9e Congrès mondial pour l’abolition universelle de la peine de mort - Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Lutte contre la peine de mort Discours Le : 30 juin 2026 Mesdames et Messieurs les représentants d’organisations internationales et non gouvernementales, Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires, ambassadrices, ambassadeurs, militants abolitionnistes, Mesdames et Messieurs, Il y a 45 ans, la France tournait une page de son histoire. Le 9 octobre 1981, sous l’impulsion du Garde des Sceaux, Robert Badinter, la loi abolissant la peine de mort était promulguée. Ce jour-là, comme le dit Robert Badinter devant l’Assemblée nationale, la justice française cessa d’être une « justice qui tue », « une justice d’angoisse et de mort ». Au nom de la dignité de la personne humaine, la France cessa d’appliquer en son territoire ce supplice inhumain, qui ne répondait d’aucune justification, ni morale, ni juridique. Mais ce combat n’est pas terminé, et c’est un combat universel. Or si la France a aboli, si l’Europe a aboli, trop de pays dans le monde pratiquent encore la peine de mort. En Iran, la peine capitale et les exécutions se sont multipliées depuis 2022. N’oublions pas nos frères et sœurs iraniens. En Chine, en Arabie saoudite, aux États-Unis, la peine capitale est encore largement appliquée. En 2025, Amnesty International recensait plus de 2.700 exécutions dans 17 pays. Cette réalité doit nous alerter : jamais autant d’exécutions n’ont eu lieu depuis 1981. Ce sont des milliers de vies arrachées au nom d’une justice qui se trompe de cible. Car tous les rapports le montrent, qu’ils proviennent des Nations unies ou de la société civile : la peine de mort n’a aucun effet dissuasif. Son application est le plus souvent discriminatoire à l’égard des opposants politiques, des groupes les plus vulnérables et des minorités. Les procédures ont un coût exorbitant. Non, la peine de mort ne répare pas : elle détruit. Aujourd’hui, un mouvement mondial pour l’abolition s’est levé, et je souhaite lui rendre hommage. Il est porté par l’Europe et par une majorité des États membres des Nations unies. Mais aussi par des acteurs issus des systèmes judiciaires du monde entier : avocats, magistrats et surtout par la société civile et par une jeunesse qui refuse d’hériter d’un monde où l’État a le droit de tuer. Je remercie du fond du cœur Ensemble contre la peine de mort qui fait avancer ce combat en organisant depuis 25 ans des Congrès régionaux et mondiaux. En menant des campagnes de plaidoyer. En formant les magistrats et les avocats. En décembre 2023, le Président de la République avait appelé de ses vœux l’organisation de ce Congrès : aujourd’hui, nous y sommes. L’action et la mobilisation d’Ensemble contre la peine de mort ont fait de cet engagement une réalité. Mes remerciements vont aussi à la Coalition mondiale contre la peine de mort et à toutes les organisations de la société civile, parmi lesquelles Amnesty International, qui, chaque année, informent, plaident et mobilisent. La société civile internationale est le moteur du changement. Merci à tous les avocats, magistrats et parlementaires présents aujourd’hui à Paris, qui portent ce combat au quotidien dans leurs pays, encourant parfois de grands risques. Votre engagement est indispensable. La tenue de ce Congrès, ici même à Paris, est particulièrement symbolique. Nous nous trouvons à quelques encablures du Palais de Chaillot. C’est là que fut adoptée en 1948 la Déclaration universelle des droits de l’Homme, à laquelle René Cassin participa. Prix Nobel de la Paix pour son combat inlassable pour la dignité de la personne humaine, il disparut il y a cinquante ans et demeure pour nous un phare et une source d’inspiration. Mesdames, Messieurs, Nous sommes engagés au niveau multilatéral pour parvenir à l’abolition universelle. En 2007, la France a inscrit dans sa Constitution la prohibition de la peine de mort. Cette modification nous a permis de ratifier le deuxième protocole facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort. Avec ce pacte et d’autres textes, les membres des Nations unies ont fait de l’abolition de la peine de mort une priorité. Des résolutions majeures ont été adoptées dans les enceintes internationales. En 2007, la première d’entre elles, qui demandait un moratoire universel sur les exécutions, a été adoptée à une large majorité. Ces résolutions montrent une tendance irréversible : le monde se détourne de la peine de mort ; notre combat porte ses fruits. En 2024, 130 États à l’Assemblée générale ont voté en faveur de cette résolution. Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme joue un rôle clé pour porter ce combat sur la scène internationale. Je salue à ce titre le Haut-Commissaire, M. Volker Türk, et le remercie d’être à nos côtés. L’Alliance mondiale pour les droits de l’Homme, lancée il y a quelques jours à Genève, contribuera à mobiliser les opinions publiques, les acteurs du monde privé, comme ceux de la société civile. Monsieur le Haut-Commissaire, face aux attaques contre les droits qui se multiplient partout dans le monde, cette initiative est essentielle ; vous avez notre soutien. De nombreux États se mobilisent aux côtés de la France pour l’abolition universelle de la peine de mort. Je tiens donc à remercier chaleureusement les 24 États membres de la Commission internationale contre la peine de mort pour leur action, ainsi que les États membres du Core group des amis des Congrès mondiaux pour leur mobilisation dans la préparation de ce Congrès. Le pouvoir judiciaire est aussi un allié incontournable vers l’abolition universelle. La Cour européenne des droits de l’Homme a joué un rôle fondamental en ce sens, et je salue la présence parmi nous du Secrétaire général du Conseil de l’Europe, M. Alain Berset. La Cour a progressivement érigé l’abolition en principe intangible, grâce à son interprétation de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’Homme. C’est une fierté pour les peuples d’Europe. Car chaque fois qu’un juge refuse de recourir à la peine de mort, il porte sa pierre à l’édifice de l’abolition. Quant aux avocats, ils sont la dernière ligne de défense entre l’accusé et la chambre d’exécution. Souvenons-nous de l’exemple de Robert Badinter, que la Nation française a fait entrer au Panthéon, avec les Lumières et l'esprit de 1789, le 9 octobre 2025. Pour lui, la peine de mort était l’échec de la justice, et aucun échec n’est irréparable. Mesdames, Messieurs, La jeunesse est l’espoir de l’abolition universelle. Les étudiants, les militants, les influenceurs, toutes celles et ceux qui sont ici avec nous et portent le combat de l’abolition avec une énergie nouvelle. C’est pourquoi le Congrès a décidé de mettre en lumière l’engagement de la jeunesse. Pour nous, il s’agit de renforcer l’éducation en matière de droits de l’Homme, de former les futurs juristes à défendre l’abolition, et de promouvoir les initiatives portées par les réseaux de jeunes militants partout dans le monde. La lutte contre la peine de mort n’est pas qu’un combat juridique ou politique, c’est l’affirmation d’un principe simple : la dignité de la personne humaine ne saurait connaître ni exception, ni hiérarchie. Elle est le socle vivant de nos démocraties, le principe cardinal qui fonde la primauté de la personne humaine sur toute forme de pouvoir. De cette exigence découlent l’ensemble des libertés fondamentales auxquelles la France demeure indéfectiblement attachée : la liberté d’expression, le droit à l’éducation, le droit de participer à la vie publique dans le cadre d’élections libres. La France soutient toutes celles et ceux qui, avec détermination, se battent pour que ces droits soient protégés. Alors que les démocraties sont mises à l’épreuve, nous devons réaffirmer avec clarté ce qui nous unit : notre attachement à l’universalité des droits et aux principes qui fondent nos sociétés libres. « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. » Ainsi parlait Victor Hugo en 1848. Nous reprenons ses mots et son combat aujourd’hui, pour faire de ce projet de civilisation une réalité. Par votre présence nombreuse, par vos engagements et vos témoignages, vous donnez corps à ces valeurs et vous faites vivre la dynamique dont nous avons besoin pour atteindre l’abolition universelle de la peine de mort. Grâce à votre mobilisation collective, à vous toutes et tous qui êtes présents aujourd’hui, la promesse d’un monde sans peine de mort est accessible. Alors ne baissons pas la tête, ne baissons pas les bras, et travaillons sans relâche pour atteindre l’abolition universelle. Je vous remercie.