Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de son déplacement en République démocratique du Congo

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Le : 03 octobre 2026

Bunia, le 3 octobre 2026

Je suis à Bunia, épicentre de l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de l’histoire de la République démocratique du Congo et la deuxième la plus grave dans l’histoire du monde.

8000 cas enregistrés, 4000 décès, dont un quart d’enfants de moins de 5 ans. Bunia, c’est aussi le centre de la riposte contre l’épidémie d’Ebola coordonnée par les autorités congolaises.

Et si nous sommes parvenus collectivement, autorités congolaises, organisations des Nations unies, ONG humanitaires, à contenir cette épidémie, à éviter qu’elle ne se propage dans d’autres régions, dans des grands centres urbains de la République démocratique du Congo et au-delà, jusque des territoires ultramarins français ou jusqu’en Europe, c’est notamment grâce au soutien de la France, aux chercheurs, aux travailleurs humanitaires, aux personnels soignants qui se mobilisent sans relâche depuis des mois pour faire face à cette épidémie dévastatrice.

Si je suis aujourd’hui à Bunia, c’est notamment pour témoigner de ce soutien de la France et pour annoncer que nous entendons le renforcer de manière à venir à bout de cette épidémie d’Ebola. Parce que les virus ne connaissent pas les frontières et qu’il faut les éradiquer à la racine, là où ils survivent, et jusqu’au bout.

Je vous vous dire aussi ma fierté de constater que face à cette épidémie, ce sont des chercheurs français, mais aussi des travailleurs humanitaires français, des associations françaises, qui sont en première ligne.

Cette visite, ces efforts de la France en soutien des autorités congolaises face à l’épidémie s’inscrivent dans un contexte plus large. Celui d’une mobilisation conjointe et partenariale franco-congolaise pour lutter contre les épidémies successives du virus d’Ebola.

Je pense en particulier au programme PRISME qu’avait lancé le président de la République lors de sa visite en 2023 en s’appuyant sur l’expertise mondialement reconnue du professeur Muyembe qui m’accompagne aujourd’hui à Bunia lors des différentes étapes de cette visite.

Je pense évidemment à la conférence nationale humanitaire qui se tiendra à Paris, qui s’ouvrira mardi prochain et qui sera l’occasion pour nous de continuer à renforcer cette dimension de l’action internationale de la France.

Une visite qui s’inscrit dans un contexte où l’aide humanitaire fait l’objet d’attaques politiques partout dans le monde et y compris jusqu’en France. Je veux dire ici que les 30 centimes par Français que constituent l’aide humanitaire et l’aide plus généralement apportée par la France dans la lutte contre le virus d’Ebola ici en République démocratique du Congo sont indispensables non seulement pour protéger les Congolais et les Congolais du fléau, mais également pour protéger les Français et les Français. Je le disais tout à l’heure, les virus ne connaissent pas les frontières et vous ne pouvez vous en prémunir qu’à la condition de les éradiquer là où ils surgissent, si loin cela puisse être du territoire national.

Cette région orientale de la République démocratique du Congo, qui est meurtrie par des conflits depuis des années et des décennies, auxquelles s’ajoutent les épidémies d’Ebola, est également marquée, le professeur Muyembe l’a parfaitement décrit, par les violences sexuelles à l’encontre des femmes et des filles.

C’est pourquoi j’ai tenu à me déplacer dans un centre d’accueil des victimes de violences sexuelles liées au conflit, l’association SOFEPADI, Solidarité féminine pour la paix et pour le développement intégral, avec laquelle la France travaille depuis des années, qui accueille ces victimes de violences et qui leur offre un accès aux soins, à l’aide psychologique, à la justice et à la réintégration sociale et économique.

Hier, à Kinshasa, avec le ministre de la Justice, nous avons signé un protocole qui va nous permettre de continuer à soutenir cette association avec un projet dédié pour l’accès à la justice, pour faciliter les audiences foraines, c’est-à-dire le déplacement de magistrats dans les communautés et dans les villages, pour que justice puisse être rendue et que ces femmes victimes de violences puissent être réparées dans les dommages très profonds qu’elles ont subis.

C’est une fierté pour la France de travailler main dans la main avec les autorités congolaises sur ce sujet, qui était indispensable puisque c’est une des responsabilités principales de la France d’œuvrer partout pour la paix. Il n’y a pas de paix pour la justice. La justice, ça commence par les femmes et les filles victimes de violences sexuelles, d’atrocités sexuelles, comme c’est le cas dans cette région de la République démocratique du Congo.

Q - Monsieur le ministre, vous avez montré que la France allait augmenter son effort. Ça veut dire quoi, concrètement ? 

R - Ça veut dire que dans le cadre des discussions budgétaires qui vont s’ouvrir dans les prochains jours, nous proposerons une allocation de nos moyens en matière humanitaire pour aller jusqu’au bout de cette lutte contre Ebola. Parce que je sais que certains observateurs, peut-être parfois certains responsables politiques, Ebola, ça peut paraître loin, ça peut paraître lointain, mais en fait, ça peut aller très vite et ça peut ressurgir à tout moment. Et même si les efforts collectifs sous l’autorité du gouvernement congolais, les efforts des humanitaires, des soignants et des chercheurs, les efforts du professeur Muyembe, ont permis, de contenir la propagation de l’épidémie, elle peut ressurgir très rapidement et à tout moment. Notre responsabilité, c’est de l’éviter, d’éviter ces résurgences, de nous donner les moyens de le faire, à la fois pour protéger les Congolais et les Congolais, mais aussi pour protéger les Françaises et les Français.

Q - Monsieur le ministre, on a déjà connu un premier cas d’Ebola importé en France. Est-ce qu’il faut craindre d’autres cas à l’avenir et comment la France se prépare ?

R - Il ne faut pas craindre, il ne faut pas s’inquiéter. Il faut d’abord lutter contre l’épidémie là où elle surgit. C’est la raison de ma présence ici à Bunia aujourd’hui. Et ensuite, il faut se préparer mais pas se préparer dans son coin. La France porte une diplomatie en santé qui consiste à considérer que les risques épidémiques et pandémiques n’ont pas de nationalité. Si nous avons accueilli à Lyon le siège de la formation de l’Organisation mondiale de la Santé, c’est précisément parce que comme ici à Bunia, et comme l’a rappelé le professeur Muyembe toute la journée, vous n’avez aucune chance de contenir une pandémie dans le cadre d’un virus comme Ebola, qui est extrêmement contagieux, si en première approche, les personnels soignants ne sont pas formés de manière à ce qu’ils puissent éviter d’être eux-mêmes vecteurs de contamination.

Et c’est tout l’objet de ce que nous faisons ici avec les équipes de l’ambassade avec le Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères : soutenir les acteurs de terrain dans toutes les dimensions de la réponse, de la riposte à l’épidémie, pour éviter tout simplement qu’elle puisse aller jusqu’en Europe et jusque sur le territoire national.

Q - Monsieur le ministre, vous avez visité le centre de traitement d’Ebola de Rwampara, l’un des grands centres de traitement des personnes souffrant de cette maladie. Êtes-vous satisfait des conditions d’accueil de ces malades ? 

R - Ce que je constate, c’est qu’épidémie après épidémie, les autorités congolaises, les acteurs de la riposte, perfectionnent leurs méthodes pour juguler le plus rapidement possible et le plus efficacement possible l’épidémie.

Avec 8000 cas enregistrés, 4000 décès, dont un quart d’enfants de moins de cinq ans, on ne peut que se désoler de l’ampleur de cette épidémie. Mais sans la mobilisation collective à laquelle j’ai assisté aujourd’hui, qui réunit des acteurs internationaux, des organisations des Nations unies, des ONG, des Français, je le disais, à la fois chercheurs, soignants, mais aussi travailleurs humanitaires, avec un tel niveau de viralité, l’épidémie se serait sans doute propagée dans d’autres régions du Congo, elle aurait atteint des grands centres urbains, à partir de là, elle aurait peut-être atteint d’autres pays d’Afrique et elle se serait propagée bien au-delà. Donc je considère évidemment que cette épidémie qui vient s’ajouter à d’autres calamités que cette région a subies est une tragédie, mais que grâce à la mobilisation collective soutenue par la France, nous avons obtenu des résultats dont il faut savoir se féliciter.

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