Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot à l’occasion du compte-rendu du Conseil des ministres Politique étrangère Conférence de presse Le : 03 juin 2026 Bonjour à toutes et tous, En complément des propos qu'a tenus le ministre de l'Économie et des Finances à l'instant, j'insisterai sur deux éléments du succès de cette neuvième édition de Choose France. D'abord, c'est un succès pour tous les Français, puisqu’à l'image des huit dernières éditions, les investissements qui ont été annoncés bénéficieront à l'ensemble du territoire national, et singulièrement aux territoires éloignés des grandes métropoles, qui ont subi de plein fouet la désindustrialisation. Deux tiers des investissements étrangers accueillis dans notre pays depuis 2017 ont bénéficié à des villes de moins de 30.000 habitants, et donc, des territoires où ils ont contribué à retisser la capacité industrielle. C'est dans ces territoires que sont concentrées les créations d'emplois. Et puis le Ministre l'a dit, c'est un succès pour toutes les entreprises françaises, n’en déplaise à certains responsables politiques français qui semblent déplorer des investissements d'entreprises étrangères dans notre pays. Il faut rappeler qu'un emploi sur dix dans notre pays est le fait d'une entreprise étrangère, que lorsque des investisseurs étrangers s'intéressent à notre pays, ils dynamisent l'activité qui, par extension, bénéficie aux entreprises de l'ensemble du pays, et que par ailleurs, comme certains exemples rappelés l'illustrent, les annonces de lundi à Versailles ont également inclus des partenariats inédits entre de grands groupes, grands investisseurs mondiaux et des entreprises françaises : Softbank et Schneider Electric, Mistral avec MGX, Bull avec Foxconn ou Ardian avec Verne. Deuxième point, ces éditions du sommet Choose France sont l'occasion pour le Gouvernement d'entendre ce que sont les attentes des investisseurs étrangers vis-à-vis de notre pays, ce qui les attire dans notre pays également. Comme Roland Lescure l'a dit, contrairement à ce que nous entendions il y a dix ans, difficultés liées aux rigidités du marché du travail ou au contexte fiscal, ce ne sont plus des arguments qui sont évoqués aujourd'hui. Et parmi les critères de succès qui sont relevés par les dirigeants d'entreprises qui se sont pressés à Versailles lundi dernier, on relève la constance dans la politique qui est menée depuis dix ans - politique de soutien au développement des entreprises, politique énergétique également. On relève la mobilisation du réseau diplomatique et de l'ensemble de l'Équipe France qui, partout dans le monde, attire les entreprises étrangères dans notre pays. Et puis l'implication personnelle des autorités françaises à tous les niveaux, y compris celle du Président de la République, comme en a témoigné très directement le président de Softbank. Quant à leurs attentes, ou en tout cas les points qu'ils identifient pour rendre le territoire français et européen plus attractif, ils se situent précisément dans le triple agenda que la France porte au niveau de l'Union européenne, avec une exigence de simplification et d'unification du marché intérieur pour donner aux entreprises des marges significatives de développement, pour que lorsqu'elles se créent ou se développent en France, elles puissent accéder à l'ensemble du marché unique. Une exigence d'investissement public comme privé, comme le font nos grands compétiteurs chinois et américains. Et de ce point de vue-là, l'accord qui a été trouvé et qui a été rappelé par Roland Lescure à l'instant, pour avancer vers une union des marchés de capitaux, une union de l'épargne et de l'investissement qui permettra de stimuler l'investissement privé, est essentiel. Il vient accompagner le plaidoyer français pour que le futur budget de l'Union européenne, qui va être négocié dans les prochains mois, nous permette d'investir résolument dans les secteurs d'avenir : l'intelligence artificielle, le quantique, la robotique, les technologies vertes, de la même manière que le font nos compétiteurs chinois ou américains. Et puis exigence de préférence européenne, pour que les secteurs émergents ou les secteurs fragilisés par la concurrence déloyale soient véritablement protégés. Nous avons obtenu des premiers succès au semestre dernier pour la protection des aciers, la protection des ferro-alliages, pour que, en matière de défense européenne, chaque euro européen qui est consacré à nos dépenses militaires inclue la préférence européenne. C'est un effort que nous allons continuer de poursuivre dans les prochaines semaines, et au sujet duquel le Président de la République pourra se mobiliser, le 18 et le 19 juin prochains, lors du Conseil européen. --- Q - Dans la nuit du 1er au 2 juin, un ensemble de frappes russes de missiles Iskander ont eu lieu sur le sol ukrainien. Comment aujourd'hui l'ensemble des instances internationales peuvent mieux accompagner l'armée ukrainienne dans sa riposte avec des stratégies antimissiles différentes ? R - Vous parlez de l'armée ukrainienne. Vous avez vu qu'elle s'est une nouvelle fois illustrée aujourd'hui, en frappant dans toute la profondeur du territoire russe, en réponse évidemment à la guerre d'agression dont elle est victime depuis quatre ans. Et la raison pour cela, c'est qu'un peuple qui aspire à la liberté et à l'indépendance, rien ne lui résiste. Ce qui explique les échecs de Vladimir Poutine en Ukraine. L'Ukraine a repris au mois de mai du terrain sur la Russie, pour le deuxième mois consécutif. L'Ukraine est en train de gagner la guerre des drones. La Russie perd désormais 35.000 hommes sur le front chaque mois, c'est-à-dire plus qu'elle ne parvient à en recruter. Et de toute évidence, le doute s'installe à Moscou. Dans ce contexte, notre stratégie reste inchangée : soutien à l'Ukraine, pression sur la Russie, préparation de la paix. Soutien à l'Ukraine, avec ce prêt de 90 milliards d'euros qui va mettre l'Ukraine à l'abri de toute difficulté financière pour les deux prochaines années et la placer en position de force dans les négociations que nous appelons de nos vœux. Le Premier ministre hongrois est à Paris aujourd'hui. C'est grâce au changement de gouvernement en Hongrie que ce prêt de 90 milliards d'euros a pu être consenti. Évidemment, notre soutien à l'Ukraine ne se limite pas à cela, mais c’est un élément essentiel. Pression sur la Russie : il ne vous aura pas échappé que nous avons, hier ou avant-hier, arraisonné un navire russe qui portait sans doute un faux pavillon et qui violait les régimes de sanctions que nous avons mis en place depuis le début de cette guerre d'agression. C'est la quatrième fois que la France, en lien avec ses partenaires, en l'occurrence ses partenaires britanniques, procède à de tels arraisonnements, qui exercent une pression très forte sur la capacité de la Russie à échapper aux sanctions. Et puis préparation de la paix, avec cette Coalition des volontaires que le Président de la République a rassemblée avec le Premier ministre britannique. Plusieurs dizaines de pays qui se tiennent prêts à mettre en commun leurs capacités militaires pour que la paix, une fois conclue, puisse être garantie. Voilà ce que nous faisons, dans un contexte où nous saluons la résilience et le courage de la résistance ukrainienne, qui s'illustre tous les jours sur la ligne de fond. Q - Une dernière question concernant Xenia Fedorova, la chroniqueuse de la chaîne CNews. Des sanctions supplémentaires vont-elles être prise contre cette personne, qui officiait encore à l'antenne, il y a quelques jours ? R - Le Gouvernement s'est déjà exprimé à plusieurs reprises. La porte-parole du gouvernement l'a fait. Le ministre de l'Intérieur, hier encore, sur les conditions d'octroi de son titre. Je me suis moi-même exprimé à son sujet, en la qualifiant de propagandiste patentée, estimant qu'elle se fait le relais dans notre pays de la désinformation du Kremlin. En indiquant aussi que nous avons en France une liberté éditoriale, que nous avons un État de droit et que nous n'infligeons pas le même traitement à ceux qui sont en désaccord avec nos opinions politiques ou diplomatiques que celui qu'inflige la Russie à ses propres opposants. C'est d'ailleurs ce qui fait toute notre attractivité. C'est ce qui fait d'ailleurs que plus d'une dizaine de pays sont candidats à l'Union européenne, et qu'aucun pays du monde n'a envie de retourner dans l'Union soviétique.