Conférence de presse conjointe de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et d'Elina Valtonen, ministre des Affaires étrangères finlandaise - Propos de Jean-Noël Barrot Finlande Relation bilatérale Communiqué Le : 14 septembre 2026 [Intervention de Mme Elina Valtonen et remise d’un livre sur Noël à Monsieur le ministre] Merci beaucoup ma chère Elina, d'abord pour ton cadeau qui me touche beaucoup et qui va me permettre de rentrer à la maison sous les acclamations. Merci pour ton introduction. Je ne vais pas m'aventurer à faire la mienne en finlandais pour ne pas vous écorcher les oreilles, mais je veux reprendre à mon compte ton anecdote parce que bien souvent, c'est dans la relation qui se noue entre des diplomates ou des ministres des Affaires étrangères qu'on parvient à faire de grandes choses. Et lorsque tu es venue au mois de juillet de l'année dernière, pour proposer que nous puissions faire franchir à nos deux pays une étape dans l'amitié et la relation qui les lie depuis plus de 110 ans maintenant, et singulièrement depuis l'indépendance, j'ai été très enthousiaste à l'idée que nous puissions le faire aboutir. Le faire en un an à peine, ça témoigne de l'ambition partagée que nous avons de construire ensemble un avenir meilleur pour nos deux peuples et pour nos deux pays. Et c'est donc avec beaucoup de satisfaction que nous venons de signer ce partenariat stratégique qui repose sur cinq piliers, cinq engagements très forts au service de nos souverainetés respectives. Défendre l'Europe d'abord, premier pilier. Et je remercie le président Stubb, le Premier ministre de la Finlande, pour leur accueil ce matin à Rovaniemi, où nous avons d'abord visité la Lapland Air Wing, la base aérienne qui protège la Laponie finlandaise, qui surveille une part importante de cette frontière, puisque nous sommes ici à la frontière de l'Union européenne avec la Russie. La Finlande, le peuple finlandais, connaît bien et peut-être mieux que quiconque ce que c'est que la menace russe. Et c'était donc important pour moi de participer à cette visite et au passage de prendre la mesure des exercices auxquels les forces françaises vont se livrer dans le cadre de la Forward Land Force, la force terrestre avancée qui est opérée par la Finlande et par la Suède et à laquelle le président de la République a confirmé lors du sommet de l'OTAN à Ankara que nous participions. Toujours au chapitre de la défense de l'Europe, ce partenariat stratégique fait évidemment une référence à l'annonce majeure qui a été faite par nos deux gouvernements aujourd'hui de la participation de la Finlande au dialogue sur la dissuasion avancée, ce qui marque une étape très importante pour notre partenariat bilatéral, notre coopération de défense et le renforcement de la sécurité européenne. Cette décision de la Finlande que nous saluons est pleinement conforme aux obligations internationales de nos deux pays. C'est un effort distinct qui a sa propre valeur et qui est parfaitement complémentaire de celui de l'OTAN. Par cette coopération, la France et la Finlande réaffirment leur ambition d'une Europe plus forte, plus sûre et mieux défendue. Deuxième pilier, bâtir des sociétés durables en agissant de concert au plan international pour l'atténuation du dérèglement climatique, pour l'adaptation à ses conséquences dévastatrices et pour la résilience de nos deux pays. Troisième pilier, les technologies émergentes en matière de production et d'innovation. Nous venons d'avoir un échange sur l'intelligence artificielle et le quantique, deux sujets que nous connaissons bien tous les deux, Elina et moi, du fait de nos parcours respectifs, et une dimension de notre partenariat qui s'illustre déjà avec la fourniture par Bull d'un supercalculateur, Lumi-AI, au service de la souveraineté finlandaise. Quatrième pilier, l'enseignement, la recherche et la culture, avec des échanges, des projets et des coopérations croisées. Je veux citer le rôle important que joue le lycée franco-finlandais d'Helsinki, qui est un moteur de la coopération éducative franco-finlandaise. Et cinquièmement, un dialogue politique renforcé entre nos deux ministères notamment, ce qui ne sera pas difficile étant donné la qualité et la fluidité de nos relations. Et je terminerai à mon tour pour rendre hommage à Simo, ce héros finlandais qui résista dans la neige et le froid contre l'envahisseur russe pendant la guerre d'hiver, et en disant, comme je l'ai dit ce matin à Rovaniemi, que ce « sisu », cet état d'esprit finlandais dont on n'a pas de traduction exacte en français, un mélange de détermination, de courage et de résilience, c'est exactement ce dont l'Europe a besoin aujourd'hui, dont les pays européens ont besoin face aux défis qui sont devant eux. Et ce « sisu », je le dis ici, ce n'est pas qu'un état d'esprit collectif, c'est une attitude individuelle avant toute chose : chacun porte une part de cette résistance à ce qui nous menace et des solutions à apporter aux défis qui sont devant nous. Merci beaucoup Elina pour ton accueil si chaleureux. --- [Question d’un journaliste en finlandais et réponse de Mme Elina Valtonen en finlandais] Q - Question à tous les deux, mais peut-être Monsieur Barrot en premier. On a vu hier la Russie frapper durement le chemin de fer en Ukraine, avec la volonté aussi d'empêcher les Européens d'accéder à Kyiv et les délégations européennes notamment. Quelle est votre réaction avant tout ? Et quel message vous pouvez faire passer au Kremlin ? L'un et l'autre ensuite, si vous voulez bien. R - Merci beaucoup. Je répondrai en quelques mots à la question précédente dont je ne sais pas si elle portait sur le partenariat stratégique lui-même ou sur la dissuasion avancée. Mais ce que je peux dire, et je crois qu’Elina partage cet avis puisqu'on vient d'en parler, c'est que jamais les relations entre la France et la Finlande n'ont été aussi étroites. Ce partenariat stratégique, c'est à la fois le révélateur de l'étroitesse de cette relation, du niveau qu'elle a atteint, et c'est en même temps un process qui nous permet d'aller plus loin, et notamment au travers du cinquième pilier, que sont ces consultations régulières qui vont nous permettre d'entrer dans une plus grande intimité et de faire avancer les dossiers les uns après les autres. Donc, en quelque sorte, de les accélérer. La réaction qui a été la mienne après les frappes inacceptables de la Russie sur les chemins de fer visant des trains à quelques centaines de mètres de la frontière entre l'Ukraine et la Pologne, c'est-à-dire la frontière de l'Union européenne et de l'OTAN, frappes qui avaient pour objectif de dissuader les Européens, les partenaires internationaux de l'Ukraine de se rendre en Ukraine, ma réaction, c'est que ça m'a donné envie de retourner en Ukraine au plus tôt pour manifester notre solidarité, la solidarité de la France, mais la solidarité de la France mais la solidarité aussi de l'Europe vis-à-vis de l'Ukraine, et de démontrer que rien ne peut nous intimider et que rien nous fera abandonner notre stratégie de soutien à l'Ukraine, de pression sur la Russie et de préparation de la paix. Et j'ai dit au fond, avec ces provocations répétées, quand on frappe un chemin de fer à quelques centaines de mètres de la frontière avec l'Union européenne et l'OTAN, on cherche à intimider l'Europe, on cherche à la diviser. Parce qu'on sait bien qu’unis, rien ne peut résister aux Européens. Et c'est dans cet esprit que nous allons continuer à travailler, à consolider cette unité qu'en réalité, par sa stratégie, Vladimir Poutine n'a fait que renforcer. En témoigne l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN que nous avons saluée, dont nous nous réjouissons et qui sont au fond le résultat des erreurs de calcul de Vladimir Poutine. [Réponse de Mme Elina Valtonen en finlandais]