Q&R - Point de presse live (21 mai 2026)

  • Politique étrangère

Conférence de presse

Le : 21 mai 2026

Q - J'ai d'abord une question concernant les militants qui étaient sur la flottille pour Gaza, puisqu’Israël vient d'annoncer avoir expulsé tous les militants étrangers. Est-ce que vous pouvez nous dire, je crois que c'était 37 ressortissants français qui étaient concernés, combien sont de retour ou en cours de retour, si c'est bien le cas, si vous pouvez confirmer cette information ? 

Par ailleurs, le gouvernement israélien avait approuvé dimanche dernier un projet concernant des bâtiments du ministère de la Défense qu'il souhaiterait installer dans l'ancien siège de l'UNRWA. Je voulais savoir quelle était la réaction de la France à ce sujet ?

R - Merci beaucoup. Sur votre première question, effectivement, je confirme le chiffre de 37 ressortissants. Depuis hier, notre consulat général à Tel Aviv et notre ambassade sont en contact avec nos ressortissants, leurs familles et les autorités israéliennes. Ils ont voulu, ce matin, pouvoir leur accorder la protection consulaire, ce qui n'a pas été possible parce que nos ressortissants ont été tout de suite pris en charge par les autorités israéliennes pour faire cette expulsion. Donc ils étaient déjà en chemin. Cette expulsion est effectivement en cours. Ils ont été, par différents vols, affrétés par les autorités turques, ils sont désormais dans des avions pour Istanbul. À Istanbul, notre poste sera en contact évidemment aussi avec eux, à la fois pour pouvoir les orienter et les aider pour faire leur retour en France.

Q - Cela veut dire que les 37 sont actuellement à Istanbul ?

R - Non, ils sont actuellement en vol.

Q - Ils sont en vol, mais à destination d'Istanbul pour ensuite être rapatriés en France ?

R - Exactement. Je vous confirme cette information. 

Ensuite, s'agissant de votre seconde question, nous avons effectivement pris note de cette annonce et la France condamne l'approbation par le gouvernement israélien de la construction d'un complexe appartenant au ministère israélien de la Défense sur le site même du siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est, qui avait fait l'objet de démolitions par les autorités israéliennes le 20 janvier dernier. La France appelle le gouvernement israélien à revenir sur cette décision et à garantir la protection et l'inviolabilité des locaux des Nations unies, en vertu des dispositions de la Convention sur les privilèges et l'immunité des Nations unies de 1946 et de la Charte des Nations unies. J'en profite pour rappeler le rôle essentiel de l'UNRWA pour la fourniture de services essentiels et d'assistance humanitaire aux réfugiés palestiniens qu'ils se situent en Palestine ou dans les pays hôtes de la région. Nous réitérons notre soutien au mandat de l'agence, définie par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies et prolongé en décembre 2025 par une résolution de cette même Assemblée et aux réformes mises en œuvre dans le sillage des recommandations du rapport Colonna qui visait à garantir notamment le respect des normes les plus strictes en matière de neutralité et d'intégrité. 

Et puis, je fais une dernière incise, mais je voudrais en profiter pour faire un commentaire sur les dernières déclarations du ministre Smotrich, qui annonçait l'expulsion des habitants de Khan al-Ahmar, qui est un village palestinien situé en zone E1 en Cisjordanie. Ce sont des déclarations qui sont pour nous éminemment regrettables et inquiétantes et nous appelons les autorités israéliennes à s'abstenir de mettre en œuvre ce projet. Je vous rappelle notre position connue et constante sur ces sujets. C'est le refus de tout déplacement forcé qui serait par essence contraire au droit international. Et nous condamnons la colonisation qui obère la perspective des deux États à laquelle, vous savez, nous sommes extrêmement attachés, comme en témoigne notre initiative sur la déclaration de New York de juillet dernier.

Q - Pour revenir sur la flottille, est-ce que vous soutenez l'appel de l'Italie d'imposer des sanctions contre Itamar Ben Gvir ? Ils viennent de faire cette demande tout à l'heure. 

Juste sur la réunion du 12 juin qui était pour la société civile pour les deux États, est-ce que c'est devenu une réunion ministérielle aussi maintenant ? 

Pouvez-vous aussi confirmer qu'Ahmed al-Charaa sera au G7 en juin ? 

Et juste pour revenir sur votre déclaration sur l'OTAN et Ormuz, donc pour la France, vous êtes catégoriquement contre une implication de l'OTAN, quelle qu’elle soit, dans une éventuelle mission à Ormuz ?

R - Merci pour vos éléments. Sur la participation ou pas de M. al-Charaa au G7, je vous renverrai vers l'Élysée et la présidence de la République sur ce point.

Sur votre question s'agissant ensuite de l'OTAN au Moyen-Orient. Notre position est claire et effectivement constante. C'est celle que le Traité de l'Atlantique Nord s'applique à l'Atlantique Nord, que ce n'est ni la vocation ni même en réalité la bonne alliance pour que ce soit ensuite centré sur un sujet au Moyen-Orient et sur Ormuz. Vous savez combien nous sommes impliqués sur le sujet. Depuis le premier jour, nous avons poussé à la fois l'idée et ensuite l'opérationnalisation de cette mission multinationale. Une cinquantaine d'États étaient à la réunion de l'Élysée du 17 avril dernier. Et par ailleurs, nous poussons ensuite pour que les discussions avancent au niveau de l'ONU sur ces sujets. 

R - Déjà, notre première réaction, extrêmement forte, a été de convoquer l'ambassadeur d'Israël à Paris. Cette convocation s'est faite il y a quelques instants, à midi, par notre direction de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, suite à la vidéo du traitement imposé aux ressortissants français qui étaient présents dans cette flottille. Il y a, quoi que l’on pense de cette flottille, et vous savez que les autorités françaises n'ont cessé de dire qu'il ne fallait pas y prendre part, s'agissant des risques qui étaient encourus, la priorité, c'est la sécurité de nos ressortissants. C'est cette sécurité et ce respect qui doivent être appliqués à tout moment. C'est cela qui n'a pas été respecté. Nous avons fait part de manière extrêmement ferme à l'ambassade israélienne à Paris de notre réaction vis-à-vis de cela. S'agissant d'autres éléments, il est encore trop tôt pour moi pour vous répondre sur ces points. 

Ensuite, merci de mettre l'accent sur cette réunion qui est extrêmement importante pour le ministre Jean-Noël Barrot et pour nous, le 12 juin, cela me permet de vous en reparler, sont invités les membres, comme l'an dernier, en réalité, le 13 juin dernier, sont invités les membres des sociétés civiles à la fois israélienne et palestinienne. Ce sera sur une journée entière. Et donc, ce qui est placé au cœur, ce sont les sociétés civiles. 

Q - Donc il n’y aura pas de ministérielle ?

R - À ce stade, je ne peux pas vous répondre sur ce point. Mais ce sont les sociétés civiles qui sont au cœur de ça.

Q - Bonjour. Pour prolonger les questions, je reviens à la convocation annoncée hier par le ministre M. Barrot de l'ambassadeur d'Israël en France. L'ambassadeur disait ce matin qu'il enverra son adjoint. Pourriez-vous nous en dire davantage là-dessus ?

Deuxième question sur le Liban. Jean-Yves Le Drian disait ce matin que ce pays est en péril « sur son unité et sur son intégrité ». On a l'impression que le Liban est abandonné et livré à lui-même. Les bombardements israéliens font quotidiennement des victimes qui sont majoritairement des civils. Que peut faire la France aujourd'hui pour que l'État libanais puisse avoir les moyens d'agir ? 

R - Quand nous l’avons convoqué hier, nous savions que l'ambassadeur d'Israël en France n'était pas là. Mais nous avons convoqué effectivement ce qu'on appelle dans le jargon diplomatique le chargé d'affaires a.i., qui est techniquement son numéro 2. Je pense qu'il n'y a aucun doute sur la fermeté de nos messages, aucun doute sur le fait que ce message est adressé aux représentants d'Israël en France et adressé également à l'ambassadeur qui a fait ce matin ces commentaires. Donc c'était ainsi que ça s'est fait. 

La deuxième chose ensuite sur le Liban. La France, vous le savez, est extrêmement mobilisée sur le sujet. Et nous avons évidemment suivi les discussions qui se sont tenues la semaine dernière directes entre Israël et le Liban. Le cessez-le-feu demeure instamment fragile. Les violations, soit par le Hezbollah, soit par Israël sont inacceptables et elles doivent cesser. Nous appelons toutes les parties à respecter et à protéger les civils. Cette troisième session, la semaine dernière, entre Israël et Liban a permis d'avoir certains développements positifs sur la poursuite notamment des négociations et d'engager des discussions techniques à venir dans les prochaines semaines. Désormais, l'enjeu est de créer le climat qui permettra à ces discussions de rentrer dans la substance et de déboucher sur un accord juste, équilibré et respectueux des préoccupations légitimes d'Israël comme du Liban. Un accord qui permette d'une part l'arrêt durable des attaques du Hezbollah contre Israël et la relance du processus de désarmement du Hezbollah. Et puis d'autre part, qui permette la fin des opérations israéliennes au Liban et l'amorce d'un retrait de l'armée israélienne du territoire libanais. Un accord qui permet donc de tracer à terme un chemin de paix et de sécurité entre ces deux pays. Donc ce sont des éléments que nous suivons avec l'ensemble des parties prenantes, y compris les autorités américaines.

Q - Sur le Liban, vous pensez vraiment qu'il y a un cessez-le-feu ? Vous dites qu'il est fragile, mais pour beaucoup de Libanais, c'est un cessez-le-feu qui est appliqué peut-être juste à Beyrouth, dans la Bekaa, mais au sud, il y a des frappes chaque jour, il y a des violations des deux côtés, je suis d'accord. Il y a eu une extension de 45 jours, mais on n'a pas l'impression qu'il y a un cessez-le-feu. Est-ce que la France pense qu'il y a un cessez-le-feu aujourd'hui ?

Deuxième question. Est-ce que vous soutenez l'appel de l'Italie pour sanctionner Ben Gvir ? Et si aujourd'hui, il n'y a pas de consensus à l'échelle de l'Union européenne, je sais qu'avant, vous avez dit qu'il fallait prendre des sanctions à l'échelle de l'Union européenne, mais il me semble que c'est « off the table », comme on dit en anglais, pourquoi vous ne prenez pas des sanctions nationales contre Smotrich et Ben Gvir, ce que d'autres pays européens ont fait ? 

Troisième question, c'est la question la plus importante, je pense.

R - Et après, on s'arrête à trois questions pour tourner un peu.

Q - Oui, je vous promets. Vous avez parlé de Ben Gvir, mais aussi des propos de Smotrich. Donc, ma question, elle est simple. Est-ce que vous pensez que Smotrich et Ben Gvir, ce sont des cas isolés, indépendants, minoritaires en Israël ? Ou est-ce que ces deux ministres qui représentent un gouvernement et une politique d'un régime israélien, en fait, qui persécute, qui oppresse, qui commet des crimes de guerre, des crimes contre les Palestiniens et qui met fin aujourd'hui à cette solution à deux États que vous défendez. Est-ce que ce sont des cas isolés minoritaires ou est-ce que c'est représentant d'un système plus général, institutionnel, etc. ?

R - Sur votre première question, je ne rentre pas dans la qualification. Il y a un cessez-le-feu. Il a été prolongé de 45 jours, vous l'avez dit. C'est un bon signe. Il doit être respecté parce qu'il y a d'importantes violations. Et donc, nous, notre travail, c'est de faire en sorte qu'il se consolide et qu'il puisse amener à un climat qui permette ces fameuses négociations directes qui nous semblent être une opportunité historique et auxquelles le gouvernement libanais a ouvert la voie par les déclarations du président Aoun il y a maintenant quelques semaines. Donc il y a des violations. Elles sont inacceptables. Elles doivent cesser. Nous le disons à toutes les parties. Et en revanche, ce cessez-le-feu est une bonne nouvelle et une première étape que nous devons consolider. Ensuite, je ne vais pas aller sur le commentaire d’à quel degré il est ou pas respecté. 

Sur le second, est-ce que nous allons ou pas sanctionner certains membres que vous mentionnez ? Notre politique, elle a toujours été la même, celle de l'efficacité. L'efficacité, c'est d'avoir des sanctions au niveau européen qui permettent à la fois un travel ban, un défaut d'accès à l'ensemble de l'espace européen et puis une saisie des avoirs, notamment parmi les différentes sanctions qui sont possibles. C'est ce à quoi nous travaillons. C'est ce à quoi nous travaillons depuis aussi en réalité plusieurs mois, plusieurs années. Vous avez vu que la France s'était mobilisée depuis un an, notamment sur un troisième train de sanctions contre des colons violents en Cisjordanie et que cette adoption a pu être faite il y a une dizaine de jours quand nous avons obtenu notamment la levée d'une voix qui bloquait tout puisque ces sanctions sont adoptées effectivement à l'unanimité. Donc c'est ça que nous poursuivons. C'est ça, c'est-à-dire à la fois l'efficacité et le dialogue au niveau européen. Et donc, je crois que les derniers paquets de sanctions qui ont été adoptés montrent que nous pouvons arriver à des résultats quand nous arrivons à mobiliser nos partenaires européens. 

Sur le troisième point, qui est finalement un commentaire de politique intérieure israélienne que vous me demandez. 

Et nous faisons, nous toujours et nous avons toujours fait, la distinction entre le peuple israélien et le gouvernement. Nous avons toujours exprimé les désaccords avec certaines décisions du gouvernement israélien, quand elles nous semblaient contraires au droit international ou contraires à l'essence même de ce que représente Israël et le gouvernement et le ministre n'a cessé de pouvoir le dire par le passé. Nous avons condamné très fermement hier, par exemple, effectivement, la vidéo du ministre Ben Gvir. Et si vous regardez aussi la déclaration du ministre, il disait que même au sein du gouvernement, le ministre Ben Gvir était lui-même condamné par plusieurs de ses collègues. Donc après, je ne m’aventurerai pas sur les commentaires de oui ou non et certains systèmes, etc. 

Q - Vous avez parlé du troisième train de sanctions contre les colons que vous aviez soutenu. Mais en fait, les sanctions, si j'ai bien compris, ça sert à modifier un comportement. Donc comment vous mesurez l'impact de ces sanctions contre les colons ? Est-ce qu'elles ont modifié le comportement de ces colons ? 

J'ai une autre question concernant le ministre Ben Gvir. Si j'ai bien compris l'option d'une interdiction administrative de territoire qui doit être faite ou proposée à votre niveau, si j'ai bien compris, contre le ministre Ben Gvir, n'est pas à l'étude pour l'instant au niveau national français, l'IAT ? Parce que vous avez parlé seulement dans votre réponse d'un travail européen et pas du tout des possibilités que vous avez au niveau national que vous ne souhaitez pas prendre, si j'ai bien compris. 

Concernant le non-papier franco-suédois dont nous avons déjà parlé, appelant lieu à restreindre le commerce avec les colonies israéliennes illégales, la Commission européenne a fait comprendre qu'elle ne fera pas de proposition. La France veut-elle une proposition de la Commission ? Oui ou non ? C'est juste oui ou non ?

R - Je vais commencer par l'ordre inverse. On est dans un débat avec les autorités européennes qui est classique. Nous avons demandé lors du Conseil des Affaires étrangères du 21 avril dernier que la Commission, le SEAE et la DG Commerce puissent étudier des mesures qui portent notamment sur des questions de différenciation des biens, notamment venant des colonies, une différenciation qui est en pleine application en particulier de l'avis consultatif de la CIJ de juillet 2024, parmi d'autres que vous mentionniez, il y a quelque temps à votre place. Et donc, l'objectif de cette démarche, de notre côté, était de renforcer non seulement cette politique de différenciation, mais de renforcer aussi le débat entre les États membres et avec les membres de la Commission. Donc ces discussions, elles continuent avec le SEAE, avec la DG Commerce. Elles seront évoquées dans les prochaines échéances calendaires. Il y a une réunion la semaine prochaine que j'ai évoquée dans mon propos liminaire, qui est la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Chypre, dite Gymnich. Voilà. Donc c'est le processus que nous suivons actuellement. 

Q - (inaudible)

R - Je ne commente pas, je ne suis pas le porte-parole de la Commission. Je ne peux pas commenter la Commission. 

Q - (inaudible)

R - C'est ce que nous avons demandé au Conseil des Affaires étrangères du 21 avril dernier. Il n'y a pas de proposition, ça met du temps. La discussion continue. 

Q - (inaudible)

R - Ça, je ne commente pas des commentaires. 

Ensuite, sur votre seconde question qui était sur M. Ben Gvir et l’opportunité d’une IAT, nous avons déjà pris deux trains de mesures au niveau national contre des colons extrémistes violents. Rien n'interdit à ce qu'on puisse en prendre à l'avenir contre quiconque en fonction des évolutions sur le terrain. Ce que je vous ai dit, c'est que ce qui nous importe, c'est l'impact et l'effet de ces sanctions et que nous pensons qu'au niveau européen, ces impacts sont plus forts. Donc ça fait partie des discussions que nous avons avec nos collègues.  

Et puis enfin, sur la mesure d'impact des sanctions, c'est une question qui est extrêmement intéressante, mais la sanction en soi est un signal très fort. Vous êtes sanctionné, c'est déjà un signal très très fort. Il y a des impacts ensuite réels derrière, il y a des impacts sur votre capacité à utiliser les flux financiers, il y a des impacts sur votre capacité à pouvoir vous déplacer, mais la sanction en elle-même est déjà un impact qui n'est absolument pas anodin. C'est un effet réputationnel qui permet déjà d'influer sur les prises de position des personnes ciblées et puis probablement aussi de pouvoir influer sur certaines personnes qui pourraient vouloir éviter de se retrouver dans la même situation. Donc elles permettent de mettre la pression sur des personnes ou des entités impliquées dans des actions que nous condamnons.

Q - L'ouverture d'une ambassade du Somaliland à Jérusalem, c'est contre le statut historique et législatif de cette ville occupée et aussi c'est contre l'unité des territoires de Somalie. Quelle est la position de la France à l'égard de l'ouverture de cette ambassade dans cette ville occupée ?

R - Merci. Je commente assez peu les actions diplomatiques d'autres entités. S'agissant de nous, notre ambassade est à Tel Aviv. Et c'est depuis là que nous conduisons nos activités.

Q - Pékin a accueilli Vladimir Poutine cette semaine en signant plus de 40 accords seulement quelques jours après la visite de Donald Trump. Comment le gouvernement français entend-il concrètement utiliser son leadership en tant que président du G7 cette année pour répondre à ces coopérations sino-russes renforcées ? Et Paris estime-t-elle pouvoir toujours compter sur le soutien et la constance de Washington à ce sujet ?

R - Je ne suis pas le porte-parole de la Commission ; je ne suis pas plus le porte-parole de M. Poutine ou de M. Xi, donc je n'ai pas vocation à commenter leurs visites ou leurs échanges. Mais ce que nous observons, ce sont des relations extrêmement biaisées, déséquilibrées, entre la Russie et la Chine, et d'autant plus après l'agression russe de l'Ukraine, qui a coupé la Russie de nombreux de ses partenaires, notamment sur le plan énergétique et économique. S'agissant de la Chine : nous sommes en dialogue évidemment constant avec la Chine, notamment pour faire passer des messages sur la guerre en Ukraine. Ce canal nous permet de demander à la Chine d'user de sa relation privilégiée auprès de Moscou pour appeler à la fin de cette agression. 

Comme vous le savez, enfin, t la présidence française du G7 cette année se concentre sur la résorption des grands déséquilibres mondiaux, en particulier des grands déséquilibres économiques mondiaux. C'est une priorité d'autant plus accrue avec le contexte sécuritaire mondial qui devient de plus en plus tendu, avec le renforcement des déséquilibres économiques qui sont accélérés par la situation actuelle dans le détroit d'Ormuz, par la remise en cause de la gouvernance mondiale et par l'affaiblissement du système traditionnel d'aide au développement ou d'investissements solidaires. Et donc c'est pour ça que ces éléments sont à l'ordre du jour de nos discussions à la fois en G7, mais aussi dans nos relations avec l'ensemble des parties prenantes, et que c’est dans ce cadre-là que nous essayons de pouvoir non seulement mettre tout le monde d'accord sur le diagnostic de ces déséquilibres internationaux. Je pense à la fois d'un côté à une Chine qui produit trop et ne consomme pas assez et exerce une pression sur les économies des pays tiers, avec des États-Unis qui consomment excessivement et qui sont marqués par un déficit de leur compte courant, avec de l'autre côté une Europe qui n'investit ou qui n'innove pas assez. Et donc ce sont l'ensemble de ces éléments, un dialogue collectif et ensuite une résolution ensemble que nous essayons de mener. Et ce sera rendez-vous du coup mi-juin à Évian. J'espère que vous y serez, en tout cas nous y serons. 

Q - Paris peut toujours compter sur le soutien des États-Unis ou pas ?

R - Nous avons un dialogue avec les États-Unis, nous avons un dialogue avec la Chine. Et dans tous les cas, dans ce renforcement de la confrontation que nous pouvons voir et qui va venir dans le XXIe siècle entre la Chine et les États-Unis, nous avons la volonté de développer la voie européenne. Et ces différents discours du ministre Jean-Noël Barrot qui ont été faits, à la fois à l'université Columbia, mais je vous renvoie aussi à ses déclarations à Berlin le 17 mars dernier.

Q - J'ai une question qui concerne le Vanuatu. Parce que le Premier ministre a déclaré devant le Parlement, ça devait être hier, que l'indépendance du Vanuatu ne sera pas complète tant que la souveraineté sur les îlots de Matthew et Hunter n'aura pas été récupérée. Donc il y a une radicalisation du discours du Premier ministre. Il a également accusé Paris de pratiques coloniales et menacé d'utiliser, je cite, « toutes les voies diplomatiques et juridiques internationales si les discussions engagées avec la France n'aboutissent pas », donc sur la souveraineté sur Matthew et Hunter. Il y avait un round de discussion qui était prévu en début de cette année qui finalement a été repoussé. Donc je voudrais savoir d'abord quelle est la réaction de la France à ces propos qui sont assez durs. Et par ailleurs, est-ce qu'il y a un round de discussion qui est programmé prochainement pour arriver à trouver une issue diplomatique à ce dossier ?

R - Merci beaucoup. Il y a effectivement eu des discussions par le passé. Je peux vous confirmer la prochaine session de discussions sur la délimitation maritime qui se dérouleront à Paris d'ici cet été. Et nous avons pleine confiance dans le fait que ces discussions permettront d'obtenir une solution. 

Q - Et sur la radicalisation du propos ? 

R - Je ne vais pas faire de commentaire.

Q - Trois questions. Quand il est arrivé à l'Élysée, le président Emmanuel Macron avait dit que l'OTAN était en « état de mort cérébrale ». Est-ce qu’au moment du début de cette réunion de Helsingborg, l'OTAN va mieux ? Comment est-ce que vous appréciez l'état de l'OTAN ? 

Deuxième question, il y a une épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo dans les provinces de l’Ituri et ça a été confirmé aujourd'hui du Sud-Kivu. Quelles sont les mesures que vous prenez pour les Français en RDC et pour les voyageurs en provenance de RDC ?

Et troisième question, il y a quelques jours, le ministre de l'Intérieur a annoncé la visite de son homologue algérien en France à l'occasion de la visite du ministre de la Justice. Est-ce que vous avez une date plus précise ?

R - Merci beaucoup. Je vais commencer par votre dernière question. Vous savez que nous avons toujours, et c'était la méthode que nous défendions, voulu mettre en place avec l’Algérie un dialogue exigeant et respectueux pour produire des résultats. C'est dans cette optique-là que nous avons fait en sorte que l'ambassadeur Stéphane Romatet reparte à Alger, et ça a été fait il y a maintenant une dizaine de jours, c'était le 8 mai dernier, pour poursuivre ce travail exigeant, bilatéral, avec les autorités algériennes au service des Françaises et des Français et de leurs intérêts dans les domaines à la fois migratoire, sécuritaire, économique, avec de premiers résultats qui ont été obtenus. Il y a eu des récentes visites de ministres français en Algérie qui ont été utiles. Nous nous attendons à ce qu'il y ait des visites ensuite d'autres ministres français et de ministres algériens en France pour poursuivre cette dynamique. Je n'ai pas vocation à communiquer des dates de visite de pôles ministériels qui ne sont pas ceux des Affaires étrangères. 

Sur Ebola, ensuite. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères est mobilisé, en lien étroit avec le ministère français de la Santé et, via son réseau diplomatique, avec les autorités des pays concernés. Une attention particulière est portée au territoire français dans l'océan Indien et notamment, , à Mayotte. Nos actions visent en premier lieu la protection de nos ressortissants. À ce stade, il n'y a pas d'inquiétude particulière dans la communauté française dans les pays concernés - je pense à la République démocratique du Congo, à l'Ouganda, au Rwanda, au Burundi ou au Sud-Soudan. Aucun cas suspect ou avéré à cette heure parmi les Français. Deuxièmement, c'est la remontée d'informations de notre réseau diplomatique vis-à-vis des autorités centrales. C'est aussi par ailleurs apporter des messages d'information et de prophylaxie auprès de nos ressortissants. Les mesures pour tenter d'endiguer la propagation de l'épidémie reposent essentiellement sur le respect des mesures barrières, la protection des services essentiels de santé, la détection rapide des cas pour ensuite pouvoir limiter les contacts. Et pour le moment, aucune restriction en matière de voyage ou de commerce n'est recommandée par l'OMS. L'OMS recommande aux États, en revanche, de fournir aux voyageurs se rendant dans les zones touchées les informations sur les risques et sur les gestes à prendre. Et c'est ce que nous avons fait le 16 mai dernier par la modification de la fiche Conseils aux voyageurs. Il s'est passé une réunion importante le 19 mai dernier, la réunion du comité d'urgence du règlement sanitaire international, le RSI, qui s'est tenue à Genève. Nous attendons désormais les décisions et les recommandations de l'OMS qui doivent venir incessamment. L’OMS est déployée sur place pour appuyer la RDC dans cette lutte contre l'épidémie. Il y a eu plusieurs foyers épidémiques ces dernières années : on en est la 17e épidémie. Et donc, que ce soit les organisations humanitaires, les organisations internationales ou notre réseau, il y a une bonne préparation de toute la sphère santé internationale sur le sujet. Et puis enfin, s'agissant d'éventuelles mesures pour les frontières plus spécifiquement, nos postes, nos acteurs humanitaires sont coordonnés. C'est essentiel dans une crise internationale. Les décisions doivent être prises par l’interministériel. Et tout ça est avec une coordination importante, vous l’avez vu depuis le début, par Matignon sur ces sujets. 

L'OTAN ? Comment va l'OTAN ? Je n'ai pas vocation à commenter une déclaration du Président de la République qui date maintenant un petit peu, parce que c'était sous votre contrôle collectif en 2019 qu'elle avait été faite. L'investissement des Européens au sein de l'OTAN, dans la lignée du discours du Président de la République à la Sorbonne sur l'autonomie stratégique européenne, se développe à la fois face à l'incertitude américaine et face à l'augmentation de l'assertivité russe. Notre but, c'est de renforcer la place des Européens au sein de l'OTAN et de renforcer par ailleurs l'investissement des Européens dans leur propre défense. Et en ce sens, les alliés européens, dont la France, ont pris des engagements qui importants lors du sommet de La Haye, avec des objectifs très substantiels que nous sommes en passe de respecter, j'en parlais notamment avec l'adoption de la loi de programmation militaire révisée il y a quelques jours, désormais, par le Parlement. Nous continuons, nous, d'investir dans l'OTAN, qui est et qui doit continuer à être un rempart contre la Russie et sa politique agressive envers l'Ukraine. Donc je ne vais pas commenter son état de santé. Ce qui est important pour nous, c'est de montrer notre volonté, notre détermination et notre unité au sein de l'OTAN, avec à la fois cette réunion des ministres des Affaires étrangères demain en Suède, et puis ensuite la réunion des chefs d'État et de gouvernement début juillet à Ankara que la ministérielle a vocation notamment à préparer. 

Q - Un nom qui est beaucoup prononcé en ce moment dans les coulisses. Mahmoud Ahmadinejad. Selon le New York Times, Israël et États-Unis, ils ont travaillé sur un homme pour remplacer à la tête de l'Iran, après, beaucoup de changements, une partie du régime actuel change. C'est leur plan actuel, ils disent. Trump a déjà dit qu'il pensait un gars à l'intérieur du pays. C'est son expression. Quelle est votre position sur cet homme ? Je sais que c'est des coulisses, mais est-ce que la France trouve cette idée crédible, Ahmadinejad à la tête du pays ?

R - Notre idée, mais c'est une idée qui tient depuis la Révolution française, c'est que c'est au peuple, ici iranien, de décider quels seront ses leaders et de choisir son destin. Merci beaucoup.

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