« France Info » - Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères Politique étrangère Interventions médias Le : 26 mai 2026 Q - Notre invité ce matin sur France Info est le porte-parole du Quai d'Orsay. Bonjour Pascal Confavreux. R - Bonjour. Q - Alors on vous a invité pour parler de la Russie, mais avant cela, je voudrais votre réaction très rapide à cette information de ces dernières heures. Ces nouvelles frappes américaines en Iran contre des cibles précises iraniennes. Les premières de cette ampleur depuis le cessez-le-feu d'avril. Et dans le même temps, le patron de la diplomatie américaine dit qu'un accord pourrait être retrouvé dans les deux jours. Que comprenez-vous, à la place qui est la vôtre, comme diplomate, à ce qui est en train de se passer et à l'attitude des Américains ? R - La situation est très fluide. Ce qui est important pour notre économie, pour notre sécurité, c'est que le détroit d'Ormuz rouvre dans les meilleurs délais. On s'y est mis dès le tout début de cette guerre, début mars, avec cette mission multinationale de paix dans laquelle nous sommes prêts, avec une cinquantaine d'autres États, depuis la réunion à l'Élysée du 17 avril dernier, à assurer cette liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. Pour ça, il faut que le cessez-le-feu dure et qu'effectivement, nous puissions arriver dans un cadre de négociation où cette liberté de navigation puisse être rétablie. Donc c'est ce vers quoi nous poussons. Q - Et ce qui s'est passé cette nuit ne remet pas en question le cessez-le-feu, à votre connaissance ? R - La question c'est, est-ce que les deux belligérants sont prêts ou pas à se mettre d'accord ? On entend un peu les différents éléments, mais ça c'est à eux de pouvoir le faire. Nous, nous ne sommes pas co-belligérant. Q - Nous allons parler de la Russie, puisque c'est la raison pour laquelle au départ nous avions lancé cette invitation, Pascal Confavreux. La Russie qui a lancé ces derniers jours des missiles hypersoniques contre la capitale ukrainienne. Une arme ultra sophistiquée, très difficile à contrer. Cela a suscité un tollé ce week-end, partout dans le monde. Et Moscou annonce d'autres frappes d’ampleur. [Séquence avec Sylvain Tronchet, correspondant de France Info à Moscou] Q - Avec nous en studio, le porte-parole du Quai d'Orsay, Pascal Confavreux. Question très simple : la France va-t-elle évacuer tout ou partie de ses personnels diplomatiques ? R - Non, c'est hors de question. C'est une nouvelle intimidation de Moscou. On y est habitués, mais on ne s'y résout pas. C'est une nouvelle intimidation qui est en réalité d'autant plus scandaleuse parce que la Russie, comme membre permanent du Conseil de sécurité et comme co-belligérant, doit s'assurer de la protection des civils ukrainiens comme des ambassades étrangères. Et donc là, il y a un deuxième effet, si vous voulez, qui est d'essayer de se disculper de toute éventuelle bavure possible à l'avenir. Et ça, c'est inacceptable. Q - Vous avez entendu Sylvain Tronchet, Moscou affirme que son armée va viser notamment des centres administratifs, qui sont à proximité des ambassades. R - Donc ça, c’est des crimes de guerre. Le ministre Jean-Noël Barrot l'avait dit il y a quelques semaines, viser des infrastructures civiles, c'est des crimes de guerre, tout simplement. Q - Est-ce que ça vaut d'exposer des personnels diplomatiques français à ces menaces, puisque cette menace elle existe ? R - Alors on prend cette situation très au sérieux, avec une vigilance renforcée. Elle n'a pas abouti à changer, à ce stade, notre posture de sécurité sur place. Il y a d'ailleurs, du reste, des délégations officielles qui sont en train d'arriver pour le congrès des régions et le congrès des villes en ce moment à Kiev, il faut aussi avoir évidemment en tête ce que c'est que de vivre pour nos collègues dans notre ambassade à Kiev. J'étais avec l'ambassadeur hier au téléphone, c'est plusieurs alarmes et alertes pour aller se mettre aux abris, parfois durant la nuit… C'est ça, leur quotidien. Et la frappe qui a eu lieu du samedi à dimanche, c'est 600 drones et 90 missiles, plusieurs centaines de millions d'euros de coûts pour une telle attaque russe, et pour en réalité, et ça démontre bien toute l'impasse militaire actuelle, un impact sur la guerre qui est extrêmement limité [Séquence avec Isabelle Labery, envoyée spéciale de France Info à Kiev] Q - Pascal Confavreux, vous l'avez entendu, il y a ce mot « résilience » qui revient. Il y a quand même des menaces réelles. Il y a les personnels diplomatiques, on a bien compris que la France ne rappelait pas ces personnels. Qu'est-ce que vous dites aux Français qui sont sur place ? R - L'ambassade est en contact constant avec évidemment nos différents ressortissants. Une partie de son travail est d'assurer le contact et d'assurer la bonne information, leur protection. Et donc c'est ce qu'elle fait au quotidien. Q - Pourquoi les Russes, selon vous, agissent maintenant de cette manière ? C'est-à-dire avec des menaces importantes, et puis pas seulement des menaces. L'utilisation de ces missiles, ce n'est pas réellement une première, mais en tout cas, c'est une arme qui a été utilisée très exceptionnellement jusqu'à présent. R - Je dirais pour deux raisons. La première, et comme le Président le disait dès ce week-end, parce qu'ils sont dans une impasse militaire, et que c'est une forme de fuite en avant. Une impasse militaire, parce que, contrairement à ce qu'on pourrait penser depuis février dernier, les Russes ont gagné moins de terrain que les Ukrainiens n'en ont gagné. On n'aurait pas pensé ça il y a quatre ans, quand la Russie devait envahir et faire tomber l'Ukraine en quelques jours ou quelques semaines. La deuxième chose, un autre exemple, c'est que les Ukrainiens arrivent à mettre hors de combat, c’est-à-dire tuer ou blesser, 35.000 hommes par mois, c'est-à-dire plus que les Russes ne sont capables d'aller en mettre sur le terrain. Les Russes ont été obligés d'aller demander à des soldats nord-coréens de venir les aider. Ils sont obligés de payer des primes d'engagement faramineuses, plus de 50.000 dollars pour que les Russes viennent s'engager dans leur armée. Donc on voit qu'au niveau militaire, la situation n'est pas facile. Deuxièmement, aussi au niveau économique. Ils sont dans une situation qui est en réalité très difficile et toutes les sanctions que la France et l'Europe arrivent à faire prendre mordent. On a une économie de guerre… Q - La Russie est aux abois ? R - On ne peut pas la qualifier, mais on a une économie de guerre qui vient vraiment atrophier l'économie civile. On a des coupures d'Internet qui, effectivement, ont beaucoup d'impact sur la population, qui n'en est absolument pas ravie localement. Vous voyez, c'est tout un tas de choses comme ça, qui montrent que sur ces deux plans-là, la Russie, oui, elle est sur la défensive. Q - D'un mot, Pascal Confavreau, vous nous avez parlé de crimes de guerre. Si jamais la Russie mettait ses menaces à exécution en ciblant des bâtiments administratifs et en exposant des personnels diplomatiques étrangers, quelle pourrait-être la réaction de la France et de l'Union européenne ? R - L'autre mauvaise nouvelle pour la Russie, c'est qu'il y a une dizaine de jours, il y a eu la création du Tribunal spécial pour les crimes de guerre russes. C’est quelque chose que nous avons poussé depuis très longtemps, qui viendra enquêter et trouver les responsabilités derrière ces différents crimes de guerre, puisque le ministre Jean-Noël Barrot l'a dit plusieurs fois, ces différents crimes de guerre qui ont pu être perpétrés. Q - Merci beaucoup Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay. Vous mettez en garde donc la Russie contre ces crimes de guerre qui pourraient être constitués par de nouvelles attaques à l'aide notamment de ces missiles hypersoniques qui ont été utilisés ces derniers jours contre Kiev. Merci d'avoir été l'invité de France Info ce matin.