Déclaration à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Bulgarie Relation bilatérale Conférence de presse Le : 24 octobre 2026 Varna, le 24 octobre 2026 Merci beaucoup, Madame la ministre, chère Vladislava. C’est pour moi un honneur et un plaisir d’être ici à tes côtés, 20 ans après la dernière visite d’un ministre des Affaires étrangères français en Bulgarie. Quelques années après la visite ici-même à l’académie navale du président de la République, qui avait pu, comme j’en ai eu l’occasion ce matin, vérifier, constater l’excellence de la formation qui est délivrée ici sur la base d’équipements de pointe pour former les marins et navigateurs bulgares, mais aussi européens et ukrainiens. Nous sommes sur les rives de la mer Noire, dans une ville qui a beaucoup compté dans l’histoire européenne. Et ce que nous avons vu ces derniers jours, c’est que l’agressivité de la Russie, que la guerre d’agression en Ukraine s’est étendue une nouvelle fois, avec des attaques portant sur des navires de commerce à proximité de la Bulgarie pour la première fois le 6 octobre, puis le 13 octobre. Trois navires attaqués, dont l’un qui a coulé en quelques minutes à 100km d’ici. S’ajoutent à ces attaques très récentes qui ont lieu très proches des limites des eaux territoriales de la Bulgarie, celles qui ont affecté la Roumanie. Et j’ai eu l’occasion, hier, de m’entretenir avec notre collègue roumain pour lui faire part de ma solidarité. Parce que c’est bien un message de soutien et de solidarité que je suis venu porter au nom de la France, mais aussi au nom du collectif européen à notre collègue bulgare aujourd’hui. C’est un soutien par les mots bien sûr, mais c’est un soutien qui se traduit également dans les actes. C’est ainsi qu’un patrouilleur maritime français, l’avion Atlantic 2, a contribué aux opérations de sauvetage ces derniers jours, dans le cadre des opérations de l’OTAN. C’est ainsi que, comme Vladislava l’a rappelé, nous allons signer la feuille de route de mise en œuvre de notre partenariat stratégique aujourd’hui. Et c’est ainsi que nous soutiendrons la future plateforme de sécurité maritime, qui va voir le jour dans les années qui viennent, ici même à Varna, à Constance également. Un projet de l’Union européen qui témoigne de son intention de défendre son flan oriental contre les attaques hybrides. Parce que la seule réponse que nous devons apporter à l’agressivité redoublée de la Russie, qu’elle se manifeste ici en mer Noire, par des sabotages dans l’Union européenne, par des campagnes de désinformation. Ça n’est jamais le chacun pour soi, c’est toujours le tous pour un. Et au fond, nous devons rester calmes, mais fermes, et poursuivre la stratégie qui est la nôtre depuis plus de quatre ans maintenant : le soutien à l’Ukraine, le soutien militaire, le soutien financier, le soutien énergétique, la pression sur la Russie, avec 21 paquets de sanctions, un 22ème en préparation, et la lutte contre la flotte fantôme, et la préparation de la paix qui commence effectivement, et Vladislava l’a rappelé, par un moratoire sur les frappes dans la mer Noire. Moratoire que le président de la République a appelé de ses vœux à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies le mois dernier, moratoire qui a été abordé hier lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de huit pays du Moyen-Orient et de l’Europe, à Istanbul. Moratoire, dont nous allons continuer de discuter aujourd’hui avec Vladislava. Et au-delà de ce moratoire, la contribution décisive des Européens sera d’apporter des garanties de sécurité, pour que la paix, une fois conclue, puisse être durable. C’est donc l’unité européenne qui est notre meilleur atout, pour obtenir la paix. Et cette unité européenne, elle se construit par la qualité des liens bilatéraux que des pays, comme la France et la Bulgarie, construisent entre eux. Je terminerai en évoquant l’attentat terroriste, raciste qui a frappé mon département des Yvelines hier, avec une pensée pour les victimes, les familles et leurs proches et pour les forces de l’ordre qui ont fait preuve d’un sang-froid et d’un professionnalisme exemplaires. Merci beaucoup. --- Q - Monsieur le Ministre, ce moratoire il sera peut-être adopté au niveau européen, mais si ce n’est pas adopté par la Russie, est-ce qu’il y aura de nouvelles sanctions ? Et vous travaillez activement sur toutes les questions qui touchent au cyber harcèlement des enfants. Est-ce qu’il y a donc une forme de coopération dans ce domaine entre les deux pays ? R - Merci beaucoup pour ces deux questions. Sur la première : à qui bénéficiera un moratoire sur les frappes en mer Noire. Bien sûr au monde entier, et en particulier à des pays du Moyen-Orient, de l’Afrique, qui ont besoin d’accéder au blé ukrainien et russe pour se nourrir. Mais ça bénéficiera à l’Ukraine et à la Russie. C’est d’ailleurs pour ça que le président Zelensky s’est montré à de nombreuses reprises favorable à ce type de moratoire, de cessez-le-feu, je dirais, ciblé. Mais jusqu’à présent, c’est la Russie qui a bloqué toute initiative de ce type. Y aura-t-il des sanctions ? Bien évidemment, comme je vous l’ai dit, nous allons poursuivre notre politique de pression contre la Russie qui fonctionne, puisqu’elle a permis de priver la Russie de 500 milliards d’euros qui auraient été sinon injectés par Vladimir Poutine dans cette guerre d’agression impérialiste et coloniale. La protection de l’enfance en ligne, la protection de l’enfance à l’ère de l’intelligence artificielle sont des sujets sur lesquels nous voulons coopérer avec la Bulgarie, et avec l’Europe toute entière parce que c’est aussi ça la force de notre Europe, de nous permettre de faire entendre notre voix, de défendre notre vision de l’Homme, du monde, à la bonne échelle. Q - Monsieur le ministre, vous avez parlé des moyens que peut apporter la France pour répondre à la demande d’assistance bulgare en mer Noire. Est-ce que vous pouvez redétailler ces capacités ? Est-ce qu’à terme, il est possible d’envisager une assistance de la France à l’échelle de ce qui est peut-être le cas dans le cadre de l’OTAN en Roumanie, avec la difficulté qui n’est pas possible aujourd’hui à ma connaissance de faire passer y compris des moyens, des navires français pour rejoindre la mer Noire. Qu’est-ce qui est envisageable à terme pour répondre à la demande bulgare ? R - La Bulgarie a été le théâtre d'attaques, portant sur les navires maritimes, ce qui ne s'était pas produit depuis début de la guerre d'agression russe en Ukraine ces derniers jour. Ma présence aujourd'hui, ces évènements ayant eu lieu les 6 et 13 octobre dernier, est une façon de témoigner de la solidarité et du soutien de la France à l’égard de la Bulgarie et de le faire aussi avec des actes et le premier de ces actes, c'est le déploiement du patrouilleur maritime, l’avion Atlantique 2 qui est là depuis deux semaines et qui a contribué aux opérations de sauvetage puisque vous savez que les trois navires qui ont été attaqués à 100 km de là où nous nous trouvons aujourd'hui, et l'un d'entre eux a littéralement coulé avec des pertes très significatives. Le deuxième élément que nous apportons pour témoigner de notre soutien, c'est la signature de cette feuille de route de mise en œuvre de notre partenariat qui embrasse bien sûr les questions de sécurité, mais qui va au-delà avec des coopérations économiques également. Et puis troisième élément, c'est que nous allons soutenir ensemble l'établissement ici même à Varna d'une plate-forme de coopération pour la sécurité maritime, qui est un projet européen qui permettra de lutter plus efficacement contre les menaces hybrides, tout ce qui se passe en dessous du seuil d'une opération militaire contre les cyberattaques et contre les risques environnementaux. Au-delà de tout ça, ma présence ici 20 ans après la dernière visite d’un ministre des Affaires étrangères de la France en Bulgarie sera l'occasion d'échanger avec mon homologue, Vladislava Petrova, sur ce que sont les attentes de la Bulgarie, soit via notre participation conjointe à l'OTAN, soit ce que nous pouvons faire dans le cadre du bilatéral. C’est sur cette base-là que nous envisagerons la suite de notre coopération. Q - Monsieur le ministre, là, on parle de frappes probablement attribuées à la Russie, mais il y a des frappes qui sont ukrainiennes en mer Noire. Et on connaît la difficulté des pays européens et des pays qui sanctionnent la Russie de pouvoir s'en prendre aux bateaux directement parce que juridiquement c’est très compliqué. Est-ce qu’avec ces attaques contre les bateaux qui remontent à un an maintenant en Ukraine, en mer Noire, on ne traiterait pas aussi un manque juridique des Européens, pour aller jusqu’au bout des sanctions, et faire en sorte que les sanctions soient respectées ? R - Non. Je vais essayer de peut-être de répondre aux différents éléments de votre question. Oui, il y a eu des frappes ukrainiennes en mer Noire. Mais ne nous laissons pas intoxiquer par la propagande de Vladimir Poutine. Le pays qui est agressé c’est l’Ukraine et l'agresseur, c'est Vladimir Poutine. Qui peut reprocher à la résistance ukrainienne héroïque de défendre son intégrité territoriale par tout moyen, y compris sur les mers. Ceci étant dit, comme je l'ai dit à l'instant, la mer Noire est un point de passage très important du commerce mondial du blé. Et le niveau d'intensité des hostilités produites par la guerre d'agression russe en Ukraine en mer Noire avec une résurgence depuis quelques semaines singulièrement à proximité de la Bulgarie entrave ce commerce au risque de susciter des problèmes majeurs pour des pays du Sud confrontés à des situations potentielles de famine. Il est donc important à la fois pour l'Ukraine, mais aussi pour ces pays qui sont pour nous parfois aussi des amis et des partenaires de pouvoir débloquer cette circulation. D'ailleurs, du blé ukrainien comme du blé russe, et c'est l'objet des discussions que nous avons eues hier à Istanbul et que j'aurai avec mon homologue aujourd'hui. Deuxième partie de votre question. La lutte contre la flotte fantôme. La France à plusieurs reprises, à six reprises a arraisonné des navires de la flotte fantôme russe, en toute conformité avec le droit international. Nous avons d'ailleurs partagé avec un certain nombre de nos partenaires européens les bases juridiques de telles arrestations qui ne posent aucune difficulté. Nous organiserons d'ailleurs dans les prochaines semaines une conférence rassemblant les amis alliés de l'Ukraine pour justement partager ces bonnes pratiques, mais aussi les fondements juridiques de ces opérations qui ne vont pas interrompre et qui ont vocation à s'accentuer. Merci beaucoup.