AGNU - Micro tendu de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Nations unies Interventions médias Le : 24 septembre 2026 Jean-Noël Barrot - Bonjour à toutes et tous, nous sommes à New York, au siège des Nations Unies. Cette semaine, la France a été à l’initiative sur les principales questions de paix et de sécurité, qui sont de la responsabilité des Nations Unies : la réforme du Conseil de sécurité, l’intelligence artificielle, le Moyen-Orient et l’Ukraine. Sur la réforme du Conseil de sécurité, nous avons enregistré lundi une avancée majeure, puisque le Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité, est devenu le 128e pays à se rallier à l’initiative que la France porte avec le Mexique depuis dix ans pour restreindre l’usage du droit de veto par les membres permanents dans les cas d’atrocités de masse, de crimes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre les plus graves. Pourquoi est-ce important ? Parce que nous le voyons, le Conseil de sécurité est empêché d’agir, de prendre des décisions pour faire cesser ou sanctionner les atrocités de masse. Pourquoi ? Du fait de l’usage irresponsable du droit de veto par certains membres permanents du Conseil de sécurité. Avec l’arrivée du Royaume-Uni, avec ces 128 pays, alors que seuls 107 pays soutenaient l’initiative il y a encore six mois, nous avons créé une véritable dynamique qui doit nous permettre de convaincre le plus grand nombre possible d’États membres des Nations Unies et de présenter, le moment venu, une initiative politique pour élever le coût de l’usage déraisonné, irresponsable, du droit de veto dans les cas d’atrocités de masse et protéger ainsi les populations civiles qui souffrent partout sur la planète, au Soudan, en Ukraine ou encore au Moyen-Orient. Deuxième sujet, l’intelligence artificielle. Suite aux incidents qui se sont produits cet été, avec la perte de contrôle de certains modèles qui se sont introduits dans les systèmes d’information de certaines entreprises technologiques, la France, qui préside le Conseil de sécurité au mois de septembre, a décidé de consacrer une réunion du Conseil de sécurité à ce sujet. J’ai convoqué les dirigeants des principales entreprises concernées par les incidents de cet été : Anthropic, OpenAI et HuggingFace. Ils seront rejoints par Yoshua Bengio, prix Turing, expert mondialement reconnu de l’intelligence artificielle et de ses risques, et ce sera donc la première fois que le Conseil de sécurité sera saisi des enjeux posés par le développement technologique de ces modèles et des réponses que la communauté internationale doit apporter, à un moment où les inquiétudes de nos concitoyens commencent à augmenter, on l’a vu récemment, avec des manifestations, voire même des révoltes associées à l’installation de data centers dans un certain nombre de pays. Troisième sujet, le Moyen-Orient. Nous avons tenu hier deux réunions importantes de suivi de l’initiative majeure prise par la France et l’Arabie saoudite l’année dernière, qui a culminé, qui a abouti le 12 septembre 2025, par l’adoption à 142 voix de la déclaration de New York : le premier texte condamnant le Hamas, appelant à son désarmement, à son exclusion de toute participation à la gouvernance de Gaza à l’avenir ; le premier texte des Nations Unies qualifiant le 7 octobre d’attaque terroriste ; le premier texte depuis bien longtemps au travers duquel les pays arabes signataires de cet appel s’engagent à une intégration régionale aux côtés d’Israël. Sans cette déclaration de New York et son adoption le 12 septembre dernier, il n’y aurait probablement pas eu de plan de paix en 20 points, il n’y aurait probablement pas eu de résolution 2803 du Conseil de sécurité endossant ce plan de paix ; et sans doute, on peut le redouter en tout cas, la guerre ferait encore rage à Gaza avec le même niveau d’intensité qu’il y a un an : peut-être que les otages n’auraient pas été libérés, peut-être que Gaza aurait été privée de l’aide humanitaire qui reste malheureusement tout à fait insuffisante. Je le dis parce que j’observe un grand cynisme de la part des observateurs s’agissant du bilan de cette déclaration de New York, alors même qu’elle a permis d’ouvrir la voie à ce plan de paix qui certes est imparfait, qui certes est aujourd’hui bloqué dans sa mise en œuvre, mais qui a mis fin à une situation qui était tout simplement insoutenable. Sans les efforts de la France aux côtés de l’Arabie saoudite, tout cela n’aurait pas été possible. Les réunions d’hier, qui ont rassemblé les chefs d’État et de gouvernement autour du président de la République, puis la société civile autour de moi et d’un certain nombre de mes collègues, ont permis de réaffirmer que l’ambition d’aboutir à une solution à deux États, deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité, que cette ambition est intacte et que la volonté de poursuivre les efforts collectifs permettant de l’atteindre est au rendez-vous. Il y a une étape en particulier sur laquelle la France insistera dans les semaines et les mois à venir, c’est l’organisation des élections palestiniennes. C’est un engagement que le président Mahmoud Abbas a pris devant le président de la République et devant le prince héritier d’Arabie saoudite dans une lettre datée du 9 juin 2025. Ces élections sont programmées pour le 28 novembre 2026 pour les élections législatives, et pour le premier trimestre 2027 pour les élections présidentielles. Elles doivent impérativement se tenir. C’est une manière pour le peuple palestinien d’exprimer son aspiration légitime à l’autodétermination et de faire entendre sa voix qui, malheureusement ne l’est pas aujourd’hui. Dernier sujet, l’Ukraine. J’aurai l’occasion d’y revenir un peu plus longuement dans quelques minutes aux côtés du ministre ukrainien et de la Haute représentante pour la politique étrangère de l’Union européenne, Kaja Kallas, dans une déclaration dédiée endossée par cinquante pays. Nous aurons évidemment l’occasion de revenir au Conseil de sécurité au cours de cette réunion dédiée, sur la triple stratégie que poursuit la France de soutien à l’Ukraine, de pression sur la Russie et de préparation de la paix. Puisque je me trouve devant vous ce matin, je veux d’ores et déjà me féliciter de la décision prise par l’Union européenne ce matin de sanctionner Xenia Fedorova dans la lignée des sanctions qui ont été prises par la France il y a quelques semaines, dans la lignée des sanctions qui avaient été prises à son encontre par l’Allemagne il y a quelques années et dans la lignée des sanctions qui avaient été prises par l’Union européenne à l’encontre de RT, un organe de propagande dont la vocation était de déstabiliser les opinions publiques européennes, fragiliser le soutien à l’Ukraine et diviser les Européens dans un moment où, au contraire, ils ont besoin d’être plus que jamais uni. Donc, sur la réforme du Conseil de sécurité, sur l’intelligence artificielle, sur le Proche et le Moyen-Orient, comme sur l’Ukraine, alors que se termine cette présidence française du Conseil de sécurité, notre pays a été à l’initiative de certaines des réunions qui, à mon avis, resteront comme les plus importantes et les plus marquantes de cette semaine de haut niveau. Je m’en félicite et je me tiens à votre disposition pour une, voire deux questions. Journaliste – Monsieur le Ministre, hier le président de la République a heurté Israël en affirmant que le Hamas n’avait jamais sévi en Cisjordanie. Est-ce que cette affirmation est bien la position de la France aujourd’hui ? Est-ce que vous la redite ce matin ? Jean-Noël Barrot - Chacun a bien compris ce qu’était le propos du Président de la République, dans un moment où je le disais, nous sommes très attentifs à ce que chaque partie prenante de ce texte majeur que nous avons fait adopter l’année dernière et qui a permis qu’un plan de paix puisse voir le jour, que chaque partie prenante tienne aujourd’hui ses engagements. Et cela vaut notamment pour les dirigeants palestiniens dont nous souhaitons vivement et nous les soutiendrons dans cet effort, qu’ils puissent tenir les élections législatives et présidentielles comme prévu. S’agissant du gouvernement israélien, notre position est connue, notre attachement à l’existence et à la sécurité d’Israël est indéfectible, mais la politique qui est menée par le gouvernement actuel de l’État d’Israël hypothèque la sécurité d’Israël. C’est le cas dans le refus qui est celui des autorités israéliennes de mettre en œuvre leurs responsabilités au terme du plan de paix du président Trump, c’est le cas dans la stratégie de zone tampon qui est développée au Liban ou en Syrie, et c’est le cas en Cisjordanie, où nous assistons à une explosion - le président de la République l’a rappelé, et je crois que c’est cet élément-là qui a été largement retenu de son discours - à une explosion de la violence des colons extrémistes à l’égard des Palestiniens, ainsi qu’à une accélération sans précédent de la colonisation, ce qui fragilise cette perspective à laquelle la communauté internationale est attachée, qui est celle de la solution à deux États, mais qui fait courir un risque de sécurité à Israël et à la population israélienne, ce que nous ne pouvons accepter. Journaliste – Monsieur le ministre, sur la question d’Ormuz. Le président de la République est venu ici avec cette volonté de débloquer le Détroit d’Ormuz. On a entendu qu’il l’a répété à de très nombreuses reprises, qu’est-ce que vous dites aujourd’hui aux Français qui vous regardent, qui vous écoutent et qui voient que le prix de la pompe continue d’augmenter en France ? Il y a eu ces annonces également qui ont été faites par certains ministres à Bercy ces dernières heures. Est-ce que vraiment la France peut jouer un rôle dans le déblocage du Détroit d’Ormuz ? On voit que pour l’instant, malgré les annonces et ce qui est dit, c’est encore gelé. Jean-Noël Barrot - Le président de la République est venu ici à New York à l’occasion de cette semaine de haut niveau des Nations Unies, de l’Assemblée générale des Nations unies pour rencontrer un certain nombre de ses homologues : le président américain, mais aussi des dirigeants de la région, pour faire accélérer les discussions conduisant à une réduction des hostilités, à la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, mais aussi à un apaisement des tensions en mer Rouge, puisque l’escalade entre les Houthis et l’Arabie saoudite a elle aussi, d’une certaine manière, eu un impact considérable sur le prix du carburant. Nous ne nous contentons pas de passer des messages et de presser nos partenaires et nos interlocuteurs à aller aux négociations indispensables pour que la tension baisse et que la circulation puisse reprendre. Nous avons, vous vous en souvenez, bien avant la fin des hostilités, préparé pour ce qui concerne le détroit d’Ormuz, une mission internationale qui est prête à se déployer dès que les conditions le permettront pour justement que la reprise du trafic soit la plus rapide possible et que donc la baisse des tensions se répercute le plus rapidement possible à la pompe pour les Françaises et pour les Français. Et puis, parce que nous savons que ce type d’épisode est amené à l’avenir à se multiplier, nous avons pris les devants et nous travaillons avec nos partenaires européens, mais aussi nos partenaires dans la région - j’ai eu moi-même des discussions à ce sujet ces derniers jours - à ouvrir de nouvelles routes commerciales qui ne puissent pas être prises en otage ou être affectées par ce type de conflits qui ne sont pas les nôtres, que nous n’avons pas choisis et auxquels nous n’avons aucune intention de participer. S’agissant de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb, vous savez que la France est présente depuis deux ans au travers d’une mission européenne qui s’appelle Aspides et qui, dans une certaine indifférence, puisqu’on n’en parlait pas jusqu’à présent, a permis de protéger la circulation de plusieurs centaines de navires français contre les attaques des Houthis. La France est restée présente pour assurer la circulation des navires français et s’activer de manière à ce que la tension puisse baisser entre Arabie Saoudite et Houthis ... Je vais prendre une question en anglais et je m’arrêterai là. Journaliste - Can you please tell us in English… Jean-Noël Barrot - You know, French is an official language of the United Nations. Journaliste - Yes, but so is English. Jean-Noël Barrot – Sure. Journaliste - Can you please tell us the importance of this meeting, what you expect to come out of it, and do you believe that the United Nations should try and hold some kind of a global summit on artificial intelligence ? Jean-Noël Barrot – Thank you for this great question. So, like I said in French, which is an official language of the United Nations, France, who is chairing the Security Council this month of September, has decided to dedicate a meeting of the Security Council to AI. Why ? Well, because we’ve seen this summer security incidents that are severe enough that the Security Council, who’s in charge of global peace and security, should be seized of this matter. And I have decided that I would summon the leaders of the companies involved in these incidents : OpenAI, Anthropic and HuggingFace, that was a victim of such incidents. They will be joined in the Security Council room by Yoshua Bengio, the Turing Prize, global expert on AI. And we’ll have the first ever discussion on the main security threats associated with generative AI. I see three of them. One is indeed the loss of control on these models, like we’ve seen in recent months. The second one, obviously, that has already been discussed here and there, is the malevolent use of generative AI models to harm, including the use by non-state actors of such technology. And obviously, the third security question at least - there are many questions associated with AI, but the third security question that I think the Security Council should be seized of - is autonomous weapons, which will be discussed today as well. And industry leaders have made statements regarding slowing down or pacing the development of the technology. We’ll be discussing that. This is perhaps not such a bad idea in the sense that the means we need to develop to supervise the technology need to be developed at the same pace as the technology itself. And on the side of that, there are also a lot of major consequences of AI on financial markets, on the job market, but also on the environment that also need to be processed by nations of this world. If they’re not, then we’ll see more and more discontent and maybe anger coming up from populations around the world for the lack of involvement of their governments in this field. Why is France legitimate to lead such a discussion today at the Security Council ? One, as a permanent member of this Council, France has the principal responsibility for any matter pertaining to peace and security globally. Second, France holds the technology. We have the most vibrant ecosystem in Europe and one of the global leaders in generative AI. And finally, we’ve been launching a series of international plurilateral conversations in the past with the Global Partnership on AI, with the AI Summit that was held in Paris. And yesterday, President Macron launched a very important initiative, a coalition of industry leaders and government officials to protect children in the era of AI. I’m told I have to run. Thank you very much.