AGNU - Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, au Conseil de Sécurité des Nations Unies Ukraine Nations unies Discours Le : 23 septembre 2026 New York, le 23 septembre 2026 Jean-Noël Barrot - La 10 227e séance du Conseil de sécurité est ouverte. L'ordre du jour provisoire de la présente séance est le maintien de la paix et de la sécurité de l'Ukraine. L'ordre du jour est adopté. Je souhaite chaleureusement la bienvenue aux Présidents, aux Premiers ministres et aux ministres présents dans la salle du Conseil de sécurité. Votre présence aujourd'hui témoigne de l'importance de la question à l'examen. Conformément à l'article 37 du règlement intérieur provisoire du Conseil, j'invite les représentants des pays ci-après à participer à la présente séance : Allemagne, Espagne, Finlande, Italie, Moldavie, Pologne, Roumanie, Royaume des Pays-Bas, Slovaquie et Ukraine. Il en est ainsi décidé. Conformément à l'article 39 du règlement intérieur provisoire du Conseil, j'invite Mme Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, à participer à la présente séance. Il en est ainsi décidé. Conformément à l'article 39 du règlement intérieur provisoire du Conseil, j'invite également Son Excellence M. Antonio Costa, président du Conseil européen, à participer à la présente séance. Il en est ainsi décidé. Le Conseil de sécurité va maintenant aborder l'examen du point 2 de l'ordre du jour. Je donne maintenant la parole à Mme Rosemary DiCarlo. [Discours de Mme Rosemary DiCarlo] Jean-Noël Barrot - Je remercie Mme Rosemary DiCarlo pour son exposé. Je vais maintenant faire une déclaration en ma qualité de ministre de l'Europe et des Affaires étrangères de la France. Madame la secrétaire générale adjointe, mesdames et messieurs, il y a près de cinq ans, Vladimir Poutine précipitait son propre pays et ses propres citoyens à la poursuite d'un dessein funeste et paranoïaque, celui d'une guerre d'agression brutale et illégale contre l'Ukraine. Une guerre illégale d'abord contre un État souverain reconnu depuis 1991 par la communauté internationale et par la Russie en particulier, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une guerre coloniale contre une nation dont l'identité est remise en cause, la culture niée, l'histoire réécrite et la langue dénigrée par la Russie. Souvenons-nous du théâtre de Marioupol et de ses centaines de victimes civiles. Une guerre que l’Ukraine n’a pas provoquée. Car c’est bien la Russie, et elle seule, qui a envahi le 24 février 2022 un voisin qui ne la menaçait en rien. Pour Vladimir Poutine, cette guerre est un échec cinglant. C’est l’échec d’une expédition insensée, voulue par un seul homme. Mais qui paye le prix de cette folie ? C’est l’Ukraine ; c’est l’Europe ; ce sont les pays en développement, les populations les plus vulnérables à travers le monde ; ce sont les Nations Unies et leur crédibilité ; c’est, enfin, la Russie elle-même et son peuple. Oui c’est d’abord l’Ukraine ! Qui peut oublier les massacres de civils à Boutcha au printemps 2022 ? Depuis, le bilan n’a cessé de s’alourdir : 71 000 victimes civiles, dont 17 000 morts, depuis le début de l’invasion. En ciblant les infrastructures stratégiques – centrales électriques et nucléaires, réseaux de chauffage urbain, réseaux d’eau potable –, la Russie utilise l'hiver, le froid et les privations les plus élémentaires comme des armes de destruction massive dirigées contre la population civile. C’est l’Europe ! La Russie s’en prend à l’Europe toute entière, par ses assassinats ciblés, ses sabotages, ses attaques cyber, sa désinformation, ses violations répétées de l’espace aérien européen : Roumanie, Pologne, Moldavie, Lituanie, Estonie, Lettonie, Finlande… Pas un État qui ne soit inquiété par cette agressivité russe, qui se déploie loin de ses frontières, comme encore récemment en Allemagne, à Leipzig. L’Allemagne, notre voisine, à laquelle nous apportons toute notre solidarité. Qui paie le prix de cette folie ? Ce sont les États et les populations les plus vulnérables du monde qui paient aussi le prix de cette agression. Les attaques russes ciblent les ports et les navires commerciaux qui transportent notamment les céréales et les produits oléagineux ukrainiens en mer Noire. Des produits destinés notamment aux pays en développement. Cette guerre affecte donc gravement la sécurité alimentaire mondiale dans son ensemble. Par sa guerre d’agression, la Russie frappe, enfin, les Nations Unies. Sa Charte est bafouée par un membre permanent du Conseil de sécurité qui, faisant fi de la responsabilité principale qui est la sienne, affaiblit l’autorité de cette enceinte. Quelle légitimité reste-t-il à un Conseil de sécurité dont un membre permanent, la Russie, multiplie les violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, se rend coupable d’exactions qualifiées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par la Commission d’enquête internationale indépendante sur l’Ukraine ? Un membre permanent dont le dirigeant est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour le crime de guerre de déportation et de transfert illégal d’enfants ? Oui, Vladimir Poutine déshonore le siège de membre permanent de la Russie et discrédite ce Conseil aux yeux du monde. Mesdames et Messieurs, qui paie le prix de cette folie ? C’est la Russie elle-même, décimée, ruinée, isolée par cette guerre voulue par un seul homme. Décimée, la Russie : L’obstination d’un homme a déjà condamné à mort près de 500 000 Russes, qui n’avaient pas voix au chapitre, pour une guerre qui n’est pas la leur, dans un pays qui n’est pas le leur. Ruinée, la Russie de Vladimir Poutine qui est celle de la récession et de l’inflation. C’est l’effondrement d’un pays qui a vécu sur sa rente pétro-gazière et qui rationne aujourd’hui la vente de carburants dans la majorité de ses régions. C’est une économie civile accaparée par la guerre et dont l’activité s’effondre. C’est un déficit public 2,5 fois plus élevé que prévu, et tout ceci, au détriment des services de base à la population. Isolée, la Russie de Vladimir Poutine. Écartée du G8 après l’annexion illégale de la Crimée, la Russie est isolée, suspendue du Conseil des Droits de l’Homme, exclue du Conseil de l’Europe. La Russie est esseulée à l’Assemblée générale des Nations Unies, qui, à dix reprises - dix reprises - et à de larges majorités, a condamné son agression, a appelé au cessez-le-feu et au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Et pourtant, une autre voie est possible. Celle du cessez-le-feu, tout d’abord. Cette guerre n’a que trop duré. La France renouvelle son appel à un cessez-le-feu immédiat, à partir de la ligne de front actuelle, car les paroles de paix se font mieux entendre dans le silence des armes. L’Ukraine propose depuis plus d’un an déjà le principe d’un cessez-le-feu immédiat. Nous ne pouvons nous résoudre à ce que la Russie y réponde encore et toujours par des bombardements. Aussi, comme l’a encore exprimé le Président de la République ici même à la tribune de l’Assemblée générale, la France soutient l’établissement d’un double moratoire : d’une part sur les attaques concernant l’énergie et les infrastructures civiles de part et d’autre, ainsi que d’autre part un moratoire sur les attaques en mer Noire, comme premier pas dans la désescalade. La voie de la négociation, ensuite. L’Ukraine est prête à la paix : elle en exprime le souhait, auquel s’oppose l’entêtement de Moscou. Kyïv exprime clairement sa volonté de paix et a fait montre à de nombreuses reprises de sa disposition à s’engager honnêtement dans un processus de négociation. Le président ukrainien s’est également dit prêt à rencontrer son homologue russe. Tant que la Russie ne s’engagera pas dans la négociation, nous continuerons d’accentuer notre pression collective pour la contraindre à négocier de bonne foi et à cesser son agression insensée. Mesdames, Messieurs, la seule issue possible est une paix juste, durable, conforme au droit international et à la Charte des Nations Unies, respectueuse de la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Vladimir Poutine est en échec. L’Ukraine et la communauté internationale en paient le prix. Le peuple russe aussi. Cette folie doit cesser. Je vous remercie, et je reprends mes fonctions de Président du Conseil.