Triangle de Weimar - Déclaration à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’issue de son entretien avec ses homologues allemand, polonais et Ukrainien, en amont du Forum de Varsovie sur la sécurité Ukraine Triangle de Weimar Déclaration à la presse Le : 30 septembre 2025 Permettez-moi tout d'abord de remercier pour cette invitation mon ami et vice-premier ministre de la Pologne, Radek Sikorski, dont l’expérience, la hauteur de vue et la parole toujours claire et forte sont des atouts précieux pour notre Europe. Je me réjouis que cette nouvelle réunion du Triangle de Weimar se tienne aujourd’hui à Varsovie et je me réjouis de rejoindre ensuite le Forum de Varsovie sur la sécurité. Je suis honoré que la France soit cette année l’État partenaire de cet événement majeur, six mois après la signature du traité de Nancy qui vient d’être approuvé par le Parlement polonais, et qu’il nous revient désormais, cher Radek, de mettre en œuvre. Nous nous sommes réjouis ce matin que malgré les tentatives russes d’ingérences d’une ampleur sans précédent, le peuple moldave ait confirmé son aspiration souveraine à la liberté, à la démocratie et à l’Europe. À notre ami Andrii Sibiya, nous avons réaffirmé notre soutien indéfectible à l’Ukraine. Tout le monde le sait, tout le monde le voit, la Russie est en échec, militairement, politiquement, économiquement. Le président Trump l’a dit la semaine passée, c’est un « tigre de papier ». Elle a conquis moins de 1% du territoire ukrainien au cours des mille derniers jours de guerre. L’économie civile russe est à l’agonie, asphyxiée par l’effort de guerre, par les frappes ukrainiennes qui ont réduit d’environ 17% la capacité de raffinage russe, et par les sanctions massives auxquelles Vladimir Poutine continue d’exposer son propre peuple. Et pour masquer son échec, il a multiplié ces dernières semaines les provocations : ici en Pologne, en Roumanie, en Estonie. Face à ces agressions inacceptables, la défense de l’Europe a été implacable. En Estonie, les MIG russes ont été interceptés puis escortés en dehors des espaces aériens otaniens par des avions de chasse italiens, soutenus par des moyens finlandais et suédois. En Pologne, des avions de chasse néerlandais et polonais soutenus par des moyens allemands ont été déployés pour intercepter et détruire une partie des drones. La France a immédiatement marqué sa disposition à renforcer la défense du flanc oriental de l’OTAN. Le Président de la République a décidé du déploiement de 3 Rafales pour la détection et, le cas échéant, la destruction de ces drones. Cela s’ajoute aux déploiements dans le cadre de l’OTAN de 1.000 hommes en Roumanie, de 350 en Estonie, et notre participation régulière à la police du ciel en Lituanie. Au Danemark, sur le plan bilatéral, nous allons contribuer à la sécurisation du sommet de la Communauté politique européenne avec des moyens de lutte anti-drone – 5 équipes légères et un hélicoptère avec capacité anti-drone. La Russie commet une très lourde erreur si elle doute encore de l’unité européenne et de la résolution des Alliés de l’OTAN, et si elle poursuit son escalade dangereuse. Nous sommes prêts à réagir pour défendre chaque centimètre carré de l’OTAN et de l’Union européenne. Le Président Macron l’a exprimé clairement : les Alliés de l'Otan doivent monter d'un cran leur riposte en cas de nouvelles provocations de la Russie. L’OTAN et ses Alliés emploieront tous les outils nécessaires, qu’ils soient militaires ou non, pour écarter toute menace. En résumé, plutôt que de décourager les Européens, les provocations récentes de Vladimir Poutine aux frontières de l’Europe ont accru leur détermination. Et c’est ainsi que nous préparons avec nos partenaires Européens un nouveau paquet de sanctions puissantes coordonnées pour la première fois avec l’administration Trump, avec la sortie complète du GNL russe au 1er janvier 2027, avec des sanctions sur les principales entreprises pétrolières russes, Rosneft et Gazpromneft, des sanctions sur 120 navires de la flotte fantôme russe, sur des banques et des circuits de contournement via les cryptomonnaies, sur l’économie civile russe en ciblant des zones économiques exclusives et de nombreuses entreprises et puis sur les acteurs qui, en dehors de Russie, soutiennent sa guerre, notamment dans le domaine pétrolier. En parallèle, notre soutien à l’Ukraine va encore s’amplifier. Nous devons donner à l’Ukraine les moyens financiers de tenir. La Commission européenne a fait une proposition importante pour cela. Nous allons y travailler au plus vite avec les États membres, en nous assurant que le dispositif respecte le droit international, qu’il ne conduise pas à la saisie des avoirs gelés, qu’il assure une couverture équitable des risques avec tous nos partenaires, et qu’il ne pèse pas sur nos finances publiques. L’Ukraine devra naturellement prendre des engagements pour que ces financements soient immunisés contre la corruption et bénéficient avant tout aux industries européennes. Si nous y parvenons, et nous y parviendrons, ce sera un point de bascule dans le conflit. Une inflexion majeure, et sans doute définitive. Je me dois enfin de mentionner la situation au Proche Orient, 8 jours après la décision capitale du Président de la République de reconnaître l’État de Palestine. Aujourd’hui même, le Président des États-Unis s’entretiendra avec le Premier ministre israélien. Il lui présentera un plan de paix largement inspiré des idées françaises. Celles que nous avons portées lundi dernier avec l’Arabie saoudite et nos partenaires pour briser le cycle de la violence et rouvrir un chemin conduisant à la paix et la stabilité dans la région. Je souhaite vivement que cette réunion soit conclusive. Et sur l’Iran, nous avons rétabli ce week-end les sanctions de l’ONU, en lien étroit avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais le dialogue doit se poursuivre avec Téhéran pour un règlement diplomatique et négocié de la question nucléaire iranienne. Merci encore à mes homologues polonais, allemand et ukrainien pour nos échanges fructueux.