Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de son déplacement en Islande

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Communiqué

Le : 20 juillet 2026

Thank you very much Minister Thorgerdur Gunnarsdóttir for your warm welcome. I will speak in French. Je suis heureux d'effectuer aujourd'hui ma première visite en Islande, la première d’un ministre des Affaires étrangères français depuis Hubert Védrine, il y a 26 ans. 

L'Islande et la France sont deux vieux peuples d'Europe, unis par une longue tradition d'amitié et d'échange. Une amitié ancrée dans une passion commune pour la mer et pour le Grand Nord, scellée par les liens noués entre pêcheurs français et paysans islandais, que tu viens de rappeler, ou à l'occasion de missions scientifiques françaises. Je pense en particulier au commandant Charcot, grand ami de l'Islande et disparu dans le naufrage de son bateau dans les eaux islandaises il y a 90 ans cette année.

Une histoire de combat commun pour les droits de l'Homme, pour la démocratie, puisque c'est ici que se trouve le Parlement le plus ancien du monde, pour l'égalité entre les femmes et les hommes, pour un multilatéralisme efficace. 

Une amitié faite de curiosité intellectuelle, de fascination culturelle réciproque, d'apprentissage de la langue de l'autre, d'imaginaire commun. 

Il y a 80 ans, en 1946, la France et l'Islande nommaient leurs premiers ambassadeurs, très rapidement après la proclamation de la République d'Islande. Aujourd'hui, nous jetons les fondations d'un partenariat franco-islandais plus complet, plus structuré à la mesure des défis auxquels nous faisons face. 

Nous le faisons pour notre souveraineté énergétique, industrielle et numérique et notre partenariat économique s'approfondit d'année en année. Plusieurs investissements français importants ont montré la voie. Dans le domaine de l'énergie, des télécommunications, des data centers de l'intelligence artificielle, je pense notamment à l'investissement d'Ardian sur le site de Verne Global que j'ai pu visiter ce matin. Je pense aussi en matière de stockage de carbone à Carbfix, qui est un bel exemple de partenariat, une entreprise islandaise soutenue dans son développement par l'Union européenne et dont la technologie est le fruit d'une collaboration entre l'université d'Islande et le CNRS, le Centre national de la recherche scientifique français à Toulouse. La présence à mes côtés, pour la première fois, tu l'as rappelé, d'une délégation du MEDEF, l'une des principales fédérations françaises d'employeurs, montre tout l'intérêt que les entreprises françaises portent au partenariat avec l'Islande. 

Et c'est pourquoi, avec la feuille de route que nous signons aujourd'hui, nous entendons conjuguer nos efforts pour préserver l'écosystème unique de l'Arctique face aux conséquences dramatiques des dérèglements climatiques. C'est le sens de notre engagement commun pour la protection des océans, notamment à travers le Traité sur la protection de la haute mer, BBNJ, dans le sillage du sommet de Nice de juin 2025. Et c'est le sens aussi des coopérations scientifiques entre l'Islande, État arctique, et la France, nation polaire par sa recherche et sa diplomatie.

L'Arctique, qui est aujourd'hui le théâtre d'un accroissement des rapports de force. Par son agression de l'Ukraine, par le renforcement de son dispositif militaire et la pression qu'elle exerce sur des territoires placés sous la protection de l'OTAN, la Russie de Vladimir Poutine a mis fin à l'exception arctique. La Chine a, quant à elle, exprimé clairement ses ambitions pour le Grand Nord, développant avec la Russie des coopérations militaires et scientifiques renforcées. Plus récemment, la France, comme l'Islande et leurs partenaires européens ont dû s'opposer aux velléités américaines à l'égard du Groenland. 

Dans ce contexte, la France et l'Islande, États fondateurs de l'OTAN, ont une responsabilité particulière pour la sécurité de l'Atlantique Nord. Et dans ce domaine, nous avons beaucoup développé nos échanges ces dernières années. J'ai pu prendre la mesure, en visitant la base de Keflavik ce matin, de l'importance du dispositif de l'OTAN géré par les autorités islandaises. C'est un outil essentiel pour les forces alliées, y compris les forces françaises. Et je veux rappeler qu'en 2008, c'est la France qui a assuré la première mission de police du ciel pour le compte de l'OTAN en Islande. 

Je salue ici les services rendus par les autorités islandaises aux navires de la marine française qui célèbre cette année son 400e anniversaire. Mais nous voulons aller plus loin grâce à notre feuille de route, par exemple en matière de lutte contre les menaces hybrides, les manœuvres informationnelles. 

La démarche que la France engage avec l'Islande n'est pas un acte isolé, elle est la suite logique des décisions que le président de la République a prises depuis dix ans. De façon concrète, nous avons rehaussé nos relations avec la Suède, le Danemark, la Norvège. Nous avons ouvert un consulat général au Groenland. Nous avons renforcé notre contribution aux activités de l'OTAN dans la région, à travers des exercices tels que Arctic Endurance ou Arctic Sentry, à travers plus récemment, l'annonce par le président de la République au sommet d'Ankara de la contribution de la France à la défense terrestre avancée de la Finlande et de la Suède. Nous avons noué des coopérations industrielles de défense très substantielles et bien sûr avec certains partenaires la dissuasion avancée ouvre une nouvelle dimension. 

Tout cela, nous le faisons parce que nous sommes convaincus que l'Europe n'a pas d'autre choix que de prendre en main son destin. C'est le cas sur l'Ukraine. Avec la ministre, nous avons fait le double constat de l'échec de Vladimir Poutine sur le front et des prouesses de la résistance ukrainienne. Cela nous engage à poursuivre notre triple agenda de soutien à l'Ukraine, de pression sur la Russie et de préparation de la paix. Sur le soutien à l'Ukraine, je veux saluer la mobilisation de l'Islande. Notre détermination commune ne faiblit pas et nous prenons des décisions historiques en permettant à l'Ukraine de produire sous licence des missiles Aster et SCALP ou en lançant lundi dernier, le 13 juillet, une coalition antibalistique. Sur la pression contre la Russie, je veux souligner l'action décisive des pays du nord de l'Europe contre la flotte fantôme russe et vous dire le soutien de la France à l'adoption rapide d'un 21e paquet de sanctions contre la Russie. Et puis sur la préparation de la paix, avec la réunion du 13 juillet de la Coalition des volontaires, qui a acté son élargissement, puisque la Moldavie et la Macédoine du Nord ont été respectivement les 36e et 37e pays à se joindre à cet effort inédit pour donner à l'Ukraine les perspectives nécessaires en matière de sécurité. La tenue à l'automne d'un exercice en Pologne de la Coalition des volontaires sera un signal fort. 

Nous avons avec la ministre également évoqué la Palestine. L'Islande a ouvert il y a 15 ans la voie de la reconnaissance de l'État de Palestine. La France l'a rejoint sur ce chemin l'an passé. Nous sommes déterminés à continuer à œuvrer ensemble pour la solution à deux États. Et je veux remercier la ministre pour sa présence le 12 juin à Paris pour la conférence des sociétés civiles israéliennes et palestiniennes. 

Nous allons évoquer deux points en particulier ce matin. Premièrement, la colonisation en Cisjordanie. La France demande l'arrêt des importations des produits des colonies illégales vers l'Union européenne. La France et l'Europe ne peuvent pas accepter que l'Europe, par son commerce, puisse soutenir des activités illégales qui compromettent la possibilité d'une paix entre Israël et la Palestine. Et puis deuxièmement, les élections annoncées le 28 novembre prochain en Palestine. Elles sont une nécessité absolue, vitale, pour la légitimité du parlement palestinien et pour ouvrir la voie à des élections présidentielles le plus rapidement possible. 

J'ai conscience que je viens en Islande à un moment charnière pour votre pays qui suscite une grande attention bien au-delà des frontières de l’Europe. L'Islande est membre à part entière de la famille européenne, membre du Conseil de l’Europe, dont elle a accueilli le dernier sommet en 2023, de l'Espace économique européen, de la Communauté politique européenne. Ces appartenances communes sont autant d'atouts pour nos deux pays et pour nos régions, tout comme les nombreux accords sectoriels entre l'Union européenne et l'Islande, dans un monde où les rivalités vont grandissant. 

Il appartiendra au peuple islandais de décider souverainement de l'ouverture ou non de négociations pouvant conduire à une intimité plus grande encore. L'histoire de l'Islande a montré que la coopération avec l'Europe était bénéfique pour le peuple islandais. La question s'est déjà posée par le passé, mais le monde a changé, l'Union européenne a changé et notre relation a changé comme en témoigne ma présence aujourd'hui à tes côtés. Mais le vote du 29 août ne préjuge de rien. Il ne concerne en aucun cas l'adhésion à l'Union européenne, mais l'ouverture de négociations. L'Islande n'a absolument rien à perdre à négocier avec l'Union européenne. 

En fonction du résultat de ces négociations, et je sais combien la ministre des Affaires étrangères aura à cœur, au cours de ces négociations, de défendre pied à pied les intérêts islandais, en fonction du résultat de ces négociations, alors l'Islande pourra se prononcer souverainement, mais plus tard, sur l'opportunité ou non de rejoindre l'Union européenne. Je veux le redire, l'Islande n'a absolument rien à perdre. On n’a en général rien à perdre à négocier. Et en particulier, l'Islande n'a rien à perdre à négocier avec l'Union européenne. C'est au peuple islandais qu'appartient cette décision souveraine.

Merci encore.

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Q - You mentioned that Iceland might join the European family and that many different matters would be settled in negotiations. But could France accept Iceland becoming an EU member while permanently remaining outside the common fisheries policy, forgetting certain opt-outs from the CFP and keeping exclusive national control over access to the fishing resources?

R - Thank you for your question. This is not what I said. What I said is that Iceland is already a full member of the European family. It is a member through the Council of Europe, and then hosted the summit in Reykjavik in 2023. It is a member of the European Political Community, which is a new forum where heads of states throughout the continent get together to discuss security issues at the continental scale. A question is now asked to the Icelandic people, which has nothing to do with accession to the European Union itself, but whether or not to open negotiations. The Icelandic people has nothing to lose by opening negotiations. There are only upsides. There are no downsides. And depending on how these negotiations go, later down the road, the Icelandic people will sovereignly decide whether or not there is more to gain from joining. But this is not the question that is being asked on August 29. Right now, there are no negotiations. If the Icelandic people decide to seize the opportunity, to open negotiations and see how much upside there is into these negotiations, then I will perhaps come back and give you my opinion on how these negotiations go. But after all, these negotiations on the EU side will be conducted by the commissioner. The commissioner was here not so long ago and I think he could already provide the answers to your question. First question is from RÚV, the Icelandic public broadcaster.

Q - To follow up on my colleague's question regarding France, during the previous negotiation that Iceland had with the European Union, France clearly stated that adherence to the common fisheries policy would be necessary in any kind of negotiation. So, my question to you is, do you think that the position of the French government in that regard has changed given, I guess, the changed geopolitical situation, given that the Foreign Minister of Iceland has said, you know, one of the premises of Iceland's possible accession talks would be essentially our increased leverage because of the changed geopolitical situation. So, my question is, what do you think the position of the French government will be, should accession talks take place, about possible derogations in the fisheries for Iceland? 

R - Would you mind sourcing this reference of yours? 

Q - From the French Parliament, in 2010. 

R - Yes, so that was some time ago. And as I said in my remarks, the question has been asked to Iceland some time ago and since then, everything has changed. The world has changed, the EU has changed. Our relationship has changed. And the negotiation, if the Icelandic people decide to enter into such negotiation, will happen in the context we now live in. I want to emphasize as well that every time the Icelandic people has decided to strengthen its international cooperation, it seems to have benefited from it. Starting with NATO in 1949 where France and Iceland were among the 12 founding members. I think it has been beneficial for the Icelandic people to be around the table at NATO. We would not, might not have such a strong Arctic sentry today if Iceland had not been around the table at NATO for so long. Let me take another example. The entry into the European Economic Area in 1994. It seems to me, if I take an objective standpoint, that such cooperation seems to have benefited Iceland, which has grown to become one of the wealthiest countries on this continent. So, I think, as you head towards an important decision, which is whether or not to enter into negotiation, the key question one should ask themselves is whether to seize or to let go the opportunity to see whether there is an upside for the Icelandic people to get closer to the European Union. 

Q - Just a follow-up. Do you think that the French government would be willing to make concessions when it comes to Common fisheries policy? 

R - This question will be raised when the Icelandic people will have decided whether or not to enter into negotiation. You know, I think we should have those questions as they go.

Q - I want to ask about security in the Arctic. We are looking at dual threats in the Arctic. We've seen Russian spy ships (inaudible) over the past few months. And at the same time, we recently heard that the Trump administration in the U.S. still thinks buying Greenland is still the only viable option to secure their security in the Arctic. So, my question to you is, what can France and Iceland and their allies do to deter Russia, but also deter Trump from the Arctic?

R - I will first say that we're building an ever-stronger NATO, that is meant to deter any threat to any territory placed under the protection of our Alliance. The Arctic Sentry operation is meant to deter threats coming in the high north. And the cooperation that we've strengthened with a number of Nordic countries on this continent, in these past few years, are meant precisely to do this because we've come to the conclusion that the security of the Arctic is instrumental for the security of Europe and for our own national security.

Now, you asked me about Greenland. We have spoken out loud that there should be no threat whatsoever on a European territory placed under the protection of NATO. But I will tell you that one thing that has probably helped defuse the tension when the willingness of the American administration was made clear, earlier this year, was the economic and commercial power of the European Union, which is the largest market in the world. That is a very powerful and significant lever. And if you remember well, it is a decision by the European Parliament, a brave one, to suspend the negotiation on the trade agreement with the U.S. that contributed largely to defuse such sanctions. And so, in a world where trade is being weaponized, the breadth and the strength of the European market is probably one of the strongest tools that we have in order to protect the interests of the European continent.

Q - Do you think there is a remote possibility that the US will acquire Greenland in one way or another? 

R - I don't think so now. We take action to strengthen Europe, to make it less dependent, to achieve strategic autonomy. and to be able to protect its interests whenever they may be threatened and wherever the threat may come.

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