« CNews » - Entretien de Nicolas Forissier

  • Commerce extérieur

Interventions médias

Le : 27 octobre 2026

Q - Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur, est notre invité à 19h. Dans le journal du dimanche, il déclare avoir assez du défaitisme. Carburant, dette, budget, présidentielle : comment redonner confiance aux Français et à nos partenaires ? Est-il possible d'espérer ? Nicolas Forissier, ministre du Commerce extérieur, est l'invité de Face à l'info et c'est tout de suite. Une heure pour tous se dire et sans tabou. […] Monsieur le ministre, nous sommes ravis de vous accueillir ce soir. Vous avez envie de donner une note d'optimisme, et ça, ça nous intéresse. Vous êtes ministre du Commerce extérieur. Dans le journal du dimanche, vous dites en avoir assez du défaitisme. Dette, carburant, budget, présidentielle : comment redonner confiance aux Français et à nos partenaires ? Question, les Français n'ont-ils pas de véritables raisons de s'inquiéter ?

R - Bien sûr qu'ils ont des raisons de s'inquiéter : parce que le monde est violent, brutal, parce que la guerre est à nos portes, parce que le réchauffement climatique, le dérèglement climatique, selon les termes qu'on emploie, les multiples crises auxquelles on est confronté, tout cela donne des sentiments d'anxiété profonde. Je le ressens moi-même, je suis maire d'une petite ville, je vois ça avec mes concitoyens et mes concitoyennes tous les jours et toutes les semaines. Moi, j'ai envie simplement d'apporter ce que j'ai essayé de faire : un message de fierté. On a des centaines de milliers de Français dans le monde qui portent le drapeau français, qui tiennent les marchés, qui conquièrent, qui soutiennent nos entreprises, qui soutiennent nos valeurs, la culture française. Ça, on n'en parle jamais. Et moi, je les vois, ils sont fiers. Et parfois même, ils s'interrogent un peu sur le climat un peu incroyable qu'on connaît en ce moment. Et puis, j'ai aussi envie de le dire à nos commerçants qui ont été attaqués le 17 octobre dernier, aux habitants des quartiers qui ont vécu ça avec effroi, avec cette violence inacceptable qui est venu troubler au fond des manifestations, qui pouvaient avoir leur légitimité et qu'il fallait respecter par ailleurs, mais ça n'a pas été le cas. J'ai aussi envie de dire on ne doit pas baisser les bras dans cette situation, on doit se battre, on doit tenir bon, on doit essayer de faire bloc : c'est au fond ce qu'essaye de faire le Premier ministre et son gouvernement, en tout cas je le revendique. Voilà c'était mon message, soyons fiers, soyons capables de nous battre, d'avoir la volonté. 

Q - On a encore les moyens, monsieur le Ministre ? D'être fiers peut-être, mais de se battre, mais est-ce qu'on a les moyens financiers ?

R - Je vous donnerais un chiffre : ça fait ça fait sept ans que la France est le champion d'Europe des investissements directs étrangers. Ce n'est pas par hasard quand même. C'est que vous avez des milliards qui s'investissent en France dans des entreprises, dans du travail, dans des investissements de long terme. Si ces milliards s'investissent, c'est bien que la France a des atouts, que c'est un pays qui est très structuré, très moderne, avec des infrastructures exceptionnelles quand on les compare souvent aux autres pays, avec des gens qui savent travailler, qui ont du talent, qui font de la recherche, de l'innovation, avec une énergie décarbonée qui est extrêmement importante et beaucoup moins chère qu'ailleurs. Enfin, il y a beaucoup de raisons d'être fiers. Mais il ne faut pas, évidemment, qu'on laisse de côté les efforts, les corrections que nous devons apporter. Mais moi, je suis très frappé de voir que dans ce débat, on ne se compare jamais avec les pays étrangers. Et c'est mon rôle, le ministre du Commerce extérieur, de dire, écoutez, allons voir un peu ce qui se fait à l'extérieur et on va se rendre compte qu'on n'est pas si mauvais et que finalement, d'autres ont su faire des réformes avant nous, que nous pourrions faire nous-mêmes sans que ce soit un drame absolu et tout en étant juste, parce que je crois que la notion de justice est nécessaire. Mais voilà, c'est un message d'optimisme, de fierté, de volonté, d'énergie que j'essaie de donner. On a un débat qui est quand même un peu terrible.

Q - Plus que morose et plus que terrible. On a besoin effectivement d'avoir cette lueur d'espoir. Mais sur les carburants, par exemple précisément, est-ce que vous pouvez garantir qu'il n'y aura pas de pénurie ? C'est une des questions que se posent les Français.

R - Il n'y a pas de problème de pénurie, de volume aujourd'hui. Il y a une pression sur les prix, on le sait bien, et votre sujet le disait à l'instant, 40% de baisse de consommation. Je ne suis pas sûre que ce soit vrai pour tous les distributeurs, parce qu'il y a des distributeurs, comme vous le savez, qui ont plafonné les prix. Et c'est bien d'ailleurs qu'ils l’aient fait. Mais nous avons absolument la nécessité de faire en sorte qu'on anticipe les choses. On ne sait pas ce qui va se passer. La situation internationale est grave. Le détroit d'Ormuz est bloqué, c'est très difficile de faire passer des bateaux. De l'autre côté, le détroit de Bab el-Mandeb est sous les missiles des Houthis. Il y a la guerre en Arabie saoudite. J'étais la semaine dernière avec le président, c'était un peu impressionnant quand même. C'est la première fois qu'un avion se posait depuis les bombardements de l'aéroport. Donc on est dans cette ambiance-là. Et notre devoir, c'est la mission que m'a confiée le Premier ministre Sébastien Lecornu, aux côtés de Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, c'est d'aller chercher des garanties supplémentaires et aussi de faire en sorte qu'en sécurisant, actuellement on est à 300 000 tonnes par mois, de sécuriser plus de térawattheure de gaz naturel, ça permet aussi de peser sur les prix parce que ça évite la spéculation. Il y a aussi un deuxième travail qu'on doit faire parallèlement, qui est d'essayer de trouver des systèmes de contre-garantie ou de réassurance pour faire baisser le prix de l'assurance des transports de ce carburant, parce que c'est beaucoup ça, ça a été multiplié par 10, et c'est beaucoup ça qui pèse aussi sur le prix. L'objectif, c'est qu'on anticipe sur les volumes, il n'y a pas de problème aujourd'hui, je voudrais vraiment être très clair là-dessus, mais il faut quand même anticiper, et deuxièmement, on essaie de peser à la baisse sur le prix, parce qu'il faut qu'on retrouve un prix, notamment du diesel, qui correspond à ce que nos compatriotes attendent, ce avec quoi ils avaient bâti au fond leur budget familial ces dernières années.

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