« BFM TV » - Entretien de Jean-Noël Barrot - Extraits Iran Liban Conflits Interventions médias Le : 31 mai 2026 Q - Bonjour Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères mais aussi de l'Europe. Merci d'être avec nous. À mes côtés, Amandine Attalaya éditorialiste politique de BFM TV, et Jules Pecnard de la Tribune Dimanche notre partenaire. On le disait victoire du PSG hier malheureusement ternie par ces affrontements, comme l'année dernière en marge de ces célébrations. Des images qui ont fait le tour du monde. Elon Musk lui-même a repris sur son compte X des images d'affrontements hier dans les rues de Paris. Est-ce que vous avez peur que ça vienne assombrir l'image de la France dans le monde ? R - Je crois que l'image qui sera retenue plus largement c'est celle de cette victoire historique du PSG pour la deuxième année consécutive. Pour ma part comme la plupart des Français j'ai ressenti une immense fierté à l'issue de ce match de légende, qui nous a tenu en haleine jusqu'au dernier tir au but. Et que nous n'oublierons jamais. Ensuite je veux aussi déplorer évidemment les violences qui ont fait suite à ce match. Violences qui sont le fait de voyous et non pas de supporters du PSG, qui partout dans le pays par ailleurs ont célébré cette victoire historique. Et puis saluer le travail des forces de l'ordre sous l'autorité du ministre de l’Intérieur. Dans un contexte extrêmement difficile, qui ont procédé à presque 800 interpellations. 57 d'entre fonctionnaires de police ont été blessés, je veux dire toute ma solidarité. Q - Néanmoins vous voyez bien à quel point ça donne une image aussi de la France qui peut être difficile à regarder vu de l'étranger. Et certains étrangers peuvent même se dire qu'ils ont peur de venir en France par exemple dans des circonstances telles que celle-ci pour des soirées comme ça. R - Il y a toujours des tentatives par ceux qui n'aiment pas l'Europe et n'aiment pas la France d'amplifier ce type d'événements. Mais je retiens moi l'image de cette victoire sportive historique qui n'est pas sans nous rappeler le moment si important pour notre pays qu'a été l'accueil des Jeux olympiques 2024 au cours duquel le monde entier est venu à Paris, à admirer la capacité de notre pays à accueillir des manifestations sportives internationales. Q - Monsieur le Ministre, Marine Le Pen sur X a réagi donc, la cheffe du Rassemblement National. Elle a écrit : « Il n'y a qu'en France où la victoire d'un club de foot provoque des émeutes. Il n'y a qu'en France où chacun soit obligé de s'enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter de se confronter à des violences ». Alors on peut débattre sur est-ce qu'il n'y a qu'en France qu'on voit ce genre d'image. Mais néanmoins il y a beaucoup de gens qui lisent ça et qui se disent : « Bah oui c'est quand même anormal qu'en France systématiquement quand il y a des moments qui devraient faire consensus, il y a ce genre d'image de violences ». R - J'évoquais les Jeux olympiques de Paris 2024 qui se sont remarquablement passés alors même que des choix très audacieux avaient été faits pour que les manifestations puissent se tenir. Moi je ne fais pas partie de ceux qui, comme Marine Le Pen, dénigrent systématiquement notre pays, considère qu'il a déjà perdu, qu’il a baissé les bras. Moi, je vois dans la soirée d'hier avant toute chose une grande victoire française à laquelle beaucoup de français se sont sentis associés. Et je n'accepte pas que des voyous tentent par tout moyen de gâcher cette fête. Q - Monsieur le Ministre, venons-en à ce conflit au Proche-Orient. Très clairement on sent qu'on entre dans des heures décisives. Des deux côtés, on étudie le projet d'accord de mémorandum. Il y a quelques heures, c'est Donald Trump, le président américain, qui dans une interview à Fox News se dit je cite : « Proche d'un très bon accord ». Est-ce que vous jugez vous aussi que la fin de la guerre n'a jamais été aussi proche ? R - Je crois en tout cas que l'Iran et les États-Unis doivent désormais tout faire pour trouver un accord car la situation est insoutenable et ne fait que des perdants. L'Iran, les États-Unis mais nous aussi puisque les conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, nous les ressentons au quotidien à la pompe. Et plus généralement avec son impact sur l'économie mondiale et sur l'économie française. Donc, il faut que ça cesse. Q - L'Iran n'approuvera aucun accord avec Washington sans garantie sur ses droits. C'est une information qui vient tout juste de nous parvenir dit le négociateur iranien. L'Iran n'approuvera aucun accord avec Washington sans garantie sur ses droits. R - Ça fait plusieurs semaines que les États-Unis et l'Iran négocient un protocole qui doit conduire à ce que le détroit d'Ormuz soit réouvert. Pour que le trafic maritime puisse reprendre et que s'engage des négociations portant notamment sur le programme nucléaire iranien pour qu'il puisse être encadré. Q - Question peut-être pas évidente mais vous êtes optimiste ou pessimiste ? R - J'essaye d'être ni optimiste ni pessimiste mais d'être concentré et de pousser comme nous le faisons à tous les niveaux les deux parties à conclure cet accord le plus rapidement possible. Q - Donald Trump a expliqué, a affirmé que l'Iran se serait engagé à ne pas se doter de l'arme nucléaire ou à ne pas en fabriquer une. Est-ce que vous avez très concrètement les mêmes informations de la part de vos homologues iraniens ? R - L'Iran a déjà dit qu'il ne se doterait pas de l'arme nucléaire. Mais il y a les mots et puis ensuite, il y a les engagements et la précision dans lesquels ils sont formulés. C'est pourquoi l'ouverture du détroit d'Ormuz est une priorité absolue parce que nous n'avons aucune intention de continuer à payer pour cette guerre et ses conséquences. Cette guerre qui n'était pas la nôtre. Mais ensuite, cette négociation qui va s'engager est essentielle car il est évidemment inacceptable que l'Iran puisse disposer d'un programme nucléaire. Nous l'avons négocié il y a dix ans cet accord sur le nucléaire iranien dans un document de 160 pages. Vous voyez, il ne suffit pas de faire une déclaration il faut ensuite rentrer dans les détails. Quelles sont les limites qui sont fixées aux capacités d'enrichissement ? Quelles sont les conditions de la vérification, par les agences internationales habilitées, du respect par l'Iran des engagements qui sont pris ? C'est dans le détail qu'il faudra mesurer la robustesse de cette guerre. Q - Mais si on comprend bien pour vous la priorité c'est quand même la réouverture du détroit d'Ormuz. Quitte à ce que les négociations sur l'uranium et le nucléaire se poursuivent après c'est ça ? R - C'est de cette manière-là que s'est structurée la discussion entre les deux partis, l'Iran et les États-Unis. Ouverture du détroit d’Ormuz et cessation des hostilités sur tous les fronts y compris le Liban permettant l'ouverture de négociations pendant plusieurs semaines qui doivent aboutir à un encadrement strict et négocié du programme nucléaire iranien. Et comme je l'ai dit, nous poussons les deux parties à conclure cet accord le plus rapidement possible parce que nous n'acceptons pas d'avoir à payer le prix et les conséquences d'une guerre que nous n'avons pas choisie. Q - Vous dites que les Iraniens disent qu'ils ne veulent pas se doter de l'arme nucléaire. Donald Trump affirme qu'il a obtenu des garanties. Vous dites les mots c'est bien il faut des actes. Est-ce que vous les croyez les Iraniens quand vos homologues vous disent : « Nous ne cherchons pas à nous doter de cette arme-là ? » Est-ce que vous croyez les Iraniens ? R - Ce que je sais c'est qu'il y a dix ans, nous avons négocié âprement un accord avec l'Iran sur l'encadrement de son programme nucléaire et que nous avons obtenu à l'issue de cet accord un recul vérifié, significatif des capacités nucléaires iraniennes. Donc c'est possible mais à nouveau ça suppose d'aller au-delà des grandes déclarations de principe et de rentrer dans les détails : quelles sont les limites qui sont fixées aux activités liées au programme nucléaire, quelles sont les conditions de vérification et c'est à tout cela que nous serons extrêmement vigilants. Q - Vous le disiez il y a la question nucléaire il y a bien sûr la question du détroit d'Ormuz. On sent que la situation reste extrêmement tendue dans ce détroit puisqu'il y a quelques jours les Américains ont affirmé qu'ils avaient intercepté par un tir de missile un cargo qui se dirigeait vers un port iranien. Il y a une douzaine de mines qui auraient été repérées dans ce détroit selon les renseignements américain Comment vous qualifiez la situation dans ce détroit ? Elle reste inflammable ? Elle est apaisée ? Comment vous la qualifiez ? R - Elle reste tendue. Ça a été une zone de guerre de très haute intensité pendant des mois et c'est la raison pour laquelle le Président de la République avec le Premier ministre britannique ont pris tous les deux une initiative, celle de constituer une mission internationale qui a vocation à être strictement pacifique et défensive et à déployer des capacités le moment venu quand les conditions le permettent pour restaurer la liberté de navigation et la sécuriser. Puisqu'après une période de telles tensions, il est important de pouvoir donner des garanties aux opérateurs de services maritimes, aux navires qui transportent des hydrocarbures. Q - Monsieur le Ministre, vous nous confirmez donc que cette mission qui a été proposée par le Président français et le Premier ministre britannique est toujours sur la table. Combien de temps il faudrait pour la mettre en œuvre à partir du moment où le conflit s'arrêterait ? R - Très rapidement, les travaux de planification sont avancés. Une cinquantaine de pays a exprimé un intérêt. Plusieurs dizaines de pays ont d'ores et déjà proposé d'y contribuer très concrètement et donc elle peut très facilement et très rapidement se déployer dès que les conditions le permettront. Q - Est-ce que des discussions à ce sujet sont en cours en ce moment avec les Américains et les Iraniens ? R - Absolument, puisque, évidemment, s'agissant des deux principales parties au conflit, il était important que nous puissions leur expliquer l'esprit de cette démarche. C'est ce que nous faisons depuis plusieurs semaines déjà en parallèle du travail conduit par les militaires sur la planification de cette mission. Q - Vous échangez actuellement avec les responsables américains, avec les responsables iraniens ? R - Absolument. Q - Comment vous qualifiez les relations avec nos amis américains aujourd'hui ? R - Sur ce sujet en particulier, je constate qu'il y a un intérêt très significatif pour cette mission internationale car les États-Unis, comme la France et les pays européens, souffrent de ce blocage en matière de prix de l'énergie et en matière de ralentissement de leur économie. Ils ont tout intérêt à ce que le trafic puisse reprendre le plus rapidement possible et ils voient bien la plus-value que peut apporter cette mission. Ils nous sont reconnaissants de l'avoir conçu. Q - Vous parliez de la sécurisation du détroit. Cela viendrait après la fin du conflit. Dans un premier temps, il va falloir nettoyer, si j'ose dire, ce détroit. On le disait, d'après les renseignements américains, une douzaine de mines. Est-ce que, très concrètement, la France est prête à assurer ce déminage du détroit ? R - Cette mission internationale a vocation justement à créer les conditions pour la reprise du trafic. Q - Y compris à faire le déminage ? R - Cela fait partie des sujets qu'elle est prête à prendre en charge. Q - La France est prête à prendre en charge le déminage du détroit ? R - La mission internationale à laquelle participent plusieurs dizaines de pays à nos côtés. Q - Au plan technique, est-ce que la France est prête ? R - Au plan technique, cela ne pose aucune difficulté. D'ailleurs, il faut savoir que, sur ces compétences-là en particulier, les Européens, au sens large, pas uniquement la France, disposent non seulement d'une expertise particulière, mais aussi d'équipements particuliers que d'autres régions du monde, y compris les États-Unis, n'ont pas nécessairement à porter de la main. Q - Les gardiens de la révolution disent qu'il y a, ces dernières heures, 28 navires qui sont passés dans le détroit d'Ormuz. Est-ce que nous, Français, discutons avec les Iraniens pour faciliter le passage des bateaux français ? Est-ce que c'est ce que vous faites ? R - Cela a pu arriver puisqu'il y a des bateaux français qui sont passés. Mais, une nouvelle fois, je le dis, vous avez parlé de situation inflammable, j'ai parlé de situation tendue. Vous imaginez bien que pour le propriétaire d'un navire ou pour un opérateur de services maritimes, aujourd'hui, c'est extrêmement risqué de s'aventurer dans un détroit alors même que la cessation des hostilités n'est pas encore intervenue. C'est pourquoi je le disais tout à l'heure, en introduction, l'Iran et les États-Unis doivent désormais sceller cet accord pour que nous puissions avancer et surtout restaurer la circulation. Q - Après la réouverture du détroit d'Ormuz, question très simple, est-ce qu'un détroit d'Ormuz avec un péage, un droit de passage serait acceptable ? R - Ni péage, ni blocage, ni chantage. Un détroit, ça fait partie de ce qu'on appelle les eaux internationales qui sont un bien commun de l'humanité qui ne peut en aucun cas être entravée d'aucune manière et par quiconque. Q - On est dans une époque différente avec beaucoup de tensions, beaucoup de... R - Certes, mais on a le droit de, quand même, continuer à défendre un certain nombre de grands principes qui sont essentiels. Imaginez qu'on accepte ou que quiconque accepte qu'il puisse y avoir blocage ou péage sur un détroit du monde, tous les autres détroits commenceraient à se bloquer. Et alors là, c'est l'économie mondiale qui se paralyserait puisque, vous le savez, la circulation des biens et même, d'une certaine manière, des personnes, elle transite très largement par le trafic maritime. Q - Quoi qu'il en soit, ça va prendre du temps. Vous parlez justement de l'économie. Même si ce détroit finit par être débloqué, est-ce que vous pensez que les prix, notamment du pétrole, de l'essence, vont mettre beaucoup de temps maintenant à redescendre ? Est-ce que les Français doivent se préparer à payer encore très longtemps, très cher, leur plein lorsqu'ils vont dans les stations ? R - Alors d'abord, pour éviter que ça prenne du temps, on a très en amont conçu cette mission internationale qui pourrait se déployer pour faciliter la reprise la plus rapide possible du trafic. Deuxièmement, je crois que la priorité, c'est évidemment d'éviter que cette situation n'ait d'impact trop négatif sur les Français, sur nous, et sur nos entreprises. C'est tout l'objet des décisions qui ont été prises par le Premier ministre pour soutenir notamment les secteurs ou les personnes qui sont les plus impactées. Mais je crois qu'au-delà de ça, ce qu'il nous faut faire et ce sur quoi il nous faut nous concentrer, et c'est peut-être ce sur quoi nous devrions débattre ce matin, c'est comment faire en sorte que plus jamais, lorsqu'une guerre se passe loin de chez nous, nous ayons à en subir les conséquences. Et c'est pour ça que la réunion qui a eu lieu cette semaine avec le Président de la République et le Premier ministre sur l'électrification de nos usages pour nous chauffer, pour nous déplacer, est absolument essentielle, car ne croyons pas qu'il s’agît, là, d'épisodes ou de parenthèses. Ces conflits, ces crises, ces catastrophes vont continuer à se manifester avec une fréquence de plus en plus régulière, car le monde se durcit. Et donc, si nous ne voulons pas à nouveau nous retrouver dans cette situation, il est impératif de nous défaire de ces dépendances aux hydrocarbures, de ces servitudes qui nous ramènent ou qui nous font payer les conséquences de conflits auxquels nous ne sommes pas partis. Q - Monsieur le Ministre, le porte-avions Charles de Gaulle est présent dans la région. Jusqu'à quand il a vocation à y rester ? Vous allez me dire : « Je ne suis pas ministre des Armées », mais ça participe de la diplomatie française. Jusqu'à quand le Charles de Gaulle a vocation à rester dans la région ? R - Ça, je n'ai pas de réponse à vous donner. Ce que je puis néanmoins affirmer, c'est que le déploiement très rapide du Charles de Gaulle, de son escorte, de capacités militaires françaises dès le début de la guerre dans la région, a été salué par nos partenaires que nous avons protégés grâce à ces capacités militaires, qu'il s'est désormais rapproché effectivement de la zone du détroit d'Ormuz pour être en capacité le moment venu de contribuer à cette mission internationale que j'évoquais tout à l'heure. Q - Ce qui est particulièrement marquant dans ce conflit, c'est qu'il y a plusieurs fronts. On le disait bien sûr, l'affrontement entre l'Iran et les États-Unis, la question du détroit d'Ormuz et bien sûr, aussi l'affrontement entre le Liban et Israël. Et là, rien n'a l'air de se stopper, Monsieur le Ministre, puisque ce matin, il y a tout juste quelques minutes, l'armée israélienne a annoncé que son opération au Liban, je cite, est en train de s'étendre à d'autres zones après avoir traversé le fleuve Litani. L'armée israélienne qui affirme avoir planté même le drapeau israélien sur une forteresse médiévale à Beaufort. Est-ce que la France juge cela acceptable ? R - Non, et c'est la raison pour laquelle j'ai demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Pourquoi ? Parce que si nous reconnaissons le droit d'Israël, comme de tout pays, à la légitime défense, à se défendre contre les attaques du Hezbollah qui, le 2 mars dernier, a choisi d'entraîner le Liban dans la guerre. Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban et son occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais. J'ajoute qu'il s'agit là, pour Israël, d'une faute majeure, car cette prolongation des opérations militaires, cette avancée sur le territoire libanais est non seulement contraire aux engagements d'Israël, puisque depuis le 17 avril, nous avons un cessez-le-feu au Liban, c'est contraire aux droits internationaux et à toutes les résolutions qui prévoient que le Liban doit pouvoir disposer de sa pleine intégrité territoriale, mais c'est aussi contraire aux intérêts et à la sécurité d'Israël. Car chaque village bombardé, chaque village occupé, chaque civil qui est tué renforce le Hezbollah dans la durée. Q - Donc vous qualifiez ces actions d'inacceptables, c'est ça ? R - Bien sûr. Q - Mais pourquoi on ne passe pas à l'étape des sanctions plus rapidement à l'encontre d'Israël si c'est parfaitement inacceptable sur le plan du droit international et des principes de la France notamment ? R - Mais ce que nous voulions, c'est qu'à partir du 17 avril, lorsqu'un accord de cessez-le-feu a été trouvé, Israël s'engage de bonne foi dans le dialogue historique avec le Gouvernement libanais pour agréer ensemble une méthode pour désarmer le Hezbollah et pour qu'Israël puisse se retirer de manière ordonnée du pays. Un cessez-le-feu dont j'admets très volontiers qu'il a été extrêmement fragile puisque je veux simplement rappeler quelques chiffres. Au Liban, depuis le 2 mars dernier, c'est-à-dire les frappes du Hezbollah contre Israël, c'est 3.000 Libanais qui ont perdu la vie, 10.000 qui ont été blessés. Depuis le cessez-le-feu intervenu le 17 avril, c'est 800 personnes qui ont perdu la vie et près de 2.000 blessés. Q - Précisément, pourquoi pas de sanctions ? R - Des sanctions, nous n'avons jamais hésité à en prendre. Nous en avons pris ces dernières semaines au niveau européen. J'en ai décidé au niveau national. La réunion du Conseil de sécurité, la réunion d'urgence que j'ai demandée ce matin, nous permettra de rappeler Israël à ses responsabilités. Q - Vous avez l'impression que ça change quelque chose, un rappel aux responsabilités ? R - J'ai l'impression que l'accord qui est en passe d'être trouvé entre les États-Unis et l'Iran prévoit une cessation des hostilités au Liban. Et ça doit être respecté. Q - Est-ce que la France serait prête, comme vous le dit Amandine, au-delà même de l'ONU, à prendre des sanctions en son nom ? R - Mais nous n'avons jamais écarté cette possibilité-là. Q - Donc c'est possible que la France prenne des sanctions en raison des opérations d'Israël ? R - Par principe, je n'écarte pas cette possibilité. Q - Qui pourrait être de quelle nature ? R - Le principal, c'est qu'en prolongeant ces opérations, je vous ai parlé des raisons pour lesquelles j'ai demandé cette réunion d'urgence, je crois que ces opérations fragilisent aussi l'accord dont nous voulons qu'il puisse être trouvé entre les États-Unis et l'Iran, qui prévoit une cessation des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban. Q - L'eurodéputée Rima Hassan, eurodéputée de la France insoumise, très engagée, vous le savez, sur la question israélo-palestinienne, a publié sur X une photo d'une carte montrant un seul et même territoire recouvrant la bande de Gaza, la Cisjordanie et tout le territoire d'Israël, en écrivant, en commentant cette carte en disant : « Pour 15 millions de Palestiniens, la Palestine, c'est cela, et aucune chancellerie n'y changera rien ». Comment est-ce que vous qualifiez cette prise de position ? R - Qu'elle est contraire à la position de la France depuis le général de Gaulle. Et vous avez là une propagatrice de haine qui ne reconnaît pas le droit d'Israël à la sécurité et à l'existence, dont je récuse les propos de la même manière que je récuse ceux qui, en Israël, ou les propos de ceux qui, en Israël, nient le droit du peuple palestinien à l'existence et à la sécurité. La position historique de la France, celle qui s'est concrétisée par la décision prise l'année dernière de reconnaître l'État de Palestine, c'est deux États reconnus et respectés dans leurs droits, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Toute autre solution nous conduit inévitablement à la guerre, à la déstabilisation de la région, avec toutes les conséquences que ça peut avoir pour l'Europe et pour la France. Et donc, non seulement c'est inconséquent et contraire à la position historique de la France, mais en plus ce sont des positions dangereuses, parce que ce sont des appels à la haine. Q - Israël va aussi publier, demain un appel d'offres pour construire de nouvelles colonies en Cisjordanie. Est-ce que vous avez un message à passer, si d'éventuels entrepreneurs français souhaitaient répondre à cet appel d'offres et participer ? R - Cet appel d'offres est extrêmement préoccupant, dans la mesure où il concerne 3.400 logements, qui pourraient héberger jusqu'à 15.000 personnes, sur une zone de 12 hectares, qui sépare la Cisjordanie en deux, qui sépare la Cisjordanie de Jérusalem, et qui donc, met un coût quasiment fatal à la solution à deux États. C'est une violation du droit international, une violation du droit international humanitaire également, car ce projet immobilier conduirait à des expulsions massives de Palestiniens. Et donc, je le dis aux entreprises françaises, mais aussi européennes, si certaines d'entre elles allaient contribuer et répondre à ces appels d'offres, elles s'exposeraient à des sanctions internationales, car à leur tour, elles violeraient le droit international. Q - Quels types de sanctions ? R - Vous savez, des sanctions comme des gels d'avoir, bref, les gels d'actifs, comme on le fait lorsque des entreprises violent le droit international. (…) Q - Un dernier mot, l'un des potentiels candidats, Jordan Bardella, a été interrogé il y a quelques jours sous la présence, ou pas, parce que ça fait partie de l'international de cette campagne évidemment, de Vladimir Poutine dans les prochains rendez-vous internationaux. Est-ce qu'il faut le réintégrer Vladimir Poutine au G7 et refaire un G8 ? R - Je crois que la question aujourd'hui n'est pas encore là, puisque vous voyez bien que s'agissant de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky a répété à plusieurs reprises qu'il était prêt à un dialogue avec Vladimir Poutine, qui s'y refuse, et qui se place en obstacle à la paix. Est-ce qu'il faut refuser de dialoguer avec Vladimir Poutine ? Non, nous avons toujours dit que nous étions disposés à le faire en lien étroit avec les Ukrainiens. Et si les Ukrainiens souhaitent que nous parvenions à une part plus importante dans ces négociations, pas question que nous nous dérobions. Q - Merci beaucoup. Source : BFM TV