Déclaration à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

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Interventions médias

Le : 23 octobre 2026

Bonjour à toutes et tous. Je suis aujourd'hui à Istanbul pour une réunion très importante qui, pour la première fois, rassemble quatre pays européens et quatre pays du Moyen-Orient qui ont décidé d'agir de concert au service de la paix et de la stabilité dans cette région du monde qui, lorsqu'elle s'embrase, a des conséquences directes, évidemment pour les pays concernés, mais également pour les pays européens, au premier rang desquels la France et la vie quotidienne des Françaises et des Français. 

C'est un moment important puisque ces huit pays ont décidé aujourd'hui, après des discussions très constructives, de poursuivre le travail, de se réunir à fréquence régulière pour aborder les questions de règlement durable de la question du régime iranien, d'œuvrer ensemble au service de la liberté de navigation, que ce soit dans le détroit d'Ormuz, que ce soit en mer Rouge ou que ce soit dans la mer Noire, où on déplore une nouvelle avarie, une nouvelle frappe qui a coulé un bateau aujourd'hui : c'est le huitième en deux semaines, conséquence de la guerre d'agression russe en Ukraine. Et plus généralement, de se coordonner à la fois pour passer des messages, c'est l'essence de la diplomatie ; mais aussi pour prendre des initiatives nouvelles de manière à atteindre les objectifs que je cite. 

J'ai pu faire état lors de nos échanges des initiatives que la France a prises, et notamment celles que le Président de la République a lancées lors de sa tournée récente au Proche et au Moyen-Orient, avec, pour le détroit d'Ormuz, des initiatives visant à la fois à sécuriser le transit des navires, mais aussi à faire baisser les coûts de transport. Pour la mer Rouge et en soutien à l'Arabie saoudite pilonnée par les missiles et les drones des Houthis, des moyens, des capacités françaises pour défendre les infrastructures énergétiques et plus précisément le terminal de Yanbu qui sert de point d'entrée et de sortie pour les hydrocarbures saoudiens. Et puis, s'agissant de la mer Noire, le président de la République avait appelé à l'Assemblée générale des Nations Unies, à un moratoire sur les frappes pour faciliter le transport, et en particulier le transport de blé, qui est indispensable pour bien des pays du monde, et en particulier l'Égypte, qui est ici représentée, et qui est aujourd'hui entravée par l'intensité des hostilités, qui sont notamment le fait de la Russie. 

C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles je me rendrai à l'issue de nos échanges aujourd'hui en Bulgarie. J'aurai l'occasion d'échanger au téléphone avec mon homologue roumain, après ces nombreuses frappes sur des navires transitant à proximité de la limite territoriale des eaux bulgares et des eaux roumaines, pour exprimer à la fois la solidarité de la France et tout notre soutien à ces pays qui subissent les conséquences de la guerre d'agression russe en Ukraine.

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Q - Monsieur le ministre, vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a une vraie question sur de potentielles frappes ou retour de la guerre après les midterms aux Etats-Unis. Qu'est-ce que peuvent faire ces huit pays réunis aujourd'hui à Istanbul par rapport à cette incertitude ? Et est-ce que vous avez un message collectif à passer à Donald Trump ? 

R - A toutes les parties. Une nouvelle escalade entre l'Iran et les États-Unis ne ferait que des perdants et aurait sans doute des conséquences très lourdes sur le prix des hydrocarbures et donc le prix à la pompe pour les Françaises et pour les Français. C'est pourquoi, comme nous l'avons fait à de nombreuses reprises, ce qui a sans doute permis aussi de freiner cette escalade, d'aboutir à un accord entre les États-Unis et l'Iran qui, même s'il n'est pas pleinement mis en œuvre aujourd'hui, a permis au moins de mettre fin à cette intensification des frappes des deux côtés, et notamment celles qui, vous le savez, ont touché des pays européens, Chypre, et évidemment tous les pays de la région frappés de manière indiscriminée par l'Iran. Et donc, la première des choses que ce groupe de huit pays, ces quatre pays européens, ces quatre pays du Moyen-Orient vont faire, c'est appeler les deux parties à la retenue maximale, parce que nous ne pouvons nous permettre une nouvelle escalade dans la région.

Q – Two days ago, President Macron met Mohammed Ben Salman in Riyadh. Today, you will meet the emir Fayçal ben Farhan. So what is the point? Do you agree with the Saudi in the meeting and with the group about the Houthis and about what happened in the...

R - President Macron paid a visit to the Crown Prince 48 hours ago. It was an opportunity for us to express our solidarity with the kingdom that is being hit by Houthis’ drones and missiles, to thank the kingdom because in the terrible attack of the airport in Riyadh one French citizen was seriously injured and has been taken care of by the Kingdom and its hospitals and we are grateful for that. It was finally an opportunity to discuss France's support to the Kingdom in protecting some of its key infrastructure against those strikes and more broadly to coordinate our views as to how to avoid further escalation in the region, whether it's in the Red Sea or in the Persian Gulf. 

Q – How ? Was there any more support agreed to send to Saudi Arabia? In what ways can you support Saudi Arabia? And is there any...

R - We've already announced a few weeks ago that the terminal of Yanbu on the western coast of Saudi Arabia would be protected by French military capacity. And part of the discussion was coordinating with Saudi Arabia to ensure that they get from France, from us, what is needed to ensure that this terminal allows for entry and exit of Saudi oil, which is beneficial for the Kingdom of Saudi Arabia, but also for the rest of the world, given the level of production and contribution of Saudi Arabia to this market. 

Q – Est-ce qu'il est question d’une coordination avec les forces du pacte de la Mecque, la Turquie, le Pakistan, qui ont aussi annoncé vouloir protéger le territoire saoudien ?

R - Les pays du pacte de la Mecque, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont leurs propres arrangements, leurs propres accords de sécurité. Nous avons agi dans un cadre bilatéral avec l'Arabie saoudite, de manière d'ailleurs strictement défensive, avec cette annonce faite par le président de la République de l'envoi de capacités militaires pour protéger le terminal de Yanbu qui permet l'acheminement des hydrocarbures saoudiens sur les marchés mondiaux. Cette action en soutien à l'Arabie saoudite vient s'ajouter à la présence de la France depuis plus de deux ans maintenant en mer Rouge au sein de l'opération européenne qui s'appelle Aspides et qui depuis deux ans, a permis d'escorter plusieurs centaines de navires battant pavillon français pour qu'ils ne puissent pas être pris à partie, endommagés par des drones ou des missiles des Houthis. Et donc la France est bien présente dans cette région pour sécuriser, je dirais, la liberté de navigation, un point tout à fait central dans les échanges que nous avons eus aujourd'hui avec les sept pays partenaires de ce groupe de huit pays. La liberté de navigation, ça vaut pour le détroit d'Ormuz, qui ne peut être l'objet d'aucun chantage, d'aucun péage, et qui doit être réouvert à la pleine liberté de la navigation. Ça vaut pour la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb jusqu'au canal de Suez ; et ça vaut pour la mer Noire, où je le disais tout à l'heure, les exportations de blé, notamment les exportations ukrainiennes, sont aujourd'hui menacées par le pilonnage, par des drones, de navires qui circulent à la limite des zones maritimes de la Roumanie et de la Bulgarie. C'est tout à fait inacceptable parce que vous voyez bien que ces atteintes à la liberté de navigation ont des conséquences extrêmement concrètes pour nous, parce qu'elles renchérissent considérablement les coûts de transport, et c'est à la fin de l'inflation, c'est-à-dire de l'augmentation des prix, et donc une réduction du pouvoir d'achat des Françaises et des Français. Et donc ici, à Istanbul, avec ces pays qui comptent aujourd'hui sur tout l'axe qui va de l'Europe au Moyen-Orient, on s'occupe de traiter par la diplomatie de ces questions, avec une obsession : faire baisser les prix et améliorer le pouvoir d'achat de nos compatriotes. 

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