuer, pour porter avec vous une perspective claire : celle de deux peuples, deux États, reconnus et respectés dans leurs droits, vivants côte à côte, en paix et en sécurité. 

Nous le savons, vous l’avez dit : la paix ne se décrète pas. Elle ne nait pas seulement de la volonté politique ou de la décision des gouvernements. Elle doit s’enraciner dans les esprits et les cœurs vaillants des femmes et des hommes qui militent pour la paix. C’est pourquoi votre rôle est essentiel, car vous êtes les bâtisseurs de la paix. Sans votre courage, sans votre droiture, sans ce sillon d’espérance que vous creusez patiemment sur le terrain, tous les jours, pour y semer les graines de la réconciliation, rien ne sera possible. 

Chacun porte en lui une part de responsabilité. Quels que soient les mots choisis ou la langue employée, nous sommes appelés à réparer le monde, à réconcilier les femmes et les hommes, à réparer un univers imparfait dans lequel nous vivons, et à y apporter un peu de concorde. Cela demande des esprits audacieux et préparés. Et c’est le ministre des Affaires étrangères d’un vieux pays, dont l’histoire est entachée du sang de guerres fratricides. D’un vieux pays qui a reconnu l’État d’Israël et l’État de Palestine. D’un vieux pays qui a su faire la paix et la réconciliation avec son ennemi juré. La paix ne naîtra ni de l’humiliation ni de la dénégation du droit de l’autre à l’existence ou à la sécurité, mais d’un chemin exigeant fait de compromis courageux et d’une intransigeance absolue quant à la dignité humaine. C’est cette voie étroite qui, seule, peut conduire à la paix. 

À Jérusalem, Tel-Aviv ou à Ramallah, d’où vous venez, il est devenu terriblement difficile pour Israéliens et Palestiniens de se rencontrer librement. C’est pourquoi nous nous sommes tous retrouvés à Paris pour recevoir votre Appel. Sachez-le : tant qu’il y aura des femmes et des hommes décidés à faire vivre l’idée de paix au Proche-Orient, ils trouveront toujours ici une place pour dialoguer, débattre, construire l’avenir, construire des ponts, construire la paix.

Et c’est ainsi que nous avons conçu cette journée, dont je remercie les organisateurs et organisatrices. Non seulement comme un pont entre sociétés civiles et gouvernements du monde, mais aussi comme un pont entre deux peuples appelés à la réconciliation et à la paix. Alors, pour marquer symboliquement la volonté qui est la nôtre, la volonté de la France, la volonté des organisations aujourd’hui représentées, je vous invite à vous rassembler dans quelques instants sur le pont de la Tournelle, à deux pas d’ici, pour que nous puissions emporter ensemble, dans un même souffle et d’une seule voix un seul message : deux peuples, deux États, un futur ; two people, two states, one future. 

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information