Conférence de presse du porte-parole du 9 juillet 2026

  • Politique étrangère

Conférence de presse

Le : 09 juillet 2026

1 - Agenda du pôle ministériel

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Noël Barrot se trouve actuellement à Varsovie, en Pologne, où il participe à la conférence des ambassadrices et des ambassadeurs polonais, dont il est l’invité d’honneur. À l’issue de son entretien avec son homologue Radoslaw Sikorski, Vice-président du Conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a prononcé un discours à destination des ambassadrices et des ambassadeurs polonais.
Le ministre remettra demain vendredi 10 juillet les insignes de la Légion d’honneur à Mgr. Gallagher, secrétaire du Vatican pour les relations avec les États et clôturera en fin de journée l’Académie diplomatique d’été, qui fait découvrir des jeunes, lycéens et étudiants venus de toute la France, les différents champs d’intervention de notre action diplomatique.
La semaine prochaine, lundi 13 juillet, le ministre participera à la réunion de la Coalition des volontaires qui se tiendra aux Invalides pour réaffirmer notre soutien total et indéfectible à l’Ukraine dans sa lutte pour la souveraineté et son intégrité territoriale, mais aussi pour la défense de la liberté de l’Europe. Il se rendra ensuite à Rabat pour une rencontre de haut niveau au Maroc aux côtés du Premier ministre et de plusieurs membres du Gouvernement, dont les ministres délégués Nicolas Forissier et Eléonore Caroit.

Le ministre délégué chargé de l’Europe, M. Benjamin Haddad, a eu en début de semaine un entretien avec Madame Christine Lagarde, Présidente de la Banque centrale européenne.
Il est intervenu mardi à l’Assemblée nationale à l’occasion du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis et au moment où nous nous parlons, Benjamin Haddad échange avec Mme Pascal Trimbach et Monsieur Tobias Bütow, Secrétaires généraux de l’Office franco-allemand pour la jeunesse, l’OFAJ. Il participera ensuite aux échanges avec l’OFAJ.

Le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, M. Nicolas Forissier, était hier mercredi 8 juillet en Malaisie et poursuit son déplacement en Asie au Cambodge aujourd’hui et demain. À Phnom Penh, le ministre délégué rencontrera ses homologues du Commerce, de l’Économie et des Finances, de la Santé, ainsi que des Mines et de l’Energie pour aborder les perspectives de développement des relations économiques bilatérales et les opportunités de coopération dans des secteurs prioritaires pour les deux pays. Il préparera la visite d’État du Président de la République prévue en marge du 20e sommet de la Francophonie qui se tiendra au Cambodge en novembre.

La ministre déléguée à la Francophonie, aux partenariats internationaux et aux Français de l’étranger, Mme Eléonore Caroit, était hier soir aux côtés de la ministre des Sports pour l’ouverture à Paris de la Coupe du monde d’e-sport, organisée avec l’Arabie saoudite. La ministre déléguée s’entretient aujourd’hui jeudi 9 juillet avec M. Abdulla Balalaa, ministre adjoint des Émirats arabes unis et participera ce soir à la cérémonie en l’honneur des boursiers France Excellence-Major organisée par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, l’AEFE. Vendredi 10 juillet, la ministre déléguée interviendra à Genève à l’occasion de la conférence annuelle de l’Alliance francophone de la propriété intellectuelle. 

2 - Propos liminaire

Le ministre Jean-Noël Barrot accompagnait le Président de la République à Damas puis à Ankara pour le sommet de l’OTAN cette semaine. Je souhaite aujourd’hui revenir sur ces deux temps forts.

Avant le sommet de l’OTAN, le ministre a accompagné le Président de la République à Damas le lundi 6 et le mardi 7 juillet, pour une visite historique et de fidélité à nos engagements.
Historique car elle était la première pour un Président de la République française depuis 2008, la première d’un chef d’État de l’Union européenne dans le pays depuis la chute du régime al-Assad. De fidélité, car nous n’avons jamais varié dans notre soutien aux aspirations du peuple syrien, et c’est ce qui nous a conduit à faire le choix de nous engager, dès décembre 2024, avec exigence, pour le succès de la transition politique et du relèvement du pays après près de 14 années de guerre.
Ce choix n’est pas seulement un choix d’engagement, c’est aussi un choix réaliste : dans un contexte régional bouleversé, il est nécessaire de saisir l’opportunité historique que la Syrie devienne un pôle de stabilité et de prospérité pour la région, et un partenaire privilégié d’échange pour l’Europe.

Le Président de la République a ainsi réaffirmé à Damas l’attachement de la France à l’unité de la Syrie et à une transition politique inclusive et pluraliste, garantissant les droits, la sécurité et la représentation de l’ensemble des composantes de la société syrienne. Les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier entre Damas et les Forces démocratiques syriennes et la nécessaire reconnaissance et garantie des droits des Kurdes syriens ont également été évoqués par le Président avec son homologue.
Alors que notre priorité reste de lutter contre le terrorisme, qui menace encore en Syrie comme nous l’avons vu pendant cette visite, ce déplacement a permis le renforcement de la coopération sécuritaire entre nos deux pays, dans le cadre de la Coalition Internationale contre Daech dans laquelle nous restons pleinement engagés.

Plus largement, la visite du Président Macron a permis d’acter, par la signature d’un accord-cadre, le renforcement de nos relations bilatérales avec la Syrie dans tous les domaines de coopération : sécurité, je viens de l’évoquer, mais aussi justice, culture, éducation, patrimoine et économie. La visite a été l’occasion de signer plusieurs lettres d’intention sur des sujets d’importance, notamment un accord concernant la restitution des biens mal acquis de Rifaat al-Assad, d’un montant de 51 millions d’euros, saisis par la justice française et désormais rendus aux Syriens sous la forme d’actions de coopération et de développement au bénéfice des populations. Mais il y a d’autres exemples concrets du renouveau de notre coopération, le retour de l’AFD en Syrie par exemple ou l’assistance technique apportée par Expertise France à la banque centrale syrienne. Le Président de la République était accompagné d’une dizaine d’entreprises qui ont signé des accords dans les domaines de la santé, de l’aviation civile, de la construction, ou encore de la finance.
Par cette visite, par la signature de ces 14 accords, nous disons notre volonté d’accompagner la Syrie dans son relèvement, et nous ouvrons une nouvelle page de la relation franco-syrienne.

Après Damas, Ankara. Le ministre Jean-Noël Barrot a accompagné le Président de la République au sommet de l’OTAN les 7 et 8 juillet. C’est l’occasion pour moi de revenir sur cette échéance importante et sur ses résultats.

Plusieurs séquences se sont succédées au niveau ministériel et au niveau des chefs d’États et de gouvernement, entre Alliés seuls, avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ainsi qu’avec les quatre partenaires d’Asie-Pacifique et les pays de l’initiative d’Istanbul qui associe des pays non-membres du Moyen-Orient.
Ce sommet a permis de conforter la reconvergence entre les Alliés et leurs partenaires, dans la lignée de ce qui a été entamé lors du G7 à Évian,. Il a été l’occasion de rappeler la position constante de la France : face au retrait américain et face à la menace russe, nous devons renforcer la défense européenne et notre autonomie stratégique.

En tant qu’allié solide qui contribue puissamment à la sécurité transatlantique, la France a porté un agenda qui se décline en trois axes.
Le premier, c’est le renforcement du pilier européen de l’OTAN. L’OTAN reste la pierre angulaire de notre défense collective. Elle est le lieu où nous pouvons nous préparer, collectivement, à un choc avec la Russie. Mais pour rester crédible face à un retrait américain annoncé, l’Alliance doit devenir plus européenne. Il faut développer une Europe plus forte dans une OTAN plus forte. Cela se décline par davantage de capacités européennes et la définition d’une « manière européenne » de se défendre et de dissuader. Les efforts déjà entrepris par les partenaires européens et le Canada – qui s’élèvent à 139 milliards de dollars supplémentaires en 2025 – ont été salués par nos partenaires.
Le deuxième axe, c’est la réaffirmation du caractère fondamental de la sécurité de l’Ukraine pour la sécurité de l’Alliance. La Russie montre des signes de fébrilité ; c’est le moment pour les Alliés de réaffirmer leur soutien politique, financier et logistique à l’Ukraine, et de poursuivre dans la dynamique initiée à Évian lors du Sommet du G7. L’adoption du communiqué final démontre l’unité des alliés sur ce sujet : la sécurité et la stabilité de l’Europe et de l’Alliance se jouent aujourd’hui en Ukraine. Les alliés s’engagent donc à fournir l ‘équivalent de 70 milliards d’euros en équipements militaires, aide et entraînement à l’Ukraine, en plus du prêt de soutien pour l’Ukraine de l’UE. Ce sommet a confirmé la reconvergence entre Européens et Américains pour soutenir sur le long terme la souveraineté ukrainienne. L’annonce du président Trump sur l’octroi de licence de production de missiles Patriot à l’Ukraine, hier, en témoigne.
Enfin, le troisième axe, c’est la promotion du rôle de l’Union européenne dans la montée en puissance capacitaire de l’Alliance. L’UE a développé des outils pour renforcer notre industrie de défense et notre capacité à innover, avec des priorités définies par les chefs d’État et de gouvernement européens. Nous recourons à de nouveaux financements au vu de l’urgence à nous réarmer. Nous simplifions les procédures pour nos industriels, sans jamais transiger sur le fait que c’est la France qui assume le contrôle de ses exportations d’armements. Tout ceci doit passer par une préférence européenne claire dans l’ensemble des instruments de l’UE, que nous portons.

Les efforts de la France pour œuvrer à la protection de l’Alliance, que ce soit à travers le renforcement de sa contribution financière, la dissuasion avancée présentée par le Président de la République le 2 mars 2026 à l’Ile Longue, ou par la mise en œuvre de la mission multinationale pour la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz, ont été unanimement salués par les Alliés.

3 - Questions/réponses

Q - J'ai deux questions. La première concerne le personnel burkinabè qui avait été appelé à quitter le territoire français au plus tard lundi dernier, enfin ce lundi. Je voulais savoir si effectivement ils étaient bien partis, sachant qu'il y a des informations de presse qui ont circulé sur une potentielle demande d'asile pour pouvoir rester en France. 

Et la seconde question est relative à une information qui est tombée il y a peu. La Jordanie a intercepté des missiles iraniens. Je voulais savoir si vous aviez une réaction au fait que l'Iran a envoyé des missiles sur le territoire jordanien.

R - Alors sur votre premier élément, le chargé d'affaires de l'ambassade burkinabè à Paris a été convoqué lundi dernier par le directeur du cabinet du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ici au Quai d'Orsay. Il lui a été signalé, dans un esprit de réciprocité, que le personnel diplomatique burkinabè devait également quitter la France sous sept jours, en application en réalité d'une décision que nous regrettons, mais qui est unilatérale, prise par les autorités du Burkina Faso. Concernant les rumeurs sur les demandes d'asile, nous n'avons pas connaissance à ce stade de cette information et les membres du personnel diplomatique du Burkina Faso devaient quitter en début de semaine notre territoire, notre pays. 

S'agissant ensuite des missiles iraniens. Nous appelons au respect absolu du cessez-le-feu signé le 17 juin [JB1] dernier. Toutes les frappes menées en contradiction avec le droit international et avec le cessez-le-feu qui avait été trouvé, sont inacceptables. Nous assurons la Jordanie de notre pleine solidarité, mais de même que, de manière plus générale, l'ensemble de nos alliés dans la région, pour lesquels, vous le savez, la France a été un partenaire extrêmement fiable depuis le 28 février dernier. Je pense notamment au Bahreïn, au Koweït, mais aussi aux Émirats arabes unis ou au Qatar. Il est extrêmement important d'éviter toute escalade, de revenir au protocole d'entente et aux négociations qui ont été calées le 17 juin. Vous savez qu'il y a désormais 60 jours pour mener à bien ces négociations et ce sont ces discussions qui doivent reprendre. Et la France est pleinement mobilisée en ce sens, à la fois au niveau du Président de la République comme du ministre des Affaires étrangères qui échangent avec leurs homologues. 

Q - Le pédiatre et directeur de l'hôpital Kamal-Adouan à Gaza, le docteur Hussam Abu Safiya est détenu depuis un an et demi par Israël après avoir été enlevé le 27 décembre 2024. Selon son avocat et l'organisation PHRI, il risque une mort imminente sous la torture et la violence dans les geôles israéliennes. Vous aviez communiqué, après trois mois de siège de l'hôpital Kamal-Adouan, au moment de son enlèvement fin décembre 2024 et depuis plus rien. Il y a en ce moment une campagne internationale pour demander sa libération. Quelle est la position de la France ? Il n'y a pas eu de nouveau communiqué alors que sa situation semble assez catastrophique comme celle de plusieurs dizaines de soignants palestiniens de Gaza détenus par l'armée israélienne dans exactement les mêmes conditions. Quelle est la position de la France par rapport à ça ?

R - Nous avons noté, comme vous, cet appel à la libération du docteur Hussam Abu Safiya, qui est un pédiatre gazaoui détenu en Israël. Eu égard aux informations extrêmement inquiétantes sur son état de santé, la France se joint aux appels internationaux pour sa libération pour des raisons humanitaires. Nous avons eu l'occasion de condamner à de multiples reprises les impacts du conflit sur les hôpitaux et sur le secteur médical, le personnel humanitaire, qui constituent, comme vous le savez, des atteintes au droit international humanitaire. 

Q - J'ai une clarification et deux questions quand vous avez dit sur l'Iran, toutes les frappes sont inacceptables, cela inclut aussi les frappes américaines qui ont fait suite aux frappes sur les navires dans le détroit d’Ormuz ?

Et puis j'ai deux questions, la première sur le Liban. Donc le Liban demande un retrait israélien des zones soi-disant pilotes selon ce cadre d'accord. Est-ce que vous soutenez cette demande ? C'est une condition pour aller aux prochaines négociations à Rome. 

Et une deuxième question, Israël continue les frappes et ne prend aucune mesure laissant présager un retrait. Est-ce que vous estimez toujours que le retrait est réaliste à court terme ? Parce que vous avez soutenu ce cadre d'accord entre Israël et le Liban qui est conditionnel, le retrait est conditionnel au désarmement du Hezbollah. Et comme je viens de le dire, Israël ne montre aucun signe de se retirer. 

Enfin sur la Syrie, vous avez mentionné des accords. Il y en a eu 14. Je pense que le premier sur la coopération bilatérale, il y a la justice qui est mentionnée. Mais la question est, je sais que la France a toujours insisté sur la justice transitionnelle, mais on n'a pas vu un accord spécifique, du moins, on ne sait pas ce qui a été mis en place pendant cette visite. Est-ce qu'il y a eu des engagements de la part des autorités syriennes sur la problématique de la justice transitionnelle, parce qu'il y a beaucoup de Syriens aujourd'hui qui disent qu'ils n'ont pas l'impression qu'il y a des engagements sérieux, que la pression a été enlevée, que ce soit de la France ou d'autres pays occidentaux. Et quand je parle de justice transitionnelle, je ne parle pas seulement des crimes commis par le régime d'al-Assad, mais aussi des exactions qui ont eu lieu depuis la prise du pouvoir de ce nouveau gouvernement.

R - Sur votre première question, je crois qu'il faut revenir aussi à l'enchaînement. Il y a eu une rupture du cessez-le-feu par des frappes iraniennes contre des navires qui passaient par le détroit d'Ormuz et qui a déclenché ensuite un cycle de représailles, deux nuits d'affilée. Notre message est clair, c'est le retour au calme, à la désescalade pour non seulement rétablir de la fluidité qui est nécessaire dans ce détroit, qui est nécessaire pour le rétablissement de la liberté de navigation et du trafic, et puis ensuite pour, dans le cadre de ces 60 jours, aboutir dans ces négociations. C'est donc aussi le message que nous adressons aux uns et aux autres sur la capacité à pouvoir reprendre ce dialogue. La France, là-dedans, est extrêmement concrète, puisque vous savez, notamment depuis début mars, mais particulièrement depuis la visite du sultan d'Oman il y a une dizaine de jours à Paris, notre capacité à pouvoir contribuer de manière très opérationnelle, à la fois sur des vecteurs de déminage et en même temps sur une capacité d'escorte militaire de la flotte civile qui a besoin de passer. Nous sommes désormais en discussion avec les autorités, notamment omanaises, pour opérationnaliser tout cela. Le Président a eu l'occasion de le rappeler à différents moments. 

Q - Comment qualifiez-vous les frappes américaines ?

R - Nous appelons à la désescalade, je ne vais pas les qualifier, nous appelons à la désescalade et dans les deux cas, la reprise des discussions, puisque nous y avons tous intérêt et surtout, nous n'avons aucun intérêt à une reprise d'une conflictualité, et en tout cas pour la France et pour l'Europe, à subir les conséquences économiques néfastes d'une guerre qui n'est pas la nôtre, que nous n'avons pas voulue et que nous n'avons pas provoquée. 

Sur votre deuxième point, nous soutenons l'accord historique qui a été trouvé le 26 juin dernier entre Israël et le Liban à Washington. C'est la preuve de l'extrême courage des autorités libanaises à avoir ainsi ouvert la capacité à discuter de manière directe avec les autorités civiles israéliennes. Et désormais, nous avons deux objectifs. D'une part, la mise en œuvre de cet accord, c'est-à-dire le respect du cessez-le-feu, d'amorcer le retrait israélien qui dépend du désarmement effectif, contrôlé et complet du Hezbollah. Et puis, notre capacité ensuite à formuler une offre française et européenne pour participer à la mise en œuvre de l'accord. Nous proposons de déployer à l'invitation du Liban une coalition internationale ad hoc pour appuyer l'armée libanaise. Nous y travaillons dans l'aspect un peu post-FINUL et nous avons déjà des propositions qui ont été faites par le secrétaire général des Nations unies. Nous espérons que ces discussions puissent aboutir à l'horizon de l'été en termes notamment de besoins de planification. Nous sommes prêts à mobiliser la communauté internationale au profit de la souveraineté au Liban, notamment en accueillant la future conférence de soutien aux forces armées libanaises et forces de sécurité intérieure. Ensuite, il revient aux parties de définir les modalités de négociation. A terme, l'objectif est la souveraineté des autorités libanaises sur l'ensemble du territoire, c'est-à-dire effectivement le retrait de l'armée israélienne et le désarmement du Hezbollah. 

Nous soutenons la mise en œuvre de cet accord et je vous ai expliqué les conditions. Il y a désormais tous ces paramètres qui doivent être discutés et sur lesquels nous échangeons avec les partis pour que ce soit mis en œuvre. Est-ce que c'est facile ? Probablement non, mais par contre, la voie et l'objectif sont clairs et c'est cela que nous voulons suivre. 

Sur, ensuite, la Syrie et votre point sur l'accord de justice transitionnelle, nous n'avons jamais mesuré ou mâché nos mots sur ces sujets, à la fois de l'époque du régime de Bashar al-Assad comme depuis sa chute. Et lors de la venue du Président de la République à Damas, les autorités syriennes se sont engagées à traiter ensemble des crimes qui avaient lieu avant et après la chute du régime, qui est un point de vigilance particulier pour nous. Nous le disons en bilatéral, mais nous le disons aussi de manière publique, de manière répétée. Il y a eu des commissions d'enquête dont nous avons salué la création, la tenue, les résultats, et il est important désormais que sur la base des conclusions de ces rapports, de ces commissions d'enquête, la justice puisse être rendue et que les coupables soient traduits devant les tribunaux. C'est un enjeu qui est assez essentiel pour la Syrie et pour la bonne insertion de la Syrie dans le concert des nations, qui est finalement le pari que la France fait depuis décembre 2024, par respect pour toutes les victimes, mais aussi pour construire la stabilité future du pays en interne, comme du pays dans son environnement régional. 

Nous jugeons que ce sont des éléments dont nous faisons part, sur lesquels les autorités syriennes nous répondent et qui sont systématiquement réévalués au fur et à mesure dans notre relation avec eux. 

Q - L'Allemagne a depuis quelques mois des contacts formels avec les Talibans, des contacts qui ont permis entre autres de déporter des Afghans en situation irrégulière, qui étaient en Allemagne. Il y a notamment des talibans en fonction consulaire qui sont basés en Allemagne. Je voudrais simplement savoir qu'en est-il de la France ? Quels contacts avez-vous avec les Talibans et à quel niveau ? La position de la France a-t-elle évolué depuis l'été 2021 ? 

R - Notre priorité est la sécurité des Français. Et nous partageons avec plusieurs de nos partenaires européens la volonté de reconduire des ressortissants afghans, dangereux et illégaux, sur le territoire national. A l'instar d'autres pays européens, nous avons donc initié des contacts afin de faciliter l'éloignement vers l'Afghanistan de ressortissants afghans en situation irrégulière et représentant une menace à l'ordre public. 

Concernant ensuite les agents consulaires dont vous parlez pour l'Allemagne, s'agissant en tout cas de la France, aucune décision n'a été prise en ce sens. Les échanges se poursuivent. Nous ne préjugeons pas de leur issue, et en tout cas, il n'y a aucune logique de normalisation avec les Talibans. Vous connaissez notre position, claire et constante, notamment vis-à-vis du respect des droits humains et des droits des femmes dans le pays. 

Q - À quel niveau, ces contacts ? 

R - Je ne vais pas être plus précis, mais c'est à un niveau technique. 

Q - Juste un petit follow-up. Est-ce qu'on peut savoir combien d'Afghans ont été reconduits ?

R - Je n'ai pas ce chiffre avec moi. Il faudra d'ailleurs le regarder probablement avec le ministère de l'Intérieur, mais c'est quelque chose que l’on peut vous donner après cette conférence.

Q - Concernant la visite du Premier ministre et du Ministre au Maroc la semaine prochaine, est-ce que la question du Sahara occidental sera traitée d'une manière ou d'une autre ? On sait que dans des visites d'officiels français au Maroc, ces deux dernières années en particulier, il y a eu des visites même dans le territoire du Sahara occidental. Est-ce que ce sera le cas, pas des visites, mais est-ce que la question sera traitée pendant cette visite du Premier ministre et du Ministre ? Et si oui, de quelle manière ? Et si vous avez quelque chose à dire sur les affrontements qu'il y a eu, il y a quelques semaines, entre les Marocains et les Sahariens ?

R - Je ne vais pas faire plus de commentaires sur le programme de la visite. Vous savez que c'est une visite qui est organisée par le Premier ministre. Donc, ce sera Matignon qui communiquera sur le programme précis. Il y a plusieurs ministres et ministres délégués qui accompagnent le Premier ministre. Sur le fond, bien sûr, l'ensemble des éléments de la relation bilatérale seront abordés. Et après, sur le fond du fond, c'est-à-dire sur le Sahara occidental, vous connaissez notre position décrite ensuite depuis désormais plus d'un an, à savoir que l'initiative d'autonomie sous souveraineté marocaine trace la voie vers une paix juste, durable et mutuellement acceptable, dans laquelle il convient à l'ensemble des parties de s'engager. Elle constitue pour la France la seule base pour y aboutir. Et je tiens à rappeler le soutien de la France à la mission et au travail de la MINURSO.

Q - Une question sur l'avenir du peuple palestinien et savoir votre position sur une échéance à moyen terme. L'annexion de facto de la Cisjordanie est dénoncée par de très nombreuses organisations, avec des violences continues des colons et de l'armée israélienne. Et à Gaza, les dirigeants israéliens affirment qu'ils contrôlent désormais 70% de la bande de Gaza. Les Palestiniens sont donc retranchés dans une toute petite bande de terre. Et le Board of Peace, donc l'autoproclamé Conseil de la paix, prévoit notamment la constitution de ce qu'il appelle des « villes humanitaires », expérimentales, dans lesquelles ils vont mettre des Palestiniens, d'abord à Rafah. Il s'agirait de zones désarmées, de zones sans Hamas, comme ils disent, avec un contrôle sur la population, d'où la population ne pourrait pas sortir. Beaucoup d'organisations dénoncent des sortes de cages. Que pensez-vous de l'évolution de la situation pour les Palestiniens et pour leur avenir ? Et en quoi le camp occidental, disons les Américains alliés aux Israéliens, ont-ils une légitimité à ainsi contribuer à une mise sous tutelle du peuple palestinien ? 

Il y a également la question du désarmement du Hamas. Le Hamas a dit qu'il était prêt à déposer les armes dans le cadre de coordinations palestiniennes, intra-palestiniennes. Pourquoi les choses ne vont pas dans le sens d'une autonomie palestinienne, plutôt que d'une tutelle coloniale perpétuelle ?

R - La position de la France est claire, constante et connue, mais je vais la rappeler, notamment sur les deux éléments que vous mentionnez. À Gaza, la nécessité est d'aller vers la phase 2, le désarmement du Hamas, le retrait de l'armée israélienne, qui occupe en effet 70% de l'enclave, et la capacité du comité national technique palestinien de pouvoir se déployer à Gaza et préparer le retour d'une Autorité palestinienne réformée. La dissolution par le Hamas de ses instances dirigeantes civiles lève un obstacle pour ce faire. La priorité, à court terme, est l'entrée bien plus massive de l'aide humanitaire face à la catastrophe en cours. Vous savez que nous ne cessons d'appeler à cela, à la fois par l'augmentation du flux entrant, par l'ouverture de davantage de points de passage, par l'enregistrement des ONG. Tout ça, ce sont des éléments que nous ne cessons de pousser vis-à-vis des autorités israéliennes. 

Ensuite, en Cisjordanie, nous sommes mobilisés face à la trajectoire d'annexion de facto de la Cisjordanie et face à l'explosion des violences et des colons extrémistes. Il est urgent d'agir afin que, avant que l'ouverture prévue le 20 juillet prochain, notamment des appels d'offres du projet E1, constitue une menace probablement mortelle à la situation des deux États, en coupant la continuité territoriale en Cisjordanie. Nous avons pris des sanctions à titre national, à titre européen, et notamment en obtenant la fin du veto hongrois il y a quelques semaines au niveau de l'Union européenne. Nous continuons de travailler à ce que l'UE, notamment, restreigne l'importation des produits issus des colonies. Vous savez que nous attendons qu'il y ait une proposition faite par la Commission, notamment lors du prochain Conseil Affaires étrangères, lundi prochain, le 13 juillet, qui sera discutée par les ministres des Affaires étrangères. La Commission s'est engagée en ce sens et nous appelons les entreprises à la vigilance concernant toute activité dans les colonies qui serait contraire au droit international. 

Nous avons eu l'occasion, enfin, sur le fond, d'exprimer nos doutes quant au Board of Peace. Je vous renvoie à nos déclarations : la priorité pour nous est la mise en œuvre de la phase deux du cessez-le-feu, qui actuellement fait défaut.

 

 

 

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