« BFM Business » - Entretien de Benjamin Haddad

  • Union européenne

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Le : 17 juin 2026

Q - Tout de suite, on prend la direction du salon VivaTech où nous attend Benjamin Haddad qui est ministre délégué en charge de l'Europe. Bonsoir Benjamin Haddad, ça y est, on vous a retrouvé. 

R - Bonsoir.

Q - Merci d'être avec nous. Beaucoup de questions. D'abord, c'est vrai, qu'est-ce que vous faites à VivaTech ? L'Europe, ce n'est pas forcément à VivaTech. J'imagine que vous avez des annonces et que vous allez me contredire. Mais je voudrais d'abord peut-être un commentaire sur ce que vient de dire lors de la conférence de clôture, le président Macron au G7, en disant qu'il fallait absolument qu'il y ait une régulation de l'intelligence artificielle, mais il met en garde contre une non-coopération entre démocraties. Qu'est-ce que ça veut dire précisément ? Parce qu'il faut une plateforme, c'est quoi une plateforme ?

R - Vous savez en fait, aujourd'hui on est à VivaTech, on voit notre écosystème, nos pépites dans l'intelligence artificielle, dans le quantique, dans l'IA, dans le spatial. Mais en réalité, quand on parle de ces sujets d'innovation aujourd'hui, ce n'est pas juste une question de croissance ou de création d'emplois, d'accélération industrielle, c'est évidemment une question de souveraineté et d'autonomie stratégique. On a vu la décision de l'administration Trump de limiter l'accès à Anthropic pour les personnes étrangères, l'impact que ça peut avoir aussi pour l'Europe, fondamentalement, c'est pour ça qu'on a besoin à la fois de règles, de règles communes, quand on pense à ce qu'on a fait ces dernières années sur la lutte contre la haine en ligne, la protection des mineurs, qui est évidemment une priorité du président de la République, la lutte contre les ingérences et la désinformation. Mais on a aussi besoin de coopération, de coopération entre les démocraties, entre les États-Unis et l'Europe. Et donc c'est pour ça que c'est très important de mettre ces sujets numériques aussi à l'agenda du G7. Et c'est pour ça que le président de la République s'est exprimé sur ce sujet.

Q - Mais en même temps, j'imagine que vous avez suivi ce qui s'est passé avec Anthropic, qui a été obligé justement de bloquer ses principaux logiciels les plus performants, les bloquer au niveau européen, sur ordre de la Maison-Blanche.

R - Absolument. Et c'est pour ça qu'on voit aujourd'hui la course à l'intelligence artificielle, c'est aussi un enjeu de puissance, c'est un enjeu de souveraineté pour l'Europe. Et ces dernières années, on a beaucoup parlé de réglementation, bien sûr, au niveau européen, mais on doit aussi mettre le paquet maintenant dans l'investissement, dans le soutien à nos écosystèmes d'innovation, dans la simplification de nos règles et dans l'approfondissement du marché intérieur. C'est tout ce qu'on porte aujourd'hui au niveau européen, c'est cet agenda de compétitivité pour faire en sorte que la souveraineté de l'Europe, elle se construise aussi au niveau technologique, dans l'intelligence artificielle, dans les drones et dans le cyber, dans des domaines comme le spatial. Là, je viens de lancer avec la French Tech une initiative qui s'appelle Choose European Tech. Nous avons lancé une coalition d'entreprises dans tous les États de l'Union européenne qui s'engage maintenant à aller travailler avec des start-ups européennes dans tous ces domaines parce que la souveraineté, l'autonomie stratégique, ça passe aussi par le fait de travailler avec ces entreprises, de rapprocher nos écosystèmes d'innovation. Vous savez, je vais vous dire, je travaille au ministère des Affaires étrangères, tous les jours je vois ce magnifique salon de l'Horloge où le 9 mai 1950, le ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, a annoncé la Communauté du charbon et de l'acier. Cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a mis en commun nos ressources pour construire l'Europe sur de nouvelles bases, pour faire en sorte que la guerre ne soit plus possible. Eh bien, aujourd'hui, quand on parle d'intelligence artificielle, quand on parle de quantique, de tous ces domaines qui sont aujourd'hui au cœur des enjeux de sécurité et de souveraineté de demain, eh bien, rapprochons nos entrepreneurs, rapprochons nos écosystèmes d'innovation. C'est ce que nous faisons aujourd'hui au niveau européen.

Q - Benjamin Haddad, juste par exemple sur ce Choose European Tech, est-ce que vous pouvez nous dire quelles sont les entreprises qui ont déjà signé, entreprises françaises, allemandes, belges, danoises ou je ne sais pas, qui a déjà signé ? Est-ce que ce sont des grandes entreprises qui soutiennent des start-ups dans la tech ?

R - Alors ce sont des initiatives qui sont soutenues par des groupes français comme Publicis ou Orange qui étaient déjà d'ailleurs très impliqués dans le soutien à choisir la French Tech. Ça a été deux milliards d'investissements en 2026 pour les entreprises de la French Tech. C'est 800 entreprises qui, ces dernières années, se sont engagées dans cette initiative au niveau français. Donc maintenant on est en train de lancer cette coalition au niveau européen. Ça, c'est cet effort avec les entreprises, mais je vous le disais, on a des rendez-vous européens qui sont absolument fondamentaux : la négociation du prochain budget européen, le cadre financier pluriannuel, qui est le budget sur sept ans de l'Union européenne entre les périodes 2028 et 2034, nous avons poussé pour la création d'un fonds de compétitivité, qui nous permettra de soutenir aussi les entreprises avec un principe qui doit être fondamental, celui de la préférence européenne, c'est-à-dire de soutenir nos propres acteurs européens, de ne pas se mettre dans la dépendance d'acteurs américains ou chinois.

Q - Et combien sur la table peut mettre l'Europe, justement ? C'est la question, ça sera ma dernière question.

R - Alors sur ce fonds européen de compétitivité, on part sur 500 milliards d'euros pour l'intelligence artificielle, pour le quantique, pour la défense, le spatial, les technologies vertes aussi, pour faire la transition environnementale. Tout ça vient s'appuyer sur différents fonds aussi, qui aident les entreprises à faire du scale-up, parce qu'on le sait, aujourd'hui, il y a beaucoup d'entreprises qui nous disent, on a des produits, on a déjà des premiers investisseurs mais quand on veut passer à l'échelle et qu'on compare par exemple à ce que les Américains ont en termes de fonds de venture capital ou de fonds de pension, nous n'avons pas ce niveau de financement. Donc c'est là que la force publique, les institutions peuvent faire levier et entraîner aussi l'épargne privée pour aller soutenir nos écosystèmes d'innovation. Donc voilà un petit peu là les principales avancées, les principales négociations qui sont en cours et qui seront absolument cruciales sur ce sujet.

Q - Merci beaucoup Benjamin Haddad, donc en direct de VivaTech.

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