« France 2 » - Entretien de Jean-Noël Barrot - Extraits

  • Politique étrangère

Interventions au Parlement

Le : 15 septembre 2026

Q - L'invité du 20 heures maintenant. À l'heure où les tensions et les provocations de la Russie se multiplient, quelle réponse de la France ? Notre invité est le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonsoir, Jean-Noël Barrot.

R - Bonsoir.

Q - Merci d'être notre invité sur France 2. L'attaque de drones dimanche contre un train près de la frontière polonaise. Il y a eu encore ce drone abattu par l'OTAN en Lituanie, on l'a vu dans le journal ou encore le Danemark qui accuse un navire russe d'avoir mis en danger ses hélicoptères. À quel moment vous considérez que c'est l'attaque de trop que la Russie… que cet affrontement va provoquer un affrontement direct avec la Russie ?

R - Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. Et ces actes que vous avez cités sont des actes irresponsables qui portent une atteinte grave à la souveraineté des pays européens. Est-ce que c'est nouveau ? Non, puisque la Russie a redoublé d'agressivité. Depuis cinq ans, elle débute sa guerre d'agression en Ukraine, agressivité orientée vers l'Europe.

Q - Mais ça s'accélère.

R - Oui, vous avez raison, ça s'accélère. Est-ce que c'est une surprise ? Non, parce qu'au fond, c'est le signe de la grande fébrilité de Vladimir Poutine qui échoue à faire plier la résistance ukrainienne. Est-ce que nous sommes prêts ? La réponse est oui. Et il suffit pour s'en convaincre, de regarder la rapidité avec laquelle le drone en question, en Lituanie, a été pris en charge et détruit par les moyens militaires de l'OTAN. Nous nous sommes donné les moyens de parer ces menaces.

Q - Alors vous dites « On est prêts ». A quel moment vous considérez que la Russie aura franchi la ligne rouge ?

R - Ce que je dis, c'est qu'il faut prendre ces actes irresponsables, je le disais au sérieux, mais qu'il ne faut pas se laisser intimider. Il ne faut pas tomber dans les pièges de Vladimir Poutine qui, au fond, veut nous affaiblir et veut nous diviser. Ces actes irresponsables, ces agressions, elles visent l'Europe, l'Union européenne, car c'est ce qui fait notre force. Et c'est là où Vladimir Poutine voudrait nous affaiblir et vous le verrez dans les mois qui viennent. Alors que l'année prochaine, la moitié des citoyens de l’Union européenne se rendront aux urnes, vous verrez que Vladimir Poutine cherchera d’une manière ou d’une autre à peser sur le choix des Européens et à peser sur le choix des Français.

Q - Et si un pays européen, un pays de l'OTAN est directement, serait directement touché par une provocation nouvelle de la Russie, on réagit. On réagit comment ?

R - Chaque fois qu'une incursion a été observée, d'un drone ou d'un vecteur, comme on dit dans le jargon militaire, les moyens de l'OTAN se sont immédiatement mis en mouvement pour lui faire échec. L’OTAN est une est une grande alliance de sécurité défensive qui nous protège contre toutes les menaces, d'où qu'elle vienne.

Q - Jean-Noël Barrot, on a vu que l'Allemagne a été directement visée à Leipzig, notamment par cette affaire de drones au-dessus de l'aéroport. Est-ce que la France… est-ce que nous aussi nous sommes visés ? Nous sommes la cible de ces provocations russes ?

R - Depuis cinq ans. Nous sommes l'une des cibles prioritaires de Vladimir Poutine parce que notre soutien à l'Ukraine a été indéfectible. L’acte dont vous parlez, qui a touché un aéroport à Leipzig, en Allemagne, nous l'avons évidemment condamné, comme tous les pays européens qui, dans ce moment-là, ont fait preuve d'une très grande unité et donc au fond, le pari de Vladimir Poutine qui est d’obtenir le délitement de l'Union européenne est un échec…

Q - De diviser l'Europe…

R - De diviser l'Europe, de la faire se déliter pour que nous soyons moins forts. Eh bien, ce pari est un échec puisque nous faisons preuve d'une unité et d'une détermination à continuer à soutenir la résistance ukrainienne.

Q - Est-ce qu'on pourrait être visé par de telles attaques, comme on l'a vu à Leipzig, en Allemagne ? Est-ce que la France pourrait être touchée par de telles attaques ?

R - Nous sommes la cible de l'agressivité redoublée de Vladimir Poutine. Et parce que comme je vous le dis ce n'est pas tout à fait nouveau, nous avons tout mis en œuvre pour nous prémunir. C'est une des raisons pour lesquelles, sous l'impulsion du président de la République, le budget des armées a été doublé ces dix dernières années.

Q - Jean-Noël Barrot, l'autre source d'inquiétude, c'est la guerre toujours avec l'Iran. Comment on en sort ? Est-ce qu'aujourd'hui la principale difficulté qui empêche le cessez-le-feu à long terme entre les Américains et l'Iran se situe où ? C'est quoi le problème n°1 ?

R - Il y a une négociation entre les États-Unis et l'Iran. Nous sommes l'un des rares pays à parler aux deux côtés, et nous les pressons pour qu'ils parviennent à un accord et que le détroit d'Ormuz puisse être libéré.

Q - Mais on n'y est pas, on ne voit pas de progrès ces dernières semaines…

R - Des discussions sont en cours et nous espérons qu’elles puissent aboutir au plus vite. Dans le même temps, vous savez que nous nous préparons, dès que les conditions le permettront, à sécuriser la circulation maritime. Et pour ça, nous avons constitué une mission internationale avec des moyens militaires de plusieurs dizaines de pays qui sont prêts à agir. S'ajoute à ça les attaques récentes des Houthis en mer Rouge à l'encontre du Yémen et de l'Arabie saoudite que je condamne avec la plus grande fermeté. Je me suis entretenu ce week-end avec mes homologues de la région pour leur faire part du soutien de la France. D’abord, j'ai convoqué une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies qui va se réunir à 21 heures ce soir. Et dans la mer Rouge, il faut savoir que nous sommes déjà présents militairement au sein d'une mission européenne qui s'appelle Aspides et qui, depuis deux ans maintenant, sécurise la circulation des navires contre les attaques des Houthis. Et ça marche.

Q - Notamment près de ce détroit de Bab-el-Mandeb aujourd'hui visé ?

R - Absolument.

Q - Est-ce qu'il faut renforcer justement la présence militaire dans cette zone ?

R - Ce que je peux dire en tout cas, c'est que cette présence militaire française dans la zone, elle fonctionne puisque de tous les navires qui ont été escortés par nos moyens militaires, aucun n'a subi de pertes ou n'a été, je dirais, ciblé ou en tout cas touché par des drones ou des missiles lancés par les Houthis.

Q - On a vu dans le journal, Monsieur le ministre, que, pour les Français, évidemment, ça se traduit concrètement avec des difficultés d'approvisionnement, avec des prix surtout qui n'arrêtent pas d'augmenter à la pompe. Au-delà des prix, est-ce qu’il y a justement des difficultés d'approvisionnement de pétrole qui pourraient être plus difficilement livré en France ? C'est une réalité à laquelle vous vous préparez ?

R - Le gouvernement et sa porte-parole l'ont dit ce matin, il n'y a pas de problème d'approvisionnement. Ceci étant dit, la situation est extrêmement difficile pour des millions de Français. 2,30 euros le gasoil à la pompe, c'est une amputation considérable du pouvoir d'achat et c'est un frein considérable à l'activité des entreprises. C'est pourquoi le gouvernement a agi dans l'urgence, ou en tout cas pour apporter une réponse d'urgence à la situation des travailleurs qui sont les plus exposés à la crise, et notamment les aides-soignantes, les pêcheurs, les agriculteurs, les transporteurs, mais aussi en apportant une réponse structurelle avec ce plan d'électrification que le Premier ministre a annoncé pour qu'on se débarrasse définitivement de cette dépendance aux hydrocarbures qui fait qu'aujourd'hui nous payons le prix d'une guerre qui n'est pas la nôtre.

[…]

Q - Merci beaucoup Jean-Noël Barrot d'avoir été l'invité du 20 heures.

R - Merci à vous.

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