Conférence de presse du porte-parole du 15 octobre 2026 Politique étrangère Conférence de presse Le : 15 octobre 2026 1 - Propos liminaire Un mot pour vous parler de la situation en Ukraine, au cœur d’une semaine européenne assez dense, vous savez que le Conseil européen commence aujourd’hui, et qu’avant cela, le ministre Jean-Noël Barrot s’est rendu à Luxembourg lundi, où il a notamment salué l’adoption de nouvelles sanctions massives contre la Russie : 1 600 nouvelles sanctions contre des responsables russes du complexe militaro-industriel, en particulier de l’industrie de drones. La Russie n’est, de toute évidence, pas prête à faire un pas vers la paix comme en témoignent les frappes de ces derniers jours ayant tué plus de 150 civils depuis le début de la semaine dernière. La Russie continue de bombarder les civils et les infrastructures critiques. Elle empoisonne le débat dans nos sociétés en cherchant à nous déstabiliser. Mais nous ne nous laissons pas contaminer par la propagande de Vladimir Poutine. La Russie ne parvient pas à entamer l’union des Européens. A l’unanimité, nous adoptons des sanctions, et nous traquons avec toujours plus de précision les navires vétustes de la flotte fantôme, jusque dans l’Océan indien. Un nouvel arraisonnement a été rendu public par la France cette semaine, au large de la Réunion, le DF Peak. L’économie russe civile est atrophiée, dépendante comme jamais de pays tiers. Son déficit atteint cette année le double des prévisions initiales. La production de diesel et d’hydrocarbures russes s’est effondrée depuis 2022, et plus singulièrement depuis le début de l’année 2026. Et contrairement à ce qu’on a pu entendre dernièrement, l’UE, par ses mesures d’adaptation, a très largement réduit ses dépendances. En mettant en place RePowerEU, grand plan de sortie de la dépendance énergétique à la Russie dès 2022, l’UE a évité de dépenser plus de 250 Mds d’euros en achat de gaz et de pétrole russe depuis 2022. La Russie, privée de l’accès aux marchés financiers internationaux, n’a d’autre choix que de prioriser une économie de guerre qui compromet sa croissance future. L’Europe assume l’essentiel du soutien à l’Ukraine, et a fait la preuve de sa résilience et de son soutien dans la durée. Le décaissement d’une nouvelle tranche de 5 Mds EUR ces derniers jours au titre du prêt européen de 90 Mds EUR en est une nouvelle preuve. On aide également l’Ukraine par le prêt ERA qui est remboursé par les intérêts des avoirs russes gelés. Ce soutien se prolongera aussi longtemps que nécessaire. En novembre 2026, les Nations unies éliront plusieurs juges de la Cour internationale de Justice, l’organe judiciaire principal de l’ONU, qui siège à La Haye. Le rôle de la CIJ est essentiel : régler les différends juridiques entre États et éclairer les Nations unies sur les grandes questions de droit international. Dans un contexte de brutalisation sans précédent des relations internationales et alors que l’autorité et l’universalité du droit international sont mises à l’épreuve,cette élection est cruciale.La France est fière de soutenir la candidature de François Alabrune, diplomate et juriste, actuellement ambassadeur de France aux Pays-Bas. Sa candidature a été présentée par 40 groupes nationaux indépendants, composés d’experts en droit issus de toutes les régions du monde, et endossée par l'Organisation internationale de la Francophonie, qui rassemble 90 Etats et gouvernements. Son expérience et son caractère en feront un juge indépendant et intègre, impartial et à l'écoute de tous, renforçant la capacité de la Cour à maintenir son autorité et à répondre aux attentes de la communauté internationale 2 - Agenda du pôle ministériel Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, accompagnera le Président de la République dans sa tournée dans le Golfe, plus précisément au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar pour réaffirmer auprès des dirigeants de la région la mobilisation de la France en faveur du respect de leur souveraineté, du retour à la stabilité régionale et à la libre navigation dans le détroit d’Ormuz. Les discussions porteront également sur le renforcement des coopérations ainsi que la sécurisation et la diversification des approvisionnements énergétiques et de leurs voies d’acheminement pour limiter les conséquences de cette crise énergétique sur le quotidien des Français.Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe, est aujourd’hui et demain à Bruxelles où il accompagne le Président de la République au Conseil européen.Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, sera demain vendredi dans l’Indre à la rencontre d’entreprises qui contribuent au dynamisme économique du territoire et au rayonnement des savoir-faire français. Il se rendra lundi 19 octobre au Salon international de l’Alimentation. Puis il rejoindra le 21 octobre le Président de la République au Qatar comme ministre délégué au Commerce extérieur mais également au titre de sa mission, confiée par le PM la semaine dernière, de sécurisation des approvisionnements énergétiques.Eléonore Caroit, ministre déléguée en charge de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger, est actuellement en déplacement en Asie. Elle est en Thaïlande jusqu’à demain, pour les assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. A Bangkok, la ministre déléguée doit également présider une réunion des ministres du Développement du G7, dans la continuité des travaux de la présidence française du G7. Dimanche et lundi, la ministre déléguée se rendra ensuite au Vietnam. 3 - Questions/Réponses Q - Je voudrais revenir sur deux choses. La première, sur la sécurité énergétique. Donc, le prince héritier de l'Arabie saoudite était en France en fin août, je crois. Nous sommes mi-octobre. Et depuis plusieurs jours, l'Arabie fait face à des attaques houthies sur son territoire. Donc, j'ai un petit peu de mal à comprendre, si on veut essayer de sécuriser tout ce qui est les volets énergétiques, surtout en Arabie saoudite, et je crois le terminal de Yanbu, pourquoi est-ce que le Président ne prévoit-il pas de se rendre en Arabie saoudite dans le cadre d'une tournée qui compte quatre autres pays au Proche-Orient. Et quel signal ça envoie à Riyad dans ce contexte actuel ? R - Déjà un signal de grande proximité entre les deux pays. Parce que, comme vous le savez, nous avons accueilli le prince héritier fin août à l’Élysée et en France. Ensuite parce qu'il y a eu différents échanges bilatéraux qui ont été faits à différents niveaux de l'État et notamment, par exemple, en marge de l’AGNU avec le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères qui s'était entretenu avec différents ministres du CCEAG à New York. Et puis, enfin, par les différentes annonces qui ont été faites et mises en œuvre depuis, vous savez que les attaques des Houthis au Yémen et contre l'Arabie saoudite menacent non seulement la sécurité de l'Arabie saoudite et la sécurité énergétique de la région, vous savez que le Président a annoncé le 24 septembre dernier le fait que la France viendrait en soutien à la défense des infrastructures énergétiques saoudiennes et notamment du corridor est-ouest de Yanbu. Et cette opérationnalisation est en cours. Sur la mise en œuvre, c'est bien sûr vers le ministère des Armées que je vous renverrai, mais en tout cas, cette décision politique, elle est prise et elle est en cours. Nous avons ensuite fermement condamné les dernières attaques odieuses conduites par les rebelles Houthis contre l'aéroport de Riyad et dans d'autres localisations qui ont fait de nombreuses victimes civiles. Parmi celles-ci, il y avait une victime, une ressortissante française qui a été blessée, et nous avons réaffirmé la solidarité de la France auprès de l'Arabie saoudite, et nous continuons à nous tenir à ses côtés. Ensuite, sur la visite en tant que telle, et sur le programme du président de la République, c'est naturellement vers l’Élysée que je vous renverrai, mais en tout cas, vous voyez sur ces dernières semaines la densité des échanges entre nos pays. Q - Vous parlez de la mise en œuvre de cet accord. À ce stade, c'est juste l'accord en principe politique, mais il n'y a pas de mise en œuvre pratique qui est encore en discussion ? Est-ce que ça a avancé ? R - La mise en œuvre pratique de la protection des infrastructures énergétiques ? La mise en œuvre pratique est en cours, vous savez, le ministre l'a précisé. Et encore une fois, sur les moyens techniques qui sont en œuvre, c'est vraiment le ministère des Armées qui saura vous dire, puisqu’évidemment, ce sont ses moyens. Q - OK, donc pour bien comprendre, là, il y a un accord fixé sur ce qui va être envoyé ou qui est déjà en train d'être envoyé en Arabie saoudite ? Tout ça, c'est fixé, ce n’est juste pas public ? R - Évidemment, sur des sujets qui sont de ce type-là, il y a évidemment des choses qui sont couvertes pour des questions de sécurité. Q - Mais il y a quand même un transfert de matériel qui a commencé, débuté envers l'Arabie saoudite ? R - Là, vous voulez m’en faire dire plus que ce que je ne veux dire. C’est-à-dire qu’évidemment les transferts de matériel, c'est vraiment le ministère des Armées qui va vous dire où est-ce que ça en est . Mais le Président avait été clair le 24 septembre dernier en disant qu’il y aurait des éléments qui effectivement dépendaient des armées, qui incluaient notamment des radars ou des intercepteurs. Et ensuite, comment dire, le rythme des déploiements et la nature de ces éléments sont évidemment du ressort du ministère des Armées. Q - Le problème, c'est qu'au début de la semaine, le chef d'état-major a parlé de... Il y avait encore des discussions en cours sur ce volet technique. Et donc là, vous donnez l'impression que la mise en œuvre de cet accord a commencé. Donc il y a un accord et que ça a commencé à bouger. R - Le ministre a parlé de « à brève échéance » ce matin. Et donc ça veut dire évidemment que cette opérationnalisation est en cours. Q - Une première question sur le Liban. Est-ce que vous avez plus de détails sur les pays européens qui font partie de cette mission européenne qui va soutenir les forces armées libanaises ? Et qu'est-ce que devient cette initiative franco-italienne qui a tout à fait une différente mission, inclut le désarmement du Hezbollah et aussi le retrait d'Israël ? Deuxième question, le ministre hier devant l'Assemblée nationale a mentionné qu'il prenait en compte l'investigation de L'Humanité sur l'export des armes françaises en Israël. Je sais qu'il n'a pas confirmé qu'il y a de tels exports, mais il a dit qu'il y a une investigation et qu'entre-temps, il a pris des mesures conservatoires. Alors ma question est : qu'est-ce qu'il veut dire par les mesures conservatoires ? Et si la France prend des mesures conservatoires, est-ce que cela ne veut pas dire qu'elle reconnaît qu'il y a en fait des exports ou une certaine activité vers Israël ? R - Je vais commencer par votre seconde question. Nous n'exportons pas d'armes vers Israël. C'est une politique qui a été rappelée à tous les niveaux de l'État, par le ministre des Armées, le Premier ministre, et rappelée encore au Parlement par le ministre des Affaires étrangères il y a quelques jours. Nous avons pris connaissance des informations qui ont été révélées par le journaliste de L'Humanité. Enfin, nous les avons pris extrêmement au sérieux, et c'est un signe justement de cette capacité à les prendre très au sérieux que de prendre des mesures conservatoires. Des mesures conservatoires, c'est des mesures qui sont temporaires, qui permettent d'y voir plus clair sur la nature de la situation, et dans l’attente de résultats ensuite qui permettront de prendre d'éventuelles mesures. Donc c'est là où on en est en ce moment. Je ne vais pas être plus précis sur la nature de ces mesures conservatoires, mais ça veut dire deux choses. Ça veut dire que ces informations ont été prises extrêmement au sérieux par nos autorités et qu'ensuite nous cherchons à avoir plus de clarté sur ces éléments qui étaient révélés. Q - Et transitoires, ça veut dire quoi ? R - Transitoires, ça veut dire le temps qui est nécessaire pour y voir plus clair. Sur votre premier point, qui était ensuite le Liban, c'était déjà une très bonne nouvelle, le ministre a salué ce résultat à Luxembourg lors du Conseil des Affaires étrangères. C'est une mission qui se déploiera au moins sur trois années, qui fournira un appui aux forces armées libanaises et aux forces de sécurité intérieure, notamment par des actions de formation, par des actions de soutien capacitaire. Elle a deux piliers, elle a un pilier qui est militaire et un pilier qui est civil. Et sur le plan militaire, cela permettra par exemple d'assurer la sécurisation des frontières maritimes, d'assurer aussi la sécurisation des frontières terrestres. Sur le volet civil, cela viendra en partie aider à décharger les forces de sécurité intérieure de missions qu'elles ne peuvent assurer pour qu'elles puissent se recentrer sur leur cœur de mission. Les prochaines semaines, et c'est là où je vais répondre à votre point, vont être consacrées désormais à entrer dans la phase active de planification pour une mise en œuvre au début de l'année 2027 ainsi qu'à des travaux d'identification des forces disponibles et des pays contributeurs. Q - Et l'initiative franco-italienne ? R - Toujours d’actualité, ça faisait partie des conclusions... Q - Parce que c'est différent, non ? On est d'accord ? R - Ah oui, c'est différent. Q - Et ça n'a rien à voir avec le désarmement, la mission européenne n'a rien à voir avec le désarmement ou le retrait d'Israël, ou peut-être j'ai mal compris, donc si vous pouvez élaborer sur ça ? R - Merci pour votre question. Ce n'est pas que ça n'a rien à voir, parce que tout ça est compris quand même dans un tout. Notre objectif, c'est de penser une architecture de sécurité qui va éviter un vide sécuritaire au moment où la FINUL viendra au terme de son mandat qui est le 31 décembre prochain. Et donc, il y avait plusieurs éléments qui sont proposés par la France. Je vous avais dit que nous avons été moteurs pour la mission PSDC de l'Union européenne. Je ne reviendrai pas dessus. Nous avons proposé lors du séminaire franco-italien de juin dernier d'avancer avec une coalition d'États qui ont des capacités de pouvoir avoir des forces sur place. Vous savez que la France a un contingent d'environ 700 hommes qui sont en ce moment au sein de la FINUL, nous avons fait cette proposition. Elle doit désormais avoir plusieurs discussions. Il y a aussi des discussions qui vont s'accélérer au niveau de l'ONU et du Conseil de sécurité des Nations unies dans les prochaines semaines. Q - Je viens de me rappeler, vous n'avez pas répondu à ma question pour la mission européenne. C'est quel pays (inaudible)... R - Si, en conclusion de ma première réponse, j'avais dit en disant qu'on serait dans une phase active. Q - Donc on ne sait pas encore pour la... R - Là, on rentre dans la phase active de planification. Donc on s'est mis d'accord en Européen et en fait, ça nécessitait un consensus qui a été obtenu lors du Conseil des Affaires étrangères de lundi. Et maintenant, on rentre dans la phase active de planification, c'est-à-dire quelles forces, quels moyens militaires, et ensuite, quels pays contributeurs. Donc là, (inaudible) pour ensuite une mise en œuvre qui sera au début de l'année prochaine. Q - Sur l'Ukraine, quelle analyse faites-vous des dernières décisions prises par le gouvernement de Donald Trump, c'est-à-dire l'accord sur le diesel et en particulier cette mesure de réduction de couverture satellitaire, et quelles sont les conséquences qu'on doit extraire pour l'action européenne ? Vous avez parlé que l'Europe représente maintenant, je crois, deux tiers du support. Est-ce qu'il faut aller plus dans le support économique ou autre chose ? R - Les conséquences qu'on en tire, c'est de poursuivre le cap que nous nous sommes fixés, qui est un cap très clair en trois points, celui du soutien à l'Ukraine, je peux détailler les différents éléments, celui de la poursuite de la pression sur le régime russe et troisièmement, la préparation de négociations de paix une fois que toutes les parties seront prêtes à s'y rendre de bonne foi et on voit que ce n'est pas le cas en tout cas du côté de la partie russe. Donc ne nous laissons pas intoxiquer par les narratifs russes qui sont ce qui masque le fait que la production de diesel et même d'hydrocarbures par la Russie s'est effondrée depuis le début de la guerre et singulièrement depuis le début de l'année 2026. Par ailleurs, les Américains, vous savez, contribuent de manière très forte sur le point du renseignement, mais aussi la France et l'Europe. C'est ce qu'a rappelé le ministre ce matin sur France Inter lors de son interview. Cette stratégie produit des effets qui sont considérables sur le terrain et la partie ukrainienne le souligne. Et ce soutien doit se poursuivre face aux bombardements extrêmement forts et continus, qui sont très meurtriers sur les villes de l'arrière de l'Ukraine. Vous le savez, je l'ai indiqué en introduction, environ 150 morts civiles sont à déplorer depuis une dizaine de jours face à ces attaques. Donc nous, les conséquences qu'on en tire sont celles-ci, c'est-à-dire la poursuite du soutien, la poursuite de la pression et la poursuite des travaux sur les garanties de la paix et des négociations de paix à l'avenir. Q - Sur la question de l’analyse des décisions prises par les États-Unis et des mesures prises par les États-Unis de faire un accord avec la Russie sur les diesels et de réduire les capacités satellitaires offertes à l'Ukraine ? Quelle est l'analyse ? R - La capacité de la Russie à produire du diesel et à en exporter est extrêmement faible actuellement, à la fois du fait des sanctions et ensuite du fait de leurs capacités industrielles sur place. Q - Je vais juste relancer sur la question de mon collègue. C'est qu'au bout du compte, là, vous parlez beaucoup du narratif russe, mais ce dont on parle en ce moment, c'est le comportement de votre allié américain. Pression exercée sur Kiev, les interrogations autour du renseignement, attaque verbale du président Trump vers le président Zelensky. Dans ce contexte, pourquoi continuer à envoyer toujours sur la propagande russe plutôt que de reconnaître ouvertement qu'il y a certaines prises de position américaines qui soulèvent des inquiétudes ? Pourquoi pas appeler un chat un chat ? R - Je ne dis pas appeler un chat un chat, mais dire en tout cas ce que nous, on peut faire en Européens. Et je constate que l'Union européenne est encore très forte sur ces sujets-là. Il faut avoir une unanimité pour adopter de nouvelles sanctions. On en a adopté 1600 lundi, c'est-à-dire 50% de plus que ce qu'il y avait. On est passés de 3000 à 4600, c'est 50% en termes d'entités. Dans ces entités, on a pris celles qui étaient liées aux industries de drones. Et il y avait aussi des entités qui étaient liées avec ces mascarades d'élections à la Douma qui étaient dans les territoires occupés dans l'est de l'Ukraine. Donc nous nous concentrons sur ce que nous pouvons faire, plutôt que d'être dans le commentaire de telle ou telle déclaration de différentes parties. Et je constate que cette union, à la fois dans la pression vis-à-vis du régime russe et dans le soutien vis-à-vis du régime ukrainien, elle continue. Et c'est, je crois, ce que nous pouvons faire de mieux actuellement. Q - C'est en fait une relance à nouveau des questions qui sont posées. C'est frappant cet après-midi avec vous. Ça l’était déjà ce matin sur France Inter avec le ministre : cette volonté de ne pas commenter, qualifier, même presque évoquer Donald Trump et le soutien de Washington bridé, voire qui fait défaut. Pourquoi une telle prudence ? R - Parce que notre objectif, c'est d'avoir de l'impact dans ce conflit pour amener les Ukrainiens à être à la meilleure place possible au moment où les négociations de paix s'ouvriront réellement. Bien sûr qu'on est pour une trêve énergétique, on l'avait même proposé la troisième semaine de septembre à New York, mais pour avoir une trêve énergétique, il faut que les deux parties soient d'accord. On a vu que les Ukrainiens étaient disposés à le faire et on a vu en réalité que les frappes russes n'ont cessé de toucher non seulement des individus civils, mais aussi des infrastructures énergétiques ces derniers jours. Donc c'était la preuve par l'évidence que cette trêve énergétique n'était pas respectée par l'une des parties. Q - Avoir de l'impact, ça veut dire ne rien dire aujourd'hui, en tout cas officiellement aux Américains ? R - Non, avoir de l'impact, c'est voir que ces 21 paquets de sanctions ont privé la Russie de 500 milliards de dollars de recettes sur les quatre dernières années. C'est de voir qu'elles ont eu au total occidental, c'est-à-dire Union européenne plus G7 et États-Unis, elles ont eu 1 300 milliards d'impact sur l'économie russe. C'est ça, en fait, la réalité. C'est de voir que quatre ans et demi après, l'Ukraine tient, à la fois par le courage de ses troupes, par l'ingéniosité de son armée et par le soutien qui est apporté, désormais quasiment intégralement en termes financiers, par l'Union européenne. C'est ça le choix d'impact. Q - Vous parliez des capacités des Européens à soutenir l'Ukraine si le mouvement américain actuel continue, c'est-à-dire qu'il continue à réduire l'échange de renseignements, qu'il continue à réduire le recours aux satellites. Il y a des discussions sur le fait de potentiellement empêcher les Européens de continuer à acheter des armes américaines pour les transférer aux Ukrainiens. Vous pensez vraiment que l'Europe est en capacité de compenser ce retrait américain s'il continue dans la durée ? R - Alors déjà, je ne fais pas de politique fiction. Je vous rappelle qu'il y a quand même quelques mois, on était tous au G7 d’Évian en train de voir au contraire un soutien très fort des Américains de la part de son président qui était présent et vis-à-vis du soutien à l’Ukraine. Je voudrais vous citer par exemple le 13 juillet dernier, la coalition antibalistique que nous avons accueillie à Paris, qui justement visait à réunir des industriels et des autorités politiques capables de s'engager sur des commandes et ensuite s'engager sur de la production pour faire des missiles antibalistiques ou pour augmenter, par ailleurs dans une autre réunion , la production de drones. Voilà, donc c'est tout ça qui permet d'augmenter la résilience non seulement de l'Ukraine, mais ensuite aussi des Européens dans leur soutien à l'Ukraine. Je ne vais pas faire de politique fiction pour vous dire comment ça va évoluer à l'avenir. Ce que je constate actuellement, c'est qu'il y a un soutien de renseignement et un soutien capacitaire qui est en œuvre, qui est extrêmement important de la part des Américains et de la part des Européens. Et ensuite, qu'est-ce que ce sera à l'avenir ? C'est tout notre effort, t notamment diplomatique. Encore une fois, notre but, c'est d'amener l'Ukraine dans la meilleure position possible au moment où les négociations ouvriront quand les deux parties seront prêtes à négocier. Q - Je vais poser une question parallèle. Sur ces questions, ces discussions potentielles des Américains sur les avoirs gelés russes, c'est des demandes sérieuses des Américains de transférer ça dans un fonds qui serait géré par les Américains ? Est-ce que ça a été vraiment proposé aux Européens ? Parce qu'on a vu que, je crois que c'était Friedrich Merz ce matin qui a dit « absolument pas ». C'est une proposition sérieuse ? R - Je ne vais pas commenter les propositions qu'il peut y avoir, disons, entre les négociateurs. Ce que je peux dire, c'est qu'en tout cas, la position en Union européenne sur les avoir immobilisés, elle a été fixée il y a quelques mois et, à ma connaissance, elle n'a pas été rouverte. Q - Juste pour revenir très rapidement à la question de ma collègue, vous avez bien dit qu'il y avait un consensus européen lors du dernier Conseil lundi. Est-ce que vous avancez avec cette initiative sans avoir un mandat extrêmement précis pour cela de la part du Conseil de sécurité ? R - Pour la mission PSDC, vous voulez dire ? La mission PSDC, elle n'a pas besoin de mandat du Conseil de sécurité. C'est une mission sous autorité de l'Union européenne, bien sûr à la demande et en lien avec les autorités libanaises. Elle a un volet militaire, un volet civil que je vous ai rappelé. Et donc, il y a ensuite un autre élément qui va être les discussions au Conseil de sécurité et à l'ONU, mais qui est distinct. Q - Est-ce que vous pouvez nous donner quelques informations sur la réunion du G7 à Marseille le mois prochain ? R - Déjà, vous donner l'information qu'il faut s'y rendre. Ce sera les 9 et 10 novembre prochains au Palais du Pharo. Nous avons ouvert, vous savez, les accréditations. Ce sera une réunion qui est extrêmement importante. Ce sera la quatrième réunion ministérielle du G7 dans le track Affaires étrangères. Il y en a eu une en marge de Munich, il y en a eu une aux Vaux-de-Cernay, il y en a une en marge de l’AGNU. Et donc ce sera la quatrième et la dernière sous notre présidence. Il s'agira notamment de faire le point sur les différentes initiatives que nous avions lancées, vous savez, aux Vaux-de-Cernay. Il y avait différents chapitres. Il y avait un chapitre sur la gouvernance mondiale, il y avait un chapitre sur les grandes crises du Proche et du Moyen-Orient, un chapitre sur les grandes crises, bien sûr, en Ukraine, un chapitre sur des éléments extrêmement concrets sur le réseau des ports, dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic. Il y avait un chapitre qui était aussi très concret sur notre amélioration collective de l'organisation de l'aide humanitaire, notamment pour que les stocks soient au plus près des zones où elles étaient demandées. Donc voilà, tous ces éléments qui avaient été, comment dire, ouverts notamment aux Vaux-de-Cernay auront notamment fait l'objet d'un suivi, mais en réalité même d'une mise en œuvre dans pas mal de ces éléments. Et puis il y aura peut-être d'autres chapitres qui seront ouverts. Q - Je veux juste revenir sur une question sur la sécurité européenne. Dans votre communiqué du 13 octobre sur les attaques de drones au large de la Bulgarie et de la Roumanie, vous affirmez que « ces incidents démontrent une fois de plus que la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine constitue une menace pour la sécurité, etc., etc. de l'Union européenne. » Est-ce que ça signifie que vous êtes certain que la Russie est à l'origine de ces attaques ? Si oui, sur quels éléments fondez-vous cette attribution ? Et s'il y a bien eu des drones armés russes qui ont effectivement mené des attaques dans les eaux d'États membres de l'OTAN, pourquoi cela ne justifierait pas un minimum, une consultation d'urgence de l'article 4 de l'Alliance, voire de l'article 5 ? R - On n'a pas fait d'attribution dans cette déclaration du 13 octobre. On a indiqué que c'était aux autorités bulgares et roumaines justement de faire la lumière à travers des enquêtes et ensuite de donner à voir, disons, les conclusions. Vous savez, tout ça, ça peut prendre du temps. Rappelez-vous, pour l'aéroport de Leipzig, entre le moment où ces éléments ont été faits dans la réalité et le moment où il y a eu une attribution, il y a eu plusieurs semaines, tout simplement parce qu'on ne veut pas faire d'attribution qui ne soit pas extrêmement documentée, extrêmement sérieuse. Donc ces faits, nous les avons en réalité, par contre, extrêmement condamnés, parce qu'ils étaient très graves et faisaient peser un risque fort sur la sécurité européenne et sur la liberté de navigation. Vous savez que nous sommes à la fois pour un double moratoire, que le ministre avait rappelé lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies sur l'Ukraine le 25 septembre dernier : un moratoire à la fois sur les infrastructures énergétiques et un moratoire sur la partie mer Noire. Nous pensons que c'est une nécessité à la fois, bien sûr, pour le respect du droit international, mais aussi pour la sécurité alimentaire mondiale. Q - Je lis le communiqué : je ne vois pas où c'est dit que c'est à la Bulgarie et la Roumanie de s'exprimer. R - J'ai dit qu'il n'y avait pas d'attribution à la Russie. Q - Je ne sais pas, « elle démontre cette nouvelle escalade. Elle démontre une fois de plus que la guerre d'agression russe contre l'Ukraine constitue une menace pour la sécurité ». Je ne sais pas, ça me paraît assez plutôt clair que vous ne dites pas… R - On n'a pas attribué ces attaques-là à la Russie. On leur aurait dit, sinon très clairement, on ne se cache pas quand c'est le cas. Regardez notre déclaration au sujet des attentats ratés de Leipzig. Ce qu'on déplorait dans ce communiqué de presse, c'était que l'escalade en mer Noire, elle est dangereuse pour la sécurité de l'Europe. Et c'est un fait. Elle est dangereuse pour la sécurité de l'Europe. Elle est aussi dangereuse pour la sécurité, je l'ai dit, alimentaire et plus largement énergétique mondiale. Q - D'accord. Mais bon, disons que si c'est bien avéré que c'est la Russie, donc là, vous soutenez, vous voulez que ça soit amené à l'article 4 ou vers l'article 5, parce que c'est quand même dans les territoires roumains et bulgares ? R - Oui, tout à fait. On a tout à fait dit que quand il y avait des attributions qui étaient formelles, des risques qui étaient faits, des mesures escalatoires, il y a eu Leipzig, il y a eu des fusées éclairantes vis-à-vis d'un bateau au Danemark, il y a eu une incursion d'un drone russe en Lituanie ces dernières semaines. Tout ça montrait évidemment une augmentation de la menace, que là, nous avions attribué. En l'espèce, nous ne l'avons pas attribué. Donc ensuite, une fois que les enquêtes roumaines et bulgares auront avancé et si elles attribuaient à tel ou tel parti, évidemment nous prendrions des décisions avec non seulement nos partenaires locaux mais aussi européens. Mais je ne vais pas préempter des décisions à ce stade. Merci beaucoup et à la semaine prochaine. Contenus qui pourraient vous intéresser Annonce du report des élections législatives et présidentielles palestiniennes Palestine Gouvernance Politique étrangère 11 octobre 2026 Conférence de presse du porte-parole du 8 octobre 2026 Politique étrangère 08 octobre 2026 « France Culture » - Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère… Paris, le 4 octobre 2026 Diplomatie d’influence Politique étrangère 04 octobre 2026
Annonce du report des élections législatives et présidentielles palestiniennes Palestine Gouvernance Politique étrangère 11 octobre 2026
« France Culture » - Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère… Paris, le 4 octobre 2026 Diplomatie d’influence Politique étrangère 04 octobre 2026