Déclarations de Jean-Noël Barrot à l’occasion du Youth Seven G7 Discours Le : 27 mai 2026 Merci beaucoup Madame la directrice générale de la mondialisation et chère Anne. Bonjour à toutes et tous et bienvenue au Quai d'Orsay. Nous aimons lorsque cette maison ouvre ses portes et notamment lorsqu'elle ouvre ses portes à la jeunesse. Et c'est pourquoi au moment où nous préparions avec Anne Grillo notamment, cette présidence française du G7, nous nous sommes dit, très en amont, que nous voulions que cette présidence ne reste pas confinée dans des enceintes diplomatiques, mais qu'elle puisse s'ouvrir très largement, et très largement en particulier à la jeunesse. Donc bienvenue au Quai d'Orsay, et merci à celles et ceux qui, aux côtés d'Anne, Didier Le Bret, avec l'Académie [diplomatique et consulaire], ont permis à cette journée de se tenir quelques semaines à peine du sommet qui réunira autour du président de la République les dirigeants des pays du G7, mais aussi d'autres pays invités pour aborder les grandes questions qui touchent à chacun de nos pays et qui appellent entre nous une forme de coordination. En arrivant dans cette magnifique salle, vous avez traversé le Salon de l'Horloge que certains d'entre vous connaissent peut-être, qui est un lieu majeur pour la diplomatie française, bien sûr, mais aussi pour l'Europe, puisque c'est dans cette pièce que Robert Schuman, en 1950, prononça sa déclaration que nous célébrons chaque année le 9 mai, puisque c'est la journée de l'Europe, dans laquelle il proposait de mettre en commun la production du charbon et de l'acier en disant que la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. C'est un moment très important puisque c'est ce moment-là qui a permis à l'Europe de voir le jour. Mais c'est aussi un moment très important parce qu'il dit au fond l'esprit dans lequel nous nous plaçons au moment où nous abordons cette échéance très importante, Jean-David Levitte le sait, lui qui a préparé ce type d'échéance du G7, au moment où les logiques de confrontation et d'opposition sont en train de prendre le dessus, comme en 1950 où la rivalité entre la France et l'Allemagne était en train de redémarrer très fort. Il a fallu que des hommes et des femmes se lèvent pour imposer une logique inverse, celle de la coopération et du dialogue. Et si nous avons voulu partager avec vous cet exercice du G7, c'est parce que nous croyons, nous, ici au Quai d'Orsay, que si nous voulons demain construire un monde qui repose sur des logiques de dialogue et de coopération, alors nous devons nous appuyer sur les générations qui, demain, viendront, je dirais, renforcer ou en tout cas viendront constituer les rangs de la diplomatie française. Il y a peut-être parmi vous des futurs diplomates, des futures ambassadrices, des ambassadeurs, peut-être même futurs ministres des Affaires étrangères et que c'est dès aujourd'hui que vous devez vous placer dans la situation d'être en responsabilité et de pouvoir vous emparer de ces grands sujets sans considérer qu'ils appartiennent aux autres, qu'ils appartiennent aux dirigeants, qu'ils appartiennent aux générations qui vous ont précédées, puisque vous êtes désormais de jeunes adultes et c'est à vous qu'il appartient de dessiner les contours du monde de demain. Et donc vous êtes appelés par cet exercice qui vous est proposé aujourd'hui à prendre toute votre part dans la construction du monde que nous voulons. Cet exercice s'inscrit dans une démarche plus large que nous avons voulu de construire autour de cette présidence française du G7 pour donner la parole à la société civile. Évidemment, la jeunesse en fait partie. Autour du G7 se sont constitués au fil des années ce que l'on appelle des groupes d'engagement. Des groupes d'engagement qui réfléchissent en parallèle des diplomates à ce que les pays du G7 devraient faire et la manière dont ils devraient se coordonner. Vous avez avec Juliette Marceau, ce matin, la représentante du groupe d'engagement jeunesse au sein du G7. Donc ce sera très important pour vous de l'entendre et de comprendre comment, avec les mouvements de jeunesse des autres pays du G7, ils se sont préparés à cette échéance et à nous livrer et nous remettre un certain nombre de propositions, c'est-à-dire la vision de la jeunesse pour le G7. Vous avez en parallèle des groupes d'engagement des entreprises, des groupes d'engagement des femmes, des groupes d'engagement des syndicats, bref, de la société civile organisée qui, dans les sept pays de ce groupe, travaillent en amont du sommet des dirigeants pour leur remettre un certain nombre de propositions. Je le dis parce que nous croyons très fermement ici que la diplomatie n'est pas réservée au Quai d'Orsay, aux ambassades, mais qu'elle se construit aussi avec et par le travail de la société civile. C'est pourquoi cette rencontre est si importante pour nous ainsi que les autres que nous aurons tout au long de cette année pour que ce G7, ses objectifs et ses résultats soient pleinement partagés. Des prix vont être remis ce matin. Je félicite par avance les lauréats en remerciant toutes celles et ceux qui ont participé à ces concours. Je le dis une nouvelle fois, votre responsabilité, celle de votre génération, c'est de se lever, de prendre ses responsabilités et aussi de dire « non » lorsque le cours que prennent les événements du monde et les choses ne correspondent pas à ce que vous pouvez attendre. Je crois que, comme beaucoup d'entre vous, lorsque je me réveille le matin, que je lis le journal ou que je vais sur les réseaux sociaux, au fond, j'ai l'impression que quelque chose ne tourne pas rond dans le monde. Et face à une telle situation, face à ce qui peut s'apparenter à une sorte de gêne ou une forme d'indignation vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde, il y a deux réflexes possibles. Le premier, que j'appellerais l'aquabonisme. On se dit « À quoi bon ? », « Ça ne m'appartient pas », « Je n'ai pas les leviers », « C'est aux autres de décider à ma place ». Ça peut paraître confortable comme attitude, mais à terme, surtout quand on est à l'aube de sa vie de citoyen et d'adulte, c'est une mauvaise décision à prendre parce qu'à la fin, elle ne génère que des frustrations. L'autre décision, c'est justement de prendre ses responsabilités et de se dire ou de s'interroger sur la manière dont on peut être soi-même acteur. On n'a pas besoin d'être président de la République ou président d'un pays du G7 pour être acteur. On peut toutes et tous être acteurs là où nous nous trouvons, en étant des citoyens engagés dans notre village, dans notre quartier, dans notre association, dans notre département, dans notre région, dans notre pays, au service de causes qui nous sont chères. Si chacun d'entre nous sachons passer de cette indignation que nous ressentons en regardant la manière dont le monde est en train de tourner à une forme d'engagement, alors nous avons la possibilité de faire bouger les lignes et de faire changer le cours des choses. Et c'est ce à quoi nous voulons vous inviter aujourd'hui en vous associant à cette présidence française du G7 et en quelque sorte par avance à ce sommet du G7 qui donnera peut-être ou qui sera peut-être présenté comme un sommet réservé aux chefs d'État et de gouvernement, mais dont nous voulons vous faire comprendre qu'au fond, il vous appartient d'y contribuer par la parole que vous portez aujourd'hui au Quai d'Orsay. Donc prenez cette invitation, cette journée que vous allez passer avec nos diplomates, nos directeurs, nos ambassadeurs, comme un encouragement à vous engager pour préparer un monde pour vous-mêmes, mais aussi pour les générations qui vous succéderont, qui leur permette de vivre sur une planète stable et vivable, et dans un monde en paix. Profitez pleinement de cette journée et vous savez que vous êtes toujours les bienvenus au Quai d'Orsay. Merci à tous. --- C'est une fausse remise ou plutôt, c'est une remise formelle, puisque j'ai déjà reçu ce rapport la semaine dernière. Pourquoi ? Parce que les représentants français du groupe d'engagement jeunesse, ce qu'on appelle le Youth Seven, avaient réuni à Paris, pour des séances de travail, leurs homologues des autres pays du G7. Et j'ai tenu à venir clôturer les travaux de ce groupe réunissant les mouvements de jeunesse de sept pays. Pourquoi ? Parce que j'ai considéré que parmi tous les groupes d'engagement, celui de la jeunesse avait mis le doigt sur deux sujets qui sont fondamentaux, avec peut-être un peu plus de radicalité encore et de lucidité que d'autres groupes d'engagement. Premier sujet essentiel, celui de l'intelligence artificielle qui vient d'être évoqué. D'ailleurs, c'est intéressant de voir qu'il y a beaucoup d'échos dans, je ne sais pas s'il l'a lu avant d'écrire son encyclique, entre le rapport du Youth Seven et l'encyclique que le pape Léon vient de publier hier sur l'intelligence artificielle, dans le domaine militaire, où des questions très importantes sont posées, et je ne crois pas que d'autres groupes d'engagement que celui de la jeunesse aient soulevé cette problématique, dont vous voyez bien qu'elle est au cœur d'ailleurs de ce texte de 200 pages que le pape a publié, mais aussi la place du numérique et de l'intelligence artificielle dans notre espace démocratique. La démocratie est un trésor, chacun le voit, elle est fragilisée, notamment par la place que nous avons consentie aux technologies numériques. Cette question est soulevée, adressée avec des propositions très concrètes par le groupe de travail jeunesse. Et puis il y en a une autre qui me paraît essentielle, et que pour des raisons que chacun peut deviner sans doute ici, les autres groupes d'engagement n'ont pas nécessairement traitée, parce que ce n'est pas forcément leur spécialité, mais aussi sans doute pour des questions générationnelles, qui est celle du basculement ou même du choc démographique. Le fait que dans tous les pays du G7, on voit un ralentissement de la croissance de la population, voire un recul de la population. Et cela, ce n'est pas qu'une donnée démographique, c'est une donnée qui a un impact colossal sur le contrat social dans chacun de nos pays, dont les principales victimes sont évidemment les jeunes générations. Et là encore, un constat est dressé, il est sans appel, des propositions sont formulées dont nous voulons que les chefs d'État et de gouvernement du G7 puissent s'emparer tant cette question est centrale et commune à chacun de ces pays, tant le fait qu'elle soit traitée ou non conditionne en grande partie la prospérité de nos pays et la résilience de leur contrat social. Donc je veux avec vous féliciter les représentants et donc présidents français du Youth Seven cette année pour leur engagement et aussi pour leurs propositions. Merci beaucoup. --- Je veux vous dire que je n'ai pas fait partie du jury, mais que si j'en avais fait partie, j'aurais moi aussi choisi cette vidéo pour lui remettre le prix. Pourquoi ? Parce qu'il est très singulier et très important de s'intéresser à l'année 1926. Parce que pendant cette période de notre histoire, qui est souvent regardée avec un petit peu de mépris, vous avez toute une partie de la génération alors aux responsabilités et des mouvements de jeunesse qui ne voulaient plus revivre la Première Guerre mondiale et qui se sont lancés dans des aventures qui malheureusement ont échoué, la Société des Nations, un certain nombre de mouvements de paix et de réconciliation franco-allemands. Et parce que la Deuxième Guerre mondiale a commencé en 1939, on a tendance à regarder cette période de l'Histoire en se disant que tout ce que ces gens-là ont fait en 1926 n'a servi à rien, puisqu'au fond, la guerre est repartie. Mais c'est une erreur majeure. Pourquoi ? Parce que si nous avons réussi, nous, en Europe, après la Deuxième Guerre mondiale, à partir du Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, à reconstruire une Europe en paix et en prospérité par des mécanismes de solidarité et de coopération, c'est parce qu'en 1926, des mouvements de jeunesse, des femmes et des hommes visionnaires se sont préparés à fabriquer la paix et se sont mis dans cette disposition d'esprit. Bien sûr, la guerre est revenue, mais si nous n'avions pas eu dans ces années-là, il y a un siècle, des hommes et des femmes qui, d'ores et déjà, semaient en quelque sorte les graines de la réconciliation européenne, nous n'aurions sans doute réussi à faire l'Europe. Parce que je vous le dis, le 9 mai 1950, quand Robert Schuman fait sa déclaration dans le Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, il est tout seul. Parce qu'en Europe et singulièrement en France et en Allemagne, le vent du ressentiment et de la revanche souffle très fort. Il s'en est fallu d'un cheveu. Et s'il n'y avait pas eu en 1926 ces engagés déjà de la paix et de la réconciliation, sans doute qu'on serait repartis dans des rivalités et des conflits entre la France et l'Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale. Et donc c'est très important de faire le lien entre 1926, période peut-être un peu sous-estimée dans son importance, et 2026 parce qu'il y a des correspondances importantes.