« France 2 » - Entretien de Jean-Noël Barrot - Extraits

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Interventions médias

Le : 02 juin 2026

Q - Bonjour Jean-Noël Barrot. Incertitude au Liban, j'espère que vous allez nous permettre d'y voir plus clair. Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, menace Beyrouth Sud. Et Donald Trump l'engueule - je n’ai pas trouvé d'autres mots pour décrire le coup de fil qui nous a été relaté - en lui ordonnant d'arrêter son offensive. Quelle est la situation ce matin au Liban, Monsieur le ministre des Affaires étrangères ?

R - Vous savez, nous reconnaissons le droit d'Israël à la légitime défense, y compris face aux attaques inacceptables du Hezbollah, mais rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires et l'occupation prolongée d'Israël dans la profondeur du territoire libanais. C'est la raison pour laquelle nous avons appelé, évidemment, à un cessez-le-feu, que le Hezbollah cesse d'attaquer Israël, qu'Israël cesse d'attaquer le Liban, et que ce dialogue qui s'est engagé pour la première fois depuis si longtemps entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais puisse se poursuivre. Des réunions sont prévues cette semaine à Washington pour aller vers la restauration de l'autorité de l'État libanais, le désarmement du Hezbollah et le retrait d'Israël du Sud-Liban.

Q - Les armes se sont-elles tues suite à ces coups de fil ?

R - Effectivement, des coups de fil ont été passés. D'ailleurs, nous y avons participé. Le président de la République s’est entretenu avec le président Trump dimanche. Moi-même, j'ai échangé avec mes homologues iranien et américain hier, car il est hors de question que le Liban soit en quelque sorte une victime expiatoire d'un accord qui peine à se conclure entre l'Iran et les États-Unis. Ce que nous voulons, c'est que les discussions qui sont prévues cette semaine, entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais puissent se tenir dans les meilleures conditions. Et ça n'aurait pas pu être le cas si Israël avait, je dirais, mis à exécution ses menaces, c'est-à-dire des frappes contre Beyrouth.

Q - Donc vous confirmez que ces frappes n'ont pas eu lieu et que la situation est relativement calme ce matin au Liban ?

R - J’ai lu les déclarations des responsables des autorités israéliennes et je comprends qu'à ce stade, ces frappes n'auront pas lieu.

Q - Vous avez parlé de l'influence de la France. Force est de constater que si Benyamin Netanyahou s'est retenu de cette offensive, c'est davantage pour faire plaisir à Donald Trump qu'à Emmanuel Macron.

R - Oui, j'entends des voix, et notamment en France, qui dénoncent une supposée inaction de la France au Liban. Mais c'est oublier que c'est bien la France qui a appelé, face à cette escalade, à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité. Mais bien avant ça, c'est la France qui, la première, s'est tenue aux côtés du peuple libanais et des autorités libanaises en apportant une aide humanitaire d'urgence dès le début de la guerre, et en apportant plus récemment un soutien militaire avec une quarantaine de véhicules blindés. Et ceux qui dénoncent aujourd'hui l'inaction de la France insultent la mémoire des Casques bleus français, l'adjudant Montorio et le sergent-chef Girardin, qui ont donné leur vie au sein du contingent français de la FINUL, de la force des Casques bleus au Liban qui, présents sur place, par leur courage et par leur dévouement, contribuent à faire baisser la pression.

Q - Même incertitude dans le Golfe, « suspension des négociations », a dit l'Iran. « Les négociations continuent à un rythme soutenu », dit Donald Trump. Donc l'une de ces deux versions est vraie ou est fausse, comme vous voulez. Lequel des deux dit la vérité ? Est-ce que ces négociations continuent, selon les informations françaises ?

R - Un accord est à portée de main et l'Iran et les États-Unis doivent désormais tout faire pour le conclure, car la situation est insoutenable, qu'elle ne fait que des perdants, à commencer par les États-Unis et l'Iran.

Q - L'Iran dit ce matin : « Les exigences américaines ne sont pas possibles, l'imminence de cet accord est démentie. »

R - L'imminence de cet accord, c'est ce que nous appelons de nos vœux, puisque, je le dis, cette situation ne fait que des perdants, à commencer par l'Iran et les États-Unis, mais jusqu'à nous, puisque nous subissons de plein fouet les conséquences de cette guerre que nous n'avons pas choisie. Nous appelons donc les deux parties à se mettre d'accord pour que ce détroit d'Ormuz puisse réouvrir, que la circulation maritime puisse reprendre et que la circulation des hydrocarbures, mais aussi des engrais, bref, que la circulation des marchandises puisse reprendre son cours normal.

Q - Le salon de l'armement Eurosatory se tient à Paris du 15 au 19 juin. Israël ne pourra y présenter que des armes de défense, ce qui était déjà le cas les années précédentes. Pourquoi, puisque la France condamne de façon assez véhémente l'action d'Israël, à la fois au Liban, en Cisjordanie, pourquoi ne pas tout simplement interdire les armes israéliennes ?

R - Parce que, je vous l'ai dit tout à l'heure, nous reconnaissons le droit d'Israël comme de tout État à se défendre contre les agressions dont il est la victime. Et en particulier les agressions menées par des groupes comme le Hezbollah, des agressions dont Israël a été la victime depuis l'Iran. Cependant, en pleine cohérence avec les décisions que nous avons prises par le passé, nous avons indiqué aux organisateurs de ce salon que seuls les matériels défensifs pourraient être exposés.

Q - Vous avez dit de la chroniqueuse russe, pro-russe, du groupe Bolloré, Mme Fedorova, que c'était une propagandiste patentée qui sert la soupe de Vladimir Poutine. C'est une journaliste ou une influenceuse ?

R - Ça, c'est aux journalistes de le dire, ce n'est pas à un membre du gouvernement de faire la police du journalisme, si vous voulez. Ce qui est clair, je l'ai déjà dit, c'est que chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais qu'ouvrir ses plateaux, ses colonnes à Mme Fedorova, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine, puisque, je crois qu'elle ne s'en cache même pas, elle sert de relais à la désinformation du Kremlin.

Q - En français, ça s'appelle une influenceuse à la solde du Kremlin. Il y a des influenceurs algériens qui ont été expulsés. Pourquoi n'est-elle pas expulsée ?

R - Vous savez, il y a un État de droit. En France, on n'expulse pas les gens sur la base, comme ça, d'opinions. Et donc, il y a un certain nombre de critères qui peuvent déterminer si, oui ou non, il y a un trouble à l'ordre public. C'est d'ailleurs ce qui fait la différence entre la France et la Russie, où on ne s'embarrasse pas de telles précautions pour envoyer ceux qu'on identifie comme des agents de l'étranger ou des opposants politiques au goulag ou dans des colonies pénitentiaires.

[…]

Q - Il y a une autre question qui est déjà au centre, c'est celle de l'immigration. En parlant des incidents, des violences urbaines après la victoire du PSG, votre ancien collègue du Gouvernement, Bruno Retailleau, a dit : « Ça ne se résoudra pas sans s'attaquer au désordre migratoire. » Il fait un lien entre ces violences et l'immigration. Votre commentaire ?

R - Il parle sans doute d'une actualité européenne qui est qu'une directive, une loi européenne appelée la directive retour. 

Q - Ce n'est pas ce que disait Bruno Retailleau ou est-ce qu'il a raison de dire ça ? 

R - C'est ce que je dis, moi. Puisque face à une situation dans laquelle nous ne parvenons plus à garder le contrôle et à maîtriser l'immigration irrégulière, nous avons pris un certain nombre de lois européennes, car c'est un sujet qui ne peut en aucun cas, contrairement à ce que disent les extrêmes, être traité au niveau national. 

Q - Vous ne reprenez pas ces mots, mais vous dites qu'il faut régler un problème d'immigration. 

R - Je dis qu'hier soir, un accord a été trouvé au niveau européen pour permettre à l'Europe de mieux prendre en compte cette immigration irrégulière et de la maîtriser.

Q - Et dernière question, votre actuel collègue, lui, Gérald Darmanin, garde des Sceaux, propose un moratoire sur l'immigration. Est-ce que c'est une bonne idée ?

R - Je crois qu'il y a d'autres façons, à la fois de répondre à ce que peuvent être les besoins, qui sont ceux de l'économie française, de notre pays. Il y a beaucoup d'étrangers qui travaillent dans notre pays et dans beaucoup de secteurs d'activité, tout en jugulant l'immigration irrégulière, qui reste une priorité absolue pour ce Gouvernement.

Q - Eh bien vous pourrez en parler ensemble au Conseil des ministres. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, invité des « 4V ». Très bonne journée à tous et à toutes.

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