Soutenir l’Ukraine dans sa reconstruction La stratégie française se déploie à différents niveaux (multilatéral, européen, bilatéral et local). La France participe au financement des besoins du budget civil de l’Ukraine via les programmes de prêts du FMI et de la Banque mondiale et de l’Union européenne, de façon à assurer la continuité de l’Etat ukrainien pendant qu’il assure sa défense. Ukraine Conflits Solidarité internationale Publié le : 10 novembre 2024 Mis à jour le : 21 juillet 2026 Philémon Henry/MEAE Dans cette rubrique Priorités & actions Le ministère en action Agir pour la paix et le respect des droits de l'homme Accompagner les ressortissants français Promouvoir une Europe souveraine Promouvoir les entreprises françaises et l'attractivité de la France Assurer la présence de la culture française Contribuer à une mondialisation durable et équilibrée Grands dossiers Le sommet international sur l'espace La présidence française du G7 2026 L'action diplomatique de la France en Ukraine La France, partenaire de paix au Proche-Orient La coopération franco-allemande Sommaire Financements à destination des secteurs prioritaires Soutien sectoriel dans les secteurs prioritaires Développement de l’offre en assistance technique Alors que l’Ukraine résiste à la guerre d’agression russe depuis février 2022, la communauté internationale se mobilise d’ores et déjà pour entamer le processus de reconstruction. Ce dernier s’effectue à deux niveaux : tous d’abord, il convient d’aider l’Ukraine à faire face aux destructions d’infrastructures vitales à sa survie (énergie, routes logistiques, santé, écoles etc.). D’autre part, le processus de reconstruction de l’Ukraine dépasse la dimension strictement matérielle et s’inscrit également dans une dynamique de transformation économique et sociale du pays. Cette transformation permet aussi d’accompagner le pays dans son chemin vers l’adhésion à l’Union européenne (UE) par l’adoption et la mise en œuvre de nombreuses réformes sur le renforcement de l’état de droit et des institutions, la lutte contre la corruption et la modernisation du fonctionnement de l’ensemble des secteurs de l’économie, lui permettant de reprendre la législation européenne (acquis communautaire). A ce titre, la France accompagne l’Ukraine dans la durée, pour renforcer sa résilience et préparer son avenir européen. En parallèle, en plus de mettre à disposition des outils de financement et d’assistance technique et de contribuer aux instruments de partage de risque et de financement des institutions financières internationales et européennes (Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Banque européenne d’investissement, Banque du Conseil de l’Europe), l’État s’engage auprès des entreprises françaises, des collectivités locales et de la société civile pour faciliter leur participation à la reconstruction de l’Ukraine. Le Président de la République a nommé en mars 2023 un premier envoyé spécial pour l’aide et la reconstruction de l’Ukraine, Pierre Heilbronn, afin de définir et déployer la stratégie française de soutien civil à l’Ukraine et mobiliser les entreprises françaises. L’Envoyé spécial représente également la France au comité de pilotage de la plateforme des bailleurs pour l’Ukraine, établie par le G7 le 12 décembre 2022. Le 1er janvier 2026, Muriel Lacoue-Labarthe a pris ses fonctions en qualité d’Envoyée spéciale pour l’aide économique et la reconstruction de l’Ukraine. Cette continuité de la mission illustre l’engagement constant de la France en soutien à l’Ukraine. Financements à destination des secteurs prioritaires Outre les dispositifs existants de soutien à l’export tels que les prêts concessionnels, le Fonds d'études et d'aide au secteur privé (FASEP) ou l’assurance export (y compris l’assurance risque de guerre qui permet de couvrir jusqu’à 95% les investissements), la France agit pour soutenir les secteurs essentiels à la résilience des Ukrainiens à moyen et long terme. A ce titre, plusieurs actions spécifiques ont été menées, parmi lesquelles : La création d’un fonds d’aide civile La création d’un fonds d’aide civile doté de 200 millions d’euros (financé aux deux-tiers par le ministère de l’économie et un tiers par le ministère des affaires étrangères), décidée en 2024 pour financer le déploiement de 19 projets d’entreprises dont la production est basée en France en soutien aux infrastructures critiques. Objectif : financer des solutions destinées à soutenir les infrastructures prioritaires du pays dans des secteurs tels que l’énergie, les transports, l’eau, la santé ou le déminage. Au regard de son succès, le fonds a été réabondé en 2026 à 71 M€ pour une dizaine de projets qui seront déployés entre la fin 2026 et 2027. Les projets sont actuellement en cours de sélection par le gouvernement ukrainien. L’ouverture du mandat de l’AFD en Ukraine L’ouverture du mandat de l’AFD en Ukraine a été annoncée lors de la visite du Président V. Zelensky à Paris le 7 juin 2024. Ce mandat permet de financer sous forme de prêts et de dons aux collectivités locales des projets favorisant la modernisation et l’intégration du pays à l’Union européenne. L’AFD y consacrera 400 millions d’euros en prêts et 50 millions d’euros en dons jusqu’en 2027, sans impact sur la dette ukrainienne. La mobilisation des investissements privés pour la reconstruction de l’Ukraine au travers de mécanismes de partage du risque : Officiellement créé lors de la conférence pour la reconstruction de l’Ukraine à Gdansk en juin 2026, le EU Flagship Fund for the Reconstruction of Ukraine est un fonds d’investissement fondé sur 220 millions d’euros de capital catalytique public, apporté par la Commission européenne, la Banque européenne d’investissement et les institutions de financement du développement de la France, de l’Italie, de l’Allemagne et de la Pologne, pour attirer jusqu’à 1,3 milliards d’euros de capitaux privés. Ces capitaux contribueront à financer la reconstruction et le développement du secteur privé en Ukraine, en particulier dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, les infrastructures et l’industrie. Bpifrance a signé un accord avec la Commission européenne une garantie de 150 millions d’euros de garanties de l’UE et 13 millions d’euros de subventions, afin de soutenir un programme de financement qui devrait mobiliser environ 478 millions d’euros d’investissements en faveur d’entreprises ukrainiennes actives dans les technologies à double usage et les industries stratégiques. Soutien sectoriel dans les secteurs prioritaires L’appui au secteur de la santé La France est le premier pays en termes de coopérations hospitalières avec l’Ukraine, avec plus d’une soixantaine de partenariats entre hôpitaux ukrainiens et français. Son action est notamment articulée dans trois secteurs prioritaires que sont le traitement du cancer, la santé mentale et la réhabilitation physique. Elle a ainsi récemment octroyé à l’Ukraine deux prêts concessionnels pour un montant total de 47 millions d’euros permettant : la construction d’un hôpital modulaire à Nizhin par Ellipse Project ; la livraison de mammographes par l’entreprise GE HealthCare. La France joue également un rôle majeur pour le soutien et la résilience de la santé en Ukraine via le programme APPUI, qui permet d’améliorer l’accès des populations ukrainiennes aux soins, d’acquérir des matériels d’urgence et de soutenir les coopérations entre praticiens hospitaliers, mis en œuvre par Expertise France avec l’appui du Centre de crise et de soutien. Expertise France a également financé le nouveau centre Superhumans à Odessa, afin de renforcer les capacités ukrainiennes en matière de réhabilitation physique et psychologique des vétérans. Ce centre est inauguré début juillet 2026. L’appui au secteur de l’énergie Le soutien au secteur énergétique est vital pour l’Ukraine alors que la Russie cherche à couper le pays de ses capacités de production électrique et de chauffage. Sur les 200 millions d’euros du Fonds Ukraine I, dont les projets sont en cours de déploiement, 65 millions d’euros sont dédiés à l’énergie (Schneider Electric, EDF International Networks et GE Vernova). Le Ministre J.N. Barrot a annoncé le 23 janvier 2026 un don de plus de 100 générateurs (dont certains solaires) pour 13 MW de puissance. Ce don participe au développement de la production décentralisée d’énergie qui est une composante essentielle du renforcement de la résilience énergétique ukrainienne. Deux entreprises portent des projets FASEP de rénovation du réseau à fort potentiel : (i) déploiement de compteurs intelligents par EDF International Networks, et (ii) stabilisation du réseau à l’aide d’infrastructure de stockage par Forsee Power. L’Ukraine et la France font partie des quelques pays dont le mix électrique est composé à plus de 50 % d’énergie nucléaire. La filière française développe plusieurs projets de coopérations industrielles. L’appui au secteur du déminage Le déminage est le préalable à toute reconstruction physique et s’avère donc essentiel pour la reconstruction de l’Ukraine. La France disposant d’un réel savoir-faire en termes de déminage en milieu aquatique, des actions de formation au déminage subaquatique de plongeurs démineurs ukrainiens, en lien avec le ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, ont été conduites, ainsi que la traduction en ukrainien du logiciel TURPIN et de la formation à son utilisation. L’appui au secteur du numérique et des télécommunications L’Ukraine était avant le début de l’agression russe l’un des pays les plus dynamiques dans le monde sur les technologies de l’information. Ce secteur, plus concurrentiel que d’autres en Ukraine, a maintenu sa capacité à attirer de nombreux acteurs internationaux, comme en atteste l’opération majeure de rachat par NJJ du réseau fixe et du 3e réseau mobile ukrainiens, plus important investissement direct étranger en Ukraine depuis 10 ans. La France est bien positionnée, tant au niveau des investissements et projets d’entreprises que des coopérations bilatérales, pour aider l’Ukraine à intégrer le marché unique numérique et l’acquis européen. D’autres entreprises françaises sont également présentes, dont Téléos, via un FASEP sur le déploiement d’un réseau de fibre optique. Enfin, un fonds de capital-venture, Phoneix Tech Fund, a été créé pour investir dans l’innovation de rupture en Ukraine avec la participation de Bpifrance, Proparco, Swedfund, des investisseurs privés et la BEI. L’appui au secteur du transport En septembre 2025, Alstom a signé un contrat de 473 millions d’euros avec les chemins de fer ukrainiens (« UZ ») pour la fourniture de 55 locomotives de fret électrique. Auparavant, l’entreprise Saarstahl Rail avait fourni 20 000 tonnes de rails à UZ pour réparer plus de 150 kilomètres de voies ferrées, opération permise par l’octroi d’un prêt concessionnel au gouvernement ukrainien d’un montant de 37,6 millions d’euros. Développement de l’offre en assistance technique En vue de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, la France agit pour soutenir la convergence du pays vers les normes et standards européens, notamment par : Le déploiement d’experts techniques de haut niveau au sein de ministères ukrainiens. Ces experts viennent notamment soutenir l’administration ukrainienne dans la préparation des réformes nécessaires pour reprendre l’acquis communautaire dans la perspective d’une future adhésion de l’Ukraine à l’UE ; Le renforcement des effectifs d’Expertise France en Ukraine et la mise en place de programmes, comme la Facilité d’Assistance Technique mAIDan, visant à mobiliser la coopération technique française pour préparer la reconstruction et le processus d’adhésion à l’UE. Expertise France intervient dans plusieurs secteurs en Ukraine, notamment la réforme de la justice, la gouvernance, la santé et la réhabilitation d’infrastructures. Soutien à l’Ukraine au sein de forums internationaux Afin de rassembler sur le soutien civil à l’Ukraine, la France utilise son influence diplomatique dans plusieurs forums internationaux. Présidence 2026 du G7 : La France, assumant en 2026 la présidence tournante du G7, consacre une grande partie de ses travaux au soutien à l’Ukraine : les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Evian le 16 juin ont ainsi souligné qu’ils sont « unis dans [leur] soutien indéfectible à l’Ukraine alors qu’elle défend sa liberté, sa souveraineté et son intégrité territoriale. Nous réaffirmons notre solidarité avec le peuple ukrainien, dont les infrastructures essentielles et le patrimoine culturel sont attaqués. Nous félicitons l’Ukraine pour sa résilience et les progrès qu’elle a accomplis sur le front ces derniers mois, et nous soulignons qu’il existe désormais un nouvel élan ». Par ailleurs, la France soutient également la collecte de fonds réalisée sous l’égide de la BERD pour effectuer les réparations de l’arche de confinement de la centrale de Tchernobyl, endommagée en 2025 par un drone russe ; Co-présidence du Groupe G7+ Energie : le G7+ Energie est un groupe comprenant le G7 et 14 autres pays, que la France co-préside aux côtés de la Commission européenne. En janvier 2026, alors que l’Ukraine subissait des attaques particulièrement violentes à l’encontre de ses infrastructures énergétiques et donc de sa population civile, une réunion d’urgence de ce groupe a été le point de départ de la livraison tout au long de l’hiver d’un total d’environ 2 500 générateurs. Le groupe se réunit désormais mensuellement avec pour objectif de faciliter la préparation de l’hiver prochain, compte tenu des destructions subies par le système énergétique ukrainien. Au niveau européen : l’UE et ses Etats membres sont le premier soutien financier, économique, militaire et humanitaire de l’Ukraine. L’aide financière de l’UE passe par les instruments suivants : Facilité pour l’Ukraine : En février 2024, l’UE a adopté une Facilité de 50 Md€ au profit de l’Ukraine pour 2024-2027. Cet instrument permet de répondre aux besoins de court terme et de moyen terme de l’Ukraine dans le cadre de sa reconstruction et sa modernisation, en lien avec son rapprochement avec l’UE. Le Pilier I de cette Facilité permet d’encourager l’Ukraine à adopter des réformes en lien avec son processus d’adhésion à l’UE, les décaissements étant conditionnés à la réalisation de réformes (déterminées dans le Plan Ukraine). Une partie de l’enveloppe budgétaire (30 Md€ au total) du prêt de soutien à l’Ukraine viendra abonder ce Pilier I ; Prêt de soutien à l’Ukraine : Le Conseil européen du 18 décembre 2025 a permis un accord sur l’octroi d’un prêt de 90 Md€ à l’Ukraine (« prêt de soutien à l’Ukraine »). Il s’agit d’un prêt octroyé pour les années 2026-2027, sur la base d’un emprunt de l’Union européenne sur les marchés des capitaux, et garanti par le budget européen. Il comporte un volet militaire comprenant une forte préférence européenne [montant indicatif 60 Md€] et un volet de soutien budgétaire [montant indicatif de 30 Md€].