Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en marge du Conseil Affaires étrangères Union européenne Interventions médias Le : 13 octobre 2026 Bonjour à toutes et tous, Aujourd'hui à Luxembourg pour le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, au cours duquel nous allons prendre une décision très importante au sujet de la situation en Ukraine, qui est le plus grand paquet de sanctions à l'encontre d'entités et d'individus russes responsables du complexe militaro-industriel qui a engagé la guerre d'agression russe en Ukraine depuis plus de quatre ans. Cela s'inscrit dans notre politique constante de pression sur la Russie. Et avec ces 1600 désignations, nous passons de 3000 à 4600 désignations depuis le début de la guerre d'agression russe en Ukraine. En parallèle, nous allons acter aujourd'hui le principe de la restriction de l'accès des anciens combattants sur le front ukrainien au territoire de l'Union européenne. Autant de mesures qui participent, je le disais, à alourdir, à aggraver la facture que paye Vladimir Poutine dans cette guerre coloniale et impérialiste qui doit impérativement cesser. Et nous voulons que tout cela se poursuive. C'est la raison pour laquelle nous plaidons pour la préparation, dans les semaines qui viennent, d'un 22ème paquet de sanctions. Et c'est la raison pour laquelle nous allons continuer à exercer une pression sur la flotte fantôme, ces navires que la Russie utilise pour contourner les sanctions. Nous organiserons cet automne une conférence internationale dédiée à ce sujet à Paris. J'en viens à la situation au Proche et Moyen-Orient qui sera au centre de nos débats aujourd'hui. Je regrette très vivement la décision annoncée par le président de l'Autorité palestinienne d'un report des élections législatives qui étaient prévues le 28 novembre 2026 et des élections présidentielles prévues au premier trimestre de l'année prochaine. C'est le plus mauvais service que l'on pouvait rendre aux Palestiniens qui ont le droit d'exprimer leur aspiration à l'autodétermination et de le faire au travers d'élections libres et démocratiques en se choisissant des chefs. Je constate d'ailleurs de nombreuses expressions de regret de cette décision de la part de dirigeants et de responsables palestiniens. Nous appelons le président de l'Autorité palestinienne à revenir sur cette décision et à organiser au plus vite ces élections législatives et ces élections présidentielles. J'ai demandé à ce qu’une mission de l'Union européenne puisse être dépêchée sur place pour évaluer les obstacles matériels et politiques à la tenue de ces élections. Elle est prête à se déployer sur le terrain. Je souhaite qu'elle puisse engager le travail, qu'elle puisse faire un rapport au Conseil des Affaires étrangères sous les plus brefs délais pour que nous puissions, d'une part, nous faire notre propre opinion sur les entraves et les obstacles à la tenue de ce scrutin indispensable, et que nous puissions par ailleurs nous tenir prêts à soutenir les autorités palestiniennes pour l'organisation d'un tel scrutin. Nous continuerons à soutenir les institutions palestiniennes si durement éprouvées, mais cela suppose évidemment que les engagements qui ont été pris, et notamment celui de tenir les élections législatives, de tenir les élections présidentielles dans un pays qui en a été privé depuis 20 ans maintenant, que ces engagements-là soient tenus. Au Liban, je me réjouis que nous ayons pu adopter le principe d'une mission d'appui aux forces de sécurité intérieure et aux forces armées libanaises. Elle aura un certain nombre de missions qu'elle conduira pendant une période d'au moins trois ans, celle d'assurer le renforcement de la frontière, la sécurisation maritime et la lutte anti-drone dans son volet militaire et dans son volet civil, d'appuyer la police libanaise dans ses missions du quotidien, missions qui sont aujourd'hui prises en charge par l'armée libanaise au détriment de ses autres missions. En Arabie saoudite, nous avons condamné avec la plus grande fermeté les attaques odieuses conduites par les Houthis sur l'aéroport de Riyad qui ont fait de très nombreuses victimes, dont une ressortissante française qui a été grièvement blessée à cette occasion. Nos équipes sur place, ambassades et consulats, sont en lien étroit avec sa famille et ses proches pour s'assurer qu'elle ne manque de rien. Ces attaques doivent cesser, car elles font peser à la fois sur la région et plus largement sur le monde des dangers que nous ne pouvons accepter. Et puis, enfin, je veux à mon tour condamner fermement les décisions de sanctions qui ont été prises par les États-Unis d'Amérique à l'encontre de la Cour pénale internationale et qui pourraient entrer en vigueur dans une période de six mois. Je souhaite donc qu'un dialogue puisse s'engager entre notamment l'Union européenne et les États-Unis pour que ces derniers puissent revenir sur ces décisions. À défaut, nous nous tenons prêts à activer le règlement de blocage, cette disposition de notre droit qui permet de protéger les entreprises et les institutions contre des sanctions étrangères et de permettre ainsi à la Cour pénale internationale, pilier de l'architecture du droit international, de fonctionner convenablement où nous en avons besoin. --- Q - Sur les sanctions, on entend souvent dire que c'est encore le plus gros paquet et elles marchent, elles fonctionnent, pourtant la guerre continue. R - Les sanctions que nous prenons aujourd'hui, 1600 désignations, c'est tout simplement le plus gros volet de sanctions que nous ayons jamais prises depuis le début de la guerre. Est-ce que les sanctions fonctionnent ? Oui. Elles ont privé la Russie de Vladimir Poutine de l'équivalent de 500 milliards d'euros de ressources qui auraient été sinon engouffrées dans cette guerre coloniale. 500 milliards, c'est l'équivalent de trois années, de plus de trois années d'efforts de guerre. Donc nous avons privé Vladimir Poutine grâce à ces sanctions européennes des ressources dont il aurait eu besoin, dont il aurait besoin, pour mener sa guerre pendant trois ans. Q - Oui, mais si Trump fait des deals avec Poutine comme ce week-end, est-ce que ça va continuer de marcher ? R - De toute façon, ça va continuer de marcher, car nos sanctions s'appliquent et elles vont continuer de s'appliquer. Et je le redis, si Vladimir Poutine a échoué à percer le front ukrainien, à venir à bout de la résistance héroïque du peuple ukrainien, c'est d'abord grâce à son courage admirable. Mais c'est aussi grâce à l'appui indéfectible des Européens qui ont tout à la fois exercé cette pression sur la Russie, avec notamment les sanctions qui ont privé Vladimir Poutine de tant de ressources qu'il aurait pu engouffrer dans sa guerre. C'est également le soutien à l'Ukraine et je me réjouis que la semaine dernière un nouveau décaissement du prêt de 90 milliards d'euros ait pu parvenir à l'Ukraine, entre cinq et six milliards d'euros, un peu plus de cinq milliards d'euros, autant de ressources à disposition de l'Ukraine. Et puis la préparation de la paix, nous l'avons dit, nous soutenons un cessez-le-feu énergétique et nous soutenons un moratoire sur les frappes en mer Noire, qui doivent être le préalable à une négociation plus large et qui permettent d'aboutir à une paix juste et durable, paix qui doit être garantie, garanties qui peuvent être apportées par la Coalition des volontaires que nous avons formée il y a plus d'un an et demi maintenant, et qui va poursuivre son travail de planification avec des exercices qui se tiendront dans les pays frontaliers de l'Ukraine cet automne. Q - But isn't the diesel deal by Trump and Poutine kind of frustrating everything that the European Union is working for? R - You should always focus on your own strategy, and our strategy is very simple. Support to Ukraine with the 90 billion euros loan and with a payment of north of five billion euros last week, support on energy as well and military support. Pressure on Russia, that's the second angle of our strategy, and today we're showcasing our resolve by taking 1,600 new designations and sanctions against individuals and entities involved in the industrial and military complex. And the third angle is preparation of peace, support for an energetic ceasefire and support an ongoing work by the Coalition of the willing to prepare the security guarantees that will be needed for peace to be durable. Q - But do you see the U.S. still as a partner in supporting Ukraine after this weekend's decisions? R - Let us focus on what we can do and what we can continue to do in order to get to our common objective which is a just and durable peace. Peace cannot be durable if it is not just, if it does not respect the right of Ukraine to self-determination and territorial integrity. So let us put the Ukrainian leadership in the best possible position to negotiate such a durable peace.