« France 2 » - Entretien de Jean-Noël Barrot

  • Politique étrangère

Interventions médias

Le : 11 juin 2026

Q - On en vient à l'invité du 20 heures, et avec nous ce soir, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonsoir Jean-Noël Barrot. 

R – Bonsoir. 

Q - Merci d'être avec nous. Vous organisez demain à Paris un sommet entre Israéliens et Palestiniens afin de plaider pour une solution à deux États, de nouveau, au Moyen-Orient. On va y venir. Mais d'abord les dernières déclarations de Donald Trump ce soir à propos de la guerre en Iran, qui dit que la signature d'un accord serait prête, que tous les derniers détails ont été validés. Comment vous interprétez ce genre de déclaration ? Est-ce que vous vous dites « ça y est : la guerre en Iran est peut-être terminée » ?

R - Ce que je dis, c'est que si un accord a été trouvé, c'est une très bonne nouvelle qui pourra mettre fin à une situation qui est insoutenable et qui au fond, ne faisait que des perdants, et qui va permettre aussi de rouvrir le détroit d'Ormuz et que s'engage une négociation sur l'encadrement du programme nucléaire iranien. Autant de sujets qui seront à l'ordre du jour des discussions entre les chefs d'État et de Gouvernement européens arabes et puis le Président américain qui, tous, se retrouveront à Évian mardi prochain, autour du Président de la République, lors du G7.

Q - C'est là que le sujet risquerait d'être sur la table. En tout cas, pour l'instant, les médias d'État iraniens disent qu'aucun accord, aucun texte n'a été signé avec Washington. Donc prudence. Vous réunissez donc demain et vous lancez cet appel en vue d'une solution à deux États au Proche-Orient, près d'un an après la reconnaissance de la Palestine, de l'État de Palestine par la France. D'abord, dans les faits, qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce que cette reconnaissance a permis ou n'a pas permis ? Est-ce que les choses ont bougé ?

R - Les efforts que nous avons faits tout au long de l'année dernière pour rassembler la communauté internationale autour de cette solution à deux États, qui est la seule susceptible d'apporter la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine, mais aussi pour la région, ont permis d'ouvrir la voie à un plan de paix, à mettre fin à la guerre à Gaza, à ce que les dernières dépouilles d'otages puissent être restituées et à engager ce processus qui, il faut bien l'admettre, depuis le début de la guerre en Iran, s'est arrêté. C'est pourquoi il est si nécessaire de lui redonner un souffle...

Q - Il faut le relancer

R - Il faut le relancer. Et ce que nous faisons, demain à Paris, en quelques sortes, c'est de construire un pont entre des Israéliens et des Palestiniens qui ne se parlent pas, qui ne se voient pas. Parce qu'il faut bien se le dire, il est presque impossible pour un Israélien d'aller en Palestine et pour un Palestinien d'aller en Israël. Et donc c’est à Paris qu'ils vont se rencontrer pour dialoguer. Et un pont entre ces militants israéliens et palestiniens engagés pour la paix et les gouvernements du monde. Quinze ministres seront présents pour recevoir leurs recommandations et leur appel à mettre en œuvre le plan de paix et la solution à deux États.

Q - Est-ce qu'on peut être un acteur pour faire la paix au Proche-Orient alors que nos relations avec le principal acteur, Israël, sont extrêmement fraîches, pour ne pas dire mauvaises en ce moment ?

R - En l'occurrence, nous considérons que ce sont les sociétés civiles qui ont un rôle essentiel à jouer pour préparer la paix. Parce que la paix ne se décrète pas, elle ne peut pas résulter uniquement de grandes conférences diplomatiques. Elle se joue aussi dans les esprits, dans la capacité de reconnaître les souffrances, mais aussi les droits de l'autre, y compris après avoir subi dans sa chair les meurtrissures du terrorisme ou de la guerre.

Q - Et la colonisation israélienne. Vous allez un peu plus loin dans cette déclaration qui sera rendue publique demain, vous souhaitez la condamner ; mais aussi prévoir des sanctions qui viseraient directement les colons de Cisjordanie. Concrètement, lesquelles ?

R - Nous l'avons fait au niveau européen comme au niveau national. Nous avons pris des sanctions visant les responsables de l'explosion des violences et de l'accélération sans précédent de la colonisation illégale en Cisjordanie...

Q - Ça veut dire quoi, bloquer ?

R - Ça veut dire qu'on leur interdit d'accéder au territoire européen. Ça veut dire qu'on gèle leurs actifs, leurs possessions, éventuellement en Europe. Et ça veut dire aussi qu'on interdit quiconque de faire des transactions, de commercer avec eux.

Q - Côté palestinien, vous parlez avec qui aujourd'hui ? Quel État palestinien ? Dans quel État se trouve l'Autorité palestinienne ? C'est un acteur pour vous ?

R - Demain, ce sont des Palestiniens, des représentants d'associations, d'organisations de la société civile que nous donnons la parole. Mais nous échangeons très régulièrement avec l'Autorité palestinienne qui, aujourd'hui, est la représentante du peuple palestinien, pour la soutenir, mais aussi pour l'accompagner dans les réformes que nous attendons qu'elle puisse faire pour être en capacité, en quelque sorte, d'administrer la Palestine.

Q - Mais est-elle encore légitime aujourd'hui ? Et le Hamas, dans tout ça ? Il a encore une place concrète à Gaza, c'est un fait.

R - Je le disais, le processus de paix n'avance plus. C'est pourquoi il faut le relancer. Et la première étape, c'est évidemment le désarmement du Hamas, son exclusion de toute participation à l'avenir de la Palestine.

Q - Un mot, Monsieur le Ministre, du Mondial de foot qui débute ce soir, avec la FIFA qui a accrédité le journaliste français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. On va voir si c'est un signe prochain de sa libération. On va écouter d’abord un mot du président de la FIFA. 

[Extrait de déclaration de M. Gianni Infantino, président de la FIFA]

Q - Jean-Noël Barrot, avez-vous des nouvelles de Christophe Gleizes ? Est-ce qu'il sera bientôt libre ?

R - D'abord, je veux saluer la mobilisation du monde du sport. La mobilisation aussi de la famille de Christophe Gleizes, qui fait preuve de beaucoup de dignité et de courage dans cette épreuve. Quant à nous, nous nous mobilisons. Nous avons obtenu qu'une visite puisse lui être rendue ces derniers jours, qui nous a permis de vérifier son état d'esprit, son état physique également. Il va bien, malgré l'épreuve très douloureuse qu'il traverse. Pour ma part, je souhaite qu'il puisse retrouver sa place dans le monde de la presse et dans le monde du sport. Et j'en profite, puisque vous m'avez posé la question, pour souhaiter bonne chance à l'équipe de France.

Q - Y a-t-il une chance ou une moindre chance qu'on le voit libéré avant la fin du Mondial et peut-être même aller au Mexique, qui sait ?

R - Dans ce genre d'affaires, il est toujours très difficile de pouvoir prévoir la date à laquelle on obtient la libération. Mais vous savez, depuis un an et demi que j'ai pris mes fonctions, nous avons obtenu le retour, dans notre pays, de plus de 30 personnes qui étaient détenues arbitrairement ou otages à l'étranger. Donc nous ne lâcherons rien.

Q - Et vous êtes confiant à moyen terme, peut-être pour la libération de Christophe Gleizes.

R - Je suis déterminé.

Q - Déterminé. Merci beaucoup Jean-Noël Barrot d'avoir été notre invité.

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information