Les révolutions russes de 1917

Cette exposition-dossier propose une sélection d’archives rares sur les Révolutions russes de 1917. Réalisée à partir des documents originaux conservés au centre de La Courneuve, elle présente des témoignages de diplomates qui ont vécu ces évènements au plus près de l’actualité de 1916 à 1924.

Publié le : 21 octobre 2025 Mis à jour le : 24 février 2026

Le Monde illustré. 28 juin 1919

Le parcours chronologique s’articule autour de trois parties : les préludes de la révolution, les journées révolutionnaires et l’après révolution qui ouvre une nouvelle ère de relations diplomatiques.

Préludes de la révolution


Pour évoquer les événements qui mènent à la première révolution de février, c’est essentiellement au témoignage de Maurice Paléologue, ambassadeur à Petrograd de 1914 à 1917 que l’on a ici fait appel.

Saint-Petersbourg, ambassade de France. L’ambassadeur, Maurice Paléologue, dans son bureau en compagnie de ses collaborateurs. Vers 1914. Collection iconographique, fonds Immeubles, A0411896.

Grande figure de la diplomatie, très proche de la famille et de l’entourage du Tsar, il transmet au Quai d’Orsay une correspondance bien informée où il trace le portrait d’un Nicolas II sinon indifférent aux événements du moins inconscient de leur gravité.

En décembre 1916, Paléologue attire l’attention sur l’assassinat de Raspoutine [1], une information largement relayée dans l’opinion par les journaux du temps.

Un Raspoutine qu’il décrit par ailleurs comme « un moujik sibérien, tenant à la fois de l’apôtre, du thaumaturge et du satyre [2] ».

Maurice Paléologue est considéré comme une source d’information très fiable sur les événements qui annoncent la Révolution de 1917. Son journal, intitulé Le Crépuscule des tsars, a été publié en 2007 au Mercure de France.

Journées révolutionnaires

Cette seconde partie de l’exposition présente successivement les télégrammes rédigés par Maurice Paléologue, puis ceux de Joseph Noulens, ambassadeur de France à Pétrograd de 1917 à 1919, ainsi que les correspondances des consuls en poste et les articles de la presse relayant l’information.

Dès février, pillages, grèves et manifestations se succèdent. Rodzianko président de la Douma, alerte et supplie le tsar. Les monuments et bâtiments publics sont pillés et incendiés [3].

L’ambassade est un refuge [4] d’où il est difficile de sortir, les fusillades sont intenses.

Le 12 mars, Maurice Paléologue notera dans son agenda ce simple mot : « Révolution ».

La révolution de mars 1917 racontée et illustrée par Louis de Robien, attaché d’ambassade en Russie de 1917 à 1918. Le Monde illustré. 28 juin 1919

Dans son télégramme du 20 mars au soir, Maurice Paléologue établit un parallèle avec la Révolution française. Le tsar Nicolas II est devenu le citoyen Nicolas Romanov [5]. L’atmosphère générale décrite est celle qui prédominait lors du retour de Varennes de Louis XVI.

Fin mars, la famille impériale est arrêtée. Les conditions de sa détention vont se dégrader inéluctablement.

Le gouvernement provisoire dirigé par Kerenski a grand peine à ramener le calme et les autorités se délitent.

Jules Cambon [6], alors secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, rédige un rapport en date du 1er octobre 1917 [7] sur la situation politique, économique et militaire en Russie.

Si l’anarchie règne de la campagne à la ville, de l’administration à l’armée, il attire néanmoins l’attention sur les ressources immenses de la Russie.

Une autre analyse politique semble corroborer l’analyse de Jules Cambon. Le 5 novembre 1917, un membre du soviet des ouvriers et soldats affirme dans une note [8] qu’il adresse au Comité que le parti des bolcheviques mène le pays à la ruine : « Notre masse est insuffisamment éclairée, nous n’avons pas d’hommes d’étude nous ne pouvons même pas envoyer un ambassadeur, nous manquons partout d’intellectuels. Ingénieurs, docteurs, professeurs, avocats… sont tous des cadets et tous ces messieurs sont contre le soviet des députés ouvriers et soldats. »

Joseph Noulens, nommé ambassadeur de Pétrograd à la suite de Maurice Paléologue souligne dans un télégramme du 7 novembre [9], la situation particulièrement grave dont il est le témoin. Les communications télégraphiques sont coupées, les arrestations et exécutions se poursuivent.

Le 10 novembre 1917, Léon Trotsky adresse une lettre aux ambassadeurs, publiée dans Le Journal de Russie [10]. Il présente Lénine comme le chef du gouvernement bolchevique et se présente lui-même comme le commissaire du peuple aux Affaires étrangères.

Note du gouvernement bolchevik aux ambassadeurs. Journal de Russie. Extrait. 10 novembre 1917

Voir aussi 
La révolution russe. Le Monde illustré, 28 juin 1919 [11].
La révolution de mars 1917, racontée et illustrée par Louis de Robien, attaché d’ambassade en Russie, de 1917 à 1918.

Vers de nouvelles relations diplomatiques

Cette troisième partie de l’exposition couvre la période du 16 janvier 1918 au 28 octobre 1924.

En février 1918, la révolution devient un modèle pour la colonie russe de New-York [12] qui se déclare « bolcheviste ».

Fin février 1918, les ambassades de Pétrograd se vident. Les ambassadeurs français et étrangers partant pour la Finlande font l’objet de caricatures de Provost [13] de la banque russo-asiatique.

Caricatures de Provost.

Puis, Le Journal de Russie [14] dans sa livraison du 20 juillet 1918, annonce l’exécution le 16 juillet de « l’ancien tsar Nicolas Romanov » tout en précisant que sa femme et son fils ont été envoyés dans un lieu sûr. Nulle évocation de l’assassinat de la famille impériale.

Enfin, le 28 octobre 1924, Edouard Herriot, président du conseil, ministre des Affaires étrangères, adresse un courrier à Rykof, président du conseil des commissaires du peuple et Tchitcherine commissaire du peuple des Affaires étrangères, reconnaissant de jure le gouvernement de l’URSS [15].

Voir aussi

Carte politique de l’Union des Républiques socialistes soviétiques. 5 décembre 1937. Publiée à l’occasion du XXe anniversaire de la révolution d’octobre, cette carte est dite "conforme à la Constitution stalinienne".

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