Déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar, Johann Wadephul, Jean-Noël Barrot et Radosław Sikorski, à l’occasion du 35e anniversaire de ce format de coopération

  • Union européenne

Déclaration conjointe

Le : 03 septembre 2026

"L’Europe se trouve à un tournant décisif de son histoire. Ses peuples et ses États se sont engagés dans une voie conduisant à de nouvelles formes de coexistence. Nous sommes conscients que les Polonais, les Allemands et les Français exercent une responsabilité déterminante dans la réussite de structures porteuses d’avenir pour les relations de voisinage en Europe. "

(Hans-Dietrich Genscher, Roland Dumas, Krzysztof Skubiszewski, Weimar, le 29 août 1991, à l’occasion de la première réunion du Triangle de Weimar)

Nous, ministres chargés des Affaires étrangères du Triangle de Weimar, sommes réunis aujourd’hui à Weimar pour célébrer l’esprit qui y est né il y a 35 ans. L’Allemagne, la France et la Pologne œuvrent pour l’innovation, l’intégration, la prospérité et le progrès de l’Europe depuis plus de 35 ans. Ensemble, nous avons donné des élans importants en faveur d’une Europe unie, forte et sûre. L’Union européenne (UE) demeure un cadre indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité. Au sein du Triangle de Weimar, nous travaillerons ensemble, et de concert avec tous les États membres de l’UE, pour rendre l’Union plus souveraine, plus résiliente et plus à même d’agir. En tant que pays membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), nos trois pays sont déterminés à bâtir une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte garantissant la paix, la sécurité et la stabilité dans la zone euro-atlantique. 
Nous considérons le Triangle de Weimar comme un vecteur d’intégration qui contribue à rapprocher différents points de vue au sein de l’UE et à dégager une orientation commune pour l’avenir. En invitant des pays partenaires et des acteurs régionaux clés à se joindre à nos consultations, nous entendons renforcer le rôle du Triangle de Weimar et en faire une plateforme plus vaste afin de rapprocher différents points de vue plus efficacement. Aujourd’hui, tous les ministres de nos gouvernements se réunissent régulièrement, ce qui témoigne de l’importance cruciale de la coopération entre nos trois pays. Nos sociétés civiles et nos institutions scientifiques et culturelles coopèrent étroitement au service de l’Europe, par exemple dans le cadre de la Foire du livre de Leipzig 2027, dont nos pays sont les invités d’honneur.

Compte tenu des actuelles évolutions géopolitiques, le Triangle de Weimar souligne la nécessité de réformer l’organisation interne de l’action extérieure de l’UE pour permettre des réponses plus fortes, plus rapides et plus coordonnées. Cette réforme devrait notamment porter sur le rôle et l’organisation des institutions et organismes de l’UE, en particulier le haut représentant de l’Union et vice-président de la Commission, le Service européen pour l’action extérieure, le Secrétariat Général du Conseil et la Commission. Des travaux seront lancés dès que possible pour renforcer le rôle et l’autorité du haut représentant de l’Union et vice-président de la Commission dans la coordination de l’action extérieure de l’UE. Nous entendons également améliorer le processus de prise de décisions au sein de l’UE en tirant le meilleur parti des possibilités offertes par les Traités.

En outre, pour renforcer la cohésion au sein de l’Europe et démontrer la capacité de l’Union à agir de manière résolue, nous établissons les priorités suivantes :

I.    Assumer une plus grande responsabilité dans notre défense

Confrontés à des problématiques croissantes en matière de sécurité, nos trois pays jouent un rôle clé dans le renforcement de la sécurité de l’Europe. Nous sommes unis dans notre volonté de renforcer le pilier européen de l’OTAN, qui demeure le fondement de la sécurité et de la défense de l’Europe. Notre engagement vis-à-vis de l’Alliance est inébranlable. Nos trois pays assument une responsabilité de plus en plus grande dans notre défense, en œuvrant de concert avec d’autres Alliés et en réaffirmant l’importance cruciale du lien transatlantique dans toutes ses dimensions. Nous sommes déterminés à renforcer encore la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN. Reconnaissant les menaces immédiates qui pèsent sur le flanc est de l’OTAN et de l’UE, nous sommes déterminés à assurer la défense de toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes de l’OTAN et de l’UE.

L’Europe doit devenir plus souveraine, assumer une plus grande responsabilité en ce qui concerne sa propre défense et être mieux équipée pour agir et réagir de manière autonome et coordonnée face aux enjeux et menaces immédiats et futurs, dans le cadre d’une approche à 360°. En outre, nous soutenons le développement d’une base industrielle et technologique de défense européenne plus solide et plus compétitive, notamment grâce aux programmes de l’UE comme l’instrument « Agir pour la sécurité de l’Europe » et le programme pour l’industrie européenne de la défense, ainsi que dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel.

La guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine a profondément transformé la sécurité du continent européen.

Eu égard à la menace à long terme que représente la Russie, nos trois pays, au sein du Triangle de Weimar, continueront de lutter contre tous les actes russes comme les actes hybrides, les provocations, les actes d’espionnage ou de sabotage ou la manipulation de l’information. L’incident provoqué récemment par un drone à l’aéroport de Leipzig/Halle met clairement en évidence la nécessité de prendre de nouvelles mesures face aux menaces hybrides en pleine évolution auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. Le Triangle de Weimar continuera d’imposer des coûts en réponse à ces actes, au niveau national comme au niveau européen, notamment grâce à l’adoption le 13 juillet d’une réponse européenne coordonnée aux cyberattaques menées par la Russie contre les intérêts de l’UE et de ses États membres, réponse à laquelle le Triangle de Weimar a contribué de manière décisive. Nos trois pays continueront d’élaborer des mesures préventives solides pour protéger et préserver nos citoyens, nos institutions démocratiques et nos systèmes essentiels face aux ingérences hybrides.

II.    Parvenir à une paix globale, juste et durable pour l’Ukraine

Le Triangle de Weimar joue un rôle important dans l’organisation et le renforcement de notre soutien continu en faveur de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine au sein de ses frontières internationalement reconnues. Nos trois pays sont déterminés à parvenir à une paix globale, juste et durable pour l’Ukraine, conformément au droit international. Nous sommes prêts à contribuer à des garanties de sécurité solides et crédibles pour l’Ukraine, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires, et à renforcer les capacités réelles de l’Ukraine en matière de dissuasion et de défense. Nous continuerons de soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra, en lui fournissant un soutien militaire prenant la forme de financements et de dons en matière d’équipements prioritaires, d’acquisitions dans le secteur industriel, d’une coopération en matière de recherche et développement et de productions conjointes, en relançant l’industrie européenne de la défense pour garantir des livraisons rapides et pérennes ainsi qu’en accordant des financements en appui à la production ukrainienne. En parallèle, nous continuerons de renforcer les pressions sur l’économie de guerre de la Russie grâce à l’adoption de sanctions ciblées et efficaces. Nous continuerons de cibler les revenus que la Russie tire de l’énergie ainsi que la flotte fantôme, le secteur financier et le complexe militaro-industriel russes.

III.    Élaborer un nouveau modèle économique européen 

Face aux tensions géopolitiques et à la fragmentation de l’économie mondiale, la prospérité de l’Europe passe par le renforcement de sa compétitivité et la préservation de sa souveraineté économique et technologique. La feuille de route « Une Europe, un marché » définit la voie à suivre pour accroître la compétitivité à long terme de l’Europe grâce au renforcement des fondements du marché unique et à la réduction des lourdeurs administratives excessives. Nous saluons le récent train de mesures de l’UE sur la souveraineté technologique. Nous développerons la résilience économique de l’UE et défendrons nos règles communes en matière de concurrence équitable dans l’économie numérique tout en garantissant l’égalité des conditions de concurrence pour l’industrie européenne, en luttant contre les subventions étrangères et les distorsions du marché grâce à l’application adéquate des instruments existants et, à l’échelle mondiale, en pilotant des efforts visant à réformer et revitaliser le système commercial multilatéral, à plaider pour un accès réciproque aux marchés et à remédier aux déséquilibres structurels grâce à une coopération constructive. En parallèle, nous encourageons la Commission européenne à renforcer rapidement les instruments de défense commerciale et la sécurité économique de l’UE, notamment grâce à de nouveaux instruments visant à réduire les vulnérabilités stratégiques et celles liées aux chaînes d’approvisionnement. L’étroite coordination des efforts au sein du Triangle de Weimar permet de traiter ces problématiques.

En parallèle, nous tirerons pleinement parti de nos partenariats internationaux et nous les ferons fructifier en concluant de nouveaux accords commerciaux ambitieux et mutuellement bénéfiques afin d’ouvrir de nouveaux marchés d’exportation aux entreprises de l’UE et de favoriser la diversification des chaînes de valeur. Nous réaffirmons notre attachement à des échanges commerciaux équitables et fondés sur des règles. Nous soulignons l’importance de relations commerciales stables et équilibrées entre l’UE et les États-Unis, qui soient bénéfiques pour les entreprises et les consommateurs des deux côtés de l’Atlantique, ainsi que notre volonté commune de faire appliquer l’accord de Turnberry conclu entre l’UE et les États-Unis. Nous réaffirmons l’importance de nos relations avec la Chine et la nécessité de construire une relation économique plus équilibrée avec celle-ci, sur la base de conditions de concurrence équitables, alors que ses politiques non marchandes et sa monnaie sous-évaluée menacent de miner notre base industrielle et de transformer des liens de dépendance en vulnérabilités stratégiques. Nous saluons par conséquent le travail mené par la Commission afin d’améliorer et d’élargir la boîte à outils géo-économiques de l’UE.

Afin de promouvoir l’innovation en tant que moteur essentiel de la prospérité européenne, nous favoriserons l’innovation dans la recherche européenne grâce à l’initiative du Weimar de l’excellence, qui renforce la coopération scientifique trilatérale dans le cadre des alliances « université européenne ». Notre nouveau modèle de croissance inclut une politique ambitieuse en matière d’énergie et de climat qui vise à garantir une énergie sûre, diversifiée et abordable ainsi qu’une transition juste, à mettre pleinement en œuvre les accords internationaux en matière de lutte contre les changements climatiques et à augmenter la résilience européenne face aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux changements climatiques et à la dégradation de l’environnement.

IV.    Favoriser la stabilité dans notre voisinage européen

Le Triangle de Weimar contribue à faire progresser la liberté, la stabilité et la prospérité dans notre voisinage européen. La sécurité et la stabilité de nos voisins orientaux et méridionaux, notamment leurs efforts constants en faveur d’une plus grande intégration avec l’UE, sont indissociables de notre propre sécurité. Nous entendons progresser rapidement vers l’ouverture des groupes de chapitres de négociations et faire avancer le processus d’élargissement fondé sur le mérite pour l’Ukraine et la Moldavie et adopter une approche sur mesure pour proposer des avancées immédiates et concrètes à tous les pays candidats, notamment les pays des Balkans occidentaux, en fonction de leurs progrès respectifs en matière de réformes. Sur le chemin de l’adhésion, des avancées progressives peuvent donner un nouvel élan à l’intégration des candidats dans l’UE tout en garantissant l’intégrité et le bon fonctionnement de celle-ci.

La situation au Moyen-Orient est encore fragile et demeure pour nous une source de préoccupation majeure. Concernant la région du Golfe, nous rappelons qu’il est important de parvenir à un accord qui permette la réouverture de toute urgence du détroit d’Ormouz et le rétablissement de la liberté de navigation, sans condition et sans entrave, et qui garantisse que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire et mettra un terme à ses activités hostiles dans la région. Nous réaffirmons notre attachement à une solution négociée des deux États. Nous rappelons qu’il est nécessaire de mettre en œuvre de toute urgence la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la bande de Gaza. À cet égard, nous appelons instamment le Hamas à se défaire de ses armes et à cesser ses hostilités vis-à-vis d’Israël. Nous réaffirmons notre ferme opposition à toute colonisation illégale et demandons au gouvernement israélien de mettre fin à ses actes de colonisation. Concernant le Liban, nous sommes prêts à soutenir la mise en œuvre de l’accord-cadre signé par le Liban et Israël à Washington, qui appelle au désarmement du Hezbollah afin de permettre aux Forces de défense israéliennes de se redéployer progressivement hors du territoire libanais.

V.    Protéger les valeurs européennes et notre discours démocratique
À l’heure où la polarisation et les menaces hybrides s’intensifient, nous devons renforcer la cohésion sociale au sein de l’Europe et conjuguer nos efforts pour lutter contre les ingérences étrangères et la manipulation de l’information, ainsi que contre les tentatives de porter atteinte aux normes démocratiques européennes. Au sein du Triangle de Weimar, nous surveillons conjointement les menaces liées à l’information et nous coordonnons nos réponses, notamment lorsque nos normes démocratiques sont prises pour cible. Nous sommes unis pour dénoncer les menaces émanant d’acteurs étrangers, notamment en nous apportant un soutien mutuel dans l’attribution des attaques. Nous devons veiller à ce que notre système d’alerte réciproque, qui est à la fois réactif et efficace, continue de produire de bons résultats.

La pleine mise en œuvre du règlement sur les services numériques permet de mieux protéger nos sociétés face aux ingérences étrangères. Le Triangle de Weimar doit jouer un rôle moteur pour soutenir et mettre pleinement en œuvre ce règlement, en accélérant la règlementation des plateformes. Grâce à leur travail d’information fiable et indépendant, Deutsche Welle, France Médias Monde et le Centre international de presse (Ośrodek Mediów dla Zagranicy TVP) œuvrent ensemble pour élargir leur audience au-delà de nos frontières et renforcer la résilience de nos sociétés face à la désinformation. Le Triangle de Weimar soutiendra le financement sur le long terme par l’UE de ce bouclier pour l’information.

En œuvrant de concert au sein de l’UE, de l’OTAN et d’autres enceintes multilatérales, les pays du Triangle de Weimar défendent activement un ordre international fondé sur des règles de droit, ainsi que nos valeurs et nos démocraties européennes. Nos pays, qui font partie de ceux les plus fréquemment pris pour cibles par des actions hostiles, partagent une même évaluation des menaces et s’attachent à renforcer la résilience démocratique et à promouvoir les principes européens.

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