Discours de Jean-Noël Barrot lors de la remise conjointe de la médaille Hawke-Rocard avec Mme Penny Wong, ministre des Affaires étrangères australienne Australie Relation bilatérale Discours Le : 09 juin 2026 Madame la ministre, chère Penny Wong, Monsieur le secrétaire général de la présidence de la République, Madame l’ambassadrice, Monsieur l’ambassadeur, Mesdames et Messieurs, Chère Clara Péron, Il y a 35 ans a été signé le protocole de Madrid relatif à la protection de l’environnement en Antarctique. Ce texte affirme avec force que le continent austral est une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science. Nous le devons à deux hommes d’État pragmatiques et réformateurs, un Australien et un Français, deux pionniers de l’Antarctique, Bob Hawke et Michel Rocard. C’est pour prolonger leur héritage et saluer celles et ceux qui s’engagent à leur suite que nous avons créé la médaille Hawke-Rocard. Et c’est à vous, chère Clara Péron, qu’à l’unanimité, le jury franco-australien a choisi de remettre cette décoration pour la première fois. Par vos travaux sur l’écologie marine antarctique, vous avez permis de mieux comprendre les écosystèmes australs, si particuliers et encore si largement inconnus. Vous partagez votre temps entre l’enseignement, la recherche et la défense de la biodiversité australe. Loin des salles de cours, vous réalisez régulièrement des missions pour le Muséum national d'Histoire naturelle afin de suivre les populations de légines, de langoustes, mais aussi de dénicher de nouvelles espèces dans les profondeurs des îles Crozet ou Kerguelen. Dans les enceintes internationales, vous donnez une voix à l'Antarctique. Vous présentez la France à la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marine de l'Antarctique. Vous faites partie du Comité national français des recherches arctiques et antarctiques. Vous êtes aussi membre du Conseil consultatif des Terres australes et antarctiques françaises. Partout, vous êtes le visage d'une science qui ne se contente pas de comprendre le monde, mais qui aide à préserver. L'Antarctique est un espace unique, le continent le plus froid du monde, sans population permanente mais dont l'équilibre conditionne celui de notre planète toute entière. Il est aux avant-postes des soubresauts du monde, c'est pourquoi nous devons y porter une attention si particulière. Or, l'urgence climatique est là, elle nous oblige à redoubler d'efforts scientifiques et diplomatiques, et c'est pourquoi la France, sous l'impulsion du président de la République, a mis à jour il y a quelques mois sa stratégie polaire pour les années 2026-2040. Nous nous sommes engagés à maintenir et renforcer nos capacités de recherche en Antarctique, à soutenir les programmes scientifiques internationaux et à peser en faveur de l’Antarctique dans les enceintes multilatérales. L’Australie et la France partagent une même vision du monde. Un monde où la science est libre et indépendante, un monde où l’appétit des empires n’est pas sans limite, un monde où tout ne s’achète pas. C’est l’idée même de l’Antarctique qui n’appartient à personne, précisément parce qu’il appartient à tous. Plus que jamais, nous avons besoin de scientifiques comme vous, Clara Péron, de votre rigueur, de votre indépendance d'esprit, de votre courage aussi. Il en faut du courage pour mener des recherches sous de telles latitudes. J'ai une pensée pour notre compatriote Gérald Malaussena, disparu le 13 janvier dernier lors d'une mission de plongée près de la station scientifique Dumont D’Urville, en Terre Adélie. Son dévouement nous rappelle que la recherche polaire est une aventure dangereuse, portée par des femmes et des hommes exceptionnels. Et chère Clara Péron, vous êtes de ceux-là. Cette médaille que nous vous remettons aujourd’hui au nom de la République française, au nom de l’amitié franco-australienne, c’est à la fois une récompense pour votre formidable engagement mais aussi un encouragement à poursuivre vos efforts dont nous avons encore tant besoin. L’Antarctique est un bien tellement fragile et précieux, qu’il réclame un engagement sans faille de notre part à tous. Un engagement collectif, pour que vive l’Antarctique, vive l’amitié franco-australienne et vive la France.