Q&R - Point de presse live (23 avril 2026)

  • Politique étrangère

Point presse

Le : 23 avril 2026

Q - Sunniva Rose, The National. J’ai deux questions. La première, c'est concernant la note portée par la France et la Suède et envoyée à la Commission européenne dimanche dernier au sujet de la politique de différenciation européenne entre les produits importés des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés et les produits importés de l'État d'Israël. Dans cette lettre, la France et la Suède disent prendre acte de la réponse de Kaja Kallas à la lettre du 19 juin 2025, initiée par la Belgique et signée par plusieurs pays, indiquant que selon l'interprétation de la Commission de l'avis consultatif de la CIJ [Cour internationale de justice], l'UE n'est pas tenue d'imposer une interdiction d'importation des produits des colonies. Nous estimons toutefois que la détérioration rapide et constante de la situation exige une telle mesure, donc une interdiction. Cette lettre, à laquelle vous faites référence, de juin 2025, demandait à la Commission de clarifier sa position concernant l'avis consultatif de la CIJ de juillet 2024 et la lettre citait le paragraphe 278 qui dit que les États ne doivent pas entretenir de relations économiques ou commerciales avec Israël qui seraient de nature à renforcer la présence illicite de ce dernier dans les Territoires palestiniens occupés. Sur cette base, l'Espagne a par exemple introduit une interdiction d'importation de biens. On ne connaît pas la réponse de la Commission à la lettre qui est citée dans cette lettre franco-suédoise, mais il y a eu des fuites dans les médias et on sait qu'il y a eu un document interne du SEAE qui a une analyse de son service juridique qui dit que cet avis constitutif de la CIJ est respecté déjà par l’UE grâce à la politique de différenciation. En février, votre collègue a dit un peu la même chose, que selon le Quai d'Orsay, la politique de différenciation est suffisante pour appliquer l'avis de la CIJ, donc la France semblait s’être rendue du côté du SEAE. Pourtant, la lettre envoyée dimanche, avec la Suède, semble dire quelque chose de différent, donc j'aurais juste aimé - je vous explique tout ça pour essayer de comprendre ce changement de position français, ou ce qui semble être un changement de position. Il y a trois choses mentionnées dans cette lettre. Une interdiction aussi des mesures telles que des droits de douane sur les produits des colonies et de restrictions à l'importation par le biais de licences d'exportation. Donc, qu'est-ce qui a changé ? Est-ce que c'est la compréhension française de l'avis ou bien est-ce que c'est son appréciation politique de ce texte ? Et aussi, pourriez-vous clarifier, en fait, laquelle des trois de ces demandes est la plus importante pour vous ? Est-ce que c'est l'interdiction de l'importation, ou bien c'est les droits de douane, ou bien c'est la restriction ? J'ai une deuxième question, mais on peut peut-être commencer par celle-là.

R - Non, non, allez-y, je vais répondre.

Q - D'accord, OK. C'est concernant les propos du ministre Barrot ce matin et du président Macron hier sur l'accord d'association entre l’UE et Israël. M. Macron a dit que ce n'est pas le moment de précipiter une confrontation avec Israël au moment où il y a un cessez-le-feu au Liban. Il a dit que si Israël continuait dans ses choix actuels, des questions pourraient se poser quand même sur la pertinence de l'accord d'association. Pourtant, la France, en juin dernier, a fait partie des 17 pays de l'Union européenne qui ont demandé à Bruxelles, au SEAE, de vérifier si Israël respectait l'article 2 de l'accord d'association, c'est-à-dire la clause concernant les droits de l'Homme. Et la réponse du SEAE a été que non, Israël l'avait donc violée pendant la guerre à Gaza. C'est pourquoi, quelques mois plus tard, en septembre, la Commission a fait des propositions de suspension partielle de l'accord, notamment de son volet commercial qui nécessite donc une majorité qualifiée. Puis ça a été mis en pause et aujourd'hui, le débat reprend. Mais on entend donc la France dire qu'en fait, vu qu'il y a un cessez-le-feu maintenant au Liban, il faudrait attendre et voir comment Israël se comporte, mais que donc les questions se posent. Donc ma question est que je ne comprends pas très bien parce qu'en fait, il y a eu un constat qui a été fait en juin, le SEAE a dit qu'Israël avait violé cet accord. Et en fait, les développements régionaux, cessez-le-feu ou pas cessez-le-feu, ne changent rien au constat qui a été fait en juin. Donc est-ce que ça veut dire qu'Israël peut violer l'accord sans que la France en tire les conséquences ou est-ce que votre avis diverge du SEAE et vous pensez peut-être qu'Israël n'a pas violé l'article 2 de l'accord ? Merci.

R - Merci pour vos deux questions. Concernant la première question, alors déjà, vous parlez d'une lettre, c'est un non-papier. Je tiens quand même à préciser que les non-papiers, c'est un outil diplomatique qui existe et qui est très courant. Il en circule des dizaines ou des centaines chaque jour. Et c'est une manière pour les États de proposer des idées. Ce ne sont en aucun cas des positions officielles, mais ils peuvent néanmoins transcrire une ambiance ou en tout cas des intentions ou des propositions qui sont faites. En ce qui concerne le non-papier en question, le non-papier franco-suédois, je vous réponds de la façon suivante : notre position s'agissant de la colonisation en Cisjordanieest connue, claire et constante. Pour nous, la politique de colonisation en Cisjordanie est contraire au droit international et elle compromet gravement la possibilité même de la solution à deux États. Et pour cette raison, nous la condamnons fermement. La Cour internationale de justice a rappelé dans son avis consultatif du 19 juillet 2024 le caractère illicite de cette politique au regard du droit international, et elle a également rappelé l'obligation de distinguer dans les échanges avec Israël le territoire propre de cet État et les Territoires palestiniens occupés, qui découlent notamment du paragraphe 5 - désolé d'être un peu technique - mais de la résolution 2334 du Conseil de sécurité. Je me permets d’être technique, puisque vous l'avez été dans votre question aussi. J'espère répondre d'ailleurs dans ce niveau de détail. Conformément à ses engagements internationaux, la France met en œuvre cette différenciation, qui se traduit notamment au niveau européen par l'obligation d'étiquetage des produits en provenance des colonies israéliennes, qui ne bénéficient pas des avantages octroyés dans le cadre de l'accord d'association UE-Israël. 

Et donc, dans la perspective du Conseil Affaires étrangères du 21 avril, en ce début de semaine, et dans un contexte d'accélération de la colonisation et des violences des colons extrémistes, la France et la Suède ont demandé aux institutions européennes de proposer des mesures concrètes pour approfondir cette différenciation et de restreindre davantage le commerce avec les colonies israéliennes afin de mettre en œuvre nos obligations au regard du droit international. Maintenant, le travail est en cours au niveau européen. Je n'ai pas plus de commentaires à faire, ni sur la réponse de la Commission, qui est une réponse faite aux États membres. Et si la Commission souhaite communiquer sur le sujet, elle est évidemment libre de le faire. Je n’en dirai pas davantage. 

En ce qui concerne votre deuxième question sur les propos du président de la République et du ministre des Affaires étrangères sur l'accord d'association entre l'UE et Israël, effectivement, il y a eu des expressions sur ce sujet par le président de la République mardi et par le ministre encore ce matin. Notre positionest très claire. Le premier point, c'est que la France reconnaît le droit d'Israël à l'existence et à sa sécurité. Mais le deuxième point, c'est aussi, et je répète un peu ce que dit le ministre, mais pour le coup, c'est vraiment la position, nous condamnons l'action du gouvernement israélien, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Liban, et nous l'avons dit clairement, si cette politique ne change pas, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Après, le ministre l'a dit ce matin aussi, notre objectif, ce n'est pas de suspendre l'accord pour le plaisir de le suspendre, notre objectif, c'est que les choses changent sur le terrain et que le gouvernement israélien change sa politique, à la fois à Gaza, en permettant l'accès de l'aide humanitaire et en Cisjordanie en mettant fin à cette politique de colonisation. Nous ne disons pas qu'il faut attendre, nous disons et nous plaidons pour qu'Israël change de politique. Mais in fine, vous le savez aussi, c'est une décision européenne et qui répond à certaines règles de vote. Donc nous ne sommes pas seuls à décider. 

Q - Sur le constat de la violation, vous avez répondu en disant que vous voulez un changement du comportement du gouvernement israélien, mais que faites-vous à partir du moment où il y a eu constat de violation de l'accord ? En fait, c'est que vous n'en parlez pas, vous ne parlez pas de cette violation, du constat, donc en fait c'est comme s'il n'y avait pas de conséquences à tirer de ce constat qui date de l'été dernier ?

R - Depuis l'été dernier, je crois que nous avons eu à maintes reprises l'occasion d'évoquer la situation à Gaza et en Cisjordanie. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de condamner des politiques que nous n'approuvions pas. S'agissant spécifiquement de cet accord d'association, je viens de vous dire notre position et je n'ai pas davantage de commentaires.

Q - Après le ciblage hier d'une journaliste libanaise par l'armée israélienne et après l'entrave par cette même armée de l'accès de secouristes qui tentaient de lui sauver la vie à cette journaliste qui est décédée hier soir, le président libanais Joseph Aoun disait ce matin qu'Israël cible délibérément les journalistes au Liban pour cacher la vérité sur ses crimes, dénonçant des crimes de guerre, tout comme le Premier ministre, pour qui cibler les journalistes et entraver l'accès de secours constituent un crime de guerre, d'après le Premier ministre libanais. Comment qualifieriez-vous le ciblage par Israël de civils, de journalistes, de secouristes, de travailleurs humanitaires et de forces de sécurité libanaise ? Merci.

R - Merci à vous. Tout d'abord, je voudrais exprimer les condoléances de la France à la famille et aux proches de la journaliste Amal Khalil qui a été tué hier. Je voudrais adresser aussi nos pensées à sa consœur, qui a été blessée par la même frappe. Ce développement est dramatique, et malheureusement il n'est pas le premier. Fin mars déjà, trois journalistes ont été tués lors d'une frappe israélienne au sud-Liban. Les journalistes et professionnels des médias assument une mission essentielle d'information, et ils doivent pouvoir accomplir leur travail librement et en toute sécurité. Et pour nous, le droit international humanitaire est très clair : les journalistes ne doivent être pris pour cibles en aucun cas et en aucune circonstance. De tels agissements, lorsqu'ils sont avérés, sont pour nous constitutifs de crimes de guerre. Et dès lors, nous soutenons les autorités libanaises dans leurs démarches visant à ce que toute la lumière soit faite sur ces événements.

Q - Bonjour, Cemil Sanli, journaliste indépendant. Première question. Dans vos propos liminaires, il n'y a pas eu un mot pour notre consœur Amal Khalil tuée par Israël sur le sol libanais hier. Déjà, pourquoi ? C'est mon confrère qui vous a fait réagir à l'instant. Et puis du coup, vous répondez que si c'était avéré, donc visée par Israël, et donc ce serait un crime de guerre, vu que c'est avéré, manifestement, là on a tous les preuves sous les yeux, est-ce que pour vous, pour la France, c'est un crime de guerre aujourd'hui acté par Israël ? Ça, c’est ma première question pour commencer.

R - Si vous avez d'autres questions, je vous en prie, je vais les prendre toutes en même temps. 

Q - Alors, ma deuxième question, et j'aimerais une réponse, si c'est possible, claire sur un flou manifeste, c'est-à-dire que le 18 avril, il faut suivre, un soldat français est tué au sud-Liban avec une attaque contre la FINUL. Le ministère communique, on l'a tous reçu dans nos boîtes mail, je cite, « La France condamne avec la plus grande fermeté cette attaque perpétrée selon toute vraisemblance par le Hezbollah ». Le 22 avril, second Français tué, tout du moins il meurt de ses blessures, le caporal-chef Anicet Girardin. Le ministère déclare encore « La France réitère sa plus grande condamnation, sa plus ferme condamnation de cette attaque menée selon toute vraisemblance encore par des combattants du Hezbollah » et son exigence que ces auteurs soient identifiés, arrêtés et traduits en justice. Le 14 avril, dans un contexte identique, c'est-à-dire une attaque armée, meurtrière, contre la FINUL, dont plusieurs soldats seront blessés et tués, vous le savez, mais je le rappelle, le ministère cette fois-ci déclare « Nous condamnons, donc la France, également avec la plus grande fermeté, les attaques contre la force, donc la FINUL, au Liban et nous réaffirmons qu'il est impératif de préserver à tout moment la sûreté et la sécurité du personnel de maintien de la paix des Nations unies. » Et là, aucun responsable n'est nommé, pourtant l'information est connue et vérifiée, il s'agit de l'armée israélienne, elle ne s'en cache même pas, c'est elle qui a visé et tué trois Casques bleus. Comme c'est elle qui a visé et tiré sur les soldats français quelques jours plus tard. Vous avez donc, j'imagine, à ce moment-là compris ma question, mais je vais quand même la formuler. Pourquoi, pour les mêmes faits, lorsqu'il s'agit d'Israël, il n'est pas nommé par la France, mais lorsqu'il s'agit, sans certitude, [du Hezbollah] puisque vous le dites en usant de cette formule que j'ai rappelée tout à l'heure, « avec toute vraisemblance », vous le nommer sans aucune prudence.

R - Alors, merci pour vos deux questions. Concernant votre première question, écoutez, je ne vais pas commenter pourquoi on n'a pas évoqué la situation de cette journaliste. Je pense que mes propos sont suffisamment clairs et sont suffisamment fermes pour condamner ce qu’il s'est passé. Nous sommes solidaires avec toutes les victimes du conflit. Le peuple libanais n'a pas choisi cette guerre et la subit. Nous l'avons dit aussi. Et nous avons pleine confiance maintenant dans les autorités libanaises pour faire la lumière sur cette affaire et nous soutenons les efforts de l'État libanais et suivrons les résultats avec la plus grande attention.

Concernant votre deuxième point, à chaque fois qu'il y a eu des tirs israéliens sur des contingents de la FINUL, nous les avons condamnés. Je vous renvoie à nos précédentes déclarations, par exemple le 26 octobre dernier. Enfin, je ne vais pas toutes les faire, mais n'hésitez pas, puisque je vois que vous êtes très attentif à nos déclarations.

Q - Oui, je sais, mais là je fais un point sur ces deux communiqués.

R - Je n'ai pas davantage de commentaires à faire à ce sujet. Nous avons fait des déclarations fermes. Lorsque nous avons des certitudes sur les responsables d'une frappe ou d'un événement, nous les mentionnons dans nos déclarations. Parfois, ce n'est pas le cas. Et donc, nous, notre rôle en tant que Quai d'Orsay, c'est de faire des déclarations, de tenir des propos qui sont fiables et vérifiés. Et donc, pour cette raison, il se peut que nos langages varient d'une déclaration à l'autre.

Q - Donc vous dites uniquement, vous nommez quand il y a une certitude. Le Hezbollah, c'est une certitude ? 

R - Quand il y a une certitude ou un faisceau d'indices. Là-dessus, je me suis déjà exprimé. En ce qui concerne le Hezbollah, nous avons…

Q - Une certitude ?

R - Si vous me permettez, je vais terminer ma phrase. Le ministre, ce matin, a évoqué des informations militaires dont nous disposons. Évidemment, nous ne pouvons pas en faire état publiquement, mais en tout cas, les informations dont nous disposons nous laissent penser que le Hezbollah est derrière cette frappe. Et bien évidemment, comme nous l'avons dit aussi, nous avons demandé qu'une enquête soit menée. Elle sera menée par les autorités libanaises et nous avons pleine confiance en elles pour que toute la lumière soit faite.

Q - Et donc, vu qu'il y a une certitude de ces attaques d'Israël contre les Français, là récemment, ces deux dernières semaines, est-ce que la France demande aussi la même chose, demande à l'État libanais, là donc, d'arrêter les responsables, qu'ils soient traduits en justice aussi, puisque la certitude est là ?

R - Des messages très forts sont passés et nous utilisons le canal diplomatique pour passer ces messages.

Q - Donc pas de demande identique, et donc un deux poids deux mesures finalement.

R - Il n'y a pas davantage de commentaires à faire.

Q - Merci.

Q - Angel Calvo de EFE. Je reviens sur la question de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël. Le ministre, ce matin, a dit que ce n'était pas une question de suspendre pour suspendre. Est-ce qu'il faut comprendre qu'on va utiliser cet accord pour obtenir quelque chose de concret à ce moment-là ? 

Et puis, une toute autre question. Je crois qu'en principe, le 1er mai doit entrer en vigueur l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. Est-ce que de la part de la France, il y aurait, je ne sais pas si, des mesures ou des actions prévues pour l'entrée en vigueur ou pour éventuellement la non-application de l'accord ?

R - Concernant votre première question sur l'accord d'association UE-Israël, le président de la République et le ministre ont eu l'occasion de le dire, des discussions sont menées entre Israël et le Liban. Nous souhaitons qu'elles se déroulent dans les meilleures conditions possibles. Et effectivement, notre objectif n'est pas de suspendre pour suspendre, c'est que les choses changent et que le gouvernement israélien change sa politique. Je ne vais pas répéter ce que ce que j'ai dit à l'instant. 

En ce qui concerne l'entrée en vigueur de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, des procédures sont en cours. Nous avons déjà exprimé notre position et le fait que nous ne pouvions accepter l'accord en l'état. Nous resterons intraitables sur la concrétisation rapide des engagements pris par la Commission pour compléter l'accord, qu'il s'agisse des clauses de sauvegarde, des mesures miroirs ou du renforcement des contrôles sanitaires et phytosanitaires. Pour nous, le cap est clair, c'est protéger notre agriculture et garantir notre souveraineté alimentaire. Voilà, donc au-delà de ça, je n'ai pas de commentaires à faire concernant l'entrée en vigueur de cet accord. Je pense que nous avons eu l'occasion, à maintes reprises, de nous exprimer, de dire ce que nous en pensions.

Q - Masaru Senô, Jiji press, agence de presse japonaise. J'ai une question concernant la relation franco-japonaise, si vous me permettez. Il y a deux jours, le Japon a annoncé le changement de ses règles sur les équipements de défense. Ça veut dire qu'il peut désormais exporter des armes létales vers 17 pays dont la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, etc. Quel est l'avis du gouvernement français sur cette décision en général et dans le contexte du lien à l'Ukraine ? 

En complément, et lors de la visite du président Macron début avril, le Japon et la France ont convenu de renforcer leur coopération dans le domaine de la sécurité. Est-ce que la nouvelle décision du Japon va accélérer ou ralentir la collaboration entre les deux pays ? Merci.

R - Merci pour votre question. Vous le savez, le président de la République a effectué une visite officielle au Japon à la fin du mois de mars et tout début avril. Cette visite a été extrêmement riche. Elle a été l'occasion de progresser sur de nombreux domaines de coopération y compris dans le domaine de la sécurité. En ce qui concerne votre question et le changement par le gouvernement japonais de ses règles en matière d'équipements de défense, vous le savez, il y a une forte convergence entre la France et le Japon dans le domaine de la sécurité et de la défense. Et d'ailleurs, à l'occasion de la visite du Président, le ministre Barrot et la ministre des Armées ont tenu, avec leurs homologues japonais, des consultations politico-militaires dans un format qu'on appelle « 2+2 ». Et ces consultations, de même que la visite, ont été l'occasion d'affirmer un souhait conjoint de coopération et le changement des règles du gouvernement japonais permet davantage d'interopérabilité entre les forces et aussi de profondeur stratégique. La réforme de ce système japonais de transfert d'équipements de défense contribuera à ce rapprochement entre la France et le Japon dans le domaine de la sécurité et de la défense. Et elle facilitera aussi, selon nous, et elle élargira notre coopération en matière d'équipements de défense au service de la sécurité de nos concitoyens et de la préservation de nos souverainetés en Europe et dans l'Indopacifique. Le tout, bien sûr, dans le respect de nos engagements internationaux, notamment du Traité sur le commerce des armes.

Q - Bonjour, Arzu Morin, journaliste pour CNN Turquie. M. Macron, M. le Président, était en Pologne. Il va se rendre à Grèce, comme vous avez dit, dans vos propos liminaires. En Pologne et en Grèce, le sujet du déploiement d’ogives ou de têtes nucléaires, est-ce que ça sera abordé ? Pour le dire dire autrement, la dissuasion nucléaire a été abordée en Pologne, est-ce que ça sera abordé en Grèce aussi ? Je sais que ce sera une décision nationale, mais ça a commencé déjà un débat entre la Grèce et la Russie, des échanges de mots ont déjà commencé. S'il y aura le déploiement, la Russie va répondre. Ce genre de propos ont été déjà utilisés. Que contient cette proposition ? Je sais que c'est une décision nationale, mais est-ce qu'il y aura des têtes nucléaires déplacées aux frontières, l'aile est de l'OTAN, des pays de l'OTAN ? Merci.

R - Je vous remercie pour votre question. S'agissant des déploiements de têtes nucléaires, il s'agit de la question de la dissuasion. C'est un domaine extrêmement sensible. Et là-dessus, je vous renvoie vraiment aux propos du président de la République, qui a la compétence sur ce sujet. Ce que je peux vous dire simplement, c'est que le sujet de la dissuasion nucléaire avancée, vous savez, c'est un sujet qui a été évoqué par le président de la République dans son discours de L’Île-Longue. Il a effectivement été abordé lors du déplacement en Pologne en début de semaine dans le cadre du renforcement de notre partenariat avec ce pays. Et il est possible que ce soit abordé lors du déplacement du Président en Grèce. Mais je vous invite, vous ou vos confrères, à interroger le Président lors de ses interventions à la presse en Grèce. À ce stade, de mon côté, je n'ai pas de commentaires à vous faire.

Q - Merci, j'ai deux questions complètement dissociées. Alors, sur le Liban, on parle d'intégrité territoriale, mais est-ce que vous pourriez nous éclairer sur le secteur jaune ? Est-ce qu'on a émis des avertissements ou est-ce qu'on a une appréciation de ce que va être le secteur jaune, bon ou mauvais ? Ça, c'est une question. 

Et l'autre, c'est, deux semaines après un bouleversement électoral en Europe centrale et de l'Est, la Hongrie a changé de majorité et ça a changé sa position sur l'Europe et la Bulgarie a changé de majorité, plus ou moins et est allée dans le sens inverse. Donc est-ce qu'on a une évaluation du point d'équilibre de l'Union européenne actuellement sur le dossier ukrainien ?

R - Je vous remercie pour vos deux questions. Sur la première, tout d'abord nous suivons avec préoccupation l'ampleur des destructions au sud du Liban. Nous sommes pleinement mobilisés pour le respect de la souveraineté pleine et entière du Liban, nous l'avons dit, et pour son intégrité territoriale. Dans ce contexte, nous refusons toute occupation durable d'Israël, qui est pour nous contraire au droit international et qui affaiblit l'État libanais, aggrave la crise humanitaire et ne permettra pas de lutter efficacement contre le Hezbollah. Et ce sont des messages que nous passons très clairement à Israël. Les discussions directes entre le Liban et Israël sous l'égide des États-Unis doivent se poursuivre, je l'ai déjà indiqué. Ça doit permettre de consolider le cessez-le-feu et d'aboutir rapidement à un accord de paix et de sécurité qui respecte la souveraineté et l'intégrité territoriale du Liban et qui prenne en compte aussi les préoccupations de sécurité légitime d'Israël. 

En ce qui concerne votre deuxième question concernant les élections récentes en Hongrie et en Bulgarie et sur le point d'équilibre au sein de l'UE sur l'Ukraine. Il ne m'appartient pas de commenter les équilibres politiques au sein de l'Union européenne. Ça, c'est votre rôle. Nous, évidemment, nous avons observé comme vous les résultats des élections dans ces deux pays. 

Sur l'Ukraine, ce que nous constatons, nous, c'est l'évolution des discussions au sein de l'Union européenne et l'accord qui vient d'être trouvé sur l'aide financière à l'Ukraine et sur un 20e paquet de sanctions. Donc, ce changement, nous le saluons. Nous l'avons appelé de nos souhaits pendant de nombreux mois. Et maintenant, nous continuons à travailler avec tous nos partenaires européens pour le renforcement du soutien à l'Ukraine. Il faut le dire clairement, pour nous, l'engagement collectif en faveur de l'Ukraine ne faiblira pas, puisqu'il en va de la liberté et de la sécurité de l'Europe.

Q - Je souhaite revenir sur ce que vous disiez un peu plus tôt. Vous disiez que si la politique du gouvernement israélien continuait, la France ne pouvait pas, je vous cite, « faire comme si de rien n'était ». Vous le savez comme moi, ça continue, voire en fait ça s'accélère, ça s'empire même et la France manifestement, factuellement, ne fait rien ou plus précisément, renvoie à l'Union européenne sa décision d'agir. Donc oui, systématiquement. Et qui d'ailleurs vient de décider de ne pas suspendre l'accord d'association, ça, vous le savez aussi avec Israël, à cause de l'opposition notamment de l'Allemagne et de l'Italie. Donc de fait, malgré l'accentuation des actes illégaux et criminels à travers la colonisation et le reste d'Israël, la France semble bel et bien continuer à faire comme si de rien n'était. Renvoyer à chaque fois l’UE pour décider d'éventuelles sanctions contre Israël alors que la France n’attend pas l’UE pour agir contre la fautive Russie qui envahit l’Ukraine comme vous venez à l’instant de le redire. Vous en pensez quoi de cet état de fait ? Est-ce que la France continue de faire comme si de rien était face à Israël ?

R - Merci pour cette question. Je crois qu'on ne peut pas accuser la France d'inaction sur ce dossier. Premièrement, l'indignation qui a été provoquée par les politiques menées par le gouvernement israélien, elle dépasse largement la France et même l'Europe. Et donc nous l'avons dit, à moins que le gouvernement israélien en tire des conséquences, on ne pourra pas faire comme si de rien était, y compris au niveau européen. Après, vous le savez, sur l'accord d'association spécifiquement, il faut les 27. Enfin, il y a des règles un peu différentes. Il y a la majorité qualifiée pour certains aspects, il y a l'unanimité pour d'autres. Dans tous les cas, la France n'est pas seule à décider. Au-delà de ça, nous avons eu l'occasion de le rappeler ici chaque semaine, l'engagement diplomatique de la France pour trouver une solution au Proche-Orient est extrêmement important. Que ce soit le président de la République, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères et les membres du Gouvernement, toutes et tous se mobilisent pour passer des messages extrêmement clairs, pour utiliser nos leviers diplomatiques, pour faire avancer les choses. Je rappelle que nous avons appelé de nos vœux à ce qu'un dialogue direct entre le Liban et Israël puisse avoir lieu. Il se trouve qu'il a lieu, donc des messages ont été passés et nous avons pesé de tout notre poids pour que ce dialogue soit possible. Je rappelle aussi notre mobilisation en faveur du déploiement de l'aide humanitaire à Gaza. Je vous rappelle les actions diplomatiques menées par la France l'année dernière en faveur de la reconnaissance de l'État de Palestine. Voilà, je pourrais poursuivre la liste. En tout cas, je ne peux pas accepter l'accusation d'inaction de la France. Vous pouvez la contester. En tout cas, je vous rappelle que pour notre part, notre engagement est entier et sans faille.

Q - Ce n'était pas une accusation, comme vous dites à l'instant, ce n’est pas ce que je dis, je souligne une différence, puisque face à la Russie, la France agit réellement. Ce n'est pas que des messages passés. Là, ce n'est que des messages passés et les effets de ces messages.

R - La diplomatie, c'est le fait de parler à tout le monde, d'avoir une voix qui porte et c'est de l'action. L'action, ce n’est pas…

Q - Pourquoi c’est différent, en fait, selon le pays en face ? Pourquoi cette prudence avec un État qui, aujourd'hui, la liste, je pourrais la faire, elle est très très longue. Les prisons, vous avez vu les prisons israéliennes avec les (inaudible), vous avez vu le champagne à la Knesset quand une loi d'apartheid est votée contre les Palestiniens. Vous avez le droit international qui est violé, le droit international auquel la France est très attachée, qui est violé tous les jours par Israël. Tout ça, la liste est extrêmement longue. Un État manifestement, disons-le, fasciste. Comment est-il possible qu'aujourd'hui la France continue de ménager un État fasciste dans ses actions, tout du moins à travers son gouvernement ? La question est claire et tout le monde se la pose.

R - La France, la diplomatie française, agit conformément à ses intérêts. Et la France se doit d'être en capacité de parler à tout le monde et de pouvoir parler à ses différents interlocuteurs. Et en l'occurrence, elle entretient un dialogue extrêmement dense, parfois difficile avec les autorités israéliennes... 

Q - On imagine.

R - Mais elle entretient un dialogue. Et ce dialogue, il est extrêmement important. Sans ce dialogue, il n'y aura pas de solution à la situation au Proche et au Moyen-Orient. Et donc, pour cette raison, nous continuons d'agir.

Q - Et dernière relance, vraiment toute dernière. Vu qu'on parlait à l'instant du fait qu'il faille avoir les 27, l'accord des 27 pour agir, et que la France, systématiquement, pour agir factuellement contre Israël, se range du niveau de l'Union européenne, n'était-ce pas, c'est ce qu'on lit dans la presse, sur les réseaux Internet aussi, une façon de se défiler quelque part ? 

R - C'est-à-dire ?

Q - En disant, on va agir, oui, mais on le dit à chaque fois, c'est au niveau de l'Union européenne. La France, elle va agir avec ses partenaires européens. Alors qu'encore une fois, face à d'autres États, notamment encore une fois la Russie, la France n'attend pas l'Union européenne et les 27 pour agir.

R - Alors, nous avons des échanges avec nos partenaires européens sur des dossiers européens. Nous agissons évidemment dans d'autres cadres également, avec nos partenaires de l'ONU. Nous agissons aussi au niveau bilatéral. Je vous rappelle que le ministre Jean-Noël Barrot était en Israël mi-mars, après s'être rendu au Liban. Et à cette occasion, il a pu porter des messages très clairs aux autorités libanaises et israéliennes, encourageant un dialogue direct entre les deux pays. Et ce que nous constatons aujourd'hui, c'est que ce dialogue, il est en cours. Donc, ce dialogue est en cours et nous espérons qu'il pourra aboutir et permettre d'identifier des solutions. Merci à toutes et à tous. 

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