Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en marge du Conseil Affaires étrangères Politique étrangère Interventions médias Le : 16 juin 2026 (…) Évian, les dirigeants du G7 et de leurs partenaires dans un contexte qui est marqué par un accord qui a été trouvé entre les États-Unis et l'Iran, dont je me félicite, qui doit permettre la fin des hostilités sur tous les fronts, y compris le Liban, qui doit permettre la réouverture du détroit d'Ormuz et que s'engage une négociation globale permettant la restauration de la stabilité et de la sécurité dans la région. Ce qui suppose que l'Iran puisse coexister pacifiquement avec son environnement régional et que soit encadré son programme nucléaire, son programme de missiles, soit mis fin à son soutien des groupes terroristes. Ce qui suppose également que le peuple iranien qui a tant souffert de la répression et de la guerre puisse construire librement son avenir. Ces prochaines étapes seront donc préparées par les réunions qui se tiendront à Évian autour du président de la République et rassemblant non seulement les pays européens, les pays du G7, mais également les pays du Golfe et les pays arabes qui ont été invités par la France à cette occasion. La situation ne doit pas nous faire oublier la catastrophe qui se joue en Palestine, à Gaza comme en Cisjordanie. C'est la raison pour laquelle la réunion qui s'est tenue vendredi 12 juin à Paris est à la fois historique et essentielle. Réunion qui rassemblait des centaines d’Israéliens et de Palestiniens venus de la société civile porter un message de résistance et d'espoir, de résistance à l'idée que le camp de la guerre ne l'emporte sur celui de la paix, et d'espoir, celui de deux États vivant côte à côte, en paix et en sécurité. Je le disais, une rencontre historique, parce que pour les Palestiniens et les Israéliens, il est devenu quasiment impossible de se rencontrer puisqu’il est presque impossible pour un Israélien de se rendre en Palestine et pour un Palestinien de se rendre en Israël. Ils se sont retrouvés à Paris pour établir une liste de recommandations et lancer un appel aux dirigeants du G7 réunis à Évian cette semaine. Et puis une rencontre essentielle car elle a permis de tracer la voie vers cette solution à deux États qui passe par le désarmement du Hamas qui doit redémarrer et avancer, qui passe par la fin du blocus humanitaire à Gaza où l'aide doit entrer massivement pour soulager les souffrances des populations civiles, qui passe par des élections en Palestine auxquelles le président Mahmoud Abbas s'est engagé devant le président de la République et le prince héritier d'Arabie saoudite l'année dernière. Il est indispensable qu'en 2026 puissent se tenir en Palestine des élections présidentielles et législatives, et évidemment, recommandation essentielle, la fin de la colonisation extrémiste et violente en Cisjordanie. À ce sujet, la France, avec d'autres pays, dont le Royaume-Uni, l'Australie, la Norvège, le Canada, la Nouvelle-Zélande, a pris de nouvelles sanctions à l'encontre de 26 individus et entités responsables de l'accélération sans précédent de la colonisation en Cisjordanie, y compris le ministre Bezalel Smotrich, ministre des Finances, après que la France a pris à titre national, quelques semaines auparavant, des sanctions à l'encontre du ministre de la Sécurité intérieure, M. Ben-Gvir. Ces sanctions, nous souhaitons qu'elles puissent être endossées au niveau européen pour envoyer un signal clair : l'Europe ne peut accepter l'explosion de la violence et la poursuite de la colonisation effrénée en Cisjordanie qui menace la possibilité d'une paix au Proche et au Moyen-Orient. De la même manière, avec un certain nombre d'autres pays aujourd'hui, nous demanderons solennellement à la Commission européenne de tout faire pour empêcher l'importation en Europe de produits issus des colonies illégales en Cisjordanie, de la même manière qu'elle a su le faire pour empêcher les produits importés de la Crimée illégalement annexée par la Russie. Nous ne pouvons accepter que l'Europe, directement ou indirectement, vienne par son commerce soutenir ces activités illégales qui compromettent la possibilité d'une paix entre Israël et la Palestine. N'oublions pas le Liban, je me félicite que la semaine dernière l'Europe ait décidé d'accorder 100 millions d'euros pour soutenir les autorités libanaises, les forces armées libanaises qui sont engagées dans un dialogue très exigeant et lui aussi historique avec les autorités israéliennes et nous les soutenons dans cet effort. La réunion du G7 sera évidemment l'occasion d'aborder la situation en Ukraine, puisque le président Zelensky rencontrera les dirigeants du G7 à Évian cette semaine. En Ukraine où, une nouvelle fois, la nuit dernière, la Russie de Vladimir Poutine a montré l'étendue de sa cruauté en frappant massivement la capitale Kyiv, en provoquant des dégâts extrêmement sévères sur la cathédrale de l'Assomption au sein de la laure des Grottes de Kyiv, patrimoine mondial de l'UNESCO, et qui est l'équivalent pour nous, Français, du bombardement de Notre-Dame ou de Saint-Denis, ce qui est évidemment inacceptable. Et puis ce sont neuf Ukrainiens d'ores et déjà qui ont perdu la vie après les attaques d'hier soir. Ce qui démontre que Vladimir Poutine persiste dans sa guerre coloniale et représente un obstacle à la paix. Dans ce contexte, notre soutien à l'Ukraine se poursuit et s'amplifie. Aujourd'hui, nous aurons ouvert formellement les discussions d'adhésion à l'Union européenne. C'est un chemin exigeant tout au long duquel nous allons soutenir les autorités ukrainiennes. Pression sur la Russie également et nous prenons aujourd'hui des sanctions à l'encontre de 54 entités responsables de la circulation de cette flotte fantôme qui permet à la Russie de contourner nos sanctions, nous prenons des sanctions à l'encontre des assassins d'Alexeï Navalny, nous prenons également des sanctions à l'encontre des responsables de la diffusion de la propagande du Kremlin en Europe. Et puis nous préparons évidemment la paix avec la Coalition des volontaires qui, dans quelques jours, se réunira à Paris, prête à garantir que la paix, une fois conclue en Ukraine, puisse être durablement garantie. Nous commencerons cette journée par un échange avec le ministre des Affaires étrangères de l'Arménie pour le féliciter pour le courage avec lequel les autorités arméniennes ont su protéger le scrutin récent contre les ingérences massives de la Russie. Ce qui démontre que le choix qui a été fait depuis quelques années de se tourner vers l'Europe, vers la liberté et vers la démocratie, a été suivi par le peuple arménien, aux côtés duquel nous nous tenons. --- Q - Maintenant qu’un accord de paix est en vue, est-ce qu'il est temps de prévoir une mission européenne dans le détroit d'Ormuz et sous quelle forme ? R - Elle est déjà prête. Cela fait des semaines désormais que la France, le Royaume-Uni et plusieurs dizaines de pays ont mis sur pied une mission internationale, strictement défensive, indépendante des parties au conflit, capable de se déployer rapidement pour accélérer la reprise du trafic de manière à ce que la liberté de navigation soit pleinement assurée. Et ce sera évidemment à l'ordre du jour des discussions des dirigeants du G7 cette semaine. Q - Face à la paix entre les États-Unis et l'Iran, c'est quoi l'espoir pour les jours à venir ? R - Comme je vous l'ai dit, la cessation des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, et toutes les parties au conflit doivent respecter cet accord, la réouverture du détroit d'Ormuz qui va, nous l'espérons, permettre de rétablir la liberté de navigation et ainsi réduire la pression qui s'exerce depuis beaucoup trop longtemps maintenant, sur les prix des hydrocarbures, sur les approvisionnements en engrais et plus généralement sur le commerce international et donc sur l'économie mondiale, donc sur le pouvoir d'achat des Français et l'économie française. Et puis l'ouverture d'une négociation globale permettant de garantir durablement la stabilité et la sécurité dans la région. Encadrement strict du programme nucléaire iranien, encadrement de ses activités balistiques, de son programme de missiles, fin de son soutien à des milices et des groupes terroristes dans la région. Et puis, liberté donnée au peuple iranien de construire son avenir. Q - What’s your message for the new Prime minister of Iraq? R - We have been a strong partner of Iraq on its path to sovereignty and independence, it is key that Iraq is not drawn into conflicts that are not its own and Iraq can count on France to support its authorities along this path. Q - Sur l’Ukraine, est-ce que ce ne serait pas quand même préférable qu’une adhésion accélérée comme l’a proposée Merz d’une certaine façon il y a quelques semaines serait nécessaire vu les attaques russes ? R - Ce qui est certain, c'est que l'ouverture des négociations a beaucoup trop traîné, puisqu'elle était bloquée par un veto hongrois qui a été levé récemment, au moment où le peuple hongrois a lui aussi fait le choix de l'Europe et de la démocratie contre celui qui lui était proposé auparavant. Nous nous tenons aux côtés des autorités ukrainiennes pour les accompagner, elles qui mènent ce travail si exigeant, si difficile, de préparation de l'adhésion à l'Union européenne, dont chacun sait, qui repose sur des mérites propres, c'est-à-dire l'atteinte d'un certain nombre de standards. Il ne s'agit pas simplement d’un rattrapage économique et social, comme on semble le croire parfois, il s'agit de modifier ses règles en profondeur, et notamment celles de l'état de droit, pour se conformer à ce qu'est l'idéal européen, un idéal de démocratie, de liberté, tel qu'il n'en existe plus ailleurs dans le monde. Je vous remercie beaucoup.