Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de l’évènement BIG de Bpifrance

  • Guerre informationnelle

Discours

Le : 08 octobre 2026

Paris, le 8 octobre 2026

Bonjour à toutes et tous,

Aujourd'hui, je ne suis pas venu vous raconter des histoires, je suis venu vous parler des récits. Parce que les entreprises de France sont désormais confrontées à des guerres commerciales qui s'accompagnent d'une bataille nouvelle, la bataille des récits. Et dans cette bataille, nos adversaires, nos rivaux ne se privent pas pour porter atteinte à l'image de nos entreprises et à leurs intérêts, en portant parfois des coups en dessous de la ceinture. Ce sont des rumeurs sur la qualité de produits ou de technologies françaises à l'étranger. Ce sont des campagnes hostiles qui visent directement certaines de nos entreprises. C'est un doute qu'on cherche à instiller sur la fiabilité de la signature française. 

Et pour cela, ce n'est pas compliqué. Il suffit d'un peu d'intelligence artificielle, de quelques comptes sur les réseaux sociaux et d'une bonne dose de mauvaise foi. Et ça fonctionne. Je vous donne le modus operandi de ces campagnes hostiles : six mois avant la signature d'un gros contrat à l'étranger ou d'une acquisition majeure, on commence à instiller le doute ; trois mois avant, on commence à l'amplifier ; et puis un mois avant, le doute est partout sur les écrans. Et cela, nous le voyons de plus en plus et on aurait tort de le sous-estimer. Je vous donne quelques exemples. C'est un faux communiqué de presse relayé sur des sites miroirs qui font chuter le cours de bourse d'une entreprise française. C'est une chaîne YouTube au Niger qui diffuse une fausse information sur une entreprise française de l'énergie. Ce sont des images tirées de jeux vidéo pour discréditer le Rafale, l'avion de chasse français, après les affrontements entre l'Inde et le Pakistan, ou ce sont encore des appels à manifester devant les usines d'un groupe français à l'étranger. Ce ne sont pas des cas fictifs, ce sont des cas d'école documentés par Viginum, notre service de détection et d'attribution des ingérences étrangères. 

Alors face à cette offensive de plus en plus importante de nos compétiteurs et de nos rivaux, le Quai d'Orsay a décidé de rentrer de plein pied dans la bataille des récits et de se doter d'une force de frappe informationnelle en trois temps. D'abord la veille et la détection, ensuite la riposte, et puis troisième temps, celui qui nous occupe aujourd'hui, les récits. 

La veille, grâce à nos 400 capteurs que nous permet notre réseau diplomatique, le troisième réseau le plus important dans le monde, et que nous avons musclé avec des outils, avec des profils dédiés, avec de la formation des collaborateurs et des agents depuis deux ans maintenant, pour être en mesure de détecter ce qui se passe partout dans le monde. Et nous avons créé cette année des comités d'influence qui réunissent au sein de nos ambassades et sous l'autorité des ambassadrices et des ambassadeurs toute l'Équipe France, y compris bien sûr les représentants de Bpi lorsqu'ils sont présents dans le pays concerné. 

Et cette capacité de détection est évidemment le préalable à toute riposte, qui est le deuxième temps, celui auquel nous avons consacré tous nos efforts dans l'année qui vient de s'écouler, avec des instruments très puissants comme ceux dont vous avez sans doute entendu parler, les comptes French Response notamment, qui désormais, avec beaucoup de culot, ne se gênent pas pour répliquer avec beaucoup de force, beaucoup d'ironie et de dérision aux attaques dont nos entreprises peuvent être victimes à l'étranger. 

Mais riposter ne suffit pas. Nous ne pouvons pas courir systématiquement après les récits que nos compétiteurs, nos rivaux et nos adversaires écrivent à notre place. Il nous faut écrire nos propres récits. Et c'est pourquoi le Quai d'Orsay, ces derniers mois, a engagé un travail consistant à mesurer la perception de la France et des entreprises françaises à l'étranger. Et ce qui nous revient déjà, c'est quoi ? Eh bien, c'est que même dans des pays qui sont nos partenaires et nos amis, l'image de la France est totalement décalée par rapport à celle que renvoie ce rassemblement extraordinaire, cher Nicolas, aujourd'hui. On perçoit la France, on perçoit l'Europe comme des valeurs du passé, alors même qu'il y a en France et en Europe du talent, de l'énergie et surtout une quantité astronomique d'innovation. 

Alors bien sûr, il faut que nous fassions notre travail et c'est ce que nous faisons au niveau européen pour avoir plus de simplicité pour les entreprises, plus d'unification du marché intérieur, plus d'investissements publics et privés pour être à la hauteur de nos ambitions, et puis bien sûr plus de réalisme avec la préférence européenne et la protection de nos secteurs exposés à la concurrence déloyale. 

Mais il serait illusoire de considérer que la puissance publique et que nos négociations à Bruxelles nous permettront de relever les défis si nous n'avons pas la conviction intime que nous pourrons y parvenir, que nous saurons faire de la France et de l'Europe des puissances dans le monde qui vient. Et c'est ce récit-là que nous devons ensemble, entreprises, pouvoirs publics, construire pour pouvoir le diffuser à l'étranger. Et c'est facile. Il suffit de se retourner sur l'année qui vient de s'écouler, de constater les contrats historiques qui ont été passés par Dassault pour le Rafale avec l'Inde par exemple, par Airbus pour les avions avec la Malaisie ou les contrats passés par Alstom aux États-Unis d'Amérique. Il suffit de se retourner sur la semaine qui vient de s'écouler avec l'acquisition par Schneider Electric de PTC, une entreprise de software américain, la plus importante de l'histoire de notre fleuron, pour 20 milliards d'euros, plus de 20 milliards de dollars. C'est la sortie par Mistral de son modèle Mistral Large 4, le Chonk, qui a ringardisé d'un seul coup tous les modèles chinois disponibles sur le marché. Et c'est hier, Henri Kagan, qui devient le huitième Français en quatre ans à remporter le prix Nobel, deux prix Nobel pour notre pays chaque année en moyenne. Quel autre pays européen, quel autre pays du monde peut en dire autant ? Et il suffit de se retourner tout autour de nous, de constater ce qui a été depuis neuf ans un immense élan d'entrepreneuriat, d'innovation, d'enthousiasme, d'audace et de culot porté par Bpifrance ici avec ce BIG. Au fond, c'est ça le récit que nous voulons diffuser pour le reste du monde, la France en grand, et ça commence ici. 

Merci encore à tous pour tout ce que vous faites.

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