« France Info TV » - Entretien d'Éléonore Caroit

  • Politique étrangère

Interventions médias

Le : 05 septembre 2026

Q - Bonjour Éléonore Caroit. Merci d’être avec nous dans le 7:40, votre rendez-vous politique de cette rentrée et de l’élection présidentielle bien évidemment. […] Si on reste sur cette thématique de l'Ukraine, aujourd'hui, il y a deux émissaires américains qui se rendent sur place, qui vont rencontrer Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. Qu'est-ce que vous en attendez de cette visite qui est très importante ? Ils ont rencontré Vladimir Poutine hier. On a l'impression, en fait, que les négociations se font quand même dans le dos de l'Ukraine, non ?

R - Ce que la France dit, ce que la France a promu, a réussi à faire d'ailleurs en montant la Coalition des volontaires, c'est justement de faire en sorte que l'Ukraine soit à la table des négociations et qu'il n'y ait pas de paix, sans garanties de sécurité pour l'Ukraine. Il faut justement une paix qui soit durable. Et pour cela, il faut prendre en compte les besoins en matière de sécurité des Ukrainiens. Donc évidemment que la France est extrêmement vigilante et que notre diplomatie aujourd'hui, qui est une diplomatie indépendante et non pas une diplomatie soumise justement à la Russie comme le veulent certains candidats ici en France, qui d'ailleurs sont soutenus par la Russie, il faut quand même le rappeler, c'est justement une position d'indépendance et de soutien à l'Ukraine, de soutien réel. Donc nous continuerons à travailler avec des pays affinitaires pour faire en sorte que toute paix, et la paix est tout à fait souhaitable, soit une paix qui soit durable et avec des garanties de sécurité.

Q - Est-ce que l'objectif, là, ce que vous nous dites ce matin, c'est qu'il y ait un sommet, une réunion organisée par les Européens ? Parce que là, on a l'impression que les Européens sont un peu, désolé pour l’expression, mais la dernière roue du carrosse. On voit que les Américains négocient avec Vladimir Poutine, après ils vont voir Zelensky. Où sont les Européens dans cette histoire ?

R - Mais rappelez-vous que Donald Trump avait dit qu'il réglerait le conflit ukrainien en deux jours. On voit bien que c'est beaucoup plus complexe et on voit bien qu'on a besoin des Européens et qu'on a besoin de l'Ukraine pour trouver une solution durable. Donc on a eu exactement les mêmes discussions il y a pile un an lorsque des pourparlers avaient lieu sans l'Ukraine et sans les Européens. Eh bien, cette Coalition des volontaires a permis justement de remettre l'Ukraine à la table des négociations et c'est ce qui sera fait parce qu'il n'y aura pas de paix durable s'il n'y a pas encore une fois de garantie de sécurité.

[…]

Q - Avec ce choix du gouvernement de trouver jusqu'à 35 milliards d'euros cette année, comment on fait concrètement ? Quels choix budgétaires vont être faits ? Sachant qu'il y a toujours ces rumeurs autour de taxer les retraités les plus aisés. Est-ce que c'est là que le gouvernement va trouver de l'argent ? Comment ça va se passer ? Sachant que finalement, il y a des priorités parmi les priorités, comme le dérèglement climatique, la transition écologique, mais bien évidemment aussi, et c'est lié, les agriculteurs, mais aussi la défense, puisque les menaces sont à nos portes. Donc, qu'est-ce que vous nous dites ce matin pour les téléspectateurs qui nous regardent ? Quels Français, finalement, vont devoir se serrer davantage la ceinture pour arriver à ces 35 milliards d'euros d'économie ?

R - Déjà, il faut quand même rappeler les choses. Le budget, il est voté par le Parlement. Et on est dans une situation tout à fait inédite. On a onze groupes à l'Assemblée nationale. Et si les derniers budgets ont été passés par 49-3, il y a eu de la part des différents groupes politiques des discussions qui ont eu lieu, qui ont permis justement de maintenir ce gouvernement avec un budget qui était un budget de compromis. Là, le Premier ministre a envoyé bien en amont des discussions budgétaires une lettre à tous les parlementaires en les invitant à la responsabilité. Il y aura des élections générales, vous l'avez rappelé en début d'émission, dans huit mois. Les Français pourront, s'ils le souhaitent, changer radicalement les politiques qui sont menées. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le choix du gouvernement que de faire des économies. On est dans un contexte international comme on n'a jamais vécu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. On n'a jamais eu autant de conflits dans le monde. On a quand même le détroit d'Ormuz, par où passe 20% du gaz et du pétrole qui est aujourd'hui fermé. On a des conflits qui nous affectent et qui affectent nos économies. Et donc ce que fait le gouvernement, c'est un choix de responsabilité par rapport aux Françaises et aux Français, qu'on protège d'ailleurs lorsqu'il y a des crises et dont on amortit justement les effets de ces crises internationales, et puis par rapport aux parlementaires en leur demandant de prendre la responsabilité et de ne pas utiliser le budget, de ne pas le dévoyer à des fins électorales.

Q - Éléonore Caroit, quand le gouvernement, et notamment Sébastien Lecornu, le Premier ministre, dit que le pays serait ingouvernable pour le prochain ou la prochaine présidente de la République en cas d'absence de budget, de budget 2027, ce n’est pas un peu jouer sur les peurs, ça quand même ?

R - Non, c'est tout à fait vrai. Si vous n'avez pas de budget, vous avez aussi une crise de confiance. Vous savez, aujourd'hui, on dépend aussi de nos créanciers. On emprunte et on doit rembourser cette dette, contrairement à ce que veulent nous faire croire certains candidats à l'élection présidentielle. Et ça pèse sur le budget de l'État. Alors si on veut que le budget de l'État serve surtout à financer nos services publics, serve à financer nos priorités, il faut avoir aussi une attitude responsable. Et c'est tout ce que fait ce gouvernement.

[…]

Q - Vous êtes en charge, en tant que ministre des Français de l'étranger, de la Francophonie. Je voudrais qu'on parle de cette polémique qui a éclaté au cours de l'été avec ces onze Français qui sont détenus en Thaïlande et à Hong Kong, car accusés, en tout cas par les gouvernements locaux, de trafic de stupéfiants après avoir été interpellés avec de la drogue dans leur valise à l'aéroport. Est-ce que vous pouvez nous dire comment ils vont ? Où sont ces Français ? Est-ce que vous avez des nouvelles ? Parmi ces onze Français, ce n’est quand même pas rien, quoi.

R - On a beaucoup de Français qui sont détenus à travers le monde pour toutes sortes de raisons, parfois pour des raisons qui sont politiques, il faut le dire. Et donc nous exerçons partout notre droit de visite consulaire. Nous les soutenons, nous les suivons. Et puis, nous avons aussi des discussions avec différents pays, justement, pour permettre, lorsque cela est possible, leur transfert ou leur libération. Très précisément, sur ce cas-là, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais ce que je peux vous dire, c'est que la France regarde et suit la situation de chacune et de chacun des Français qui sont détenus à l'étranger. Et aussi, peut-être un mot pour nos concitoyens qui nous regardent. Soyez particulièrement attentifs lorsque vous voyagez à l'étranger, des lois qui s'appliquent dans le pays où vous vous rendez, des règles et des dangers qui existent. On a un site Internet qui est très bien fait, la page des Conseils aux voyageurs. On a le système du Fil d'Ariane sur lequel on vous recommande de vous inscrire, parce que c'est évidemment l'une des fonctions principales de notre diplomatie que de protéger les Françaises et les Français, où qu'ils soient.

Q - Mais concrètement, Éléonore Caroit, vous n'avez pas de nouvelles de ces onze Français détenus ?

R - Je vous ai dit, je ne vais pas rentrer dans les détails des cas individuels de ces Français.

Q - Un mot sur ce qui pourrait se passer, on revient en Europe sans transition, bien évidemment, du côté de l'Allemagne, avec l'AfD, le parti d'extrême droite, qui pourrait emporter un land ce soir, les résultats tombant ce soir de Saxe-Anhalt. Ce serait la première fois, ce serait historique qu'un parti d'extrême droite remporte une région allemande depuis 1945. […] Ça vous inquiète après pour nos relations franco-allemandes aussi si jamais l'extrême droite venait à remporter ce type de région en Allemagne ?

R - Je pense que c'est quelque chose que tout le monde regarde de très près parce qu'effectivement, vous l'avez dit, ce serait historique et ça voudrait dire qu'on a oublié les leçons du passé, qu'on a oublié ce que l’AfD est en train de promouvoir de manière ouverte et décomplexée. On a ici aussi des partis qui prônent des thèses qui sont tout à fait racistes, qui sont tout à fait dans la division, l'opposition des uns contre les autres. Je pense qu'il faut être extrêmement attentif et vigilant, notamment sur notre intérêt. Notre intérêt, c'est quand même d'avoir une Europe forte, une Europe qui soit solide et rassemblée sur des valeurs communes, même si on n'est pas toujours aligné avec tous nos partenaires européens. Et donc évidemment que l'arrivée au pouvoir de partis d'extrême droite et d'extrême gauche qui remettent en cause le fonctionnement de nos institutions pose une question extrêmement sérieuse et nos partenaires européens en sont bien conscients.

Q - Merci beaucoup, Éléonore Caroit. Merci d'avoir été avec nous ce matin dans le 7 : 40 sur France Info, Canal 16.

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information