Conférence de presse du porte-parole du 9 septembre 2026

  • Politique étrangère

Conférence de presse

Le : 09 septembre 2026

1 - Propos liminaire  

Bienvenue pour cette conférence de presse du Quai d’Orsay, après la conférence de rentrée du Ministre la semaine dernière. Une rentrée qui est marquée par deux axes structurants pour la diplomatie française : un agenda européen très dense, et la poursuite de la défense de la solution à deux États. 

À ce titre, je voudrais revenir quelques instants sur la déclaration conjointe publiée hier, portée par le Royaume-Uni, le Canada, la France et neuf autres pays sur la solution à deux États.

Il y a une décision politique qui a été prise. Et qui est d'interdire en France les produits issus des colonies. C'est acté et c'est majeur. La logique est simple : c’est la pleine continuité de la déclaration de New York l’an dernier et du vote de la résolution l’endossant à l’Assemblée générale des Nations unies, il y a presque un an jour pour jour, le 12 septembre dernier, par 142 pays.

La décision prise hier s’inscrit en réponse à la dégradation de la situation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, à l’intensification et l’irréversibilité de la colonisation, au non-respect sur place du droit international. Des décisions comme celle de publier en août les appels d’offre pour la construction d’une partie des logements de la colonie E1 menacent la continuité territoriale de la Cisjordanie et donc de facto la solution à deux États. 

Cette décision est conforme au droit international. Puisqu’en effet, les colonies israéliennes sont illégales en droit international. Alors que la Cour internationale de justice (CIJ) a indiqué dans son avis du 19 juillet 2024, qu’il existait une obligation « de ne pas entretenir, en ce qui concerne le Territoire palestinien occupé ou des parties de celui-ci, de relations économiques ou commerciales avec Israël qui seraient de nature à renforcer la présence illicite de ce dernier dans ce territoire ».

Cette mesure d’interdiction ne constitue absolument pas un boycott de l’Etat d’Israël. Elle cible spécifiquement les territoires palestiniens occupés, qui n’appartiennent pas au territoire d’Israël internationalement reconnu, comme l’ont rappelé à plusieurs reprises le Conseil de sécurité des Nations unies et la Cour internationale de Justice. Israël demeure un partenaire économique de la France et nous continuerons d’œuvrer à renforcer les échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays. Nous continuerons du reste de nous opposer à toute tentative de boycott, comme nous l’avons fait avec constance au cours des précédents mois à titre bilatéral et dans les enceintes multilatérales (participation israélienne à l’Eurovision, participation d’artistes israéliens dans différents évènements internationaux, etc.).

Cette décision a fait l'objet d'un travail préparatoire important, qui a permis de soupeser les différents paramètres, de toute nature. Il y a désormais un travail supplémentaire qui est nécessaire pour mettre en œuvre cette décision. C’est ce qui va s’enclencher. En mobilisant l’expertise et les compétences de différents ministères. Ce travail doit permettre de préciser certains aspects juridiques et techniques. Nous aurons l'occasion de préciser ces modalités le moment venu, mais désormais la ligne est fixée. Et ça c’est capital.

Nous sommes favorables à la généralisation de la mesure à l’ensemble de l’Union européenne et espérons que cette dynamique va se poursuivre au niveau européen. Nous sommes dans l’attente d’une proposition de la Commission en ce sens. Et c’est une position que nous défendons dans les discussions à 27 - c’est le message que le ministre a porté début septembre lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, en Irlande. 

Cette interdiction s’inscrit aussi dans la continuité de nos efforts visant à mettre en garde les entreprises françaises sur les conséquences juridiques et réputationnelles qu’elles encourent en entreprenant ou en poursuivant des activités économiques et financières dans les colonies. Nous avons mis à jour en août 2026 le message de vigilance aux entreprises et continuerons à alerter nos entreprises sur ces risques.

Ces mesures s’inscrivent dans notre volonté de ne pas rendre irréversible la colonisation, ce qui nuirait à la solution à deux États.

***

Un mot ensuite sur la tenue, aujourd’hui et demain du Sommet international sur l’espace puisque plusieurs ministres du pôle diplomatique se rendront sur place, de l’autre côté de la Seine. Un sommet annoncé par le Président de la République en octobre 2025 et qui associe nos grands partenaires internationaux. C’est un sommet qui se veut résolument européen - il a été coorganisé avec l’Allemagne. Il doit nous donner l’occasion de clarifier et développer notre gouvernance européenne du spatial, en renforçant notamment, c’est un mot clé qui nous est cher, l’application du principe de préférence européenne. Ce sommet rime également avec attractivité, en témoigne l’association étroite du secteur privé et en particulier des acteurs du New Space. Près de 1 100 entreprises sont présentes ces deux prochains jours, aux côtés de chefs d’État et de gouvernement et d’acteurs institutionnels comme la Commission européenne, l’Agence spatiale européenne, l’OTAN et des agences spatiales nationales. Sur le plan multilatéral, c’est un sommet qui permet à la France de réunir près de 90 pays autour de la promotion - essentielle - d’un multilatéralisme spatial efficace.

Je vous invite enfin à rester attentifs aux annonces économiques qui seront faites aujourd’hui et demain, et qui refléteront le niveau d’ambition investi dans ce sommet, en matière de contrats, de levées de fonds et de partenariats.

2 - Agenda du pôle ministériel  

Quelques éléments d’agenda maintenant.

Le ministre M. Jean-Noël Barrot a participé hier à l’entretien bilatéral du Président de la République avec Lee Jae Myung, Président de la République de Corée. Cette visite d’État, après la visite du Président à Séoul en avril et la participation du Président coréen au Sommet du G7 en juin, a permis de réaffirmer que notre partenariat stratégique global n’est pas un slogan creux : c’est une réalité fondée sur des liens historiques et humains forts, une vision commune de l’ordre international et un sentiment d’urgence partagé en tirant parti de nos fortes complémentarités. 

Jean-Noël Barrot a ensuite échangé avec Mario Stasi, le Président de la LICRA, la ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

Mercredi 9 septembre, le ministre échange via des entretiens téléphoniques avec ses homologues indien, congolais, turc et italien puis participera ce soir au Dîner organisé par le Président de la République à l’occasion du sommet international sur l’espace.

Demain jeudi 10 septembre, il s’entretiendra avec Lê Hoài Trung, ministre des Affaires étrangères vietnamien à l’occasion de la visite d’État en France du Président de la République socialiste du Vietnam.

Vendredi, il se rend dans le Pas-de-Calais, à Arras, dans le cadre de ses déplacements « Diplo-Nation ».

La semaine prochaine, lundi 14 et mardi 15 septembre, Jean-Noël Barrot se rendra en Finlande, pour participer à un sommet sur l’Arctique, et en Norvège après s’être rendu au Groenland l’an passé, en Lettonie et en Suède en début d’année et en Islande en juillet. Ces déplacements aux frontières extérieures de l’Europe donneront au ministre l’occasion d’insister sur le plein engagement de la France dans la région, notamment dans l’Arctique, devenu un espace de compétition stratégique essentiel. 

Par ailleurs, comme vous le savez, la France assure depuis le 1er septembre la Présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, succédant au Danemark et précédant la Grèce. Elle a dans ce rôle la responsabilité d’organiser les travaux du Conseil, d’assurer la régularité de ses échanges sur les crises dont il est saisi et de faciliter ses décisions. Ce mois de Présidence sera aussi crucial que dense, coïncidant avec l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale et sa semaine de haut-niveau, à laquelle participeront notamment le Président de la République et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

La Présidence française s’assurera que le Conseil de sécurité puisse se réunir chaque fois que cela sera nécessaire, pour réagir à des évolutions en Ukraine, au Moyen-Orient, en Afrique, et en particulier sur le sujet du Soudan. Au cours de la Présidence française, le Conseil continuera également à assurer le suivi des crises internationales.

Le ministre délégué chargé de l’Europe, M. Benjamin Haddad, se rend vendredi et pour trois jours en Pologne et en Ukraine dans le cadre de la rencontre annuelle du Yalta European Strategy (YES).

Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, M. Nicolas Forissier, était en début de semaine aux côtés du Président de la République à Saint-Paul-de-Vence à l’occasion du Sommet Lumière et participera demain jeudi 10 septembre au Haut conseil d’affaires France-Vietnam avec les présidents de la République français et vietnamien.

La ministre déléguée à la Francophonie, aux partenariats internationaux et aux Français de l’étranger, Mme Éléonore Caroit, était également aux côtés du Président de la République à Saint-Paul-de-Vence à l’occasion du Sommet Lumière et rencontrera demain jeudi 10 septembre Alvario Lario, président du Fonds international de développement agricole.

3 - Questions/réponses 

Q - Bonjour. Dans huit jours, aura lieu en France une conférence préparatoire pour aider l'armée libanaise, ou le Liban si vous voulez. On a très peu d'informations, sinon la présence des présidents, bien sûr, français et libanais, et le roi Abdallah II de Jordanie. Beaucoup de rumeurs, mais très peu d'informations sur cette conférence qui est, semble-t-il, préparatoire. Pouvez-vous nous en dire plus ?

R - Alors, déjà, je vais vous la confirmer. Le 17 septembre prochain, la France accueillera en effet une réunion d'experts consacrée au soutien aux forces armées libanaises. Cette réunion sera co-présidée avec la Jordanie et avec le Liban. Elle doit permettre, en réalité, trois choses : de faire le point sur la situation sécuritaire au Liban ; elle doit permettre aux forces armées libanaises et aux forces de sécurité intérieure d'exprimer la nature de leurs différents besoins ; et puis, troisièmement, de permettre aux partenaires du Liban de se coordonner sur la meilleure façon de soutenir le renforcement capacitaire des forces armées libanaises. 

Après, pour toute précision, je vous renverrai plutôt vers le ministère des Armées. Concernant plus généralement la conférence internationale de soutien aux FAL et aux FSI, aux forces armées libanaises et aux forces de sécurité intérieure, vous savez, elle devait se tenir le 5 mars dernier. Pour des raisons évidentes de reprise des tensions au Moyen-Orient, elle ne s'était pas tenue. Nous sommes déterminés à la tenir dans les meilleurs délais. Là-dessus, nous vous informerons en temps utile.

Q - Je reviens sur le commerce avec les colonies israéliennes. Je pose cette question depuis hier, en fait, je l'ai posée à deux diplomates français et je n'ai pas eu de réponse. Comment justifiez-vous le fait qu'il n'y a pas de chiffres sur le volume de ce commerce avec les colonies israéliennes ? Pourquoi vous ne les collectez pas ?

R - Il y a justement, je vous disais, du travail qui doit être encore mené, je le disais dans mon propos introductif, avec différents chapitres, celui de la traçabilité, celui de la vérification, celui du vecteur juridique et celui du calendrier. Ce sont ces différents éléments qui doivent être maintenant engagés avec l'expertise et en réalité aussi la compétence de différents ministères, le ministère de l'Économie, le ministère de l'Intérieur, le ministère des Affaires étrangères. Et c'est ce vers quoi nous sommes maintenant tournés.

Ce qui était extrêmement important hier, c'était d'avoir cette décision politique de dire « on va prendre ce cap ». Il n'y a pas de majorité au niveau européen, donc nous y allions au niveau national, en collectif avec d'autres États. Et donc, parmi évidemment les éléments qui devront être affinés, effectivement, il y a la force de ces flux et la traçabilité de ces flux.

Q - Vous avez dit dans vos propos d'abord que vous n'avez pas une politique de boycotter Israël et que même vous travaillez à renforcer les liens économiques avec Israël. Or, vous savez très bien que vous avez boycotté au moins quatre fois, si c'est Eurosatory et si c'est Euronaval au Bourget, des compagnies israéliennes. Comment vous expliquez ça ? Est-ce que c'est une politique que vous pratiquez que quand ça vous arrange ?

R - Non, là, c'est très différent. C'était une politique de... Pour ceux qui ne sont pas forcément familiers du sujet, mais de mise en exposition d'entreprises qui étaient israéliennes sur différents congrès que nous accueillons sur le territoire national. C'était en réalité la mise en application de notre posture diplomatique. C'était des décisions qui étaient prises au cas par cas selon les exposants. Mais donc ce n'était absolument pas discriminatoire.

Q - Comme il y a un autre salon qui arrive, quelle sera la position ? Est-ce qu'on peut tout de suite dire que les entreprises israéliennes sont interdites d'exposition à Euronaval ?

R - Déjà, ce n'est pas exactement la position qui était celle-ci, par ailleurs. Et ensuite, sur Euronaval, je pense que la décision n'est pas prise et qu'elle sera rendue publique en temps utile. Vous savez, c'est quelques jours ou quelques semaines avant la tenue du salon. 

Q - Pour revenir de nouveau sur les importations des colonies israéliennes, comment se fait-il que les Britanniques arrivent à trouver des chiffres et que nous, on ne les ait pas, d'autant plus qu'il y a un étiquetage qui est obligatoire normalement en France pour indiquer que ces produits viennent des colonies israéliennes. Cet étiquetage n'est pas toujours respecté. Comment faites-vous déjà appliquer cette première mesure qui a déjà plusieurs années qui impose à ces produits d'être étiquetés comme venant des colonies israéliennes ? Comment allez-vous éviter qu'il y ait de la fraude, c'est-à-dire que certains produits soient étiquetés comme provenant d'Israël ? Et est-ce qu'on peut avoir, même si on n'a pas les chiffres exacts, un ordre d'idée sur ce que ça va représenter ?

R - Mais vos questions, elles sont parfaitement légitimes. Et justement, c’est exactement ce que vous dites, c'est qu'il y a du travail à faire là-dessus. Donc on est tout à fait en phase. Déjà, 1/, nous ne sommes pas seuls. C'est une compétence qui est aussi européenne. Les chiffres au niveau européen qui sont rendus publics, c'est par la DG Trade de la Commission européenne, c'est environ 400 millions d'euros par an. Ce sont les chiffres de 2025. Mais là, on parle de l'ensemble des Territoires palestiniens avec l'ensemble du continent européen. Mais ça vous donne déjà un cadre. Ensuite, sur les chiffres plus fins, je vous dis encore une fois que c'est un travail qui doit être fait : il y a des soucis de traçabilité et des soucis de fiabilité de cette information. Mais c'est justement ce à quoi on s'engage. Et ça, c'est quelque chose qui peut être d'autant plus efficace à mettre en œuvre, que maintenant on a une décision politique, claire, annoncée, on sait comment on avance, on a ensuite une ambition qui est aussi de porter ça vraiment au niveau européen. Je vous l'ai dit, nous n'avons pas la majorité à ce stade au niveau européen, mais ce sera aussi un échelon qui sera extrêmement important, mais surtout impactant.

Q - Est-ce qu'en attendant l'application de cette mesure, vous allez lutter plus contre le manque de traçabilité de ces produits ? Et est-ce que ce que vous avez annoncé hier va aussi concerner les colonies du plateau du Golan ?

R - Ça va concerner essentiellement les biens, parce que c'est l'essentiel du commerce, et ça va concerner essentiellement la Cisjordanie, parce qu’il y avait à la fois un sentiment d'urgence qui venait de l'accélération de la colonisation, l'accélération de la violence des colons, et que c'était pour ça que nous avions enclenché cette mesure à ce moment-là.  

Q - (inaudible).

R - Justement, encore une fois, c'est le travail qu'on doit mener là et qui touche bien sûr le ministère des Affaires étrangères, en premier lieu parce que c'est une politique diplomatique, mais le ministère de l'Économie, puisqu'effectivement, il va y avoir un enjeu douanier, comme le ministère de l'Intérieur. 

Q - Je peux poser deux questions ? D'abord, c'est ensuite de ce que disent les collègues. L'autre écueil dans la mise en pratique concrète de ces sanctions, c'est l'écueil européen. On a, en fait, nous, la France, comme les autres États membres, très peu de marge de manœuvre en termes de politique commerciale. Il faut que la sanction intervienne au nom de la sécurité nationale ou d'une atteinte aux droits humains. Et puis après, ça doit être validé par l'échelon européen qui doit vérifier qu'il n'y a pas de contradiction entre la décision française et des sept autres pays européens. Et les textes européens, tout ça prend du temps. Est-ce que, indépendamment de la très forte valeur symbolique de l'annonce, est-ce que cela n'impacte pas très fortement la mise en œuvre concrète de ces mesures ? On a du mal à imaginer quand est-ce qu'elles pourront être mises en œuvre concrètement.

R - Déjà, c'est que la Commission nous avait donné son accord pour dire que des mesures nationales, si elles étaient prises dans ce domaine-là, et pouvaient être compatibles avec les efforts au niveau européen. Donc on avait déjà une forme d'accord de la Commission qui reconnaissait que si ça n'avançait pas, nous pouvions prendre des mesures nationales. C'est-à-dire que notre annonce est conforme aux droits européens. 

La deuxième chose, c'est que je constate qu'il y a aussi des États individuels qui ont déjà pris des mesures qui sont dans ce sens-là. Vous avez l'Irlande, par exemple, vous avez l'Espagne. Les Pays-Bas ont pris une mesure dans ce domaine qui rentre en vigueur, je crois, le 22 septembre. Donc, c'est des choses qui sont aussi techniquement possibles. Dans notre cas, nos modalités sont différentes des modalités nationales d'un autre État comme l'Espagne ou les Pays-Bas qui ont leur cadre juridique. Et c'est justement ce que nous sommes en train désormais d'approfondir et de travailler. 

Q - Je voulais savoir comment vous qualifiez maintenant les relations avec Israël. Est-ce qu'on est à un point de non-retour ? Je demande ça non seulement par rapport à la décision qui a été prise, mais aussi par rapport à la déclaration de votre ministre ce vendredis qui était très, très mal perçue en Israël à la Fabrique diplomatique. 

R - Je ne suis pas là pour qualifier les relations. Ce qu'on fait ici est la mise en application du droit international. Tout juste, nous avions poussé cela au niveau européen. Pour les raisons que je vous ai évoquées, nous avançons dans un collectif d'initiatives nationales. Israël demeure un partenaire économique de la France. Nous continuerons d'œuvrer à renforcer les liens économiques et commerciaux entre nos deux pays et en conformité avec le droit international. 

Q - (inaudible).

R - Ce n'est pas à moi de qualifier les choses. Ce que je vous dis, c'est que nous avançons de manière très dépassionnée.

Q - Est-ce que, comme le Royaume-Uni vient d'en faire l'expérience, vous vous préparez à des sanctions de la part d'Israël après avoir pris ces sanctions ?

R - Cette question, il faut vous la posiez aux partenaires israéliens. Nous regrettons l'annonce qui a été faite au regard du Consulat général à Jérusalem des partenaires britanniques. Pour nous, l'application du droit international ne mérite pas des mesures de représailles. C'est ce qui s'appliquerait dans notre cas. Ce serait la même remarque que je vous ferais si la question s'appliquait chez nous.

Q - L'avis de la CIJ date de 2024, donc plus que deux ans, juillet 2024. Les médias britanniques parlent du fait que c'est les Anglais qui vous ont fait changer d'avis. Est-ce que c'est vrai ?

R - Encore une fois, c'est une douzaine d'États qui sont allés dans cette direction hier. C'est une dynamique. Ensuite, je vous l'ai dit, pourquoi nous avons avancé ainsi ? Parce qu'il y a une urgence sur le terrain, la colonisation et les violences, et parce que nous avions la nécessité d'avancer alors que nous n'avions pas de majorité au niveau européen. Et donc c'est une vraie dynamique qui a maintenant été créée avec des pays européens et des pays extra-européens et nous espérons que ça puisse avancer maintenant au niveau de l'Union européenne. Et puis vous avez raison, sur la première partie de la politique de différenciation, elle repose en effet sur l'étiquetage et nous veillons à ce que cet étiquetage soit évidemment authentique, mais ce sont des éléments sur lesquels il y a certainement des améliorations à faire. 

Q - Vous avez dit que la dynamique de l'interdiction du commerce avec les colonies de la Cisjordanie va se poursuivre au sein de l'Union européenne. C'est-à-dire que la France va continuer à convaincre les États membres pour obtenir la fameuse majorité qualifiée ?

R - C'est la position que nous défendons.

Q - Donc il y a encore de l'espoir ?

R - En tout cas, c'est la position que nous défendons. Je ne vais pas préempter des discussions qui vont se faire à Bruxelles et qui vont se faire entre les États membres. Nous allons ensuite continuer nos efforts. C'est les éléments qu'a présentés le ministre lors de la réunion de Gymnich, la réunion de la semaine dernière à laquelle il a participé dans le cadre de sa rentrée diplomatique. Et puis vous savez qu'il y avait, on en avait parlé à ce pupitre, l'initiative franco-suédoise qu'on portait depuis des semaines sur ces sujets. Maintenant, la Commission, elle doit mettre sur la table une proposition pour agir et à ce stade, la Commission s'y refuse et c'est la raison pour laquelle nous agissons à notre niveau.

Q - Je reviens en fait sur la question de ma consœur tout à l'heure sur le timing de cette annonce. Or, vous savez très bien que c'est une période de campagne électorale en Israël. Est-ce qu'il y avait une certaine volonté d'appuyer un cas ou un autre dans cette campagne électorale et disons les opposants de M. Netanyahou ? 

R - Absolument pas, absolument pas. De même que, vous savez, nous sommes extrêmement fermes sur toute tentative d'ingérence étrangère dans nos propres cycles électoraux et nous rentrons dans un cycle électoral absolument majeur ici, encore une fois, je veux le redire, cette annonce, elle est dans l'extrêmement pleine continuité de nos efforts depuis plus d'un an sur la mise en œuvre dans les faits de la solution à deux États parce que nous pensons que c'est la seule solution qui peut durer et qui peut être en capacité de ramener la paix durablement dans la région. Et puis ensuite le sentiment d'urgence avec l'accélération sans précédent de la colonisation et puis surtout des violences sur le terrain. 

Q - Un mot sur le sommet international. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu... 

R - Il y a beaucoup de sommets internationaux.

Q - Pardon, du spatial. Qui doit, si j'ai bien compris, s'achever par une série de déclarations dont l'une à visée internationale pour défendre, si j'ai bien compris, l'idée que l'espace ne doit pas être, comment on le dit, un « Far West », mais avoir quelques règles du jeu. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que ce sera ? Une déclaration d'intention ? Un premier texte en vue d'une négociation ? Quelle sera la valeur juridique de ça, s'il y en a une ou il n'y en a pas, tout simplement ?

R - Il va déjà y avoir une intervention du président de la République dans quelques minutes ou dans quelques heures, donc je ne vais pas prendre la liberté d'en parler avant lui. Les enjeux de gouvernance et de l'espace sont évidemment au cœur de l'ordre du jour du sommet, avec des tectoniques extrêmement importantes, c'est-à-dire l'arrivée de nouveaux acteurs, des acteurs privés. Vous voyez par ailleurs aussi qu'il y avait avec Maiaspace un acteur privé européen qui était en capacité de pouvoir faire des lancements orbitaux, notamment ce week-end, et tout aussi des risques de militarisation de l'espace qui sont pour nous de nature à devoir être empêchés. Et donc c'est cette volonté de multilatéralisme spatial que nous défendons, notamment lors de ce sommet, en plus de l'ensemble de l'aspect business et économique sur lequel vous aurez des annonces aussi dans quelques minutes ou quelques heures.

Q - (inaudible) d'un multilatéralisme spatial efficace. Sauf que tous les médias en ont fait l'écho, Friedrich Merz n'est pas là en personne, il y a des dissensions au sein des Européens et notamment dans le franco-allemand sur le sujet. Vous parliez à l'instant de Maiaspace. C'est une entreprise française. Une autre entreprise allemande procède elle aussi à ses lancements. On a le sentiment que là, tout le monde fait cavalier seul. Est-ce que ça ne vient pas impacter directement l'ambition de ce sommet ?

R - Non, justement, ce sommet, il vient recréer de la pression politique pour avoir ce collectif. On a déjà au niveau national des efforts très forts, avec 20 milliards qui sont investis entre 2026 et 2030 dans le spatial. Nous avons au niveau européen un écosystème qui est complémentaire avec des grands groupes, des PME qui sont sur l'ensemble du continent européen. Nous avons des infrastructures qui sont complètes. Au niveau des lanceurs, entre Ariane, Maiaspace, Vega ; avec aussi les constellations OneWeb qui est opérationnalisée par Eutelsat ou avec Iris2, par exemple. Vous avez ici 60 chefs d'État et de gouvernement ou ministres qui sont représentés avec ensuite 90 pays qui sont présents. Donc non, au contraire, c'est de recréer cette dynamique. On ne dit pas que c'est facile, mais on dit que c'est ce qu'on a fait. 

L'Allemagne a été étroitement associée à la préparation de ce sommet. L'alignement entre le président de la République et le chancelier a été constaté à différentes reprises, notamment lors du dernier conseil des ministres franco-allemands de cet été. Le ministre des Affaires étrangères Wadephul, est bien présent à Paris pour discuter ces éléments et de manière déterminée. 

Ensuite, ce sommet a une portée internationale assumée toutes les nations actives dans le secteur sont présentes, 90 pays sont là sur ces deux prochains jours, et puis il y a un élément qui est pour nous aussi extrêmement important, c'est de clarifier la gouvernance européenne, de pousser la Commission et les États européens à avancer sur des initiatives qui sont extrêmement importantes pour nous, mais en réalité pour la souveraineté européenne globale, je pense à Iris2 en particulier. C'est à l'image de ce qu'on avait pu faire notamment pour le sommet IA il y a 18 mois à peu près, j'imagine que vous l’aviez aussi couvert, c'est-à-dire créer une dynamique et surfer sur un moment européen dans le secteur spatial.

Q - La ministre des Affaires étrangères suédoise a clarifié ce matin qu'en fait, la Suède n'est pas du tout prête à acter cette annonce de boycott, mais plutôt la Suède va attendre qu'il y ait une décision européenne. Vous êtes chef de file sur cette initiative. Est-ce qu'il y avait d'autres pays parmi les douze qui sont signataires sur l'annonce, qui sont dans le même cas ? Comment vous expliquez votre échec d'arriver à un accord européen sur le sujet ?

R - Je vous renvoie à la déclaration conjointe qui précise bien que les douze États ont fait état de leur intention de prendre des mesures, soit de soutenir des mesures à titre européen, soit de soutenir des mesures à titre national. C'est à chaque État de vous détailler justement ce qu'ils entendent faire. On ne va pas faire au cas par cas.

Q - Je ne comprends pas ce que ça voulait dire.

R - Chaque État a signé cette déclaration hier. Je ne suis pas le porte-parole du ministère des Affaires étrangères suédois, donc je ne vais pas parler à leur place. C'est assez clair dans ce qu'ils entendent faire avec à la fois cette urgence et cette volonté d'avancer dans la volonté de bloquer les importations de biens issus des colonies illégales en Cisjordanie. Ensuite, ces modalités, comme nous, on va faire notre propre travail en France avec l'interministériel et qui va demander pas mal de précision et de compétences, chaque État est ensuite libre de faire ses propres avancées. Donc ça, je ne vais pas m'exprimer sur la Suède.

Q - Retour au Liban, si vous le permettez, la FINUL. FINUL 2 ou autre organisme inspiré, semble-t-il, par les Américains, qui ne sont pas très chauds pour la FINUL ou une FINUL 2 ? FINUL 2 avec des moyens et des prérogatives accrues ou ouverture sur les opinions américaines et autres pour remplacer la FINUL actuelle ?

R - Alors, je dirais deux points là-dessus. D'une part, nous soutenons depuis plusieurs mois, la mise en place d'une mission, ce qu'on dit, de PSDC, de formation pour renforcer, en lien avec les autorités libanaises, les forces armées libanaises. Donc ça, c'est au niveau européen. Nous soutenons aussi, donc là, notre soutien aux forces également, donc là, c'est plutôt capacitaire, dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix, donc là, le FEP. Ça, c'est au niveau européen, c'est ce que nous poussons, nous l'avons rendu public ces dernières semaines, et c'est ce que nous poussons. 

Ensuite, il y a eu un huis clos au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies le 28 août dernier, dans lequel, au fond, on défendait trois choses. La première, c'était de continuer déjà le soutien à la FINUL complètement jusqu'au 31 décembre prochain, comme pas comme si on faisait que la FINUL était déjà en train de se dégrafer. Donc la FINUL, son mandat, c'est jusqu'au 31 décembre. Ensuite, doit être planifié le départ au fur et à mesure, à partir du 31 décembre, des troupes. 

Le deuxième élément, c'était effectivement de penser l'après-FINUL. Donc là, vous me demandez les différentes options. Je pense que ces discussions sont encore en train d'être menées entre les différents membres du Conseil sur la base en réalité des options qui avaient été publiées par le Secrétaire général des Nations unies le 1er juin dernier, qui avait mis les différentes options sur la table pour préserver la stabilité du Liban dans le cadre de la résolution 1701 que vous connaissez. 

Et puis, le troisième élément de cette discussion de fin août, c'était le suivi de l'accord-cadre conclu le 26 juin dernier entre les États-Unis, le Liban et Israël, et dont la mise en œuvre doit être cohérente avec les dispositions de la résolution 1701, qui reste pour nous le cadre de référence international pour la stabilité et la souveraineté du Liban. 

Donc sur les options que vous me mentionnez, je ne peux pas vous répondre. En tout cas, vous voyez comment nous avançons, à la fois avec le travail sur le post-FINUL. Donc ça, ce sont des discussions au Conseil de sécurité et puis par ailleurs, nos ambitions et nos positions très claires au niveau européen avec par exemple le FEP et la PSDC. 

Q - Toujours sur le Liban, dix civils libanais dont un nourrisson de trois mois ont été tués dans des frappes israéliennes il y a quelques jours. Quelle est votre réaction là-dessus ? 

R - Chaque mort est un mort de trop. Donc nous sommes très inquiets de toute escalade ces derniers jours au sud du Liban qui est marqué par une recrudescence des hostilités autour notamment de la zone d'Ali Taher qui pourrait mettre en péril le cessez-le-feu et fragiliser de nouveau les populations civiles qui sont déjà gravement affectées par la guerre. Nous rappelons qu'il est essentiel que l'accord tripartite du 26 juin dernier soit respecté par les différentes parties. Cela passe par le désarmement du Hezbollah, le retour de l'État libanais et le retrait à terme des armées israéliennes du sud du Liban.

Q - Je voulais vous poser une question sur la déclaration commune qui a été faite entre la France, le Canada et l'Angleterre hier. Il y avait cette question de prendre des mesures contre les personnes qui facilitent les colonies en Cisjordanie. Est-ce que c'est des personnes, donc les colons ou des entreprises qui sont visées par ces mesures qui vont être prises et quel type de mesures vont être prises ? Ce sont des sanctions, des interdits de territoire français ou autres ? 

R - Alors, sur les colons violents, nous avons déjà pris à plusieurs reprises des sanctions à titre national qui correspondent à ce qu'on appelle dans le jargon des IAT, des interdictions d'entrée sur le territoire. Et puis, à titre européen, des sanctions ont également été prises dans le cadre d'un troisième paquet de sanctions il y a quelques mois. 

Q - Je reviens à ma question, parce que, pardonnez-moi, mais soutenir une idée politique et acter, ce sont deux choses différentes. Vous êtes les chefs de file quand même de cette initiative. Donc, quand la Suède dit qu'ils vont attendre une décision européenne, ce n'est pas une question de modalités différentes. Il ne s'agit pas de ça. Ils disent très simplement qu'ils ne vont pas acter pour l'instant. Est-ce qu'il y avait d'autres pays qui ont dit à la France…

R - Je ne m'exprime pas pour les autres pays, je m'exprime pour la France. 

Q - Mais vous, vous êtes les chefs de file de cette initiative. Est-ce qu'il y avait d'autres pays qui ont dit à la France, donc c'est pour ça que je vous pose la question…

R - Je m’exprime pour la France, chaque pays qui a signé sur exactement les termes....

Q - Donc il n'y avait pas de pays qui ont dit « Les Français, vous êtes les chefs de file, mais nous, on ne va pas l'acter » ?

R - Le texte de la déclaration, pour moi, il est très clair. Les pays ont affirmé leur intention de prendre des mesures. Justement, on crée maintenant cette dynamique et moi, je ne vais pas commenter au cas par cas les différents États. 

Q - Est-ce que je peux me permettre une question sur ce que vous avez… parce que c'est vous qui avez évoqué la question d’Ali Taher, sinon je n'aurais pas posé la question. Mais comme vous avez mentionné ça, qu'est-ce que la France pense ? pense qu'il faut faire avec les terroristes du Hezbollah à Ali Taher ? Est-ce qu'il faut les laisser rester là-bas ? Qu'est-ce qu'il faut faire avec eux ?

R - Je vous ai redonné le cadre tout à l'heure. J'ai mentionné effectivement ce que vous dites. Tout notre cadre, et pour répondre à votre question, passe par le désarmement du Hezbollah, le retour de l'État libanais, le retrait des forces armées israéliennes. Ce sont ces trois éléments qui doivent avancer de concert pour instaurer la stabilité au sud du Liban. 

Merci beaucoup et à la semaine prochaine.

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