« France 2 » - Entretien de Benjamin Haddad - Extraits Union européenne Interventions médias Le : 18 juin 2026 Q - Bonjour à tous et bonjour Benjamin Haddad. R - Bonjour. Q - On va revenir sur le G7 qui s'est clôturé hier, mais avant cela, on va parler de ce qui s'est passé hier soir à Versailles. Signature surprise du protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis sous les yeux d'Emmanuel Macron, visiblement ravi. Est-ce que c'est ça, l'image, finalement, des mandats d'Emmanuel Macron, des succès à l'international et parfois plus de contestations au plan national ? R - Je pense que ça montre effectivement le rôle diplomatique qui a été joué par la France et par le président de la République et il faut s'en réjouir. On a eu hier ce dîner important avec le président américain. Et puis surtout, cette avancée, c'est une bonne nouvelle. Ça avait été souhaité par la France, la signature de cet accord qui permettra notamment la réouverture sans péage du détroit d'Ormuz. Q - Vous dites qu'on a bien fait de lui dérouler le tapis rouge finalement ? R - Mais au fond, regardez, on peut être fiers, on a des lieux extraordinaires comme le château de Versailles. Et là, l'objectif, c'est d'avoir un dialogue diplomatique avec le président des États-Unis et puis surtout de défendre les intérêts de la France. C'était dans notre intérêt que cet accord soit signé. Donc on a la réouverture du détroit d'Ormuz, qui aura aussi d'ailleurs un impact, bien sûr, sur le prix des carburants. Donc c'est une bonne nouvelle pour les Français et qui va ouvrir maintenant une séquence diplomatique de 60 jours dans laquelle nous devons trouver un accord sur la question du nucléaire, sur laquelle je rappelle que la France a une expertise, une histoire. Q - Absolument mais est-ce que dans tout ce dîner, au moins, Donald Trump a levé ses menaces de sanctions sur les vins français ? Parce que sinon, on se demande pourquoi est-ce qu'on a fait tout ça. R - Vous l'avez vu, ça a été dit par le président de la République. Entre alliés, on ne doit pas se faire des menaces de ce type. On doit parler des questions économiques, c'était d'ailleurs l'objet du G7, du G20 bientôt, des déséquilibres économiques de façon structurée au sein d'un dialogue, mais pas effectivement en faisant des intimidations. Q - On va revenir sur le G7, parce que vous parliez du G7 à l'instant, ce dîner avait lieu juste après la clôture du G7, Emmanuel Macron parle de succès pour ce sommet, il manquait quand même quelques sujets qui fâchent, non ? La guerre à Gaza et au Liban, la question difficile de l'intelligence artificielle ? R - Non, parce que les sujets que vous venez de mentionner ont été au contraire à la table des négociations. Q - L'intelligence artificielle, Donald Trump, il ne s'est pas engagé. R - Sur la question du Liban, vous avez vu, ça fait partie de l'accord qui a été signé aussi entre les États-Unis et l'Iran. Et donc nous travaillerons aussi avec les autorités libanaises pour qu'elles puissent recouvrer l'intégralité territoriale du pays et notamment à travers le soutien aux forces armées libanaises pour travailler au désarmement du Hezbollah. Sur la question de l'intelligence artificielle, vous avez raison, j’étais hier à VivaTech, on voit aujourd'hui que la course à l'innovation, à l'intelligence artificielle, c'est devenu un enjeu de puissance et de souveraineté. Le président de la République a plaidé pour une régulation encadrée de l'intelligence artificielle, notamment pour protéger les mineurs. C'est le même travail que nous faisons, vous savez, sur la question des plateformes de réseaux sociaux. Et en disant aussi qu'à un moment, il faut qu'il y ait un dialogue entre alliés. Parce que si on ne veut pas derrière que ce soit aussi la Chine, le vainqueur sur ces sujets-là, on a intérêt à avoir un dialogue entre démocraties. Et puis après, on a vu des avancées majeures, je pense, sur des sujets qui sont là aussi, dans nos intérêts. Je pense notamment à l'Ukraine. Rappelez-vous, il y a un peu plus d'un an, quand on a eu la rencontre entre le président Trump, le vice-président Vance et le président Zelensky. On nous avait dit « l'Ukraine va être forcée à la capitulation en 24 heures, les Européens ne seront pas autour de la table ». Q - Justement, il y a eu un changement de pied de Donald Trump, vous alliez le souligner. R - Absolument, mais ça, c'est une initiative des Européens. Q - Il va y avoir un nouveau train de soutien pour l'Ukraine. Comment est-ce qu'on va financer tout ça ? Je croyais que l'État français n'avait plus d'argent. R - Regardez, déjà, depuis plus d'un an, je voudrais quand même souligner que le soutien à l'Ukraine, aujourd'hui, il est assuré par les Européens, que ce soit sur le plan économique et sur le plan militaire. Q - Oui mais comment on finance tout ça ? Parce qu'on dit aux Français, on ne peut pas vous aider à payer votre plein d'essence. R - Et l'Union européenne a contracté récemment un emprunt de 90 milliards d'euros pour pouvoir continuer à soutenir l'Ukraine, nous l'avons finalisé, qui donnera de la visibilité aux Ukrainiens dans les prochaines années pour pouvoir continuer, notamment, à se défendre, à résister sur le terrain. Aujourd'hui, ce sont les Russes qui reculent sur le terrain. Et nous devons continuer à converger avec les Américains, notamment sur la question des sanctions. Et j’ai vu, au G7, le président Trump a aussi dit qu'il était prêt à reprendre les sanctions contre la Russie sur le plan énergétique. Nous adopterons bientôt au niveau européen le 21e paquet de sanctions qui va permettre notamment d'accroître la pression et de lutter contre la flotte fantôme. Vous savez ce qui est utilisé par la Russie pour contourner les sanctions en mer du Nord et en mer Baltique. Donc là encore, c'est cet effort diplomatique de la France qui a permis de réaligner les Européens, les Américains, dans le soutien à l'Ukraine face à la guerre d'agression de la Russie. Q - Vous parliez de l'Union européenne. L'Union européenne qui, par son Parlement, a adopté hier un texte important qu'on appelle le règlement « retour ». C'est un texte qui durcit drastiquement la politique migratoire de l'Union européenne. Est-ce que vous êtes fier de son adoption ? Je crois que le gouvernement soutenait ce texte. R - Le gouvernement non seulement le soutenait, mais c'était une demande de la France. Q - Y compris d'avoir eu les voix de toute l'extrême droite pour adopter ce texte ? R - Écoutez, je regrette la façon peut-être qu'il a été adopté, mais la vérité c'est qu'aussi, vous aviez toute une partie de la gauche qui a décidé de ne pas prendre part à cette négociation. Q - Est-ce que ça ne dit pas que ce texte reprend les grands fondamentaux de l'extrême droite ? R - Non, fondamentalement, non. Et je vais vous dire pourquoi. Parce que le Rassemblement national, depuis des années, nous dit qu'il faut sortir des textes européens, il faut tout faire. Marine Le Pen s'était opposée à ce texte. Lorsque la Commission européenne a proposé cette révision du règlement « retour », qui va nous permettre... Q - Finalement, ils l'ont voté. R - Oui, mais c'est pour ça qu'ils n'ont plus aucun logiciel. Moi, je ne comprends pas ce qu’ils souhaitent. Q - À l'inverse de certains de vos collègues, il y a une partie de vos collègues de Renaissance... R - Est-ce que je peux essayer de terminer mes réponses, s'il vous plaît ? Parce que déjà, il faut expliquer, parce qu'on parle de politique politicienne, c'est très bien. Mais les Français, ce qui se passe dans l'hémicycle... Q - J’allais expliquer justement que ce texte va créer des centres de rétention hors des frontières de l'Union européenne. Il y a une de vos collègues Renaissance qui dit que ce texte, il passe une ligne rouge. Qu'est-ce que vous faites encore ensemble dans Renaissance si vous n'êtes même pas d'accord sur l'immigration ? R - Mais est-ce que vous croyez que ça intéresse une seule seconde les Français quand ils voient ce sujet ? Q - De savoir que vous n’êtes pas d’accord dans le même parti, je pense que oui. R - Les Français ne s'intéressent pas à la politique politicienne et à la tambouille du Parlement européen. Ce qu'ils voient, c'est ce qu'il y a dans la rue et comment on peut maîtriser nos frontières extérieures, contrôler l'immigration et faire exécuter les OQTF. Aujourd'hui, il y a 20% d'obligations de quitter le territoire européen qui sont exécutées sur le sol européen. Donc ce texte, il va permettre de renforcer les mécanismes de rétention administrative, de faire du retour forcé la norme, de pouvoir traiter en priorité les immigrés dangereux qui représentent un trouble à l'ordre public, de pouvoir faire des fouilles administratives. Voilà, ça, ça renforce le pouvoir des États membres pour faire respecter leurs frontières, pour faire respecter le droit. Et ce que je vois, c'est que Marine Le Pen avait dit initialement, c'est un texte mortifère, nous allons nous battre de toute notre force. Et finalement, ses députés l'ont voté. Mais la question que je me pose, c'est que vous parlez des débats qu'on peut avoir au sein de notre famille politique, j'en conviens. Mais que pense le RN ? Que pense le RN sur l'Europe aujourd'hui ou sur la Russie ? Que pense le RN sur l'immigration ? Que pense le RN sur les retraites ? Sur des sujets qui sont fondamentaux pour l'avenir de notre pays, il n'y a plus aucun logiciel et une contradiction totale. […] Q - Merci beaucoup Benjamin Haddad d'avoir été notre invité ce matin, bonne journée à vous.