Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l'occasion de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (Gymnich) Union européenne Interventions médias Le : 02 septembre 2026 Bonjour à toutes et tous et bonne rentrée, Une rentrée qui est placée sous le thème de l'action européenne. Le président de la République était en Suède dimanche pour montrer comment l'Europe de la sécurité avance, avec la signature du contrat des frégates avec le gouvernement suédois, qui fait écho aux coopérations de défense qui se renforcent entre nos deux pays. Il était hier aux Pays-Bas autour des questions d'intelligence artificielle, avec une visite au programme du site d'ASML, qui démontre par son existence que, s'agissant de l'intelligence artificielle, l'Europe n'a pas dit son dernier mot. Et puis, il se rendra aujourd'hui au Royaume-Uni pour inaugurer l'exposition consacrée à la tapisserie de Bayeux au British Museum, qui démontre que la France et le Royaume-Uni ont non seulement une histoire, mais aussi un destin commun. Et quant à moi, je suis très heureux de retrouver mes collègues ministres des Affaires étrangères à l'occasion de cette réunion qui se tient sous le soleil irlandais et qui est très importante, puisqu'elle va nous permettre d'aborder les grands sujets d'actualité et de crise internationale. À commencer évidemment par l'attaque hybride de Leipzig, qui me donne l'occasion d'exprimer ma pleine solidarité avec mon collègue allemand, avec le gouvernement allemand, comme le président de la République l'a fait hier, une attaque qui a été attribuée à la Russie, qui s'inscrit dans une longue tentative menée par le Kremlin pour déstabiliser l'Union européenne, ses processus démocratiques, mais aussi et évidemment, son soutien à l'Ukraine. Le résultat de ces tentatives, c'est un échec. Et c'est même l'inverse qui s'est produit. Puisque notre soutien à l'Ukraine n'a cessé de se renforcer depuis le 24 février 2022 et que nous ne laisserons pas un acte d'une telle gravité sans conséquences. Nous soutiendrons les propositions que l'Allemagne a mises en avant de sanctions. Nous proposerons nous-mêmes des sanctions à l'encontre d'un certain nombre de navires de la flotte fantôme. L'occasion également d'aborder la situation au Proche et au Moyen-Orient, et notamment celle en Israël et en Palestine, en relevant d'abord les propos particulièrement marqués de condamnations par le président israélien, le Premier ministre israélien, mais aussi le ministre des Affaires étrangères, de l'explosion de la violence provoquée par les colons extrémistes en Cisjordanie qui, par leurs activités, par leurs actes de terreur, menacent non seulement la solution à deux États, portent une atteinte inacceptable à la dignité du peuple palestinien, mais hypothèquent la sécurité d'Israël lui-même ainsi que la sécurité de la région. Ces mots de condamnation étaient bienvenus, ils auraient pu être plus fermes encore et doivent impérativement s'accompagner d'une action résolue pour mettre fin à l'expansion de la colonisation illégale et à l'explosion de la violence. Dans ce contexte, nous plaiderons pour que des sanctions soient prises, de nouvelles sanctions à l'encontre des responsables de la colonisation et de ces violences. Et je rappellerai, comme nous l'avons fait avec la Suède avant l'été, que l'Union européenne, qui a la compétence en matière de commerce, ne peut se résoudre à ce que les produits issus des colonies illégales en Cisjordanie entrent illégalement sur le territoire de l'Union européenne. Parce qu'il s'agit là de territoires qui sont illégalement occupés et que l'Union européenne ne peut, par son commerce, soutenir cette activité illégale. Nous avons su, par le passé, prendre des décisions très fermes. Dès 2014, s'agissant de la Crimée, les importations ont été bloquées puisque l'Union européenne considérait, à juste titre, qu'elle ne pouvait faire commerce avec un territoire qui était illégalement occupé. Il est temps désormais que la Commission européenne, s'appuyant sur les demandes du Conseil européen, puisse avancer en ce sens. Sur ce sujet, je proposerai à mes collègues européens que nous puissions, dès le mois de septembre envoyer en Palestine une mission de soutien à l’organisation des élections législatives et présidentielles palestiniennes. D'abord parce que ces élections sont un engagement qui a été pris par Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, devant le président de la République et devant le prince héritier d'Arabie saoudite à l'été 2025. Mais aussi parce qu'il n'y a pas de moyen plus puissant pour un peuple qui aspire à l'autodétermination que de s'exprimer pleinement à l'occasion d'un scrutin électoral, de se choisir des chefs qui deviendront ensuite, pour la communauté internationale, des interlocuteurs pleinement légitimes. Il est donc indispensable que ces élections puissent se tenir. Je ne vois aucun obstacle technique ou matériel qui soit insurmontable et je souhaite qu'avec la Haute représentante, nous puissions dépêcher cette mission dans les meilleurs délais, y compris en élargissant le cercle des pays au-delà de celui de l'Union européenne. D'autres pays tiennent à ce que ces élections puissent se tenir et que, sur cette base-là, nous puissions prendre toutes les dispositions de manière à ce que ces élections se tiennent en temps et en heure. Dernier sujet, nous sommes dans les premiers jours de la rentrée, nous aborderons évidemment la place et le rôle de la diplomatie européenne, dont vous savez combien la France entend qu'elle puisse rayonner et être entendue dans le monde. C'est le sens des propositions que nous avons formulées avec l'Allemagne. L'idée de renforcer le rôle de la Haute représentante, de soutenir l'action que mène aujourd'hui Kaja Kallas. Ces propositions ont suscité quelques controverses, nous en débattrons. L'objectif, je crois, étant partagé, celui que l'Union européenne puisse peser, écrire sa propre histoire plutôt que de laisser les autres l'écrire à sa place. J'ai l'opportunité de faire une petite page de publicité. Je veux simplement signaler, notamment aux audiences françaises, mais pas seulement, que se tiendra à la fin de cette semaine un événement de rentrée majeur pour le ministère des Affaires étrangères français, qui est la Fabrique de la diplomatie, qui réunira plusieurs dizaines de milliers de participants autour de grandes voix de la diplomatie française, mais aussi internationale. Un événement de rentrée consacré à la jeunesse, que nous avons placé cette année sous le thème de la fabrique de la paix dans le dialogue entre la diplomatie et les sociétés civiles. Vous verrez se rencontrer sur scène des grandes figures de la diplomatie internationale, mais aussi des activistes et prix Nobel qui viendront débattre de la manière dont la paix se fabrique dans les grandes crises et dans les grands processus de paix, passés ou actuels, dont certains ne sont pas encore terminés. --- Q - (Inaudible). R - C'est dans la continuité de l'agressivité déployée par la Russie depuis le début de cette guerre d'agression injustifiable, injustifiée, coloniale et impérialiste. Comme d'habitude, et comme à chaque fois, nous n'allons pas détourner les yeux et nous allons marquer notre désapprobation, notre condamnation, en tirant les conséquences de tels actes. La première des choses, c'est que j'ai convoqué le chargé d'affaires russe à Paris pour que nous puissions protester très vivement sur les fondements qui nous sont apportés par nos amis allemands, étayés, et qui permettent de démontrer qu'il y avait la volonté de saboter cet avion et ce site logistique qui a été utilisé par l'Allemagne et par l'Europe pour soutenir l'Ukraine. Et puis, nous aurons, dans un cadre plus collectif, à prendre des sanctions pour que, je le disais tout à l'heure, un acte d'une telle gravité ne puisse pas rester sans conséquences. Q - La France peut-elle en faire davantage pour aider l'Ukraine à contrer les missiles balistiques, comme nous le demande Zelensky ? R - Vous vous souvenez que le 13 juillet dernier, à l'invitation du président de la République, une dizaine de pays d'Europe et d'ailleurs se sont réunis au Quai d'Orsay, d'ailleurs, j'ai eu l'honneur de les accueillir, en présence du président Zelensky, pour former ce que l'on a appelé une coalition antibalistique, c'est-à-dire une coalition d'acteurs gouvernementaux et industriels, capables et désireux de concevoir et fabriquer, dans des délais beaucoup plus rapides qu'auparavant, des missiles intercepteurs, y compris avec l'Ukraine, y compris en Ukraine. C'est sur cette base que nous voulons faire avancer le travail, et dans l'urgence. Vous avez entendu les propos du président de la République à l'issue de son entretien avec le président Zelensky, au cours duquel il lui a annoncé que la France apporterait de nouveaux missiles intercepteurs. C'est ce que, je dirais, nous avons fait plus récemment pour protéger le ciel ukrainien. Mais tout ça s'inscrit dans un contexte plus large, dans un agenda qui a fonctionné : un triple agenda de soutien à l'Ukraine, avec ce prêt de 90 milliards d'euros, dont 11 milliards ont déjà été déboursés, 22 milliards sont engagés, c'est une très bonne nouvelle. Soutien énergétique aux infrastructures, qui va se poursuivre à mesure que l'hiver approche. Pression sur la Russie, avec ces sanctions que j'évoquais, rappelez-vous que ces sanctions ont privé Vladimir Poutine de près de 500 milliards d'euros qu'il aurait, sans ces sanctions, engouffrés dans cette guerre d'agression, pression avec la chasse aux navires de la flotte fantôme, qui va se poursuivre à mesure que nous élargissons le cercle des pays volontaires, préparation de la paix, en étant toujours disposés à ce que des discussions puissent démarrer et en poursuivant le travail de la Coalition des volontaires, qui se tient prête à être déployée pour s'assurer, une fois la paix conclue, qu'elle puisse être garantie. Q - Est-ce que vous espérez que plus de compétences du SEAE, passent au sein de la Commission ? R - Je crois simplement qu'il faut que les compétences de la Haute représentante puissent être exercées pleinement. Qu'elle puisse, d'une part, évidemment, dans une approche collégiale avec les membres du Conseil, disposer de toute latitude pour prendre les décisions qui relèvent de sa compétence, mais qu'elle puisse aussi solliciter de manière plus affirmée, plus nette, les leviers communautaires qui peuvent se mettre au service de la politique extérieure. Autrement dit, c'est ici que doit se décider la politique extérieure de l'Union européenne, ou, en tout cas, c'est ici qu'elle doit être préparée. Pour que le Conseil européen puisse se positionner et agir et pour que nous puissions préparer ce travail de la manière la plus efficace qui soit, nous avons aussi besoin que la Haute représentante puisse disposer des leviers adéquats.