« France Inter » - Entretien de Jean-Noël Barrot - Extraits Politique étrangère Interventions médias Le : 29 mai 2026 Q - Un grand entretien ce matin au lendemain d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à Chypre, d'où il revient tout juste. Avec Marion L’Hour, nous recevons le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Vos questions, réactions, amis auditeurs, au 01.45.24.7000 ou l'application Radio France. Bonjour Jean-Noël Barrot. R - Bonjour Ali Badou. Q - Et bienvenue. On vient de l'entendre dans le journal de 8h, la Roumanie, pays membre de l'OTAN, a dénoncé, je cite, « une grave et irresponsable escalade » après qu'un drone russe ait chuté sur un immeuble résidentiel, faisant deux blessés légers. Quelle est votre réaction, ce matin ? En septembre dernier, après que des drones russes avaient traversé l'espace aérien polonais puis roumain, vous aviez rappelé l'ambassadeur russe. Vous allez le faire ? R - Je veux d'abord condamner cette irresponsable de la Russie qui vise, comme vous l'avez rappelé, un pays ami, un pays de l'Union européenne et un pays de l'OTAN et qui a fait deux blessés. Vous dire que j'ai convoqué à 9h45 ce matin l'Ambassadeur de la Russie en France pour lui dire que les frappes massives du week-end dernier contre les civils, que les menaces qui pèsent sur les diplomates français et européens à Moscou et que ce nouvel acte irresponsable sont autant d'intimidations qui sont inconséquentes mais qui sont vaines car elles ne nous détourneront en aucun cas de notre soutien à la résistance ukrainienne. Q - Des intimidations vaines. « Ces incursions dans l'espace aérien des pays baltes, de la Pologne ou d'autres ont pour but de masquer l'échec russe et tenter d'intimider les Européens ou de faire baisser ou d'affaiblir le niveau de leur soutien. » Ce sont vos propres mots Jean-Noël Barrot. C'était le 31 octobre 2025. Est-ce que vous faites la même analyse ce matin ? Est-ce que cette transgression ultime est encore de l’ordre d’un échec, de la manifestation d’une défaite ? R - Absolument. C'est une tentative désespérée de Vladimir Poutine pour masquer son échec. Je crois qu'hier, on a dépassé, pour la guerre d'agression russe en Ukraine, la durée de la Seconde Guerre mondiale. Et après donc plus de quatre ans, la guerre coloniale de Vladimir Poutine est un échec cinglant. L'Ukraine reprend du terrain sur le front. L'Ukraine est en train de gagner la guerre des drones. La Russie perd 35.000 hommes sur le front, plus qu'elle ne parvient à en recruter. Et de toute évidence, le doute s'est installé à Moscou. Q - Doute, peut-être, mais vous étiez hier à Chypre pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE. Et il était notamment question de l'avenir des négociations avec la Russie. On reprend cette question qui ne cesse de revenir depuis trois ans ou quatre ans maintenant, faut-il parler à Vladimir Poutine ? « Pas le moment » pour la chef de la diplomatie lituanienne ; « Il faut se préparer », dit la ministre autrichienne des Affaires étrangères. Et vous ? R - D’abord pourquoi est-ce que cette question revient ? Au fond, parce que Vladimir Poutine refuse depuis des années de dialoguer directement avec Volodymyr Zelensky, le président de l'Ukraine. Volodymyr Zelensky l'a redit encore récemment, « je suis prêt à dialoguer directement avec Poutine » et c'est Poutine qui s'y refuse. C'est bien qu'il est l'obstacle principal à la paix. Q - Mais ça pourrait être le rôle des Européens ? R - Oui, quant à nous, on a toujours dit que par principe, on n'excluait pas d'avoir un dialogue avec Vladimir Poutine et la Russie, dans la mesure où c’est coordonné avec l'Ukraine et dans la mesure où nos intérêts, notre sécurité est en jeu. Si l'Ukraine souhaite que nous puissions participer de manière plus active à ce processus de négociation, il n'y a aucune raison que nous nous dérobions. Q - Si l’Ukraine ou si la Russie le souhaite ? Puisque le président français avait annoncé en décembre vouloir renoncer des échanges directs avec Vladimir Poutine. Son conseiller diplomatique s'était rendu en Russie en février, et pourtant la France n'est pas positionnée pour dialoguer avec l'Ukraine. On parle plutôt d'Angela Merkel, par exemple, qui pourrait parler au nom de l'Union européenne, avec la Russie. R - Non. Ce que je dis, c'est que si l'Ukraine souhaite qu'on prenne une part plus importante dans les négociations, il n'y a aucune raison qu'on se dérobe. Et j'ai entendu récemment le président Zelensky appeler les Européens à prendre une part plus importante. Ensuite, les modalités de ces négociations, c'est une discussion que nous devons avoir entre nous. Nous avons commencé à le faire entre les ministres des Affaires étrangères hier. C’est aux chefs d'État et de gouvernement de décider. Q - Il y a la question aussi quand même de la réponse de l'OTAN à ce drone qui est tombé sur un immeuble résidentiel. C'est une première, pour un immeuble résidentiel. On a entendu Ursula von der Leyen dire qu'une limite avait été franchie. Et la Roumanie qui demande un transfert de moyens de lutte anti-drone vers son pays. Est-ce que ça, vous y êtes favorable ? R - L'OTAN se prépare. Chacun le sait, l'année dernière, des décisions importantes ont été prises pour faire face à l'augmentation de la menace. La réponse de l'OTAN est toujours très ferme, mais aussi très proportionnée. Et s'agissant de la Roumanie plus particulièrement, il est important de savoir que nous avons 1.500 militaires français qui participent en Roumanie à la défense de l'Est de l'Europe et de l'OTAN, et qui participent régulièrement à des exercices, communs d'ailleurs, avec les militaires roumains et d'autres militaires européens. Q - Mais très proportionnée, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'effectivement, il faudra peut-être débloquer des moyens ? Ça veut dire qu'on en est carrément à l'article 5, qui dit qu’une attaque contre un membre de l'OTAN… R - Vous voyez bien ce que ça veut dire, ça veut dire que l'OTAN a toute une palette de réponses possibles, que si la sécurité d'un pays de l'OTAN est engagée, la réponse peut être dévastatrice. C'est l'alliance de sécurité la plus puissante du monde. Mais au-delà du monde, personne ne saurait se risquer. Q - Est-ce que là, on a une attaque contre un membre de l'OTAN ou pas ? Est-ce que ça justifie un recours à l'article 5 qui oblige les autres pays à être solidaires de ce pays membre ? R - On a un acte irresponsable avec un drone et ce n'est pas la première fois… Q - Mais ce n'est pas une attaque ? R - …, puisque ces derniers mois, à plusieurs reprises, des drones russes, des vecteurs russes se sont égarés dans le ciel de l'Union européenne et de l'OTAN. À chaque fois, la réponse a été très nette, très forte et très ferme. Q - Mais est-ce que vous savez si c’est intentionnel ou pas ? R - Je n'ai pas, à ce stade, tous les éléments. D'ailleurs, des éclaircissements seront demandés à l'ambassadeur russe ce matin au Quai d'Orsay. Et puis nous en tiendrons avec nos partenaires roumains, et des discussions auraient lieu au sein de l'OTAN pour clarifier ces points, nous préparer à répondre à toute nouvelle incursion. Q - Mais vous n’excluez pas que cette attaque soit intentionnelle ? R - Je n'ai pas de détails à ce stade à vous donner. Q - Alors il y a aussi évidemment la question du Moyen-Orient. Beaucoup de dossiers à aborder avec vous ce matin, Jean-Noël Barrot. Les États-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord en vue de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, qui est entrée dans son quatrième mois, ont indiqué hier à l'AFP des sources américaines. Un accord entre l'Iran et les États-Unis, est-ce qu'il est envisageable ? L'Iran dément, parle d'un texte qui n'est pas encore finalisé. La réouverture du détroit d'Ormuz, ça reste un mirage ? R - Les États-Unis et l'Iran doivent en tout cas tout faire pour mettre fin à cette situation insoutenable et qui ne fait que des perdants, à commencer par les Françaises et les Français, nous-mêmes, qui ressentons vivement, à la pompe et dans beaucoup de dimensions de nos vies quotidiennes, les conséquences de cette guerre. Q - Mais qu'est-ce que vous savez des négociations en cours et de cet accord ou de ce qu'il contient ? R - Qu'un accord est à portée de main et qu'il faut maintenant le conclure pour que ce détroit puisse s'ouvrir et que la circulation des navires puisse reprendre. Q - Quand bien même les Iraniens refusent toute discussion préalable sur le nucléaire pour négocier, discuter, éventuellement parvenir à un cessez-le-feu et à la réouverture du détroit ? R - D'abord un cessez-le-feu et l'ouverture du détroit, permettant le démarrage de négociations qui encadreront le programme nucléaire iranien. Q - Jean-Noël Barrot, quand même, ça fait depuis le début de la semaine qu'on parle de cet accord imminent. Les frappes n'ont jamais été aussi intenses, notamment de la part des États-Unis. Ce n'est pas illusoire de se dire qu'un accord va être réellement conclu, que le détroit d'Ormuz va être rouvert aujourd'hui ? R - Les États-Unis et l'Iran, je le redis, doivent tout faire pour mettre fin à cette situation qui ne fait que des perdants. L'Iran et les États-Unis n'ont aucun intérêt à ce que cette situation se prolonge. Q - Mais votre situation aujourd'hui, c'est que la question nucléaire ne doit pas être abordée tout de suite ? Elle peut être reléguée dans un deuxième temps ? R - Oh, la discussion doit démarrer, mais je crois que, vous savez, un accord sur l'encadrement du programme nucléaire iranien, ça prend nécessairement quelques semaines, sinon quelques mois. Je crois que nous ne pouvons plus attendre pour l'ouverture de ce détroit, car les approvisionnements en hydrocarbures, mais aussi en engrais, sont essentiels pour que l'économie mondiale ne se trouve pas à l'arrêt. Q - On voulait vous parler aussi ce matin, Jean-Noël Barrot, de la situation au Proche-Orient et notamment concernant le traitement des membres de la flottille pour Gaza. Vous vous souvenez des images qu'on avait vues, ces militants agenouillés, les mains liées, qui avaient été diffusées, notamment par le ministre israélien d'extrême droite Itamar Ben-Gvir. Le Premier ministre avait dit qu'il envisageait de saisir la justice française. Vous avez reçu, je crois, les avocats des militants français qui étaient concernés. Vous allez la saisir, la justice ? R - Lorsque j'ai eu connaissance des agissements inqualifiables du ministre Itamar Ben-Gvir, j'ai d'abord convoqué l'ambassadeur d'Israël en France pour lui faire part de notre vive condamnation et pour obtenir des éclaircissements. Sur la base de ces éclaircissements, j'ai décidé de prendre des sanctions à l'encontre de M. Itamar Ben-Gvir, en l'interdisant d'accès au territoire français. Puis, sur la base d'un rapport que j'ai demandé à notre consul général en Turquie, qui m'a fait état de violences sexuelles, d’exposition au froid, de coups, mais aussi d'humiliations répétées à l'encontre de ressortissants français, autant de faits qui sont susceptibles de qualifications pénales, j'ai décidé hier de saisir la procureure de la République en vertu de l'article 40 du Code de procédure pénale. C'est désormais donc une affaire qui est entre les mains de la justice. Q - Mais ces avocats, eux, ils dénoncent un simulacre de condamnation d'Israël par la France, donc par vous-même, par le Quai d'Orsay. Pourquoi ? R - Interrogez-les, je viens de vous répondre, j'ai saisi la justice. Q - C'est une dépêche qui vient de tomber en l'occurrence. Ils refusent de vous rencontrer pour évoquer la question et parlent effectivement de simulacres, de ces condamnations. Pourquoi ce refus-là ? R - C'est à eux qu'il faut poser la question. Ma seule priorité, c'est celle de la sécurité de nos ressortissants lorsqu'ils se trouvent à l'étranger, y compris lorsqu'ils s'engagent dans des démarches, comme celle de la flottille, que nous avons très fermement désapprouvées. Q - Mais qu'est-ce qu'elle peut faire, la justice ? R - Engager des poursuites, puisque je vous l'ai dit, les faits qui m'ont été rapportés par nos agents sur place, qui ont accueilli les participants de la flottille après leur détention par les forces de sécurité israéliennes, m'ont fait part de faits qui sont susceptibles de qualifications pénales. Et donc maintenant, c'est à la justice de décider ou non d'engager des poursuites. Q - La France organisera dans deux semaines, le 12 juin à Paris, une réunion internationale consacrée à la solution à deux États, la paix au conflit israélo-palestinien. C'est étrange de prononcer ces mots alors qu'on est en pleine guerre. Est-ce que vous n'avez pas la crainte après la destruction, il y ait maintenant l'annexion de Gaza, après les discours de certains ministres israéliens ? R - D’abord, sur la Conférence internationale qui se tiendra le 12 juin à Paris, elle réunira des centaines d'Israéliens et de Palestiniens qui, comme nous, continuent de croire à la solution à deux États, qui est la seule susceptible de ramener la paix et la sécurité dans la région. Deux États reconnus et respectés dans leurs droits, vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Q - « Dans quelques mois, nous pourrons déclarer que nous avons gagné. Gaza sera totalement détruite. » C'est ce que déclarait le ministre des Finances israélien Smotrich. Comment parler de paix, dans ces conditions-là ? R - En donnant la parole à celles et ceux qui, au quotidien, en Israël comme en Palestine, travaillent à construire des ponts et à créer les conditions de la paix. Ceci étant dit, je veux dire que lundi prochain, le gouvernement israélien s'apprête à publier les appels d'offres pour un projet de colonisation illégale qui s’appelle E1, qui comporte 3.400 logements, qui permettrait de loger 15.000 personnes… Q - À Jérusalem ? R - …, qui couperait en deux la Cisjordanie et qui séparerait la Cisjordanie de Jérusalem. C'est une violation du droit international, c'est une violation du droit international humanitaire, et je le dis avec beaucoup de gravité, toute entreprise qui répondrait à ces appels d'offres s'exposerait à des sanctions internationales, car elle violerait à son tour le droit international. Q - Mais donc quand vous voyez ce projet, quand vous entendez Benyamin Netanyahou qui demande à son armée d'occuper 70% de Gaza, quand il déclare zone de guerre une grande partie du Liban Sud, et que dans les deux cas, concernant le Liban et concernant la bande de Gaza, ça contrevient au cessez-le-feu en vigueur, comment vous la définissez, cette politique israélienne ? R - C'est une fuite en avant qui est contraire aux engagements pris par les autorités israéliennes : cessez-le-feu au Liban, le 17 avril ; et puis cessez-le-feu à Gaza, puisqu’une résolution du Conseil de sécurité a mis fin à la guerre à Gaza. C'est une violation, ou c'est contraire au droit international, bien évidemment, de déclarer zone de combat le sud du Liban, ou de déclarer que 70% de la bande de Gaza va être reprise. Et c'est contraire à l'intérêt et à la sécurité d'Israël. Parce que chaque village qui est démoli, chaque civil qui est tué au sud du Liban, c'est le Hezbollah qui en sort renforcé et enraciné. Et chaque fois que l'armée israélienne progresse à Gaza, accroît son emprise, là encore, c'est autant de forces qui sont données au Hamas, qui doit pourtant être désarmé et exclu de toute forme de contrôle sur la bande de Gaza. Q - Mais il vous arrive de vous demander à quoi peuvent bien servir ces déclarations de cessez-le-feu ? R - Vous savez, la paix, c'est un travail de long terme et les diplomates ont l'habitude de ne pas pouvoir obtenir instantanément, immédiatement des résultats. Le travail des diplomates, c'est de semer patiemment les graines qui, à un moment donné, permettent à la paix de s'enraciner durablement. Q - Jean-Noël Barrot, la semaine dernière, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, participait à un déjeuner auquel était conviée Xenia Fedorova. Je rappelle que c'est l'ancienne patronne du média pro-russe RT qui est devenue l'un des visages du groupe Bolloré. Elle est régulièrement présente sur CNews, dans le JD News. Elle a contesté à plusieurs reprises l'agression russe contre l'Ukraine. C'était une erreur pour elle de s'y rendre ? Et Xenia Fedorova devait-elle avoir une carte de séjour, qui a été renouvelée par l'administration française, donc sous l'autorité politique de votre Gouvernement ? R - D'abord, ce n'était pas mon Gouvernement, mais Mme Fedorova, c'est effectivement une propagandiste patentée qui sert de relais à la désinformation du Kremlin. Chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine. Q - Non mais c'est que je cite Edouard Philippe, sur cette antenne : « Cette dame a une carte de séjour et vient parler en France contre le gouvernement français, contre la position française, et se faisant le relais, à dessein ou non des positions russes, je trouve ça curieux. Curieux qu'elle soit en France. » Qu'avez-vous à lui répondre ? R - D'abord, Mme Fedorova n'est pas la seule à critiquer le Gouvernement français. C'est ce qu'on appelle la démocratie. Quant aux conditions de l'octroi son titre de séjour, nous avons un État de droit, il y a un certain nombre de règles. C'est ce qui fait d'ailleurs la différence, remarquez-le, entre la France, l'Union européenne et la Russie. On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges sans être envoyé dans un goulag ou une colonie pénitentiaire. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tant de pays de l'ex-Union soviétique veulent rejoindre l'Union européenne et qu'aucun pays du monde ne veut rejoindre la Russie aujourd'hui. Q - Mais votre collègue du gouvernement, Annie Genevard, elle a eu tort de participer à ce repas ? R - Je ne vais pas commenter les agendas de mes collègues du Gouvernement. Je crois d'ailleurs que ce n'est pas le plus important dans cette affaire. Q - « Pourquoi la France ne soutient-elle pas l'initiative Sky Shield demandée par l'Ukraine et par de nombreuses ONG ? », vous demande Jean-Paul sur l'application Radio France ? R - Nous avons, avec plusieurs dizaines de pays, constitué une coalition des volontaires pour qu'une fois la paix conclue, elle puisse être garantie. Ça marche comment ? Eh bien, pour la première fois dans leur histoire, hors de l’OTAN, ces plusieurs dizaines de pays ont décidé de mettre en commun leurs capacités militaires et de les déployer, mais une fois la paix conclue, à la fois dans le ciel, en mer et sur terre, pour dissuader toute nouvelle agression de l'Ukraine. C'est sur cette copie-là que nous travaillons à ce jour. Q - Question de François également sur l'application Radio France : « Va-t-il y avoir un changement d'attitude vis-à-vis de l'Algérie, qui se montre très agressif de nos jours ? » R - Nous avons un dialogue franc mais exigeant avec l'Algérie. Nous refusons de nous laisser entraîner dans des polémiques ou des bras de fer stériles parce que ce qui compte pour nous, ce qui compte pour le gouvernement français, c'est d'obtenir des résultats en matière de lutte contre le narcotrafic, d'expulsion des Algériens en situation irrégulière, d'obtenir bien sûr la libération de notre compatriote Christophe Gleizes, et d’obtenir une reprise de la coopération économique avec ce pays voisin, grand pays d'Afrique, avec lequel nous avons intérêt à avoir des relations normalisées. Q - Vous avez des nouvelles de Christophe Gleizes ? R - Nous continuons à plaider pour sa libération, en lien étroit avec sa famille, qui fait d'ailleurs preuve d'une très grande dignité dans cette épreuve, que je veux saluer. Q - D'ailleurs, est-ce qu'il sera question de lui la semaine prochaine, puisque le ministre de l'Intérieur algérien va être Paris, ce qui est aussi un signe du réchauffement que vous souhaitez voir advenir entre Paris et Alger ? Il va être question de lui, de ce dossier, de ce journaliste qui est emprisonné depuis longtemps ? R - Nous ne cherchons pas le réchauffement pour le réchauffement. Vous aurez compris que ce que nous recherchons, ce sont des résultats. Pour la sécurité notamment, mais pas seulement, des Françaises et des Français. Q - Et donc, est-ce qu'ils vont parler de lui, de Christophe Gleizes ? R - Sa situation sera nécessairement abordée. Vous savez, depuis que j'ai pris mes fonctions, il y a à peu près un an et demi, j'ai obtenu la libération de 31 personnes françaises détenues arbitrairement ou retenues en otage. Donc j'ai bon espoir parvenu à obtenir la libération de Christophe Gleizes. Q - La ligne Retailleau, c'était une erreur ? R - Le bras de fer, ou en tout cas le rapport de force, doit toujours être mis au service du dialogue et pas s'y substituer. Un rapport de force qui n'a pas pour objectif d'obtenir des résultats en général est voué à l'échec. Q - Donc c'était une erreur ? R - C'était un choix politique. Q - Vous parliez de polémique tout à l'heure, Jean-Noël Barrot. Vous-même, vous êtes la cible des attaques de la presse algérienne. R - Oui, je ne vais pas les commenter. Vous savez, de part et d’autre... Q - Ils vous accusent, alors on va quand même dire pourquoi, parce qu'ils vous accusent d'avoir pris une position favorable au Maroc sur le dossier du Sahara occidental. Est-ce qu'on peut vraiment dialoguer avec un pays dont la presse utilise ces mots à votre égard ? R - Mais vous savez, il y a une certaine presse en France qui ne retient pas ses critiques contre l'Algérie. Moi, je refuse de céder, si vous voulez, à cette conflictualité que certains veulent entretenir, ici en France vis-à-vis de l'Algérie, en Algérie vis-à-vis de la France, parce que ça dessert les intérêts des Français. Moi, ce qui m'impose, c'est qu'on puisse retrouver, neutraliser les narcotrafiquants, qu'on puisse expulser les Algériens en situation irrégulière, que nos entreprises, notamment de l'agroalimentaire et nos agriculteurs puissent avoir des débouchés en Algérie, et qu'on puisse libérer Christophe Gleizes. (…) Q - À propos de l'élection présidentielle, il y a quand même une menace qui pèse sur cette élection future, c'est celle des ingérences étrangères. D'ailleurs, le parquet de Paris vient d'ouvrir une enquête sur une éventuelle ingérence étrangère d'une entreprise israélienne au dépend de candidats LFI aux élections municipales. Vous les redoutez ? Vous allez faire quoi pour les empêcher ? R - Ce que je peux vous dire, c'est qu'effectivement, dans la période électorale qui vient de se passer, des ingérences électorales ont été détectées par VIGINUM, ce service que nous avons créé en 2021. Plusieurs ont été détectées. Un rapport complet qui couvrira l'ensemble de la période sera présent par les services du Gouvernement très prochainement, qui feront état de l'ensemble de ces ingérences. Q - Donc, vous en connaissez un peu la teneur. R - Moi, je n'ai pas le rapport entre les mains. Q - Il y a des ingérences russes, on les connaît. Est-ce qu'il y a une ingérence israélienne ? R - Mais ce qui est très important, c'est que la France, dès 2021, et c'était la volonté du Président de la République, s’est dotée de cette capacité de détection. Et on est un des rares pays du monde à en disposer. Parce que quand on détecte, on est capable aussi de mieux protéger l'intégrité de nos processus électoraux qui sont menacés par des ingérences. Et vous vous souvenez qu'en Roumanie, une élection présidentielle a dû être annulée parce que la Russie s'y est invitée au travers de TikTok. Q - Alors il y a une question de Salah qui vous demande si la diplomatie française va aller plus loin que la seule reconnaissance d'un État palestinien et ouvrir une ambassade française en terre de Palestine. Question de Salah. R - Ça fait partie, évidemment, des sujets auxquels on réfléchit. Aujourd'hui, on a un consulat général qui a beaucoup travaillé ces dernières années pour soutenir l'Autorité palestinienne, pour soutenir nos partenaires en Palestine qui sont soumis à rude épreuve, comme je le disais. Q - Mais vous n'avez pas l'intention d'ouvrir une ambassade ? R - Ce n'est pas imminent. Q - Ce n'est pas imminent. Et si vous l'ouvrez, ce sera à Tel-Aviv ou à Jérusalem ? R - C'est un sujet auquel on réfléchit. Q - Même si Tel-Aviv est la capitale reconnue officiellement de l'État d'Israël. R - Vous savez, l'essentiel, c'est que le plan de paix… Q - Ce n'est pas net et ce n'est pas clair. R - Mais si ! Vous savez, la solution à deux États, et c'est pour ça que j'invite des centaines de représentants israéliens et palestiniens dans deux semaines à Paris, pour qu'ils nous disent, aujourd'hui, notamment sur la question des territoires, comment on fait pour concrétiser cette solution à deux États, avec deux pays, deux peuples, côte à côte, qui se respectent et qui se reconnaissent l'un et l'autre. Et donc, moi, je n'ai pas toutes les réponses. Et j'attends en partie qu'elles viennent des Israéliens et des Palestiniens qui, comme nous, croient en cette solution. Q - Merci Jean-Noël Barrot d'avoir été l'invité de France Inter. Et bonne journée. Source : France Inter