« France Info TV » - Entretien de Benjamin Haddad - Extraits Politique étrangère Interventions médias Le : 29 septembre 2026 Q - Bonjour Benjamin Haddad. R - Bonjour. […] Q - D'ailleurs, vous parlez du budget. Ça ne vous gêne pas que dans ce budget, dans ce projet de budget, il y a une baisse de la contribution à l'Union européenne ? R - Non, ce n'est pas du tout exact. Ce que nous faisons, c'est que nous négocions avec l'Union européenne, qu'elle maîtrise ses dépenses et puis qu'elle prenne aussi l'amende qui a été affligée à Google, c'est une nouvelle recette pour l'Union européenne, 4,6 milliards d'euros, qui devrait automatiquement faire baisser les contributions de tous les États membres. C'est une discussion que nous avons à chaque fois avec l'Union européenne, précisément pour maîtriser la contribution des États membres. C'était déjà le cas l'année dernière, c'est de dire à l'Union européenne « il faut faire attention aux dépenses et puis il faut engager des nouvelles recettes ». Et donc ces 4,6 milliards d'euros de recettes liées à l'amende Google, c'est une bonne nouvelle aussi pour les États membres. […] Q - Pour contenir les prix des carburants, Emmanuel Macron a décidé d'envoyer des soldats et des moyens militaires en Arabie saoudite pour protéger notamment un site pétrolier sur la mer Rouge ciblé par les rebelles houthis, je le rappelle, ce sont des alliés de l'Iran. Est-ce que la France ne prend pas un risque de devenir co-belligérant ? R - Non. Déjà, je veux tordre le cou un peu à ce canard qu'on entend, on l'entend parfois sur l'Ukraine, on l'entend parfois là : nous ne sommes pas co-belligérants. Nous engageons des moyens défensifs à la demande de nos partenaires, en l'occurrence l'Arabie saoudite, pour protéger ici un site pétrolier, un port de Yanbu. Ces cinq millions de barils par jour qui sont aujourd'hui empêchés de passer. Donc ça a un impact concret sur les prix des hydrocarbures. Et puis encore une fois, ce sont des moyens défensifs. Je vous rappelle que… Q - Vous dites que c'est défensif, mais juste si les soldats français sont attaqués, est-ce qu'ils vont répliquer ou pas ? R - Mais je vous rappelle que… je ne vais pas spéculer sur des scénarios, mais je vous rappelle que c'est ce que nous avons fait aussi pendant la guerre en Iran, où nous sommes engagés pour par exemple protéger l'espace aérien de nos partenaires, la Jordanie, l'Irak ou encore les Émirats arabes unis, avec lesquels nous avons des partenariats de sécurité. La France honore sa parole, c'est un partenaire fiable. Donc nous avons des alliés, nous avons des partenaires de sécurité… Q - Mais le risque est quand même là, si les Houthis décident de cibler les soldats français, que fera la France ? R - Le risque, ce serait de ne rien faire. Le risque, ce serait de regarder passivement le monde, d'en être des spectateurs et de voir l'impact des crises géopolitiques dans la vie des Français. Aujourd'hui, les prix du carburant augmentent. Pourquoi ils augmentent ? Ils augmentent précisément à cause de ces crises géopolitiques, de ces guerres que nous n'avons pas choisies. Donc nous prenons nos responsabilités pour défendre nos intérêts, défendre les intérêts des Français, en l'occurrence ici, pour faire baisser les cours du pétrole et puis permettre le transit des hydrocarbures. Et aussi, encore une fois, parce que nous avons des partenaires de sécurité et que nous honorons notre parole. Q - En France, les oppositions réclament un vote au parlement. Est-ce qu'il va avoir lieu ? R - Alors, ce n'est pas, au titre de l'article 35, ce n'est pas une déclaration de guerre. Donc là aussi, il faut arrêter d'agiter des peurs ou de tout confondre. En revanche, quand on engage des troupes à l'étranger, même dans des opérations à titre défensif, à la demande de partenaires, il y a un débat au parlement. Donc il y a toujours eu des débats. Donc il peut y avoir… il y aura probablement effectivement un débat au parlement. Mais il ne s'agit pas là d'un vote, d'une déclaration de guerre. Je pense qu'il faut être extrêmement précis et rigoureux sur ce dont on parle. Q - En Ukraine, jamais Kyiv n'a été autant bombardé depuis 2022. Hier soir, c'est l'Académie nationale des sciences qui a été touchée, deux morts, 26 blessés. Face à cette nouvelle offensive, est-ce qu'il est toujours hors de question pour la France d'envoyer des avions Rafale pour protéger le ciel ukrainien ? R - Déjà, je voudrais rappeler que ces attaques sont cyniques et scandaleuses. Et elles visent les civils ukrainiens. On a vu là, les derniers mois ont été les plus meurtriers pour les civils ukrainiens avec des frappes de la part de la Russie contre les infrastructures, contre les civils, contre les infrastructures énergétiques aussi, pour avoir un hiver qui sera une fois de plus difficile. Et tout ça, c'est le signe de la stratégie d'échec de la part de la Russie. Q - Donc est-ce que la France ne doit pas monter en puissance ? Je repose ma question, envoyer des avions Rafale justement pour protéger le ciel ukrainien. R - Nous avons en ce moment une discussion avec les Ukrainiens pour envoyer des Rafale, non pas pilotés par des Français, mais pilotés par des pilotes ukrainiens dans le ciel ukrainien. Donc c'est pour ça que nous avons aussi lancé un travail sur la formation de ces pilotes. Vous savez aussi que nous aidons les Ukrainiens sur des moyens de défense antibalistique à travers la livraison de SAMP-T NG, de missiles Aster, donc des moyens aussi de protection du ciel. J'étais moi-même en Ukraine il y a deux semaines précisément pour continuer à avancer sur ces sujets. Nous avons créé la Coalition des volontaires avec la coalition antibalistique pour renforcer aussi avec nos partenaires le soutien à l'Ukraine. Nous continuerons à le faire parce qu'une fois de plus, ce qu'on voit, c'est un échec de la Russie qui est fébrile sur le terrain, qui est en train de patiner, qui voit aussi l'innovation, l'ingéniosité des Ukrainiens avec les frappes en profondeur sur le territoire russe contre, par exemple, les raffineries, contre les centres de lancement de missiles. Et cette escalade de la Russie, elle vise à intimider la population ukrainienne, elle ne marchera pas. Q - D'un mot, est-ce que la France peut être sous la menace d'attaques hybrides, de drones ? On a vu ce qui s'est passé en Allemagne. Est-ce qu'on est sous cette menace et est-ce qu'on est prêts ? R - C'est pour cette raison que le président de la République a demandé au gouvernement de protéger les sites sensibles, de renforcer notre vigilance. On a vu des attaques hybrides, en effet, chez nos voisins, des incursions de drones, des attaques cyber. On voit régulièrement des attaques dans le champ informationnel et cyber chez nous en France depuis déjà assez longtemps. On est très ciblés. On a vu l'attaque à Leipzig, à l'aéroport, avec une attaque de drone contre un avion qui aurait pu être un drame sur le plan humain. Donc effectivement, quand on voit aujourd'hui la Russie qui redouble d'escalade et de violence, il faut effectivement se préparer, être vigilants, mais surtout ne pas céder à l'intimidation. Parce que la Russie veut nous intimider, veut nous diviser. Nous ne céderons pas et nous continuerons de défendre notre sécurité et de soutenir l'Ukraine. […] Q - Merci beaucoup, Benjamin Haddad. Bonne journée à vous. R - Merci.